Accès rapide : Aller au contenu de l'article |  Aller au menu |  Liste complète des articles  |  Aide  |  Contact |
bandeau

Accueil > Thèmes généraux > Agriculture > Les agriculteurs > Agriculteurs et commerce équitable

Agriculteurs et commerce équitable

Ecrit le 23 mars 2016

Blocage et Commerce équitable

Mercredi 2 mars 2016, un groupe d’agriculteurs a décidé de bloquer un camion de la coopérative Eurial à Plessé. L’objectif est d’obtenir une rencontre avec les responsables de la coopérative pour exprimer leur ras-le-bol de voir ainsi leur production bradée. Le 7 mars ils ont bloqué un camion de lait à Blain (photo) et un autre le 16 mars à Vay.

Blocage d’un camion

Le prix payé aux producteurs ne couvre pas les coûts de production. Quant à envisager une rémunération de leur travail, dans le contexte actuel, c’est impossible ! La situation est de plus en plus tendue. Les éleveurs de la Confédération paysanne exigent la mise en place d’un système de régulation afin de maintenir offre et demande en adéquation, c’est le seul moyen de garantir une juste rémunération de leur produit.

Dans les magasins d’alimentation, il y a des rayons dédiés au commerce équitable : chocolat, sucre, café et autres denrées cultivées et transformées à l’autre bout du monde, à des prix permettant aux producteurs concernés de gagner correctement leur vie. Et c’est très bien !

Mais quand on passe dans les rayons des viandes et produits laitiers, on achète souvent des aliments à des prix ne permettant pas aux éleveurs de vivre décemment de leur travail. Pour rogner quelques centimes d’euros par litre de lait, et quelques dizaines de centimes par kilo de viande, on asphyxie les petits producteurs en les maintenant dans une situation où ils sont obligés de renoncer à tout bénéfice, voire de vendre à perte jusqu’à ce que, gagnés par le désespoir, ils renoncent à leur activité et vendent leurs exploitations à de plus grosses structures, qui elles-mêmes seront bientôt dans la même situation.

Les prix baissent. Les éleveurs, dont les marges s’écroulent, sont incités à augmenter leur production pour faire baisser les coûts et récupérer un peu de marge, mais cette augmentation de production entraîne une baisse des prix de vente et les marges dévissent à nouveau. Cette course en avant éradique les exploitations à dimension humaine et transforme toujours plus de régions rurales en zones dédiées à la production intensive et à l’élevage concentrationnaire où les animaux sont enfermés et entassés, ce qui implique l’utilisation de produits chimiques, de médicaments et d’aliments industriels.

Il faudrait donc créer un label de commerce équitable pour la viande et les produits laitiers, qui garantirait simplement que les producteurs concernés soient rémunérés au juste prix de leur travail. Si on le fait pour des produits venant de l’autre bout du monde, pourquoi ne pas le faire aussi pour nos productions locales ?

Cela mettrait devant leurs responsabilités tous les acteurs de la chaîne de transformation et de distribution, incluant les consommateurs.

Nous vivons dans une démocratie de consommation dans laquelle les citoyens qui en ont les moyens votent aussi en faisant leurs courses. Notre pouvoir d’achat nous donne les moyens de construire l’avenir de notre société et à cet égard nous avons une responsabilité proportionnelle à notre aisance financière (si applicable).

Les enjeux dépassent très largement le cadre de l’élevage ou de l’agriculture, ou même celui de la vie rurale. Le dogme de la productivité à tout prix, des objectifs chiffrés, de l’exploitation « scientifique » de toutes les formes de ressources, y compris humaines, gagne toutes les strates de la société. Il entraîne la souffrance au travail de beaucoup de gens, et pour beaucoup d’autres la souffrance de ne pas avoir la possibilité de travailler ou de ne pas pouvoir vivre de leur travail.
Olivier Bailleux

Lire aussi : Yves Daniel interroge Stéphane Le Foll