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La langue des dominants

Maux de mots, lisez au delà des mots

Ecrit le 04 mai 2016

Les vieux mots ont la vie dure : on les croit démodés, ils nous parlent encore. Par exemple la lutte des classes est toujours d’actualité pour deux tiers des Français (69%), selon le dernier baromètre des Odoxa-MCI pour France Info et Le Parisien, publié le 29/04. C’est cinq points de plus qu’il y a trois ans. Parallèlement, dans un sondage « Elabe », 78% des Français redoutent une ‘’explosion sociale« . Ce risque de crise sociale »avec une multiplication des conflits sociaux voire un blocage du pays" est réel pour 64% des proches de la gauche et 84% de ceux de la droite

Et pourtant, ceux qui nous gouvernent et ceux qui relaient leurs paroles, ceux qui ‘’font l’opinion’’, se sont efforcés de brouiller les pistes, de pratiquer l’euphémisation et l’hyperbolisation, c’est-à-dire minimiser d’un côté et exagérer de l’autre.

 Euphémisation

Positiver le négatif, masquer la violence des dominants, occulter, minimiser et relativiser la violence des « maîtres » et ainsi la rendre acceptable :

- une entreprise organise un licenciement collectif : c’est un « plan social » ou mieux un « plan de sauvegarde de l’emploi » ;

- le droit du travail, la protection sociale et les services publics sont démantelés : on ne parle que de « réforme », de « modernisation » ou d’ « assouplissement » ;

- le propos raciste tenu par un ministre de l’Intérieur est requalifié en « boulette » ou « dérapage » autant de termes soulignant finalement son insignifiance ;

- le viol d’une fillette par un cinéaste de renom n’est qu’une « « affaire de moeurs »

- la police cogne sur des manifestants : ce n’est qu’une « intervention musclée » ;

  Hyperbolisation

Une autre technique de camouflage : l’hyperbolisation, c’est-à-dire l’exagération.
Il s’agit cette fois d’amplifier la violence des dominés, pour frapper les esprits, pour disqualifier la violence des dominés.

- les grévistes qui s’opposent aux « réformes » sont pathologisés (on parle de vaste « épidémie », de « fièvre », de « délire » ou de « crispation »), la grève devient une « prise d’otages », et les brèves séquestrations de patrons des « violences », voire des « actes terroristes » ;

- les sans-papiers sont rebaptisés « irréguliers » ou « clandestins », et systématiquement associés à des « filières maffieuses »

- les foulards deviennent des « voiles islamistes »

- la résistance palestinienne est réduite au rang de « terrorisme », la critique d’Israël devient un « antisémitisme » et celle de la suprématie blanche un « racisme anti-Blancs » ;

- les féministes deviennent des « hystériques »

- les quartiers populaires sont rebaptisés « quartiers sensibles » ou « zones de non-droit » – et les révoltes deviennent du même coup de pures et simples « violences urbaines », justifiant ainsi un traitement strictement policier et non socio-politique.

Sources, pour vous faire votre opinion :
- un livre « les mots sont importants » par Pierre Thevanian et Sylvie Tissot (Ed. Libertalia)
- une émission vidéo