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Agriculture : une régulation nécessaire

Écrit le 24 février 2016

Les productions agricoles sont actuellement confrontées à une grave crise économique et les perspectives sont relativement sombres pour les mois à venir. Cette situation est la conséquence des choix faits par les représentants politiques français, avec leurs homologues européens, d’abandonner pratiquement tous les outils de régulation des marchés sans en évaluer les conséquences pour l’économie, l’emploi et les territoires, sans compter les conséquences néfastes sur la vie familiale des agriculteurs.

La réponse apportée par le gouvernement à la crise agricole n’est pas à la hauteur de la gravité de la situation. Les aides conjoncturelles, la baisse des charges ou des normes ne suffiront pas à redresser la barre, il y a urgence à retrouver des prix.

C’est pourquoi la Confédération Paysanne a organisé cinq rassemblements en Loire-Atlantique le mardi 16 février, dont un à Châteaubriant mais sans déverser des tonnes de fumier, sans brûler les routes.

Ils ont déposé au bureau de Poste une lettre au Président de la République et au
Ministre de l’agriculture disant :

Des paysans et des lettres

« je me permets de vous écrire pour vous faire part de ma très grande inquiétude. Je suis à la tête d’une exploitation agricole, et ma passion pour ce métier me conduit à y passer beaucoup de temps pour en assurer sa réussite. Hélas, depuis quelques mois, ma situation économique ne fait que se dégrader avec des perspectives relativement sombres pour les mois à venir.

Cette situation n’est ni tenable, ni acceptable, ni vivable et me conduit à penser que mon exploitation va disparaître. L’absence d’outils de prévision et de maîtrise collective conduit à une surproduction dont nous, producteurs, subissons les graves conséquences. Qui peut supporter une baisse de 20 % de ses produits ? Les aides conjoncturelles, la baisse des charges ou des normes ne suffiront pas à redresser la barre, il y a urgence à retrouver des prix ».

Les paysans présents pensent que la France peut porter leur parole au sein de l’Europe « pour dire notre détresse et le gâchis que constituerait la disparition de beaucoup d’exploitations agricoles dans toute l’Europe ». Ils réclament de nouveaux outils de régulation permettant d’adapter l’offre à la demande et d’assurer une plus grande régularité des prix en intégrant leurs coûts de production. Seront-ils entendus ?

 Du lait à outrance

La non-régulation, le libéralisme à tout prix, conduit à des catastrophes, comme l’avait dit la Confédération Paysanne il y a un an. « On trouve du lait à outrance partout : en Europe, aux États-Unis... Certains pays comme l’Irlande ont augmenté leur production de 13 %. La France est un des pays qui a le moins augmenté la sienne depuis la fin des quotas, en avril dernier : + 0,5 %. Il n’y a pas d’engouement parce que les prix ne suivent pas, mais le risque, c’est que cette production quitte le pays. Certains industriels semblent en être conscients. L’entreprise Bel rajoute 40 euros la tonne à ses fournisseurs. Elle est présente dans des bassins en déprise et craint les conséquences de l’effondrement de son réseau de producteurs ».

 Égalitarisme n’est pas justice

Dans cette crise « le ministre de l’agriculture est soumis à forte pression » disent ces paysans, et justement, le 17 février, à la sortie d’un rendez-vous avec Xavier Beulin, Manuel Valls s’est plié à ses demandes. « Au lieu de faire le choix de baisses de cotisations en direction des éleveurs victimes de la crise, il offre une ristourne à tous les paysans, y compris ceux qui n’en ont pas besoin ». Faire la même chose à tout le monde, ce n’est pas forcément être juste.

Seule l’année blanche à destination des éleveurs les plus en difficulté pourra avoir un sens. Face à la détresse des paysans cela ne suffira pas.

« Les cotisations sociales, trop souvent appelées « charges », sont un élément essentiel de la solidarité nationale et contribuent au quotidien des paysans (maladie, retraite, etc.). Cette mesure ne doit pas être l’occasion d’enfoncer un coin dans ce principe essentiel de notre société. Par ailleurs, il est temps d’admettre que la crise est structurelle et que c’est toute l’organisation de la production qui est à revoir » dit la Confédération.

Les démarches de Stéphane Le Foll, qui relaie enfin les revendications de la Confédération Paysanne en demandant une régulation des productions à l’échelle européenne, vont dans le bon sens. Elles doivent s’accompagner de la mise en place d’un mécanisme qui permettrait d’assurer aux éleveurs un prix juste pour leur travail.

Au-delà, pour qu’une telle crise ne puisse plus se reproduire, il faudra permettre aux paysans d’aller vers des systèmes plus autonomes, qui leur permette d’exercer leur métier, d’en tirer un revenu décent et la reconnaissance qu’ils méritent.

 Déconnexion

La crise agricole est encore amplifiée par une gestion catastrophique de la PAC (Politique Agricole Commune) : Improvisation totale et permanente, déconnexion totale entre le ministère et le terrain. « Ni les paysans ni les directions départementales des territoires ne parviennent à s’en sortir. À chaque nouvelle étape, l’administration prend du retard, complexifie pour simplifier, et les difficultés s’accentuent sur les fermes ».

– les visites rapides, censées permettre aux paysans de connaître le prorata à déclarer en 2016, ne seront finalement pas toutes réalisées. Difficile donc de savoir comment se passera la prochaine déclaration.
– Les Surfaces d’intérêt écologique (SIE) qui devaient être valorisées dans cette nouvelle PAC ne sont toujours pas connues, et ne le seront pas pour la déclaration 2016. Le ministère ne peut pas dire quand elles seront disponibles.
– Pour les Surfaces non-agricoles (SNA), le ministère a voulu aller plus vite en les envoyant aux paysans avant de les vérifier. Certains en ont plus de 1000 ! Les services ont donc rétropédalé. Elles vont être vérifiées pour éliminer les plus petites, puis ça sera au tour des paysans, avant la fin du mois !
– Le second pilier n’est toujours pas au point. Il va donc y avoir une troisième avance de trésorerie en avril. Comme on ne sait pas encore qui va toucher des MAEC (mesures agro-environnementales et climatiques), l’administration va estimer qui pourrait en bénéficier, et régulera sur la prochaine déclaration !

Voilà donc à quoi ressemble une PAC simplifiée pour le ministère. À chaque retard, les obstacles s’accumulent et sont gérés en flux tendu. Dans les fermes, ce sont les papiers qui s’accumulent (demandes d’avances, vérification des SNA, etc.) et aussi les factures : les retards pris en cette période de crise sont une catastrophe pour certains ! Les paysans ont besoin d’avoir de la visibilité avec des informations précises. Il est temps de mettre en place une véritable simplification sous peine de créer une confusion sans fin sur cette nouvelle PAC.

Finalement, dans cette crise agricole comme dans les précédentes, il faudrait que les agriculteurs s’organisent entre eux : produire moins pour gagner plus. Il serait possible, par exemple, de payer le lait plus cher aux agriculteurs qui accepteraient de réduire leur production.
Dans cette crise, la profession a une responsabilité, notamment la FNSEA qui est aux manettes partout : chambres d’agriculture, coopératives, MSA  , interprofessions, assurances, formation. Les agriculteurs devraient donc demander des comptes à leurs responsables professionnels, mais ceux-ci préfèrent dévier sur l’État car c’est commode de renvoyer sur les autres la responsabilité de son propre échec.

Notes :

Les coopératives qui sont des outils d’organisation créés par la profession, prétendent rechercher des débouchés pour les producteurs et investissent à tout va, et cette conquête des marchés est faite aussi pour rentabiliser ou saturer, comme ils le disent eux-mêmes, leurs outils de production (transformation, abattage etc)

D’autre part chaque agriculteur a aussi des cartes en main, à savoir diminuer sa production pour retrouver des prix, c’est le sens de ce que propose la confédération paysanne. Mais là encore cela doit se faire collectivement pour avoir du poids.

Mais il faut aussi savoir que malheureusement beaucoup d’agriculteurs sont pris à la gorge, car eux aussi ont investi, ils ont répondu favorablement à cette idée folle que l’on pourrait produire du lait sans compter avec l’arrêt des quotas, et ils ont souvent profité des mises aux normes de leur ferme pour augmenter leurs équipements et par la même augmenter la taille des troupeaux de 10, 20, 30 vaches quand ce n’est pas plus, et aujourd’hui il faut rembourser…

La solution est bien dans le produire moins pour gagner plus, et il n’y a pas besoin d’avoir BAC + 5 pour comprendre que lorsque l’offre est supérieure à la demande les cours s’effondrent...


Ecrit le 24 février 2016

 Un plan régional pour l’agriculture

A la suite des nouvelles mesures de soutien aux agriculteurs présentées le 17 février par le Premier Ministre, Stéphane Ibarra et Marie-Hélène Girodet, élus du groupe socialiste, écologiste, radical et républicain au sein de la commission agriculture du Conseil régional, proposent un plan régional de mobilisation :

« Nous sommes face à une crise profonde de l’agriculture et plus particulièrement de l’élevage. De nombreux agriculteurs ne peuvent pas aujourd’hui vivre de leur métier et risquent de mettre la clef sous la porte alors qu’ils travaillent dur. Ça n’est pas acceptable ! » pointe Marie-Hélène Girodet. Elle ajoute : « les solutions à la crise doivent être trouvées au niveau européen, notamment à travers la régulation des marchés et l’étiquetage de l’origine des produits transformés, mais nous pouvons et nous devons également agir au niveau régional ».

Bruno Retailleau a annoncé dès son élection vouloir proposer un plan d’urgence pour l’agriculture régionale. Contrairement aux engagements pris, il n’y a pas eu de concertation. Face à cette absence de discussion collective, notamment avec les élus d’opposition, le groupe socialiste, écologiste, radical et républicain rend aujourd’hui publiques 12 mesures pour un plan régional de mobilisation pour l’agriculture, et notamment pour les filières de l’élevage.

« Face à la crise exceptionnelle que connaît la profession, nous devons poursuivre ce qu’a fait la majorité précédente en allant plus vite et plus loin. Nous devons répondre à l’urgence et trouver collectivement des solutions » explique Stéphane Ibarra.

Parmi les 12 propositions, articulant court terme et moyen et long terme, figurent les mesures suivantes :

  • 1) Mettre autour de la table les banques, les coopératives et les acteurs de la filière et l’État pour apporter des solutions aux agriculteurs les plus en difficulté, particulièrement dans les filières de l’élevage.
  • 2) Renforcer le soutien régional aux associations de solidarité pour les agriculteurs.
  • 3) Engager sans tarder la phase 2 de la démarche « restauration durable dans les lycées et les CFA » afin d’aller vers le 100% local, qualité et/ou bio dans les cantines de ces établissements.
  • 4) Mettre en place une action collective « étiquetage de l’origine des matières premières » pour aider les industries agroalimentaires et en priorité les PME à prendre ce tournant à moindre coût.
  • 5) Amorcer la démarche « Qualité Loire » pour permettre aux citoyens de faire des choix locaux.
  • 6) Lancer un nouveau fonds d’investissement pour l’installation et la transmission des exploitations afin d’alléger la charge financière des installations
  • 7) Soutenir les actions visant à l’autonomie protéique et fourragère des exploitations
  • 8) diversifier les activités et les sources de revenus sur les exploitations : énergies renouvelables (bois énergie, solaire et méthanisation), circuits courts et transformation à la ferme, tourisme   vert...
  • 9) Renforcer les actions de soutien au développement des filières viandes à forte valeur ajoutée : bio, signes de qualité officiels (SIQO), races rustiques...
  • 10) Lancer un plan de lutte contre le gaspillage alimentaire et pour l’éducation alimentaire.
  • 11) Elaborer dix contrats de progrès dans les principales filières de production.
  • 12) Aider à travers un nouvel appel à projets toutes les nouvelles actions collectives menées par les agriculteurs : se regrouper pour vendre ensemble, lancer une nouvelle marque, mutualiser des investissements, innover ensemble dans la qualité et les pratiques agricoles…

Stéphane Ibarra et Marie-Hélène Girodet concluent « nous invitons la majorité à se saisir de ces propositions et nous sommes totalement ouverts pour en débattre ».