Accès rapide : Aller au contenu de l'article |  Aller au menu |  Liste complète des articles  |  Aide  |  Contact |
bandeau

Accueil > Thèmes généraux > Familles > Écouter les enfants

Écouter les enfants

Écrit le 01 juin 2016

Le 23 mai, le RAM (Relais Assistantes Maternelles) a invité Agnès Dutheil pour parler des enfants. « J’ai cinq enfants, dit-elle, je voulais être une maman parfaite, j’étais sûre de l’être … et j’ai fait plein d’erreurs au point que mes enfants se sont rebellés. J’ai alors réfléchi à autre chose : c’est eux qui m’ont mise au monde » dit cette femme qui fut infirmière en oncologie, infirmière scolaire puis infirmière en PMI (Protection Maternelle et Infantile) et qui anime maintenant ’’Les ateliers du positif’’.

’’Allez, hop, c’est l’heure d’aller au lit – Naan, attends, j’finis un truc’’. Bonne mère vous expliquez qu’il est tard, vous posez des questions sur ce truc…

’’Niko, va mettre ton pull, s’il te plaît – Naan, j’ai pas froid’’. Là encore vous expliquez, vous insistez. ’’J’ai entendu mon fils dire un jour à son frère : va mettre ton pull, Maman a froid’’.

’Imaginez que vous avez un super chagrin d’amour. Vous êtes effondrée, vous rencontrez votre meilleure amie qui vous dit : ce n’est pas grave, de toutes façons il était nul, un de perdu, dix de retrouvés, que s’est-il passé ?’’ Est-ce que cela vous console ? Non, vous avez juste besoin qu’on vous écoute, que vous puissiez pleurer tranquille. Avec les enfants, vous avez l’habitude de juger, minimiser, consoler, conseiller, mener l’enquête. Trop parler sans les écouter, alors dans leur tête c’est le bazar. ‘’L’enfant, avant 7 ans, est dans l’émotion. Les émotions, ça sert à quelque chose. Il faut écouter les enfants pour qu’ils puissent reconnaître leurs émotions et voir le besoin qui est derrière. Par exemple, écouter la fatigue pour voir le besoin de dormir. Écouter la faim pour voir le besoin de manger’’.

« Si moi je me mets en colère, parce que la chambre est mal rangée, la colère est une émotion, elle est légitime, là elle cache un besoin non satisfait, le besoin d’ordre ». Il est important d’éduquer les enfants à comprendre leurs besoins et à y répondre par eux-mêmes (sans attendre quelque chose des autres).

Quand on a un chagrin, on n’a pas besoin de l’approbation ou du désaccord de l’autre. On a seulement besoin d’une épaule. Faire gaffe à nos mots qui peuvent créer l’hostilité ou l’apaisement.

 Cerveau reptilien

C’est formidable un cerveau humain, deux hémisphères apparemment symétriques.
Apparemment…

L’enfant, quand il naît, n’est pas ’’fini’’. Il ne sait ni se nourrir, ni marcher, son cerveau est encore en évolution. On parle d’un cerveau ’’reptilien’’, ou cerveau primitif qui développe l’instinct de survie et de conservation, et assure ses besoins fondamentaux (respiration, alimentation). Il est impliqué dans l’attention, dans la régulation des réactions de peur ou de plaisir.
Au fur et à mesure qu’il grandit, l’enfant investit son lobe droit, celui des émotions, tandis que le lobe gauche est celui de la raison. Cela dure jusqu’à l’âge de 7 ans environ. Ce n’est pas un hasard si on dit que 7 ans c’est l’âge de raison. On a découvert que le cerveau des enfants est mature à 22 ans (femmes) et 25 ans (hommes). Et pourtant, tout petits, et notamment à l’école, on demande aux enfants de se concentrer, de s’organiser, d’anticiper. Ils ne savent pas le faire et ça les angoisse. C’est pourtant nécessaire, le rôle des adultes est de les y aider.

 Cortisol et adrénaline

Quand un enfant est sous stress, il fabrique du cortisol et de l’adrénaline. Le cerveau de l’enfant étant immature, ces hormones détruisent les neurones de l’hippocampe (un enfant stressé ne peut pas apprendre), du cortex pré-frontal, du cortex orbito-frontal et modifient même les gènes. Au point que les traumatismes des grands-parents ou des parents se transmettent à leur descendance. Un enfant humilié devient anxieux, déprimé, dépendant des drogues et de l’alcool.

En revanche, l’empathie, l’apaisement, la sécurisation font que le corps secrète de bonnes hormones. L’ocytocine est l’hormone de l’amour, de la coopération, de la confiance, elle secrète : l’endorphine, la sérotonine, la dopamine. L’endorphine est un opiacé naturel sécrété par le cerveau, dont la fonction est de soulager le stress et accroître le plaisir. Ces bonnes hormones font maturer le cerveau et notamment le cortex orbito-frontal qui permet d’aimer, d’avoir le sens éthique, de gérer les émotions, de faire des choix.

Écouter les enfants, ne signifie pas qu’on est d’accord avec tout ! Il ne s’agit pas de laisser l’enfant faire ce qu’il veut, il est nécessaire de poser des règles, de sanctionner la sortie du cadre. Toutes les émotions sont légitimes, le passage à l’acte ne l’est pas. Tu as le droit d’être en colère contre ton frère. Mais tu ne dois pas le frapper, le blesser, le tuer.

Quand un enfant ressent une émotion violente, il ne peut mobiliser son lobe gauche (celui de la raison), il est incapable d’accepter un conseil, une consolation, une critique constructive. Il est important d’écouter l’enfant, sans rien dire, sans poser de questions, mais en reformulant, en nommant les émotions, avec précision. Par exemple, un enfant gai est-il : enjoué, revigoré, enthousiaste, stimulé, plein d’entrain, exubérant, aventureux, pétillant …. Une émotion est toujours physique, corporelle. Il faut trouver le moyen de l’exprimer : un dessin, une musique ? Quand un adolescent peut exprimer une émotion juste, ça lui évite de claquer la porte !

Les émotions des enfants ne sont pas forcément agréables pour les adultes, il nous faut être prêts à entendre des vérités pas toujours agréables. Il nous faut servir de miroir à nos enfants : d’un miroir on attend une image, pas un sermon….

Avant d’arriver à cela, il importe que l’adulte commence à s’occuper… de lui-même ! Dans le passé on nous a inculqué le sacrifice (se sacrifier pour ses enfants) et la culpabilité (qui ne s’est jamais senti un mauvais parent ?). Le rôle des parents, ce n’est pas d’éviter les difficultés aux enfants. La bagarre, les épreuves, les obstacles à franchir, c’est inévitable, c’est nécessaire à une vie affective riche. Nous essayons de sauver nos enfants, alors qu’il nous faut plutôt les accompagner dans les embûches de la route.

Quelques éléments :

– Agnès Dutheil, et son livre : La Psychologie positive. http://www.lesateliersdupositif.fr/

– La colère est un langage, le langage de la résonance, par Jacques Salomé – Ce n’est pas la colère qui est importante, c’est ce qu’elle a touché en moi ! J’ai le droit d’être en colère, de la montrer, mais pas de la jeter sur l’autre. Voir cette vidéo.

– Comment libérer de l’endorphine, cette hormone du bien-être ?

– Le rôle de la volonté dans notre sentiment de bonheur : notre capacité à réguler nos impulsions et nos désirs, est étroitement corrélée avec notre réussite dans la vie et au travail. Toutes les études le prouvent. Ceux qui ont le pouvoir de maîtriser leurs pensées, leurs émotions, et leurs comportements, sont plus heureux, en meilleure santé, plus riches, et plus aimés … Cet apprentissage de la volonté s’acquiert dès l’enfance !

Lire à ce sujet l’expérience du Chamallow. Tom a 4 ans et ses parents ont accepté qu’il participe à une expérience de psychologie à l’université Stanford, aux États-Unis. Le professeur Walter Mischel place un Chamallow devant lui, puis une petite cloche. Il lui dit alors qu’il doit sortir quinze minutes et que si Tom ne mange pas le Chamallow pendant son absence, il en aura un de plus. Tiendra-t-il le coup ? Il s’est avéré que ce qui prédisait le mieux la réussite à l’âge adulte, ce n’était pas le QI mesuré à 4 ans, mais la capacité à contrôler ses impulsions dans le test du Chamallow…