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Des femmes ! Des femmes !

Ecrit le 10 février 2016

Le 9 janvier 2016 avait lieu, à Châteaubriant, la première ’’Portes Ouvertes’’ à la Mosquée de la ville. 700 visiteurs dans la journée, à la grande surprise des organisateurs. Première surprise : le lieu est librement accessible aux visiteurs (seulement enlever les chaussures) à l’instar d’une église catholique. Deuxième surprise : notre guide est une femme ! Dans les photos de presse, habituellement, on ne voit que des hommes d’où l’idée, erronnée, que le lieu saint leur est réservé.

Portes ouvertes à la mosquée

A la suite de cette visite, nous avons voulu en savoir un peu plus sur la place des femmes dans la religion musulmane et ce furent, aussi, d’autres surprises. Nous avons rencontré Esengül Kurt (qui cache ses cheveux sous un foulard) et Nurgül Ceran qui n’en porte pas. La discussion fut très ouverte et animée, avec ces deux jeunes femmes épanouies et libres.

Il existe à Châteaubriant une association culturelle turque, dont le président est Halit Bulut, son bureau se trouve au dessus de la mosquée. Depuis 2004 il existe un groupe femmes au sein de cette association, Présidente Nurgül ; vice-présidente Esengül. « Au début, nous n’étions là que pour donner de l’aide aux hommes. Maintenant nous prenons nos actions en mains. Nous sommes 35-36 membres, à peu près une femme de chaque famille élargie, qui se charge ensuite de passer les infos à toute sa famille » explique la présidente Nurgül.

Au programme des activités : la fête de la naissance du prophète Mahomet, fête religieuse accompagnée de festivités. « Nous préparons les chants des enfants, les décorations, les gâteaux ». [Dans la religion catholique on célèbre de même la naissance de Jésus]. « Cette cérémonie est ouverte à tous, même aux non-musulmans ».

 Hommes et femmes

Mosquée : « A la mosquée, hommes et femmes, nous pouvons être ensemble. Chez moi, je prie avec mon mari » dit Esengül. Simplement la tradition veut que la femme soit derrière son mari, parce que celui-ci a un rôle de protection, et pour éviter que la femme, placée devant l’homme, ne lui soit une tentation.
[Ndlr : il est étonnant de voir à quel point la femme est considérée comme objet sexuel, et cela quelles que soient la religion ou l’absence de religion. Lire plus loin]
A Châteaubriant la mosquée comporte une mezzanine où les femmes se retrouvent entre elles pour la prière, aux mêmes cérémonies que les hommes.

Foulard : on dit parfois que les femmes d’origine turque à Châteaubriant portent le voile. C’est faux. Il s’agit plutôt d’un foulard, souvent assorti à l’habillement. Esengül le porte dans la rue et à la mosquée, mais pas chez elle. Nurgül ne l’a jamais porté (sauf à la mosquée). C’est une question de choix personnel. Bien sûr le Coran demande de porter le voile [Tout comme l’épitre de St Paul aux Corinthiens, dans la religion catholique] car ce texte, écrit il y 1400 ans environ, est marqué par les traditions sociales de l’époque. Les femmes catholiques ont cessé de mettre un chapeau ou une mantille à l’église (ce n’était pas le cas il y 50 ans encore). Un jour peut-être les femmes musulmanes en feront autant.

« Il faut bien voir le rôle de ce foulard : garantir la propreté, tout comme les boulangers-pâtissiers-cuisiniers portent une toque. Les ablutions, lavage des mains, obligations d’avoir des vêtements propres, sont liées aussi à la propreté, elles sont clairement mentionnées par le Coran » explique Nurgül.

– Soumise : on présente souvent la femme musulmane comme soumise à son mari, voire à ses enfants de sexe masculin. « C’est totalement faux » dit Esengül, « d’ailleurs dans le Coran, la femme a plus de droits que l’homme. Il existe, oui, des femmes soumises, parce qu’elles le veulent bien ou n’osent pas s’opposer, mais ce n’est pas une obligation religieuse ». [Ndlr : dans la religion catholique, épître de St Paul aux Ephésiens, il est écrit : les femmes doivent être soumises à leurs maris en toutes choses.
… Le texte date de 2000 ans, des évolutions ont eu lieu depuis !].

Nurgül et Esengül

 De quelques idées reçues

Des idées ’’reçues’’ qui ne correspondant pas forcément à la réalité, ou qui ony des explications historiques ou sociologiques.

– vie conjugale : oui, les musulmans ont le droit de vivre ensemble, sans être mariés.

– Divorce : oui la femme musulmane a droit au divorce. Il y a d’ailleurs des femmes divorcées à Châteaubriant, vivant avec leurs enfants.
– Polygamie : la polygamie n’est pas une règle coranique. Le seul et unique verset qui en parle est lié aux orphelins, la polygamie s’expliquant alors en tant que « solution » pour les orphelins et les veuves après la catastrophe économique et sociale que fut la razzia de Uhud, en 625, qui vit disparaître 10 % des hommes. Il n’y avait pas d’organisation sociale pouvant prendre en charge les orphelins à l’époque. En France la polygamie ’’officielle’’ est interdite mais rien n’empêche un homme d’avoir une épouse et plusieurs maîtresses !

– Libertés : « en Turquie, les gens sont plus libres de vivre comme ils veulent. Ici en France nous sommes toujours sous le regard des autres, qu’il s’agisse de notre petite communauté d’origine turque ou des autres Castelbriantais » dit Esengül qui se souvient avoir été très gênée du regard des gens, dans la rue, au lendemain des attentats du 13 novembre, « alors que nous n’en étions aucunement responsables »
« Rien ne nous empêche d’aller, même seules, dans un café, au restaurant, au cinéma ou en discothèque » dit Nurgül. [Ndlr : il y a encore, en France, de nombreuses femmes d’origine française qui hésitent à aller seules dans un café ou au cinéma !]. Mais, à part ça, quand les Turcs de Châteaubriant retournent en Turquie, ils ne sont pas considérés comme Turcs mais comme Européens !

– Français : il existe encore un certain nombre de femmes qui ne parlent pas le français, et d’autres qui pensent qu’elles le parlent mal, elles n’osent donc pas parler cette langue en public, même si elles la comprennent très bien. « Notre association essaie de leur donner confiance en elles ». Parmi les femmes venues à Châteaubriant au tout-début, « beaucoup d’entre elles regrettent de n’avoir pas bien appris la langue et … de ne pas avoir appris à conduire ». L’âge venu, c’est quasiment impossible à rattraper. « Nos parents, maintenant, nous poussent à faire des études et à passer le permis ».

Esengül, qui peut comparer avec l’Allemagne, dit : « Ici, en France, quand nous avons des difficultés à parler, ou à comprendre, nous trouvons toujours des personnes compréhensives ».

– Ramadan : le Ramadan, période de jeûne entre le lever et le coucher du soleil, est un acte religieux, comme le Carême chez les Catholiques. Mais un élève/étudiant qui passe un examen n’est pas tenu de le faire, une femme qui a ses règles non plus car elle est en situation de fatigue. Une personne malade n’a pas à faire le Ramadan car ce serait une faute pour elle de mettre sa santé en danger.

« C’est dur de ne manger ni boire dans la journée, surtout quand on prépare le repas du soir. Mais on s’arrange entre nous, une famille prépare pour d’autres ! Le Ramadan est une période de partage, de fête entre amis, entre voisins. J’ai invité les institutrices de l’école du quartier » dit Esengül. « Elles ont même fait l’effort de ne pas manger dans la journée pour être comme nous » ajoute-t-elle avec émotion.

– Porc : c’est vrai, il y a une phobie du porc dans la religion musulmane. Mais les phobies alimentaires existent partout. Les Anglais ne veulent pas manger de lapin. Beaucoup de Français se refusent à manger des escargots. Les Allemands ont mis du temps à manger des huitres. Mangeriez-vous du chien, comme en Chine ?

Le porc est considéré comme une viande impure et pas seulement chez les Musulmans. Qu’on relise par exemple dans la Bible des Catholiques, dans Le Lévitique : « Vous ne mangerez pas le lièvre, vous le regarderez comme impur. Vous ne mangerez pas le porc : vous le regarderez comme impur ». Ce texte sacré demandait de manger seulement de tout animal « qui a la corne fendue, le pied fourchu, et qui rumine ». (Les trois conditions à la fois). Autrefois, en France, dans les villages, les porcs étaient repoussés car ces animaux pouvaient propager une maladie ’’le feu sacré’’ ou ’’feu de saint Antoine’’ dû à l’ergot de seigle.

– Bonjour : une voisine dit : « Je croise des femmes turques assises sur un banc. Je dis bonjour, elles ne répondent pas ».
Nurgül précise : « elles ont tort, elles ont obligation de répondre, mais peut-être n’ont-elles pas compris. Un musulman n’a pas le droit d’entretenir une querelle avec quelqu’un d’autre. »

– Projets : il est évident que ce groupe de femmes a un rôle dynamique dans l’association culturelle turque. « Nous avons le projet d’organiser à nouveau une fête des enfants, et puis une soirée DJ entre femmes, et puis un voyage à Paris ou au Mont St Michel, entre femmes ! Toutes celles qui voudront pourront venir, qu’elles soient d’origine turque ou française » dit Esengül.

Voici donc quelques éléments de réflexion pour développer la compréhension et l’amitié entre les communautés. L’avenir sera meilleur, grâce aux femmes !
BP  

 Dehors, les porcs !

A Lyon, en 1499, selon la comptabilité communale, Jacques de Baileux, receveur de la ville de Lyon, faisait payer « à vénérable personne, frère Pierre Garnier, procureur de la commanderie Saint-Anthoine à Lyon, de la quantité de quatre asnées de seigle, pour le nourrissaige et entretenement des porceaux d’icelle commenderie, lesquelz ledit procureur feist mectre et nourrir hors icelle ville environ quatre ou cinq moys ou temps d’esté, affin de faire cesser et éviter l’infection et puenteur qu’ilz faisoient et esmouvoient au long des rues (…), au moyen de quoy la peste se pouvoit plus facilement générer et avoir son influence, et aussi que c’estoit chose laide et déshonneste à veoir et mesmement pour ce que le Roy et son train estoit lors en ladite ville ».