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Chronique d’une invasion

Ecrit le 3 février 2016

Le frelon asiatique (vespa velutina) a été notifié dans le sud-ouest de la France pour la première fois en novembre 2005. A cette époque, une simple destruction du ou des quelques nids aurait évité la prolifération du prédateur. Une, deux ou peut-être trois fondatrices fécondées sont arrivées vraisemblablement dans des poteries en provenance de la région de Shangaï en 2004/2005.
J’ai rencontré, pour ma part, le premier nid à Châteaubriant, dans le quartier Renac  , en avril 2012. Cette année-là, sur la ville, au moins trois nids se développaient à notre insu jusqu’à leur terme et donc laissaient partir un grand nombre de fondatrices. En 2015 la ville de Châteaubriant a détruit 73 nids de ces frelons.

 Le Cycle du frelon

  • - La fondation :
    Au printemps une femelle fondatrice construit seule un nid dont elle assure la surveillance et le développement. Elle y pond et élève la première génération d’ouvrières (6 ou 8). Ensuite la fondatrice ne se consacre plus qu’à la ponte, les ouvrières assurant désormais la survie du nid. Parfois, un nid secondaire est créé en juin.
  • - La croissance :
    De la fin du printemps à la fin de l’été, le nid s’agrandit et contient de plus en plus de couvain et d’ouvrières.
  • - La reproduction :
    A l’automne sont élevés les individus sexués : les mâles et les futures fondatrices. Ces dernières vont, lors du vol nuptial, s’accoupler avec plusieurs mâles (4 ou 5) et ensuite se disperser. Dans la colonie-mère la fondatrice meurt et peu à peu le nid se dégrade et se vide plus ou moins rapidement (j’ai trouvé des nids encore peuplés en janvier).
  • - L’alimentation :
    Pour les différents stades de son développement le frelon a besoin de protéines et de sucres. L’alimentation protéinique est destinée au développement des larves : elle provient d’insectes divers (dont les abeilles) et de cadavres de vertébrés. Les frelons sont très friands de poissons. Les adultes se nourrissent essentiellement de sucres provenant des fleurs, des fruits ou de la sève des arbres.
  • - Le nid :
    De la taille d’une balle de tennis en avril, il peut atteindre 0,80 à 1 mètre de diamètre en septembre. Le frelon asiatique peut construire son nid n’importe où et à n’importe quelle hauteur... attention : parfois à même le sol !
    La structure du nid est constituée d’une sorte de pâte à papier : les ouvrières prélèvent des fragments de bois qu’elles mélangent à de la salive. Les stries de couleurs différentes correspondent chacune au travail d’une ouvrière.
    On dénombre en moyenne 13000 alvéoles dans un nid de frelons asiatiques contre 3000 dans un nid de frelons européens.

 Super prédateur

Tous les prédateurs ont un rôle de régulation des populations mais le frelon asiatique exerce une pression énorme sur les ruches en fin d’été. Il est donc difficile aujourd’hui de garder des colonies d’abeilles en ville car cette très grosse guêpe prolifère surtout près des cours d’eau et des agglomérations... Sa présence devrait entraîner une diminution rapide des autres populations d’insectes en fin d’été.

  • - Moyens de lutte :
    Les dernières études de 2015 montrent que même une lutte « très puissante » ne conduirait pas à une élimination du frelon asiatique en Europe mais qu’il serait peut-être possible d’arriver à le contrôler.
  • - La destruction des nids :
    Détruire les premiers nids au printemps (gros comme une balle de tennis) est simple et efficace. Les gros nids d’été ne sont souvent visibles qu’à la chute des feuilles, quand les nouvelles fondatrices sont déjà parties. Détruire ces gros nids est dangereux !!! De nombreux chasseurs ont terminé leur journée au service des urgences...
    La moindre vibration à proximité du nid peut provoquer une réaction de défense des ouvrières extrêmement violente !

Des entreprises spécialisées ou la Fédération Départementale des Groupements de Défense contre les Organismes Nuisibles (FDGDON 44) proposent des prestations adaptées mais parfois coûteuses (entre 85 € et 500 €). Certaines communes (comme Châteaubriant) prennent en charge la destruction des nids, même sur des terrains privés. D’autres, comme Villepôt, supportent 50 % du coût et d’autres encore laissent tout à la charge du propriétaire du terrain : le coût… et les risques de piqures !

  • - Le piégeage :
    Il est intéressant de piéger les fondatrices au printemps et à l’automne. Malheureusement le plus souvent ces pièges provoquent la mort de nombreux autres insectes non ciblés et potentiellement utiles.
    De nombreuses « recettes » existent mais sont à bannir si elles détruisent également la biodiversité ! Vraisemblablement, nous verrons apparaître des pièges à phéromones efficaces et très sélectifs dans quelques années.
  • - La destruction naturelle :
    Déjà, nous constatons que certains nids sont parasités par une sorte de fausse teigne qui freine le développement des populations. Des observations ont montré qu’un petit parasitoïde de la famille des conopidés (mouche aux allures de guêpe) pouvait détruire les fondatrices en deux semaines. Au cours de l’été 2015 les chercheurs ont découvert qu’une plante carnivore du jardin des plantes de Nantes (la sarracenia) avait piégé dans certaines de ses feuilles jusqu’à 50 frelons asiatiques. Il faudra bien d’autres études pour connaître les composés volatils attractifs utilisables comme appâts pour les pièges.

 L’avenir

Aujourd’hui toute la France est touchée, l’expansion se poursuit.... Dans le sud-ouest (où tout a commencé) les nids en 2015 étaient encore plus nombreux qu’en 2014 mais leur taille semble diminuer. Les chercheurs de l’université de Tours se sont aperçu qu’une majorité de colonies donnait naissance, dès le printemps, à un très grand nombre de mâles viables mais vraisemblablement stériles (diploïdes) qui représentent donc une lourde charge inutile pour les ouvrières. La présence de mâles infertiles au sein d’une population d’hyménoptères est un signe certain de consanguinité qui pourrait menacer le frelon asiatique d’extinction.

A Châteaubriant :
Il est vraisemblable que le nombre de nids progressera encore pendant quelques années, avec des variations en fonction des hivers rigoureux ou pas...
La présence du frelon asiatique représente un danger réel pour les personnes non informées. La population du Castelbriantais doit impérativement apprendre à vivre avec cet insecte, apprendre à le reconnaître, apprendre son cycle de vie, apprendre à reconnaître son nid.

Quelques conseils :
En avril/mai inspecter une fois par semaine le dessous des linteaux des portes et fenêtres à la recherche de ces premiers nids gros comme une balle de tennis et simples à éliminer. De juin à octobre vérifier régulièrement les haies (du sol à la cime des arbres) ainsi que les remises et abris de votre propriété.

L’insecte seul s’attaque rarement à l’homme, mais toucher le nid peut constituer un danger mortel !
Patrick Pérès, apiculteur.
Progression du vespa vélutina en Loire-Atlantique, Nombre de nids recensés
2010  : 7
2011  : 129
2012  : 689
2013  : 822
2014  : 1 447

 Abeilles et coléoptères

La sécurité alimentaire mondiale est déjà affaiblie par le manque d’insectes pollinisateurs, selon une étude internationale publiée jeudi 21 janvier dans la revue Science :. Envoyer plus de pollinisateurs sur les petites exploitations dans le monde pourrait augmenter de manière significative les rendements des cultures, jusqu’à 25 %. Ces petites exploitations sont particulièrement importantes parce que plus de 2 milliards de personnes comptent sur elles pour la nourriture dans les pays en développement. Il faut planter fleurs et haies en bordure des champs, faire un usage plus raisonné des pesticides et restaurer des zones naturelles et semi-naturelles aux abords des exploitations agricoles.