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Accueil > Châteaubriant > Entreprises > Kuhn-Huard > Kuhn : le haut du pavé

Kuhn : le haut du pavé

Ecrit le 30 novembre 1999

 KUHN HUARD : Le haut du pavé

Les entreprises modernes n’ont pas d’histoire : elle n’ont qu’une rentabilité. C’est vrai à Châteaubriant comme ailleurs puisque le PDG de KUHN-HUARD a failli oublier le centenaire de l’entreprise castelbriantaise. Ce n’est que sur l’interrogation de salariés « Alors, on ne le fête pas, ce centenaire ? » qu’il a fini par y penser.

Vendredi 26 novembre 1999 a eu lieu l’inauguration des nouveaux locaux de Huard. Il y avait du beau monde, « le haut du pavé » comme on dit : Maire, Sous-Préfet, représentants des Conseils Régional et Général, le Président d’honneur du groupe KUHN, des membres du directoire de Kuhn et du groupe Bücher dont dépend Kuhn, etc. Pratiquement pas de salariés : seuls les 2 délégués syndicaux avaient reçu une invitation et très tradivement. Les salariés, eux, ils étaient au travail. Les retraités : pas invités. Il y eut cependant une « porte ouverte » pour les salariés et leur famille le 27 novembre : 900 personnes sont venues

La visite a montré une usine manifestement moderne et neuve : beaucoup de robots, et pas encore de poussière collée sur les poutrelles métalliques rouges et bleues des bâtiments. Un bureau d’études où l’ordinateur a remplacé la planche à dessin. Des ateliers propres. Pour autant le travail répétitif n’a pas été éliminé : prendre la pièce brûlante au sortir du four, la retourner et la frapper pour éliminer quelque dépôt, la placer dans le robot de traitement thermique, manipuler les boutons du robot, reprendre la pièce et la ranger convenablement dans un conteneur, sortir une autre pièce du four, etc. Même si les hommes effectuent plusieurs tâches (voire mènent deux robots d’un coup), ce que le Directeur de la Fabrication traduit par « le travail a été enrichi », cela reste « l’usine » et pas un salon, et les salaires des salariés ne leur permettent pas de .... s’enrichir. Les maladies professionnelles évoluent aussi : la tendinite remplace la surdité dans l’atelier des forges.

Mais il ne faut pas faire la fine bouche : cela fait de l’emploi pour la région, et le visiteur a le plaisir de constater la présence de jeunes dans les ateliers.

Un peu d’histoire

C’est le 1er janvier 1899 que Jules et Françis Huard constituent la société HUARD Frères, donnant ainsi de l’ampleur à la petite entreprise créée par leur père, Jean Huard, artisan amoulageur. Installée au départ route de Fercé, l’entreprise s’implante par la suite dans la rue des Vauzelles.

Première usine Huard, route de F

Le 30 mai 1949 la société fête son 50e anniversaire et la fin de la reconstruction de ses bâtiments, bombardés en juin 1944

Après une série de crises économiques, qui se sont traduites par de lourds sacrifices en matière d’emploi, Huard est racheté par le groupe Kuhn le 1er février 1987.

Une nouvelle usine est construite en 1998-99 et les salariés s’y installent en août 1999 . « Une usine simple, moderne, performante, pleine de technologies, qui renforce le potentiel économique de la région » a dit le PDG Paul Rivault, juste avant d’annoncer qu’il laissera désormais la place à M. MERTZ .

Des fleurs

(fait rare : le PDG, Paul Rivault, a offert un bouquet de fleurs à Martine Buron, geste inattendu et inhabituel qui marque les bonnes relations entre l’industriel et le maire de Châteaubriant).

Comme attendu, Michel Hunault a mis en avant l’action de son père, du temps où il était maire, rappelant que la ville a beaucoup fait pour Huard en rachetant ses bâtiments dans les temps difficiles. Il a simplement oublié de dire que cette opération a coûté très cher aux finances communales, c’est-à-dire aux contribuables castelbriantais.

Des chiffres

Selon la Direction, la nouvelle usine Huard, c’est 174 500 m2, dont 30 000 couverts. Les nouveaux bâtiments représentent 17 000 m2. L’investissement a représenté 75 millions de francs, 250 000 tonnes de terre remuée, 3 734 m2 de béton, 81 775 m de câbles électriques et 19 675 m de câbles téléphoniques.

La Direction n’a pas donné le montant des subventions obtenues : environ 7 millions de francs, en plus des quelque 6 millions de francs payés par la communauté de communes du castelbriantais pour racheter les derniers bâtiments. C’est drôle comme une entreprise sait aligner des chiffres quand il s’agit de se plaindre des salaires ou de la taxe professionnelle, et se montre tout-à-coup pudique quand il s’agit du montant des subventions ....

 Huard : le bas du fossé

Si les retraités n’étaient pas invités à l’inauguration de la nouvelle usine, ils étaient présents en revanche à l’inauguration de la plaque dénommant officiellement la « Cité de l’Economie Paul Huard », cité qui a été aménagée sur une partie des terrains disponibles de l’ancienne usine Huard, rue des Vauzelles.

Martine BURON a rappelé les activités de Paul HUARD, qui joua un rôle à Châteaubriant à une époque particulièrement tragique. En effet, désigné par les milieux issus de la Résistance, il fut, au lendemain de la Libération de la Ville, Président de la Commission Municipale Provisoire avec une équipe de communistes, socialistes et modérés. Il fut ensuite maire pendant 15 ans, à la tête de la même équipe complétée. Martine Buron a rappelé aussi ses tâches de chef d’entreprise, son sens du dialogue social, ses qualités morales et son sens de l’humour.

Elle n’a pas oublié de citer Madame Germaine HUARD (résistante, et déportée au Camp de Ravensbruck) et a remis la médaille de la ville à la famille Huard et à Paul Rivault

Jean HUARD, a insisté sur la tâche particulière de son père, qui, outre les tâches économiques (ravitaillement, reconstruction, remise en route de la ville), a eu à faire face à un problème important : réconcilier les castelbriantais entre eux au lendemain de la guerre .


Démolition des friches Huard, rue des Vauzelles : fin d’année 2003


Ecrit le 22 octobre 2003 :

60 intérimaires seraient remerciés chez Kuhn-Huard à la fin du mois d’octobre 2003


Écrit le 29 octobre 2003 :

Cadeau à KUHN : Le site des Vauzelles, où se trouvait l’usine Huard, doit être réhabilité. Mais cela ne peut pas se faire de suite : il faut d’abord nettoyer le site, pollué aux hydrocarbures. Coût 102 834 euros HT  . Normalement c’est de la responsabilité du propriétaire précédent, la société Kuhn-Huard. Mais la Communauté de Communes (réunion du 10 octobre 2003) accepte d’en payer la moitié, soit 51 417 € HT  .


Ecrit le 9 mars 2005 :

 Ne détruisez pas tout

Avez-vous remarqué comme la ville de Châteaubriant change ? Est-ce en bien ? Est-ce en mal ? Chacun a son point de vue. Il est cependant intéressant d’attirer l’attention sur des destructions intempestives, victimes d’un « modernisme » mal compris.**

La ville de Châteaubriant a l’ambition de devenir une « ville d’art et d’histoire ». Encore faudrait-il qu’elle en ait les caractères. Depuis plus de 10 ans l’Office de Tourisme   a fait de gros efforts pour mettre en valeur le cœur de ville et pour démontrer qu’il y autre chose à voir que le château. Dans ce sens, la municipalité actuelle a bénéficié d’une opportunité : l’achat d’un petit magasin inoccupé, flanquant la Porte Neuve : sa destruction a accentué le caractère historique du bâtiment. Encore faudrait-il que des pancartes disgracieuses ne viennent pas boucher la vue.

Pancarte peu décora

Dans un passé plus ancien (50 ans environ), l’ancien Sabot Rouge a été détruit dans la Grande Rue. Son architecture et ses sculptures, semblables à celle que l’on peut voir à la Maison de l’Ange  , auraient renforcé le caractère historique de la Grand Rue.

Le sabot Rouge, dé

De même que les maisons détruites à l’entrée de la rue du Pélican, et celles de l’entrée de la rue de la Coquerie.

Vieilles maisons, rue de la Coquerie, démo
Entrée rue du Pélican, dé

La Maison de l’Ange  , elle-même, a failli être démolie. Heureusement que la Direction des Affaires Culturelles, à l’époque, a bagarré pour la conserver.

Maison de l’Ange, rén

Le Marché Couvert  , lui aussi, a failli être rasé
pour faire un parking en centre ville.

L’hôtel du Boisdulier a été démoli quand Maganis a voulu faire un quai de déchargement de marchandises. Cet hôtel a été mairie de la ville, tribunal, presbytère.

Hôtel du Boisdulier, dé

Dans la rue Tournebride, une vieille maison, située sur le Rollard, a failli être démolie parce que l’adjoint au maire de l’époque trouvait que ce n’était qu’un tas de pierres.

Un acquéreur privé l’a, heureusement rénovée.

Rue Tournebride, rest

Tout à côté l’ancien rendez-vous des laveuses de la Torche, a fait aussi l’objet d’un permis de démolir, heureusement refusé.. Depuis, un particulier a fait une belle rénovation.

Rendez-vous des laveuses, rest

Dans la Rue Basse, une vieille maison a été abattue : elle a permis de dégager la vue sur une belle tour escalière. Malheureusement la perspective est gâchée par un dépôt d’ordures généralement sale et malodorant.

Sur le site des Vauzelles, les anciens bâtiments de l’usine Huard ont été totalement rasés. Ils étaient splendides, en belles pierres de pays, ocre et pourpre. Il aurait été souhaitable de conserver l’un d’entre eux, pour l’histoire du site. Suffisamment vaste et solide, il aurait pu être aménagé pour accueillir des activités de la ville. A la place se construisent des bâtiments modernes sans caractère.

Sabot Rouge, Boisdulier, Vauzelles : voilà des pans d’histoire de la ville qui ont disparu

Un autre bâtiment est actuellement menacé : celui des établissements Maussion (échelles) au bas de la route de Fercé. Ce lieu est chargé d’histoire. C’est là en effet que fut la première usine Huard avant qu’elle ne s’installe sur le site des Vauzelles. Elle a donné un essor industriel
à la ville. Et une renommée : Huard n’a-t-il pas été le leader européen de la charrue. ?

La première usine Huard est menacée de démolition, car la municipalité veut y aménager un rond-point.

Des ronds points, des parkings :

il n’y aura bientôt plus que cela à Châteaubriant. On circulera, c’est sûr, mais on ne restera pas à Châteaubriant si la ville perd son caractère et son histoire.

BP  

Première usine Huard, route de F

Ecrit le 6 avril 2005 :

 Exposition

En 1863, Jean-François Huard s’installe comme mécanicien à Châteaubriant [ à l’angle des rues qui se nomment actuellement : Jean Jaurès et Guy Môquet] . Ce n’est qu’un petit atelier, avec quelques compagnons qui fabrique et répare les instruments agricoles de l’époque : machines à battre, pressoirs, machines à égacher les pommes, mais aussi les locomobiles et les moteurs à gaz.

Jules Huard, le fils, âgé de 18 ans, vient travailler avec son père au sortir de son apprentissage puis, en 1899 il fonde la société « Huard Frères » avec son frère Françis. Il y a alors une vingtaine d’ouvriers.

Jules Huard est très ingénieux, il sait tirer parti de ses observations. C’est ainsi qu’il adapte une charrue brabant qui fera la renommée de l’entreprise (Burzudus Eo : c’est miraculeux, s’écrit le Breton de l’affiche). L’entreprise compte 60 ouvriers en 1906.

Expo_Huard_1
Christian Bouvet, Franck tessier, Joël Hervouët

Christian BOUVET
(Historien)

Franck TESSIER
(Président)

Joël HERVOUET
(trésorier)

de l’association
Histoire et Patrimoine
du Pays de
Châteaubriant
(HIPPAC)
02 40 81 09 34

Une usine importante est construite aux Vauzelles en 1907 (il n’en reste aucune pierre sur pierre) et l’entreprise prend de l’essor avec les innovations technologiques qu’apporte le patron « Monsieur Jules », cependant que son épouse « Madame Jules » et son frère Françis s’occupent du secteur commercial et de la comptabilité.

On ne vous en dit pas plus. L’histoire récente de cette société est encore très présente dans les mémoires à Châteaubriant et l’HIPPAC la retracera, en 28 panneaux, dans son exposition du 7 avril au 5 mai au Marché Couvert  .

Huard_Burzudus
affiche publicitaire Huard

En plus du matériel, l’expo présentera des documents exceptionnels comme ce croquis de « Monsieur Jules » à propos d’un dispositif de relevage des charrues.

Ou encore la dernière lettre, empreinte d’émotion, adressée le 17 juin 1940, « à nos ouvriers », les premiers jours de ce qui allait être « une douloureuse et humiliante épreuve commune »

Livre

Un livre de 160 pages, tiré à 1500 exemplaires, sera mis en vente au prix de 38 €. Il comporte notamment des témoignages d’ouvriers de « chez Huard », un glossaire (par exemple : qu’est-ce que l’âge d’une charrue) et le souvenir de cette histoire industrielle et humaine qui a marqué la ville de Châteaubriant et les alentours. Vous souvenez-vous de la grande grève de 1919 ? Des grèves de 1968 ? De la grève de répartition des bénéfices ? C’est ça aussi, l’histoire de Huard.


Ecrit le 13 avril 2005 :

 Exposition Huard

C’est très beau, vraiment très beau, riche et sobre à la fois. Il faut voir l’exposition « Huard » au Marché Couvert  , pour la mémoire, et non sans nostalgie

Mémoire des techniques : voir en particulier le dessin de l’appareil de relevage d’une charrue moto-portée (1927).

Mémoire du machinisme agricole : plaisir de retrouver les matériels anciens fabriqués par la « Maison Huard   » : pressoir à pommes, semoir simplex, machine à battre (« avec secoue-paille articulé »), batteuse-vanneuse, et la première charrue à relevage. Tous ces matériels sont visibles chez Rogatien Mortier au Musée Agri Rétro à Abbaretz.

Mémoire des hommes, ceux qui ont créé l’entreprise « Huard », ceux qui l’ont fait « tourner » . « Je vous demande de vous intéresser plus spécialement aux ouvriers qui ont débuté avec moi à l’usine du temps de mon père » disait Jules Huard dans son testament en décembre 1929.

Jean Huard, le dernier de la lignée à avoir dirigé l’entreprise, n’eut garde d’oublier tous les salariés qui ont travaillé dans l’usine (discours inaugural, 7 avril 2005)

Mémoire de tous ceux, patrons et ouvriers, dont le travail commun, les conflits comme les synergies, ont su porter la renommée de Huard, et de Châteaubriant, à l’échelle européenne.

Mémoire et émotion à la lecture de la dernière lettre adressée par Paul Huard et Gabriel Delatour, le 17 juin 1940. Le lendemain, les Allemands entreront à Châteaubriant pour quatre longues années d’Occupation.

Mémoire ... et regrets face à la chute d’une entreprise qui a entraîné tant de personnes dans d’énormes difficultés. Le sentiment des survivants est partagé entre la fierté d’être « un Huard » et l’amertume de ne l’être plus, de n’avoir pas pu assurer un emploi aux enfants.

La recherche menée par Christian Bouvet, Franck Tessier et l’association Histoire et Patrimoine, est remarquablement intéressante et vivante. Le livre « Huard » retrace cette épopée (en vente à l’exposition, 38 euros). L’exposition reproduit, en grand et de façon simple, les principales étapes de l’entreprise. Elle montre en particulier les ateliers de 1931 et différents postes de travail auprès du marteau d’estampage, de la presse à découper, et du dispositif de polissage des versoirs. Atelier d’outillage, atelier de peinture au trempé, ateliers des prototypes : toute une découverte à faire pour les plus jeunes.

Une petite partie de l’histoire ouvrière est retracée à partir de la grande grève de 1919 opposant un patron, Jules Huard, qui se veut et qui est attentif au sort des plus démunis, et des ouvriers qui refusent l’assistance et demandent la justice. Le paternalisme de l’époque se heurte au refus de l’assistanat, [même si ces mots, alors, ne font pas encore partie du vocabulaire courant].

Cette histoire ouvrière mérite des recherches plus approfondies, de même qu’il est nécessaire de rappeler l’apport du syndicalisme, à partir des années soixante, au sein du Comité d’Entreprise, pour pousser l’entreprise à la diversification.

L’entreprise Huard tombe, en 1987, « quand le marché de la charrue se rétrécit au point de ne pouvoir faire vivre la communauté Huard » dit Christian Bouvet.

semoir_Huard-3
Expo au Marché Couvert.
Au premier plan : un semoir Huard
« simplex »

Il reste beaucoup de tristesse.
Le souvenir s’efface, Kuhn a effacé le nom de Huard. De l’usine de la Rue des Vauzelles il ne susiste qu’un mur sans âme. Ce qui reste encore, à savoir l’atelier de la Route de Fercé, va-t-il pouvoir être sauvé, pour y installer un musée de la charrue ? Ou laissera-t-il la place à un rond-point ? Christian Bouvet, lors du discours d’inauguration, a fortement insisté. Le maire, présent, n’a pas eu un mot pour le rassurer ....

En attendant, allez donc voir l’exposition, jusqu’au 5 mai, au Marché Couvert   à Châteaubriant. Ouvert les mercredis et dimanches de 9h30 à 12h30 et tous les après-midis sauf le lundi, de 15 h à 18h30. Livre en vente à l’exposition.

Au cours de l’automne une exposition spéciale sera consacrée aux photos de l’entreprise Huard, de façon à pouvoir identifier les personnages.


 Déception

La Mée a reçu, le 7 avril, le livre de Christophe Belser intitulé « L’usine aux champs, Huard, Franco et compagnie ». Il est notamment question de Ney-Leroy, de la FMGC, de Focast, des ABRF.

De très belles photos couleur ...... et plein d’erreurs ! La cheminée d’affinage de la Hunaudière   est baptisée « Haut-fourneau de Moisdon-la-Rivière », Jules Huard est appelé Paul, Paul Huard est appelé Jean, l’estampage aux Forges est baptisé « fonderie » etc. Une méconnaissance certaine du patrimoine industriel et un texte non relu par l’auteur ! Dommage

(Geste Editions)

Hommage à Germaine Huard, Résistante