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Les Français en quête de lien social

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Écrit le 04 mai 2016

En 2013 la Direction Générale de la Cohésion sociale s’est intéressée à la façon dont les Français analysent leur vie sociale. Un rapport de 105 pages fait le point sur les conditions de vie et les aspirations après enquête auprès de 2009 personnes :

Le Conseil de l’Europe définit la cohésion sociale comme un arbre :

« les racines de l’arbre correspondent au « monde de la vie », aux fondements mêmes de la capacité de trouver un consensus sans violence sur l’idée du bien-être pour tous ;
le tronc et les branches représentent les acteurs et leurs actions dans le cadre de la coresponsabilité pour le bien-être de tous soit quatre branches : les pouvoirs publics, les marchés, les espaces publics et privés des citoyens finalement le feuillage, la partie la plus visible de l’arbre et la manifestation de son état général, représente le bien-être comme condition stable de la vie des personnes
 ».

 Chacun pour soi

Les différentes classes d’âge portent un regard différencié sur les facteurs fragilisant l’unité de la société. Les discriminations apparaissent comme le principal facteur de division de la société aux yeux des jeunes. Tandis que les personnes âgées s’inquiètent d’abord et avant tout des effets des comportements individualistes.

Les perceptions ne sont pas tout à fait identiques selon le niveau de diplôme : alors que 42% des diplômés du supérieur pointent l’individualisme, les personnes non-diplômées s’inquiètent plus souvent des risques que font peser le chômage et la pauvreté sur la cohésion de la société.

« Les Français ont le sentiment de vivre dans une société désunie. Depuis trois ans que nous les interrogeons, plus de 80% dépeignent une cohésion sociale fragile voire inexistante. L’image d’une société où règne le chacun pour soi est profondément ancrée dans les représentations ».

 Discriminations

Les discriminations arrivent ensuite en deuxième place dans la liste des facteurs qui font aujourd’hui obstacle à l’unité de la société aux yeux de l’opinion. Il faut dire que l’étude révèle que près d’une personne sur deux a été le témoin d’une discrimination au cours des douze derniers mois. Les discriminations sont liées d’abord à l’origine ethnique ou à la religion avant celles liées à l’âge, au handicap, au genre ou à l’orientation sexuelle. Des analyses statistiques confirment qu’avoir été témoin d’une discrimination ébranle fortement l’image de la cohésion sociale.

 Inégalités

Rappelons que les discriminations peu-vent être définies comme des « inégalités de traitement » entre citoyens : inégalités d’accès au logement, à l’emploi, aux services publics, etc. Or nos concitoyens sont très sensibles aux inégalités et depuis longtemps : 87% des Français ont ainsi le sentiment de vivre dans une société où les inégalités se creusent. « Ce sentiment n’est pas nouveau. Et nos travaux montrent qu’il participe lui aussi beaucoup à forger l’idée d’une cohésion sociale fragile » dit l’étude.

De plus une très grande majorité regrette le manque de personnalisation des services publics et des inégalités de traitement selon les citoyens. Ces perceptions négatives jouent, elles-aussi pour beaucoup dans l’idée que se fait la population de la société : toutes choses égales par ailleurs, avoir le sentiment que les services publics prennent suffisamment en compte la situation de chacun multiplie par 3,4 la probabilité de considérer que la cohésion sociale est forte.

 Fatigue de la compassion

44% de la population voient dans le respect mutuel la condition la plus indispensable à la cohésion sociale. Et par respect ils entendent majoritairement l’ouverture aux valeurs et cultures de chacun.

58% des Français se disent « beaucoup » ou « assez inquiets », pour eux-mêmes ou leurs proches, des risques d’agression dans la rue ; or plus les individus craignent pour eux-mêmes ou leurs proches les risques d’agression, plus ils considèrent le respect entre individus et le respect des lois indispensables. De surcroît, on décèle, depuis 2010 ce que l’on pourrait appeler une « fatigue de la compassion » envers les plus démunis. Il faut dire que la crise, qui a débuté en 2008, se distingue des crises précédentes à la fois par son ampleur mais aussi par sa durée.

Les Français restent très sensibles à la lutte contre les inégalités mais leur empathie a tendance à diminuer, probablement sous l’effet d’un certain défaitisme et un sentiment d’impuissance, dans un contexte de déficit public très prégnant

 Désabusés

Les Français sont, de manière générale, relativement désabusés par rapport à leur classe politique : rappelons que, au début 2013, seuls 17% de la population ont confiance dans le personnel politique. C’est particulièrement vrai dans les catégories modestes.

 Et pourtant

Quelques indicateurs tentent de mesurer la cohésion sociale en France : le sentiment d’être intégré dans la société, l’inscription dans un territoire géographique, l’insertion dans un réseau social approché au travers des relations nouées dans un cadre professionnel, des liens amicaux, familiaux, des relations de voisinage, ou des liens forgés grâce aux nouvelles technologies.

Contrairement à l’image qui prévaut parfois d’une société passéiste où les liens se délitent, et où domine l’anonymat, l’enquête montre que le lien social est diversifié et dynamique. 75% des Français ont ainsi eu par exemple plusieurs conversations avec leurs voisins au cours du mois précédent l’enquête. 65% se sont même rendu au moins un petit service entre voisins, comme surveiller des enfants, faire les courses, garder la maison, prêter des outils de jardinage ou de ménage, etc.

Alors qu’en règle générale, les pratiques relationnelles sont plus fréquentes chez groupes diplômés, les personnes aux revenus élevés ou les jeunes, les liens de voisinage ont la particularité d’être plus soutenus chez les personnes âgées : 85% des plus de 70 ans ont eu plusieurs conversations avec leurs voisins au cours du mois précédent l’enquête contre 61% chez les plus jeunes.

Les liens de voisinage semblent également jouer le rôle de réseau de solidarité et apporter des solutions à des difficultés rencontrées au quotidien par les catégories modestes, qui se rendent plus souvent des services fréquents (46%) entre voisins que les plus aisés.

Le désir de liens avec les autres se décline jusque dans l’usage des nouvelles technologies : 39% des Français participent aujourd’hui à des « réseaux sociaux en ligne » et 27% indiquent même avoir rencontré de nouvelles personnes grâce aux nouvelles technologies et Internet.

L’étude permet ainsi de répartir la population en quatre groupes qui se distinguent à la fois par l’intensité et la diversité de leurs réseaux relationnels ainsi que par leur rapport au numérique dans leurs pratiques relationnelles.

1) un premier groupe, les ‘’seniors isolés’’, se caractérise par un relatif isolement à l’exception notable des relations de voisinage. Vivant seuls, étant plus âgés que la moyenne des personnes, ils ont aussi des revenus plus faibles. Ils rencontrent peu leurs amis, participent peu à des associations et ne fréquentent quasiment jamais des lieux identifiés comme susceptibles de créer des liens : équipements sportifs, cinémas, bibliothèque, à l’exception de fréquentation épisodique des lieux de culte. En revanche ils discutent quotidiennement avec leurs voisins et échangent parfois des services. C’est le groupe qui ressent le plus durement le sentiment de solitude, c’est aussi celui qui accorde le plus d’importance à la cohésion sociale.

2) Le deuxième groupe, que l’on peut appeler les ‘’traditionalistes’’, privilégie une sociabilité physique et épisodique : des discussions avec des voisins, et quelques services de temps à autre, l’invitation d’amis à dîner une fois par mois environ, une faible fréquentation de lieux de loisirs, une faible participation associative. On y trouve beaucoup de couples mariés, plutôt âgés, plutôt sans enfant au foyer et de classes moyennes. Ce groupe valorise beaucoup la famille qui est pour lui le seul endroit où l’on se sente bien et détendu. A contrario il investit peu son réseau amical : seule la moitié d’entre eux estiment ainsi que les amis sont importants dans leur vie. Ce groupe a une vision plutôt négative de la cohésion sociale et s’identifie souvent à sa commune, son quartier.

3) Le troisième groupe que l’on appellera les ‘’multi-sociables’’ témoigne d’une activité relationnelle soutenue et surtout diversifiée : ces personnes multiplient les occasions et supports de rencontre aussi bien dans leur vie professionnelle, que dans leurs loisirs. Ils rencontrent leurs amis et des membres de leur famille proche régulièrement, discutent souvent avec les voisins. Ils utilisent également les outils numériques de temps en temps, ils sont présents sur les réseaux sociaux en ligne dans des proportions voisines de celles observées en moyenne et ont parfois noué des contacts grâce au web et aux nouvelles technologies. On y trouve beaucoup de couples avec enfants, diplômés du supérieur, et de foyers avec des revenus élevés. 70% d’entre eux ne se sentent jamais seuls.

4) Le dernier groupe, ‘’les jeunes numériques’’, rassemble des personnes dont la sociabilité est très tournée vers le réseau amical et mobilisant beaucoup les nouvelles technologies. Ce groupe a également des pratiques de loisirs variés. À l’inverse ce groupe est très peu intégré dans son réseau de voisinage et témoigne d’une certaine distance à ses relations familiales. Ce groupe est composé de célibataires, vivant seuls, jeunes. Ces personnes souffrent, de temps à autre, d’un sentiment de solitude.

 Améliorer

En 2012, 46% de la population considéraient que les pouvoirs publics (État, collectivités locales, services sociaux) étaient les mieux placés pour améliorer la cohésion de la société. Mais comment ?

52 % placent la lutte contre le chômage en tête des moyens permettant de restaurer la cohésion nationale. Élargir l’offre de logement et améliorer la qualité de l’éducation complètent le triptyque des grandes directions dans lesquelles le corps social attend des actions de la puissance publique.

Mais, cette année voit aussi la progression de deux attentes. Le soutien de la croissance économique et la demande d’une fermeté accrue à l’égard des délinquants.

L’école est considérée comme très importante pour la cohésion sociale : espace de mixité et de rencontre, lieu de transmission de valeurs républicaines, passeport pour l’intégration au travers du diplôme, Ce rôle est particulièrement valorisé pour les personnes attachées au partage de valeurs, à la lutte contre les inégalités, à la solidarité entre individus.

 Chacun … et tous

Enfin l’enquête montre que plus de la moitié de la population (52%) considère que l’unité du corps social s’appuie à la fois sur des initiatives personnelles et des mécanismes de solidarité collective.
Moins d’un cinquième fait reposer la cohésion de la société uniquement sur l’État providence,
et seulement un quart donne une priorité absolue aux actions des individus.

Voir SOS Amitié

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