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Miko, Alex, Raed, Asmahan ...

Ecrit le 11 avril 2016

Environ 200 personnes, le 22 avril dernier à la soirée Palestine-Israël à Ruffigné et quatre intervenants de qualité.

 Miko Peled

Miko Peled est un militant de la paix qui ose dire en public ce que les autres choisissent encore de nier. Né à Jérusalem en 1961 dans une famille sioniste bien connu, son grand-père, le Dr Avraham Katsnelson était un dirigeant sioniste et signataire de la Déclaration d’Indépendance d’Israël. Son père, Matti Peled, était un jeune officier dans la guerre de 1948 et un général dans la guerre de 1967, quand Israël a conquis la Cisjordanie, Gaza, les hauteurs du Golan et du Sinaï. Et puis Matti est devenu pacifiste, et l’est resté même quand sa petite-fille âgée de 14 ans a été tuée dans un attentat-suicide.

Pour Miko, le sionisme est une vision du monde. « Il est impossible d’être sioniste et de vouloir la paix » dit-il.

« Dans cette terre du Proche-Orient, doit-il y avoir un pays ? Ou deux pays ? Un Etat ? Ou Deux Etats ? Beaucoup de pays ont reconnu l’État Palestinien : mais où est cet Etat ? Pour résoudre le conflit Israël-Palestine, faut-il une conférence de paix ? Ou la Résistance ? ».

Pour Miko, le conflit israélo-palestinien est de la responsabilité des Occidentaux. Une de ses manifestations est la déclaration de Lord Balfour en 1917, souhaitant ‘’l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif,’’ ce qui sera mis en œuvre durant la conférence de Paris (1919), préalable au traité de Sèvres (1920), confirmé par la conférence de San Remo (1920). Et puis la guerre de 1939-1945, et l’horreur de la Shoah provoquèrent une réaction de culpabilité des Occidentaux. Le 29 novembre 1947 est mis au point un plan de séparation de la Palestine en trois entités : un État juif et un État arabe, Jérusalem et sa proche banlieue étant placées sous contrôle international en tant que corpus separatum. « La population palestinienne, plus nombreuse, reçut le territoire le moins important » dit-il.

Le lendemain du vote, la Première Guerre israélo-arabe débute. Cette période historique est racontée différemment :
– les Sionistes : les Arabes nous ont attaqués, nous avons gagné, c’est une belle histoire de retrouver nos racines.
– les Palestiniens, eux, parlent occupation et terrorisme.
« Impossible d’établir un pont entre ces deux histoires. Certains historiens juifs commencent à comprendre la version palestinienne » dit Miko qui a eu accès aux archives d’Israël ce qui lui a permis de publier en 2012 un livre dénonçant les crimes de guerre commis par Israël : « Le fils du général : le voyage d’un Israélien en Palestine ».

« Les sionistes revendiquent le « droit au retour » à leur ancienne patrie alors qu’ils nient ce même droit aux Palestiniens, qu’ils ont dispersés en 1948. Ils utilisent les histoires de la Bible comme un cadastre. Les Juifs qui sont revenus en Palestine, n’étaient pas ceux qui ont été expulsés de leur patrie il y a plusieurs milliers d’années, ni même leurs descendants, mais ils revendiquent une partie de l’héritage des anciens Hébreux » dit-il.

« La Palestine a été occupée dès 1949, tout de suite Israël a commencé à implanter des colonies sur le territoire affecté aux Palestiniens. Israël n’acceptera jamais un Etat Palestinien. Le peuple juif a des droits, mais pas les Palestiniens ».

« Les Palestiniens sont enfermés dans la bande de Gaza et Israël y mène des attaques depuis le début des années 50, avec des avions et des tanks. Les Palestiniens de Gaza n’ont jamais représenté une menace pour Israël, mais Israël a réussi à faire croire que ses attaques sont de l’auto-défense et à le faire répéter par les journalistes du monde. C’est magique » dit Miko en expliquant que le vocabulaire employé n’est pas neutre : « Les Palestiniens sont toujours qualifiés de terroristes, alors qu’ils sont des Résistants ».

Pour Miko, il y a d’autres moyens que la force armée, par exemple le boycott mondial des produits israéliens.

 Alex Abu Ata

Le deuxième intervenant a expliqué la crise de l’eau en Palestine, disant que ‘’la région est riche en eau mais que le manque d’eau sur certaines terres est le résultat de la discrimination vis-à-vis des Palestiniens’’. « En 1967 le contrôle des ressources en eau a été transféré à l’armée israélienne. Depuis 1982 Ariel Sharon a transféré ce contrôle à Mekorot, c’est à dire à la Compagnie Israélienne des eaux. Globalement les israéliens prélèvent 90 % de l’eau. L’été les villes palestiniennes subissent de longues coupures, l’eau ne leur arrive parfois que toutes les semaines, ou toutes les deux semaines, souvent la nuit, et il faut se précipiter pour faire vaisselle, lessive et stocker de l’eau dans des conteneurs ».

L’OMS (Office Mondial de la Santé) recommande au moins 100 litres d’eau par personne et par jour. Les Français en consomment 280 litres, les Israéliens 300 litres, et les Palestiniens 70 litres. « Les Palestiniens souhaitent souvent réaliser

 La sœur de Miko

Nurit Peled-Elhanan est membre du Cercle des Familles Endeuillées pour la Paix, organisation pacifiste israélo-palestinienne réunissant des parents qui ont le deuil en commun mais aussi la volonté de transformer leur tragédie personnelle en combat pour la paix. Ce deuil, Nurit Peled-Elhanan et sa famille le connaîtront hélas quand, en 1997, sa fille Samarder, alors âgée de 14 ans sera tuée dans un attentat suicide perpétré par un Palestinien à Jérusalem. Après cela, Nurit Peled-Elhanan déclarera pourtant : « Cette attaque démontre combien mon père avait raison : seule la formule de deux Etats pour deux nations séparées par une frontière et incluant la partition de Jérusalem constitue la solution. Ces attentats sont la conséquence directe de l’oppression, de l’esclavage, des humiliations et de l’état de siège imposé par Israël au peuple palestinien. Ces attaques sont des réponses à nos actes. (…).Bien sûr, le terrorisme auquel ils se livrent paraît plus atroce que les bombardements perpétrés par notre armée sur les camps de réfugiés mais, au fond, les dommages que nous causons sont pires ».

L’universitaire dénonce la représentation des Palestiniens telle qu’elle figure dans les livres d’école des enfants juifs : des « réfugiés, des agriculteurs primitifs et des terroristes », tout sauf « une personne normale » : « Ils sont décrits comme vils, déviants et criminels. Des gens qui ne payent pas leurs impôts, qui vivent en dehors de l’Etat et n’aident pas au développement. » ; Elle ajoute : « Vous ne verrez jamais représenté un enfant palestinien ou docteur ou enseignant, ingénieur ou fermier moderne ». 

des petits projets de citerne, pour stocker de l’eau, mais il leur faut un permis, que les autorités israéliennes refusent. Ils en construisent quand même, avec l’aide internationale, mais ces citernes sont alors illégales, et l’armée israélienne les détruit. Voilà comment votre argent s’évapore » a dit Alex Abu Ata. Pour lui, spécialiste des eaux, 10 000 colons israéiens consomment autant d’eau que 2,5 millions de Palestiniens. A Gaza, en revanche, il n’y a pas de problème de pénuirie d’eau, mais l’eau est polluée à 80 % par le déversement des égoûts dans la mer et par l’eau salée qui pénètre dans la nappe phréatique. Cette pollution est responsable de diarrhées et de la maladie du bébé bleu. Le blocus de la Bande de Gaza, qui dure depuis 8 ans, complique encore les choses.

 Raed Abu Sahlieh

Raed se présente comme prêtre catholique, arabe et palestinien, directeur de Caritas Jérusalem « Le problème n’est pas dans les écritures, dit-il, mais dans le cœur des humains ».

« Il faut encourager les gens à se rencontrer » dit-il encore. « Je n’ai pas confiance dans les politiques ». Dans ce cadre, il a créé ‘’D’une seule voix’’ (une musique pour la paix), et des ‘’lampes de paix’’ qui ont été placées dans 85 000 églises du monde. Et sur le terrain de foot de Jérusalem il organise des matches pour toutes les écoles : chrétiennes, musulmanes, juives, pour que les jeunes jouent ensemble.

« Il ne faut pas perdre l’espérance. Nous sommes sur la Croix et dans le tombeau, mais la Résurrection n’est pas loin. Nous ne voulons pas le soleil, la lune et les étoiles, nous voulons la terre : deux Etats pour deux peuples. Laissez-nous vivre en paix me si ce n’est que sur 20 % de notre terre d’origine. Il n’y a pas de solution militaire à ce conflit, car on ne peut contrôler la volonté d’un peuple qui veut sa liberté »

Pour lui, les accords d’Oslo promettaient la paix en échange de la terre. « Mais les Israéliens veulent toute la terre et la paix. Continuer à négocier sur cette base est une illusion. Depuis Oslo la colonisation israélienne s’est étendue, les israéliens ne quitteront jamais »

Raed a parlé aussi du mur, 750 km de mur de 10 mètres de haut et du conflit qui concerne ‘’le tombeau de Rachel’’ un des lieux-saints des juifs, des musulmans et des catholiques. « C’est incroyable, dit-il, ce sont les morts qui enferment les vivants ».
Raed est pour un Etat unique, démocratique et laïc où cohabiteraient les trois religions. « Appelez-le comme vous voulez, cet Etat, Canaan par exemple, mais il faut arriver à faire comprendre que les hommes ici sont tous descendants d’Abraham, qu’ils sont frères et sœurs et qu’ils doivent choisir : vivre ensemble ou se bagarrer pour l’éternité ».

« J’ai fait un rêve : un jour il y aura un président palestinien, et un premier ministre israélien. Tout ce qui a été construit sur le mensonge, l’injustice, ne pourra pas tenir. Ce n’est peut-être pas si loin. 50 ans ? 10 ans ? On n’est pas pressés, nous avons tout perdu alors nous avons la patience d’attendre. Mais ce jour viendra, alors pourquoi ne pas le faire aujourd’hui pour sauver beaucoup de vies, de sang, de haine entre deux peuples.Il faut aider les Palestiniens et les Israéliens à faire la paix ».

 Asmahan

Asmahan Ebrighith est une femme palestinienne de Beit Ommard, militante d’une association rassemblant des femmes palestiniennes et israéliennes. Sa venue à Ruffigné est une première : première fois qu’elle sort de la Palestine. Elle raconte sa ville, Beit Ommar, encerclée sur quatre côtés par des colonies israéliennes.

« Pour entrer, il n’y a qu’une seule porte, contrôlée par les soldats. Dans la ville il y a 18 000 habitants soumis aux ordres de ces soldats. Nous ne pouvons pas sortir librement. Notre ville souffre des agressions des colons, ils envahiisent, ilsbrûlent. Peut-il y avoir la paix entre deux Etats inégaux ? Ils imposent leurs volontés, et je dois être soumise. Ils nous qualifient de : terroristes. Un enfant avec une pierre dans la main est un terroriste ? Et pas un soldat avec un fusil ? ».

« Quand je passe près des soldats, j’ai peur d’être tuée. Il ne faut pas faire de geste car, si vous avez la main dans la poche et que vous la retirez, ce peut être mal interprété. La vie en Palestine, c’est une vie en prison ».

 Pas de soumission

« Nous souffrons, mais les israéliens souffrent aussi. Si la situation économique est mauvaise pour nous, elle l’est aussi pour eux. Nous sommes des êtres humains. Le gouvernement nous considère comme des objets ».

« La guerre contre nous n’a pas donné de résultat. Les jeunes générations, qui n’ont
connu que l’Occupation, sont toujours plus forts et pas dans un esprit de soumission. Ce conflit est un conflit européen. Si vous avez créé les problèmes, c’est à vous de les résoudre, d’imposer une solution aux deux protagonistes. La voie diplomatique ne résout rien. Il est impossible, pour les enfants, de ne rien faire. Les enfants ne supportent pas l’humiliation permanente on en arrive alors à des actions de loups solitaires. C’est une forme de désespoir » dit-elle.

« Si nous arrivons à la fin de l’Occupation, ce sera la fin de la Résistance. Nous voulons la paix » conclut Asmahan.

Comité Palestine Israël -
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