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Focast (14)

Page 540

Ecrit le 12 novembre 2003

 Focast : la chute annoncée

« Allez, ne vous en faîtes pas, il n’y a ici que 7,8 % de chômeurs. Et puis nous avons des espoirs avec le rapprochement de la clinique et de l’hôpital (...) et le futur aéroport de Notre Dame des Landes ». C’est tout ce que le maire-président de la Communauté de Communes du Castelbriantais trouve à répondre devant la situation actuelle de l’emploi dans la région.

« C’est pas étonnant, les 35 heures ont fait beaucoup de mal » disait un commerçant mercredi 5 novembre 2003 sur le marché. Manque de chance : les salariés de Focast ne sont pas à 35 heures, mais à 38,5 heures par semaine et ils gagnent le SMIC ! (mais quand ils sont indemnisés pour du chômage partiel c’est sur la base de 35 heures !)

Le SMIC, 860 € nets par mois. Les salariés seraient bien contents de le gagner. Mais depuis 14 mois ils subissent du chômage partiel. Jusqu’à 6 jours sur 23. Un quart de la paie en moins !

Qu’est-ce qu’on fait d’autre ?

« Il va falloir bien travailler, les gars » leur a dit le directeur Jean-Paul Lebret.

« Mais qu’est-ce qu’on fait d’autre ? » a répondu un salarié. « Et quel travail avez-vous à nous donner ? ». De fait, le carnet de commandes est mauvais. « Les commandes baissent de plus en plus dans le secteur Petites Pièces, et les commandes de Grosses Pièces ne montent pas du tout. Nous sommes mal ; Le balancier pour sauver des emplois n’a pas lieu. La situation de charge est catastrophique » disent les syndicalistes CFDT et CGT.

Comme nous l’avions laissé entendre (relire La Mée du 29 octobre 2003), le commencement de la fin s’est joué le 3 novembre, alors que l’usine était au chômage. Devant la situation financière catastrophique, le Conseil d’Administration a décidé de déposer une DCP (déclaration de cessation de paiement). DCP déposée le 4 novembre au Tribunal de Commerce de Nantes par Thierry RIVEZ directeur de la division industrie de Valfond, et PDG de FOCAST.

Colossal

La situation financière de Focast est catastrophique : « Souvent, une entreprise vend, et est payée dans un délai de trois mois. Ici nous avons passé un accord avec une société d’affacturage :l’entreprise est payée tout de suite. Mais ça veut dire que nous n’avons aucune perspective de rentrée d’argent ». Les dettes sociales (URSSAF) et les dettes chez les fournisseurs (notamment Barbazanges, SRVU et d’autres), sont CO-LOS-SA-LES disent les syndicalistes (elles seraient, dit-on, de plusieurs dizaines de millions d’euros). Le dépôt de bilan permet de suspendre toutes les créances.

L’entreprise a, de plus, un besoin de financement car les investissements doivent continuer si on veut pérenniser le site. Il y a une quinzaine de jours, la Direction a fait état d’un projet, ne gardant que 95 salariés (sur les 189 actuels), qui nécessiterait 3 100 000 € d’investissement (et autant pour licencier 94 personnes).

Où trouver cet argent ? L’actionnaire UBS (Union des Banques Suisses) ne veut rien savoir. La maison mère Valfond apporterait 100 000 € en tout pour les trois mois à venir (alors qu’elle verse 160 000 € par mois à l’usine de St Dizier). Rien que les salaires des salariés (SMIC + charges sociales), cela fait plus de 250 000 € par mois.

La paie des salariés pour le mois d’octobre n’est pas assurée par Focast. C’est l’AGS (assurance garantie des salaires) qui va payer : un acompte de 300 € tout de suite, le reste de la paie dans la semaine 47 (entre le 17 et le 24 novembre). « Nous avons prévenu les banquiers des salariés » dit la Direction, avec générosité croit-elle ( !). C’est elle aussi qui va payer les agios ?

Tout rose et mensonger

Dans l’immédiat, le dépôt de bilan suspend toutes les dettes de l’entreprise. Et celle-ci, sous administrateur judiciaire, a interdiction de faire de dettes pendant sa période de redressement.

Devant le Tribunal de commerce, le directeur Thierry RIVEZ s’est voulu rassurant, demandant un délai de 3 mois (comme quoi il n’a guère confiance en l’avenir), promettant « demain on gagne de l’argent ! », louangeant les salariés : « Nous avons un personnel formidable, les salariés sont magnifiques, pas un jour de grève, ils tiennent à leur entreprise ».

« Tu parles, disent les salariés, quand on gagne les trois quarts du SMIC depuis 14 mois, on n’a pas un sou à perdre ! ». La direction n’a d’ailleurs pas d’état d’âme : les salariés ont pris une demi-heure pour recevoir l’information concernant leur entreprise, puis ils sont retournés au boulot. La Direction a retiré une demi-heure de salaire sur leur maigre paie .

L’entreprise ne sait pas si ses clients vont se presser pour lui donner des commandes. Elle ne sait pas non plus si les fournisseurs de matières premières vont suivre (ils seront payés, c’est sûr, pour les livraisons faîtes à partir de maintenant, mais ils peuvent pratiquement faire une croix sur le passif. Cela ne met pas dans de bonnes dispositions !).

Les salariés en ont assez de l’incertitude, assez de salaires inférieurs au SMIC (en raison du chômage partiel répété), assez des promesses. « Il y a 15 jours, la Direction avait un plan de poursuite de l’entreprise avec 95 salariés. Quand nous avons discuté les prévisions, le directeur s’est levé et, au crayon-feutre, il a barré 95 et mis 70 à la place ». Voilà comment, d’un coup de crayon, on décide du sort des hommes. Avec désinvolture et mépris.

Notes
Qu’en est-il de la vente de l’atelier Focast en zone industrielle nord ? Les 305 000 € sont liés au respect du protocole signé avec la Communauté de Communes du Castelbriantais.... qui prévoit le maintien de 185 emplois. Ils ne seront sans doute pas versés à Focast. Ils ne seraient en réalité qu’une goutte d’eau dans un océan de besoins financiers.

Le Tribunal de Commerce, dans sa décision du 6 novembre 2003, a accordé un redressement judiciaire de 6 mois (le double de ce que demandait la direction !) mais a nommé un « juge-commissaire » : celui-ci peut, à tout moment, décider d’un plan social (licenciements) ou de l’arrêt de l’entreprise. Cette nomination n’est donc pas rassurante.


Ecrit le 12 novembre 2003 :

Communiqué des Partis de Gauche

Le dépôt de bilan de Focast plonge l’entreprise et ses salariés dans une grande incertitude. La dette en cours va placer les fournisseurs, dont certains sont locaux, en difficulté. Les Partis de Gauche (Parti Socialiste, Parti Communiste, Les Verts, le Mouvement Républicain et Citoyen) expriment leur solidarité avec les salariés et leurs familles dans l’inquiétude. Ils appellent la population du Castelbriantais à manifester leur solidarité à tous les salariés menacés dans leur emploi, en participant au rassemblement organisé par les syndicats devant le Théâtre de Verre  .


Ecrit le 12 novembre 2003 :

Communiqué du Parti Communiste

De son côté le Parti Communiste a distribué un tract le 5 novembre 2003, dénonçant la situation actuelle comme « l’illustration de la faillite d’une politique de l’emploi qui enferme les entreprises dans une course incessante aux profits, au détriment de l’avenir des populations »

Manifestation le 22 novembre

La manifestation prévue le 15 novembre est reportée au 22 novembre à 14h30 au Théâtre de Verre  . Les syndicats CFDT, CGT et FO appellent à cette manif’ par des communiqués parallèles.

Communiqué CFDT

« Les habitants du pays de Châteaubriant  , ne peuvent rester inactifs face à la dégradation du bassin d’emploi castelbriantais. La réussite de ce rassemblement doit faire prendre conscience aux différents pouvoirs publics et à l’Etat que le bassin d’emploi de châteaubriant, veut retrouver le dynamisme économique (...) La CFDT est prête à participer à toutes initiatives qui conduiraient à réduire les licenciements et à pérenniser l’emploi salarié dans le pays de Châteaubriant  . Les différentes aides accordées aux entreprises doivent pérenniser l’emploi et non être un moyen supplémentaire pour les actionnaires de valoriser leurs acquis. »


Ecrit le 20 novembre 2003 :

CGT, CFDT, CFTC, FO, FSU, Sud-PTT, Confédération Paysanne, Partis de Gauche, Action Catholique Ouvrière et association des commerçants, appellent à cette manifestation du 22 novembre 2003


Ecrit le 26 novembre 2003 :

 Fonderie Focast
Lu sur un panneau intersyndical

Comme prévu les syndicats CFDT et CGT de la fonderie Focast ont rencontré le 14 novembre l’administrateur Maître DOLLEY et le juge commissaire M. BONHOMME en présence de T. RIVEZ et JP LEBRET.

L’administrateur a fait un rapide exposé de la procédure et a répondu aux questions que tout le monde se pose :

Quel est l’avenir de l’usine à court terme ?

Maître Dolley : - nous allons voir si nous pouvons intéresser du monde et quelles fabrications nous devons privilégier. Nous commençons à prévenir les clients de l’Unité Mécanisée que la fin du chantier est proche et nous espérons que les clients des Petites Pièces vont augmenter leurs commandes pour faire des stocks ce qui nous arrangerait pendant la période difficile que nous traversons.

Thierry RIVEZ (PDG) : pour ce qui con-cerne la trésorerie nous sommes bouclés jusqu’à la fin janvier si la communauté de communes du castelbriantais verse les 305 000 € de l’achat du bâtiment de la Z.I. Nord. VALFOND au travers de son aide (100 000 €) ne fait qu’apporter son soutien pendant la période de redressement.

Concernant la charge d’activité pour le secteur Petites Pièces tout a été dit [ndlr : fermeture proche]. Pour les Grosses Pièces le marché est morose et Focast n’arrive pas à débloquer les affaires ce qui nécessitera une action commerciale forte. Le secteur Grosses Pièces va certainement connaître (encore !) 5 jours de chômage d’ici Noël.

Les annonces de la vente du site paraî-tront la semaine prochaine dans la presse spécialisée et les candidats à la reprise devront déposer leurs dossiers avant le 31 décembre 2003.

Quelles aides peut on attendre du groupe VALFOND ?

Thierry RIVEZ : - le groupe soutient FOCAST à hauteur de 100 000 € pendant la période de redressement et n’ira pas au-delà. [ndlr : 100 000 € c’est symbolique !]

Que se passe-t-il si la Com. Com. du Castelbriantais ne verse pas les 305 000 € ?

Maître Dolley : « si nous ne touchons pas les 305 000 € c’est une catastrophe »

 Ecrit le 26 novembre 2003 :
U.B.S va bien

UBS, c’est l’Union des Banques Suisses, actionnaire principal du groupe Valfond dont dépend l’usine Focast.

Après avoir liquidé une compagnie d’aviation,après avoir démantelé Valfond, UBS va bien.

Voici ce qu’on peut liresur le site internet www.qualisteam.fr en date du 23 juillet 2003

« UBS s¹est vu décerner le titre prestigieux de meilleure banque du monde en 2003 pour la cohérence de sa politique ainsi que pour la capacité de sa direction à juguler les pertes sur crédit et à maîtriser les problèmes liés au négoce en compte propre »

D’après le commentaire livré par Euromoney, « UBS n¹a pas ménagé ses efforts pour se hisser en haut du palmarès mondial dans le domaine de la gestion de fortune, de la gestion d’actifs (...) . En dépit de l¹effondrement des indices boursiers mondiaux l¹an passé, UBS a parfaitement tiré son épingle du jeu, que ce soit en termes de parts de marché ou de revenus financiers (...).

Le président d¹UBS, Peter Wuffli, confirme l¹analyse d¹Euromoney en ces termes : « Nous avons fait porter l¹essentiel de nos efforts sur la maîtrise des coûts et des risques(...). Nous nous sommes désengagés de nos activités de prêts non stratégiques ».

D’après les propos rapportés par le magazine, UBS a été « impitoyable en ce qui concerne la maîtrise de ses coûts »

D’après la Lettre de l’API du 21 novembre 2003 : « UBS, première banque suisse et numéro un mondial de la gestion de fortune, a publié le 11 novembre ses meilleurs résultats semestriels depuis trois ans (bénéfices semestriels de 1,066 milliard d’euros). ».

Les salariés ou ex-salariés dépendant d’UBS seront bien contents de savoir que leurs sacrifices (en emplois et salaires) font ainsi la fortune et la gloire de l’Union des Banques Suisses et de ses actionnaires.


Ecrit le 19 novembre 2003 :

 Les « plâtres » seront en fonte

En réponse à l’intervention de M. Hunault maire et président de la communauté de communes, parue dans Ouest France du 06/11/03., l’union locale CFDT précise que le nombre de demandeurs d’emplois inscrits en catégorie 1 sur la zone d’emploi de Châteaubriant est passé de 1683 en mars 2002 à 1825 en juillet 2003 (c’est-à-dire avant les différents plans de licenciements annoncés dans les entreprises du pays de Châteaubriant  ). [ndlr : cela fait une progression de + 8,4 %].

L’hypothèse sur laquelle travaillent les services de l’Etat
est la perte de 500 emplois sur le pays de Châteaubriant  
dans le quatrième trimestre 2003 et début 2004.

D’autre part, les salariés d’Atlas, Unit, Novembal, Focast... seront heureux d’apprendre de la bouche de M. Hunault qu’ils peuvent espérer être reclassés dans le futur ensemble clinique-hôpital. Est-ce une forme d’ignorance de la réalité socio-économique ou une forme de mépris des salariés « du pays de Châteaubriant   d’en bas » ?

(Communiqué du 7 novembre 2003(

Note : en effet, les salariés de Focast ont très mal réagi en lisant dans Ouest-France que le maire mettait en avant le rapprochement hôpital-clinique pour restaurer la situation de l’emploi.
– D’une part il est évident qu’il y aura très peu de créations d’emplois, voire pas du tout.
– D’autre part, les ouvriers fondeurs, habitués à couler la fonte et à pratiquer l’ébarbage des pièces, ne se voient pas du tout travailler en chirurgie ! Brancardiers peut-être ? ou couleurs de « plâtres » en fonte ? « Il y aura peut-être quelques créations d’emplois mais elles ne seront pas pour nous ».

L’idée de faire une moyenne entre les emplois supprimés ici et créés là, révulse ceux dont l’emploi est menacé. Les hommes ne sont pas réductibles à des chiffres. Les femmes non plus d’ailleurs. On parle de l’aéroport de Notre-Dame des Landes pour dans 10 ans. Les femmes de la fonderie n’y seront jamais hôtesses ...