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Paysans : nous sommes atterrés...

Ecrit le 13 avril 2016

L’assemblée générale de SOS Paysans, qui s’est tenue à St Vincent des Landes le 29 mars dernier, a entendu le témoignage de Jean Claude BALBOT, éleveur dans le Finistère et administrateur de la Fédération nationale des Civam (centres d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural) qui analyse ainsi la situation actuelle :

« Nous sommes dans une société libérale, dit-il, où on continue à vider les campagnes, où il y a de plus en plus d’exclus du travail, de mal-logés ou de pas logés du tout. Le gouvernement est soumis aux diktats des lobbys qui, eux, vont bien. On nous dit : ’’travailler plus pour gagner plus’’, mais il y a un autre modèle ».

Jean-Claude Balbot a été éleveur, pendant 38 ans, en viande bovine, sur 53 hectares. « J’ai perdu de l’argent, dit-il, pendant les quatre années où j’ai voulu suivre le modèle dominant, en faisant du maïs. Puis j’ai compris, j’ai changé de technique, je me suis dirigé vers un système herbager, plus autonome (Méthode Pochon) et je me suis diversifié dans l’accueil touristique, en direction des enfants et des catégories sociales défavorisées ». Il fait référence aux « Jours heureux » c’est-à-dire au programme du Conseil National de la Résistance : « éducation populaire, émancipation des populations rurales » - « C’était le temps où l’on apportait, dans les campagnes, le progrès, le savoir, les machines ».

 C’est beau, les machines

Jean-Claude Balbot raconte ce qu’il a découvert aux États-Unis. « Un tracteur peut ensemencer 40 hectares en une heure. Le problème est qu’il le fait sans conducteur car il est commandé par un drone et au bout du champ ce sont 40 tracteurs identiques qui sont ainsi télécommandés en même temps » Et les hommes pointent au chômage.
Et les riches producteurs s’indignent de voir ces prolétaires qui ne travaillent pas ! Le développement de la technique, c’est pour que les hommes soient esclaves de la technique.

 Economie, autonomie

Mais les machines, mal maîtrisées, ont asservi les hommes. « l’investissement excessif sur les fermes, incité par le système fiscal, fragilise la durabilité des exploitations ». Il nous faut mener une réflexion collective sur le développement, tenir un raisonnement purement économique : voilà les moyens dont je dispose, comment puis-je produire de la façon la plus rationnelle possible ? Economie, autonomie, bon sens.

« Il faut être économe pour gagner son argent. Ceux qui gagnent leur vie sont ceux qui dépensent le moins » - « Il faut garder sur la ferme l’autonomie de décision, alors que les politiques publiques incitent au contraire » . Ce sont ces modèles-là qui se transmettent le mieux car il y a moins de capitaux en jeu, et cela favorise l’installation de jeunes.

Et puis il faut du bon sens. Jean-Claude Balbot rappelle qu’une armée ne marche jamais au pas en passant sur un pont (sinon le pont s’effondre). « Nous sommes toujours dans une période de crise. Si on veut faire face à une grande vague, il faut plonger en dessous ».

Pour lui, l’obstacle ce sont les politiques agricoles publiques qui coûtent beaucoup trop cher. « Il faudrait faire une évaluation exhaustive, mais cela bouleverserait trop de choses. Alors ce n’est pas fait et c’est dommage »

 Modèle industriel

« Il nous faut critiquer le modèle industriel de l’agriculture : il conduit à l’accumulation du capital, à une grande consommation de tracteurs, d’intrants, de logiciels. La dépense publique se concentre sur le minimum de producteurs et on assiste à une poursuite de la diminution des exploitants. Pour beaucoup c’est le désespoir. Dans nos campagnes il y a un climat de guerre civile. Il nous faut être attentifs à cela » dit-il.

 S’obstiner à militer

Le modèle économique actuel, c’est le néo-libéralisme, basé sur l’individualisme :
– le commerce ne doit pas être entravé
– l’exploitation doit apporter du revenu à l’entrepreneur sans s’occuper de justice sociale.

« Il nous faut faire une politique de l’homme et pas de la finance. Il faut revenir vers l’emploi quitte à s’interroger sur l’utilité de la technique, dit-il. Il faut changer l’évaluation de la politique agricole, ne plus prendre en compte seulement les volumes mais ce que gagne le paysan ».

« Une politique de l’homme se doit de faire attention aux plus faibles. Dans mon élevage, dit-il, quand je voulais juger de la santé de mon troupeau d’une centaine de vaches, c’est vers la plus faible que j’allais. Si elle allait bien, je savais que le troupeau était en bonne santé »

« Il faut nous obstiner à militer car, demain, il y aura encore des jeunes qui viendront vers nous »

Mais militer comment ? Le débat s’instaure dans la salle :

– Nous n’avons pas grand-chose à attendre du système de l’impôt, ni de la sécurité sociale. Mais brûler les bâtiments de la MSA   (Mutualité sociale agricole) comme le font certains manifestants agricoles, c’est brûler le lien entre les paysans. Si un jour on ne paie plus l’impôt, il n’y aura plus de raisons de vivre ensemble.

– « on ne peut qu’être jaloux de la force de frappe du syndicat FNSEA, dit un agriculteur jusqu’auboutiste. Le rapport de force se se fera pas dans la douceur, et par le vote non plus ». D’autres au contraire ont dit que la non-violence est une arme qui a fait ses preuves.

– Le patrimoine cumulé des 1 % les plus riches du monde a dépassé, en 2015, celui des 99 % restants, selon une étude de l’ONG britannique Oxfam réalisée à l’approche du forum économique mondial de Davos (Suisse), et publiée lundi 18 janvier 2016. Les 62 personnes les plus riches au monde possèdent autant que les 3,5 milliards les plus pauvres. « Pour nous c’est là que sont les zones de non droit qui engendrent injustice et violence »

– il nous faut aller vers les écoles, ne pas hésiter à témoigner, résister au conformisme agricole. « Je souhaite transmettre à des jeunes mon exploitation et mon caractère » a dit Jean-Claude Balbot. Un message d’espoir, sans doute, alors qu’on a senti, dans cette assemblée, que les militants broient du noir devant le déréglement économique sans limite.

 Ce qui n’est plus rentable devient jetable

Que dire du machiavélisme des dirigeants (Politiques, Professionnels, Transformateurs et Banquiers ) du modèle agricole industrialisé dominant, qui après avoir récupéré tout ce qui pouvait l’être chez les perdants du système (terre, bâtiments, cheptel, droits à produire, maison etc…. ) se contentent (constatant leur impuissance à gérer le drame humain que cela engendre) de confier leurs victimes, en dernier recours, à une Association comme SOS Paysans et ses bénévoles,

Ils considèrent ainsi qu’ils auront fait tout ce qui était en leur pouvoir, dégageant ainsi leur responsabilité de tout ce qui pourrait arriver ensuite. (Drames ou misère familiales). Trop facile !

SOS Paysans ne pourra pas répondre à toutes les demandes urgentes formulées par les agriculteurs (gros ou petits) dans le désarroi compréhensible qui résulte de leur situation, résultat de leurs choix, consentant ou pas ? Il n’est jamais facile de reconnaître que l’on a pu se tromper !
« Nous ne voulons pas céder à la sinistrose mais sommes atterrés devant ce qui se passe autour de nous. Nous nous devons de prôner un autre modèle et de démasquer ceux qui nous chargent d’accompagner les « Faillis » qui ont cédé aux sirènes du capitalisme ambiant [ceux qui croyaient qu’avec le système actuel ils seraient riches un jour] »


Ecrit le 13 avril 2016

 L’agriculture à St Vincent

Au début de la réunion de SOS Paysans (lire page 3), Yves Blais, adjoint au maire de St Vincent des Landes, a présenté sa commune sous son aspect agricole :

« En 1960, dit-il, il y avait à St Vincent :

  • - 2 maréchaux-ferrants
  • - 1 bourrelier
  • - 2 mécaniciens et
  • - 11 cafés
    et 120-130 exploitations agricoles (en comptant les petites ’’biqueries’’ de moins de 5 ha). Dix ans plus tard, il y avait 48 exploitations de plus de 25 ha. Actuellement 17 exploitations plus étendues, deux exploitations hors-sol et une ferme bio (élevage de vaches Salers). Beaucoup de terres agricoles de la commune sont reprises par des agriculteurs extérieurs à la commune, qui font de l’intensif et de l’épandage et qui déboisent à tout-va.
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Ferme-eau

Originaité : la Ferme’eau Koï qui élève et vend des poissons d’ornement pour aquariums et bassins.

Mais il y a aussi des jeunes agriculteurs qui s’arrangent pour maintenir des haies. Ils travaillent avec la société de chasse pour le maintien du bocage et le respect des normes environnementales.