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1895, abandon à la naissance

Ecrit le 20 avril 2016

Le petit Yves Germain

1890-1895, les abandons d’enfants sont fréquents à Châteaubriant : ’’filles-mères’’ ou parents décédés, familles dans l’indigence complète. On voit ainsi des enfants expédiés à l’hospice de Nantes, ou des jeunes d’une quinzaine d’années enfermés pour aliénation mentale. Mais voici un cas bien particulier :

Le 11 novembre 1895, Mme Veuve Cheval écrit au Directeur des Enfants Assistés à Nantes : « Le 31 octobre dernier a été déposé chez moi un enfant né de père et mère inconnus. L’enfant est resté en dépôt chez moi jusqu’aujourd’hui 11 novembre. Je ne puis le garder plus longtemps. C’est un enfant complètement abandonné que je vous prie, Monsieur le Directeur, de bien vouloir faire admettre à l’hospice chargé de recevoir les enfants assistés. L’enfant est du sexe masculin, il a été déclaré à la mairie de Châteaubriant sous les noms de Yves Germain né le 31 octobre 1895 de père et mère inconnus. Il a été baptisé le 4 novembre 1895 à l’église St Nicolas de Châteaubriant. Veuillez agréer, M. le Directeur, l’expression de tout mon respect ». C’est signé : Veuve Cheval, demeurant Faubourg de la Barre à Châteaubriant. Enfin, signé, c’est beaucoup dire car on verra par la suite que cette dame ne sait pas signer. Et, dans la marge du cahier trouvé aux archives de Châteaubriant, il est noté : « Lettre faite par le docteur Gémin au nom de Madame Cheval », les ratures permettent de se demander si c’est bien le docteur Gémin qui a fait la lettre.

18 novembre 1895, la scène se passe à la mairie de Châteaubriant à 11h et le maire, Gaston Barbotin, écrit : « Devant nous s’est présentée la nommée Baron Jeanne, veuve Cheval, journalière, âgée de 53 ans, demeurant à Châteaubriant rue de la Barre. Elle nous a fait la déclaration suivante » :

« La lettre du 11 novembre 1895 par laquelle on me fait demander l’admission à l’assistance publique du petit Yves Germain, n’est pas de moi, non plus que la signature mise au pied et elle a été écrite à mon insu car je n’ai jamais eu l’idée de demander à l’assistance publique l’admission d’un enfant qu’on m’avait mis en nourrice et que j’espérais conserver. Le petit Yves Germain me fut apporté le 31 octobre vers quatre heures et demie du matin, enveloppé dans un châle et avant même d’avoir subi le premier nettoyage, c’est-à-dire au moment où il sortait du sein de sa mère. M. Le docteur Gémin qui me l’a apporté lui-même vint le visiter deux fois dans la journée et trois jours après sur ma demande a consenti à me le laisser en nourrice moyennant 25 francs par mois et il me paya le premier mois d’avance. Je ne connais rien de ce qui concerne l’enfant »

[Ndlr : ce doit être un enfant de ’bonne’ famille car, 25 francs, c’est quatre fois ce que l’assistance publique donnait aux femmes élevant des enfants assistés].

Le maire, Gaston Barbotin, déclare alors : « Par suite de la déclaration qui précède et de laquelle il résulte que la veuve Cheval n’a point demandé l’admission de l’enfant à l’assistance publique, (…), les circonstances dans lesquelles a été effectué le dépôt de l’enfant chez la veuve Cheval nous portent à croire qu’on ne peut le considérer comme un enfant abandonné puisque la famille à laquelle il appartient a fait proposer par M. le Docteur Gémin un paiement mensuel de 25 francs à la nourrice ». Il précise alors qu’il a signé, seul, « la déclarante ayant déclaré ne pas savoir signer ».

L’affaire rebondit le 26 novembre 1895 car Mlle Cheval Amélie, sage-femme, fille de Mme Veuve Cheval, se présente à la mairie à 3 h du soir, devant le maire et déclare : « La demande d’admission à l’assistance publique que j’ai faite dernièrement n’a été faite par moi qu’au nom de ma mère chez laquelle est en nourrice l’enfant Yves Germain. Je n’ai sur cet enfant aucun renseignement, je ne sais pas d’où il vient, il a été apporté chez ma mère le 31 octobre dernier vers 4h et demi du matin. Je n’ai rien à ajouter à ma déclaration » . Cette déclaration est signée d’Amélie Cheval et du maire. Celui-ci écrit alors : « Attendu que la dame Veuve Cheval est disposée à conserver l’enfant aux conditions qui lui avaient été proposées, sommes d’avis qu’il n’y a pas lieu de prendre en considération la présente demande d’admission tant que la pétitionnaire elle-même, la dame Veuve Cheval, gardienne de l’enfant, n’aura pas fait connaître les motifs qui ont pu lui faire modifier son intention depuis la déclaration qu’elle nous a faite et qui a été transmise par moi à l’administration supérieure ».

Fin de l’histoire, on ne sait pas ce qu’il est advenu de l’enfant et de sa nourrice. On notera quand même qui, ni le médecin, ni la sage-femme, ne connaissent les parents de l’enfant. Né du Saint-Esprit ?

Un enfant de cinq ans devant le juge