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Recherche : un sombrero pour les dames !

Ecrit le 18 mai 2016

« Nantes la rebelle » « Nantes la rouge »... Au sortir des événements de mai 1968, et alors que se déroulent en 2016 des manifestations à répétition sur la ‘’Loi Travail‘’, l’espace militant nantais apparaît particulièrement actif et marqué par des formes de radicalisme. Un colloque, organisé par le Centre Nantais de Sociologie, en partenariat avec le Centre d’Histoire du Travail, s’est tenu à Nantes les 12-13 mai, retour réflexif sur le militantisme local. En effet, depuis plus de deux ans, une équipe de chercheur.se.s de l’Université de Nantes réalise, dans le cadre d’un projet soutenu par l’Agence Nationale de la Recherche, un travail intitulé ’’SOMBRERO’’ (Sociologie du Militantisme : Biographies, REseaux, Organisations). Ce travail de recherche couple la réalisation de nombreux entretiens auprès de militant.e.s engagé.e.s dans une ou plusieurs formes de militantisme (syndical, extrême-gauche, féministe) avec un important travail de dépouillement d’archives. Enfin, deux expositions ont complété les échanges : d’une part l’expo intitulée « Femmes à l’usine », et produite en 1986 et d’autre part l’expo retraçant les points clés de la « décennie tumultueuse » nantaise.

Originalité de ce travail : il se déroule sur cinq villes de province (Nantes, Rennes, Lille, Lyon, Marseille) et s’intéresse aux conséquences de ce militantisme (familiales, professionnelles) et non pas à ce qui incitait à s’engager. Il s’intéresse aux militantes ’’ordinaires’’ et pas aux leaders.

 Clivage social

Fabienne Pavis a présenté : Les “années 68” à Nantes : clivage social et conflictualités persistantes, montrant qu’il y avait à Nantes une classe ouvrière importante : 31 % en 1968 et encore 29 % en 1982. Dès 1954, les professions intermédiaires (petits fonctionnaires, agents de maitrise, techniciens) sont plus nombreux que les ouvriers, mais peu visibles dans l’ambiance sociale de la ville. Il faut aussi tenir compte d’une population d’actifs agricoles ou originaire du milieu agricole.

Photo : Fabienne Pavis

Les grandes entreprises, la forte syndicalisation, la mémoire des grandes luttes ouvrières nantaises (Métallos, Batignoles), survalorisent le groupe ouvrier, avec la figure masculine du Métallo, au détriment des autres fractions des classes populaires. Cela renforce en outre l’idée de la confrontation de deux classes, ouvrière et patronale.

Du côté des groupes dominants, Nantes ne dispose que d’une très faible élite administrative et culturelle (pas d’université avant 1962, le théâtre de la Renaissance détruit par un incendie n’est pas reconstruit, pas de Cour d’Appel…). La politique de déconcentration parisienne commence après la sélection de Nantes en 1966 comme « métropole d’équilibre » et ce n’est qu’à partir des années 1970 que Nantes acquiert progressivement les attributs d’une capitale régionale. La proportion des « cadres et professions intellectuelles supérieures » demeure longtemps minime si l’on compare à d’autres villes. Les commerçants et chefs d’entreprise dominent en 1968 la bourgeoisie locale (en relation avec les professions libérales : médecins, avocats, notaires) puis ils entament leur régression à partir de 1975 et seront concurrencés par les cadres et dirigeants diplômés. La gestion des salariés s’opère soit via des schémas paternalistes (notamment par les patrons qui affirment leur posture chrétienne), soit via des schémas élitistes (la masse-les dirigeants, les bras-la tête…) : cela est objectivé par des conditions salariales particulièrement mauvaises et une difficulté à admettre la représentation syndicale.

Cette opposition des classes sociales se manifeste entre autres par le logement : belles demeures voire châteaux pour les dirigeants, cités ouvrières ou parcs HLM voire habitations vétustes pour les ouvriers.

Dans ce milieu très « métallo » les femmes ouvrières n’ont pas leur place, alors qu’un quart d’entre elles travaillent en usine, ou dans le secteur tertiaire.

 Le tertiaire plus visible

Au milieu des années 1970, la ville de Nantes est profondément transformée : de nombreuses industries désertent le centre et deviennent des friches alors que des sites tertiaires sont « sortis de terre » : le Centre Hospitalier (4900 salariés), le secteur bancaire, les transports (routiers et ferroviaires), le commerce (Decré), le secteur administratif (Caisse Primaire d’Assurance Maladie, URSSAF, Mutualité Sociale Agricole).

En résulte une importante ségrégation spatiale : les beaux quartiers au centre, et des cités en périphérie (Breil-Malville, Dervallières, Sillon de Bretagne, Malakoff). Néanmoins des espaces de rencontre sociale persistent malgré tout, avec les centres sociaux et maisons de quartier.

A partir de 1975, le chômage s’accroît rapidement : 12% en 1982. Dégradation du pouvoir d’achat, sentiment de « crise sociale ». Il frappe particulièrement les jeunes, et les femmes, et surtout les jeunes femmes.

 Education

En matière d’éducation, il y a deux traits particuliers à Nantes et sa région :
– la prégnance de l’enseignement catholique, dans tous les groupes sociaux (en 1976, 40 % des enfants fréquentent des écoles privées)
– le délaissement de l’enseignement général, tant au lycée que dans le supérieur.

La population nantaise apparaît plus diplômée que celle de Loire Atlantique avec sur-représentation des diplômes professionnalisants type CAP et BEP. Le système éducatif encadré par les élites locales forme une main-d’œuvre directement adaptée aux postes disponibles dans les nombreuses usines présentes localement et n’anticipe pas la hausse des qualifications. Or, ce sont précisément les emplois d’ouvriers qualifiés qui vont chuter dans la décennie 1970. Les femmes, elles, sont d’abord moins diplômées que les hommes mais l’écart se réduit à partir de 1975. Les jeunes hommes restent dans la filière professionnelle (CAP-BEP), tandis qu’une fraction plus importante de jeunes femmes dispose de ressources scolaires élevées susceptibles de les mettre en rivalité avec les hommes. C’est un trait essentiel pour saisr le militantisme féministe.
(Source : l’exposé de F.Pavis)

[Nous parlerons la prochaine fois de l’exposé d’Annie Collovald sur l’évolution politique dans cette période]

Photo : Remplissage de tubes d’encre chez Armor

 La presse

Un aspect particulier a été présenté : la presse dans les années 1970 avec
► APL, Agence Presse Libération – créée en 1971 et qui a tenu jusqu’en 1981
► la revue féministe ’’Dévoilées’’ créée en 1976, qui s’intéressait aux questions de contraception, avortement, violences envers les femmes, parité et qui a tenu jusqu’en 1983 (plusieurs numéros par an)
► et le journal La Mée, créé en janvier 1972, irrégulomadaire, puis mensuel et désormais hebdo depuis 1983 et qui tient toujours.