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Focast (10)

(écrit le 19 février 2003)

Gérard Riflet

C’était il y a 50 ans (ou presque), en 1954, un jeune homme entrait comme apprenti à la Fonderie Huard (devenue Focast), il y resta 17 ans, c’est dire s’il la connaît comme sa poche et si un morceau de son cœur y est resté. « Les conditions de travail n’y ont guère changé en 50 ans » regrette-t-il.

L’homme, Gérard Riflet, a fait du chemin, entrant à la Fonderie Leroy (devenue par la suite Fonderie Ragneau) comme gestionnaire, en 1971. Il y est resté jusqu’en 1984, année où les choses se sont gâtées. C’était la fermeture, ou la reprise. « Avec deux autres salariés, nous avons repris la Fonderie Ragneau, en 1985, pour la sauver, et avec la perspective de changer de lieu de production : nous en avions assez des bâtiments délabrés et de la poussière qu’il fallait constamment ingérer, il en était de même pour les riverains » raconte Gérard Riflet qui dit que, au moment de son implantation, la Fonderie Leroy (Ragneau) était idéalement placée, à l’Est de la ville. Les vents dominants, qui chez nous viennent de l’Ouest, portaient loin de la ville les fumées et les poussières. Mais ...

Mais la ville s’est étendue peu à peu et les nuisances environnementales ont touché les riverains, au point que ceux-ci ont obtenu de la DRIRE (direction régionale de l’industrie, de la recherche et de l’environnement) une interdiction d’exploiter. Suite à la pression des employés, et du syndicat CGT auprès du Préfet, la fonderie obtint, de 6 mois en 6 mois, l’autorisation de se maintenir, dans la mesure où il y avait un projet sérieux de déménagement.

Trois fois

En 1988-89, par trois fois, Gérard RIFLET demanda un emplacement, au maire de l’époque, Xavier Hunault, sur des terrains disponibles route de Martigné. Mais celui-ci refusa, poussant le maire de Soudan à accepter l’entreprise sur la zone industrielle d’Hochepie. On connaît la suite : la fonderie s’est appelée FMGC, son nombre de salariés est passé de 40 à 280 en 12 ans, son chiffre d’affaire est passé de 16 millions de francs à 240 millions de francs dans le même temps, en produisant des pièces simples, des contrepoids (coût de la fonte : 3 francs le kg, soit un demi-euro le kg).

Tout ce qui est fonderie, Gérard RIFLET connaît bien, en professionnel ayant gravi tous les échelons. Et c’est en tant que professionnel qu’il réagit au « plan de redéploie- ment » de la fonderie Focast, tel qu’il a été présenté à la réunion de la Communauté de Communes du Castelbriantais le 18 décembre 2002.

Questions

Il se pose des questions, en se montrant surpris de la non-réactivité (ou de l’ignorance) des élus à ce sujet.

« Focast dit être la seule fonderie, en France, pour les moteurs de bateaux et les turbines. C’est vrai, mais c’est un argument à courte vue. Il faut désormais raisonner au niveau de l’Europe. En revanche, il y a un réel savoir-faire de Focast, en ce qui concerne les grosses pièces et c’est un atout à sauvegarder. Par contre, dans le secteur Petites Pièces, FOCAST est de plus en plus concurrencée, et ce ne sont pas les investissements actuellement prévus qui vont pouvoir assurer l’avenir » dit-il en considérant que 23 millions de francs, sur 3 ans, ce n’est pas grand chose, d’autant plus que la Communauté de Communes va en réaliser plus de la moitié (13,3 millions de francs) remboursables sous forme de loyers (et avec l’espoir de subventions, encore faut-il être sûr de les obtenir).

Première question :
La garantie

Gérard Riflet ne comprend pas : « Il y a deux poids, deux mesures. Quand la FMGC a construit son usine neuve, elle a donné une garantie pour la durée totale du seul soutien de l’Etat : la Prime à l’aménagement du territoire ». Cela veut dire que la somme correspond à cette prime est restée bloquée pendant 7 à 8 ans. Dans le cas de FOCAST, la participation des Pouvoirs Publics avoisine les 13,3 millions de francs (par l’intermédiaire de la Communauté de Communes) et l’actionnaire principal ne donne sa garantie que pour 2,6 millions de francs, correspondant à 3 ans de loyers, « ce qui est très peu, puisque l’on compte en fonderie 7 à 12 ans minimum comme durée d’amortissement ».

Deuxième question :
La santé financière et les emplois

« Pour la FMGC, l’Etat a accepté de donner la prime d’aménagement du territoire, à condition que nous présentions des bilans positifs et que nous nous engagions à des embauches ». Or, dans le cas de FOCAST, on n’a jamais parlé de bilan, et donc pas du prévisionnel. « La Communauté de Communes a-t-elle donc investi les yeux fermés ? Elle ne sait pas que Focast perd de l’argent, à hauteur de un million de francs par mois ? ».

Quant aux emplois, rien n’a été exigé :

la Fonderie a actuellement 200 salariés, elle en avait 250 il y a un an « et l’actionnaire ne s’est engagé que sur le maintien de 185 emplois ».

Troisième question :
La rentabilité et l’environnement

La FMGC a régulièrement fait de gros investissements pour se mettre aux normes, améliorer les conditions de travail des salariés, réduire les nuisances environnementales et satisfaire ses clients. « Nous avons constamment la DRIRE sur le dos, alors que nous sommes en pleine campagne. Cela ne semble pas être le cas pour Focast, qui pourtant est située au cœur de la ville ». dit Gérard Riflet qui ne « marche » pas quand les dirigeants actuels de Focast disent qu’ils vont résoudre à 100 % les problèmes d’environnement. « Focast va investir dans des fours électriques pour remplacer les cubilots fonctionnant au coke. Mais qu’est-ce que ça change ? Ca change le coût, oui, car le prix de production du métal liquide va augmenter de 30 à 40 %. »

« Mais à part ça, ce ne sont pas les cubilots qui polluent. Ce que l’on voit sortir des cheminées, c’est de la vapeur d’eau. Ce qui pollue est lié aux sableries d’où viennent les poussières noires, naturelles ou synthétiques, des grenailleuses qui produisent des poussières métalliques oxydantes, et des sables du noyautage qui produisent des odeurs d’ammoniaque. Les investissements prévus ne vont pas réduire ces nuisances, ni non plus celles qui sont liées aux allées et venues des camions de 38 tonnes manœuvrant difficilement pour entrer et sortir de la fonderie Focast ». Et s’il y a augmentation de la production, comme on peut l’espérer, cela augmentera les allées et venues des camions. (écrit le 19 février 2003)

Par ailleurs on peut s’inquiéter : 1).Focast est actuellement déficitaire, 2).le coût du métal liquide va augmenter de 30 à 40 %.

Dans ces conditions, produire davantage de pièces, à perte, est-ce cela qui va améliorer la rentabilité de l’entreprise ?

Quatrième question :
L’avenir

Gérard Riflet s’inquiète : la garantie limitée à trois ans seulement ne laisse rien augurer de bon pour la pérennité de l’entreprise. En d’autres termes, n’est-on pas en train de refaire les tapisseries de l’entreprise pour mieux aguicher un repreneur ? L’actionnaire UBS (Union des Banques Suisses) n’est-il pas en train d’investir peu, pour pouvoir vendre vite l’entreprise ?

« Cela aurait été différent si la participation des Pouvoirs Publics avait été abondée à même hauteur par l’actionnaire UBS. Alors, oui, on aurait pu envisager la construction d’une usine neuve qui, elle, aurait eu des chances de se maintenir » ce qui aurait réjoui tout le monde, à commencer par les salariés.

Gérard Riflet rappelle qu’il y a deux ans environ, il avait projeté de reprendre la Focast mais qu’il s’est heurté au refus de l’actionnaire UBS : 1) de faire connaître les bilans, 2).d’apporter des garanties sur quelques années.

Quelques chiffres pour finir :

FMGC : 35 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2002, soit 230 millions de francs soit 821 000 francs par salarié. En 10 ans, la FMGC a investi 130 millions de francs, dont 26 millions de francs sur UN AN (2002), avec des subventions à hauteur de 1 % environ.

FOCAST : 16 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2002, soit 105 millions de francs, soit 525 000 francs par salarié. Investissement prévu : 23 millions de francs SUR TROIS ANS dont 7,5 MF de subvention (soit 33 %)

On étudie ...

Pour les travaux, l’ouverture des plis a eu lieu le 12 février 2003. La commission d’appel d’offres doit se prononcer le 18 ou le 19 février et les premières démolitions (avant reconstruction) sont prévues pour début mars.

Il y a donc bien des questions à se poser. BP  


Subventions

En ce qui concerne les subventions, la Communauté de Communes attend :

– 4 389 550 F de l’Europe
– 1 810 441 F de l’Etat
– 1 003 614 F du Conseil Général
– 1 311 915 F du Conseil Régional

D’après Henri Baron, Conseiller Régional qui a donné cette information le 14 février 2003, la Commission Economique du Conseil Régional n’a pas encore été saisie de cette question, donc la Commission Permanente n’a pas pu décider l’attribution : les services étudient encore le dossier. Que se passerait-il s’il y avait un refus ?

(ndlr : la commission permanente du Conseil Régional sera saisie le 10 mars du dossier Focast)


Le 12 mars 2003

UBS à flot

Ceux qui ont regardé à la télévision l’arrivée de la Coupe de l’América, ont été étonnés de ne pas avoir vu le maire de Châteaubriant sur les quais d’Auckland en Nouvelle-Zélande pour la remise du trophée Louis Vuitton. C’est très curieux car en général il ne manque pas de faire sa publicité qui, cette fois, aurait été d’autant plus méritée qu’il a généreusement donné un coup de main à UBS (Union des Banques Suisses) principal actionnaire du bateau suisse qui a remporté la coupe.

La dite-coupe de l’America a coûté 55 millions de dollars au consortium suisse (soit 360 millions de francs), dont une grande partie à l’UBS. Et pendant ce temps-là, nous autres, pauvres contribuables, nous aidons comme nous pouvons l’UBS à maintenir Focast à flot (1). Ah ! Les temps sont durs...

pour mémoire UBS a recapitalisé le groupe Valfond (dont dépend Focast) à hauteur de 56 millions de francs.

Recapitaliser, ça veut dire : remettre de l’argent dans une entreprise. Cela présente deux avantages :

1.- cela permet de diminuer l’encours bancaire, c’est-à-dire ce que la banque prête à l’entreprise, donc ça diminue les frais financiers
2.- cela permet de redonner confiance aux banques et d’emprunter de l’argent qu’autrement la banque n’aurait pas donné. C’est bien connu : on ne prête qu’aux riches.

Il arrive souvent qu’on recapitalise une entreprise, comme on refait les tapisseries d’une maison : pour cacher les lézardes du mur et donner bonne mine à l’entreprise avant de la vendre


Rêve d’usine

Jusqu’au 18 mars 2003, projection du film « Rêve d’usine » au cinéma Concorde à Nantes. L’histoire d’un conflit social au temps de la mondialisation : celui des salariés d’Epéda à Mer (Loir et Cher) en septembre 1999 à la fermeture de leur usine.


Ecrit le 30 avril 2003 :

FOCAST : à l’occasion des travaux d’investissement qui sont prévus chez FOCAST et pour lesquels la Communauté de Communes du Castelbriantais investira 2 027 372 €, le Conseil Général attribue, comme prévu, une subvention de 153 000 euros (soit 1 003 614 F). Espérons que ce ne soit pas en vain.