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Paroles de jeunes

Ecrit le 8 juin 2016

 Paroles de jeunes

12 mai 2016 : ce sont les ateliers théâtre du collège de la Ville aux Roses et du lycée Môquet-Lenoir. Les élèves jouent, devant le public, les pièces qu’ils ont choisies et répétées pendant des semaines avec l’aide d’Alexis Chevalier, de Jean-Marc Lepicier, de Béatrice Pierrisnard. Le grand jour est arrivé, pour une unique représentation. Epreuve de la scène : ne pas oublier son texte dans un instant de panique, tenir compte de la mise en scène prévue, maîtriser son émotion, contrôler le temps, faire porter sa voix, donner un coup de main pour placer et déplacer les décors.

Dans la salle, tout à coup, des voix s’élèvent, distinctes, fortes. Des jeunes ont écrit des textes, sur les sujets de leur choix. La salle écoute, attentive, sensible à la vérité de ces expressions, à ce qu’ils révèlent, à ce qu’ils espèrent faire comprendre. Cinq de ces jeunes ont accepté de nous les communiquer …

 Camille : « La Solitude »

« Je suis seule. Oui, seule. Ne vous méprenez pas sur mes paroles, je ne me plains pas. Ce n’est qu’un constat, car j’aime être seule. La plupart du temps, j’aime la solitude et la liberté qu’elle m’apporte. J’aime ce côté léger de la vie, cette facette de l’existence où les problèmes sont des moindres. Personne pour nous interdire des choses, personne pour aborder des sujets dont on ne veut pas parler, personne pour nous obliger à faire semblant de vouloir écouter. Seulement, le soir, parfois, j’aimerais que quelqu’un soit là. J’aimerais avoir des bras dans lesquels me blottir lorsque même Madame Solitude m’a laissé tomber. Quelqu’un qui m’aimerait pour deux, qui aimerait mes défauts et épouserait mes qualités. Quelqu’un à qui raconter ma journée quand le sommeil ne vient pas, quelqu’un qui… qui semblerait rendre la vie plus simple. Seulement, comment trouver cette personne sans être en paix avec soi-même ? Comment faire aimer à quiconque une âme vide en surface, une personne qui se rejette elle-même à un tel point qu’elle se retrouve à avoir peur. Car si j’aime tant la solitude c’est peut-être parce qu’elle m’effraie toujours moins que la compagnie ? Tout le monde le dit, pour être heureux avec quelqu’un, il faut d’abord être en accord avec soi-même. Pourtant, personne n’explique comment faire. Alors, au lever du jour, après une nuit blanche à avoir rêvé à cette personne idéale, je remets mon masque et j’enfile mon bracelet de l’amitié avec ma partenaire en crime, encore et toujours : La Solitude. »

 Laura : « Le rêve »

« De toute façon, c’est la meilleure partie de la rêverie. Moi, je voulais que la vie soit comme une comédie musicale, que les gens se mettent à chanter et à danser dans la rue.
Que tout le monde soit gentil au fond, que les histoires se terminent bien.
Mais la réalité est pourrie, dans la réalité on est heureux, mais parfois rien ne marche, et tout finit mal. Le bonheur n’existe que dans les livres et l’imagination des rêveurs ;
Mais heureusement le bonheur existe aussi dans la vie ».

 Cécile : « L’Amertume »

« J’ai tatoué l’amertume sur ta peau, le chagrin dans ton regard. Tes désirs deviennent déceptions, tes secrets tes plus grandes hontes, et ton bonheur illusoire. Tu tentes en vain de m’échapper, tu essaies de sourire, mais ce n’est qu’un nouvel échec : tu peines à me fuir, mais je suis une part de toi-même. Je suis celui qui a balafré tes sourires, étranglé tes rires, vieillit ton innocence et consumé ton insouciance. Mes absences ne sont que trêves, tes espoirs ne sont que rêves. Je vais continuer de te faire pleurer, je vais abuser ta confiance, violer ta naïveté. Je suis, comme ta naissance et ta mort, une fatalité. Tes émotions seront mon paillasson, je marcherai sur ta sensibilité, je perturberai ta raison, pénétrant ton cœur par effraction. Je fais peur aux plus fous, aux plus dingues, parce que je suis l’ivresse des alcooliques, l’inspiration des artistes.

N’oublie jamais, cher ami : c’est avec la joie que je fais la mélancolie. »

 Laura : « La Confiance »

« J’aimerais laisser ma trace sur les sables du temps,
j’aimerais savoir
qu’il y avait quelques choses que j’ai laissées,
quelques choses derrière moi.

Quand je quitterai ce monde,
je laisserai quelques choses
en souvenir.
J’ai fait et accompli
tout ce que je voulais et c’était plus que je ne l’aurais imaginé,
Je laisserai ma trace et tout le monde saura que j’étais là.

J’aurai envie de dire
que j’ai vécu chaque jour de ma vie jusqu’au dernier
Que j’ai représenté quelque chose dans la vie de quelqu’un .
C’est ce qui fera la différence, j’ai tout donné et fait de mon mieux ».

 Océane : « Le coquelicot »

Qui verra à travers la brume
Le coquelicot rouge sang
Et les milliers de plumes
Qui verra cet enfant
Ballotté par les vents
Ainsi que par l’écume
Le coquelicot qui fume
Quand passe et passe le temps
Et les rayons de lune
Les pétales qui volent
Il n’en reste plus qu’une
Dont le rouge vermeil
Attire les papillons
Attire les abeilles
Anime les passions
Et fait flamber le ciel
Déchirées mes pétales
La douleur immense
Paraît presque banale
Et l’enfant-rêve pense et danse
tout cela n’a de sens
La liberté frôlée
Et tant de fois volée
Tout doucement,
Ses yeux fermés
Se mettent à briller
Lentement, par les oiseaux portés
L’enfant, le coquelicot, se sont volatilisés.

 ... et de moins jeunes

A l’autre bout de la vie, un vieil homme retrouve ses carnets de jeunesse et désire, lui aussi, chanter la nuit et le jour …..

 Diurnes I

J’ai retrouvé le carnet de mes quatorze-quinze ans
Et relu un poème intitulé Nocturnes
Dont j’avais oublié de noter l’écrivant
Il me vient donc l’idée de lui rendre des Diurnes.
Au lieu de chanter Nuit, qu’un soleil éclatant
Chasse enfin le tourment d’un rôdeur taciturne
Eclate d’une joie le visage d’un passant
Qui n’aura plus besoin de retrouver sa turne.
S’il porte un joli nom, on sait bien que Saturne
Nous met en saturnales et nous trouble en dansant
Jusqu’à devenir cendre à mettre dans une urne
A déposer sciemment au jardin reposant.

O jour ! Tu es trop plein pour chanter ta verdure
Ton ciel est souvent bleu, ta terre attend la pluie
Ta chaleur ou ton gel et l’homme qui perdure
Se cache pour gémir ou prend un parapluie.
La nuit, pour certaines, n’est pas une sinécure
Et le jour, pour l’ensemble est rempli de travail
Mais la vie n’a jamais chatoyé de dorures
Mais plutôt chaloupé dans le vaille que vaille
Je veux rendre un hommage aux chanteurs de la nuit
Qui ont tous enchanté ma jeunesse sans parjures
Et même quand le grand jour dans mon cœur a bien lui
J’admire un ciel nocturne et je pleure, je le jure

J’ai copié jusqu’au bout les nocturnes inconnues
Et relu mille fois, bien qu’encore immature
Ces évocations de mondes pas connus
Que je ne sais pas qui m’a donné en pâtures :
Quarante huit vers libres, sans rime ni raison
Avec juste le ton et l’envolée lyrique
Parcourant tous les temps et parlant de saisons
Erigeant les colonnes d’un monument dorique ;
Les photos à l’appui d’une ancienne revue
Au papier délavé et aux ombres portées
Mal collées sur ma page et pourtant admirées
Signes avant-coureurs d’une seconde vue !

 Diurnes II

A vous qui me lirez, dois-je vous révéler
Pourquoi soixante-dix ans après mes découvertes
Je dévide aujourd’hui quarante-huit vers ailés
Et voudrais retrouver la joie des années vertes ?
Vous l’avez deviné : le livre de la vie
Est un livre scellé ; rabouter les années,
Recoller les morceaux, après la triste scie
Qui découpe la vie depuis que l’on est né
Est vraiment pour chacun un impérieux devoir
Qui permet de vieillir et rêver de la lune
Quand notre mort viendra et permettra de voir
L’au-delà de l’hiver à la chute opportune.
Hervé, le 10 Mai 2016

Et l’enfant-rêve pense et danse
tout cela n’a de sens
La liberté frôlée
Et tant de fois volée
Tout doucement,
Ses yeux fermés
Se mettent à briller
Lentement,
par les oiseaux portés
L’enfant, le coquelicot,
se sont volatilisés

A l’autre bout de la vie, un vieil homme retrouve ses carnets de jeunesse et désire, lui aussi, chanter la nuit et le jour …..