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Derval, le nom disparu demeure

Ecrit le 15 juin 2016

Julien Bretonnière, qui tient énormément à l’histoire de sa commune, revient sur la disparition du nom seigneurial, Derval, et sur les traces qui en restent à Nantes. Il raconte :

  Haut et puissant seigneur

Haut et puissant seigneur, Jean de Chateaugiron l’était sans conteste. Il était le fils de Geoffroy de Malestroit et de Valence de Chateaugiron, descendante des Rougé et des Derval. De sa mère, il avait hérité des terres de Châteaugiron-Derval-Rougé, de La Guerche et du Crévy. De toutes ces possessions, Derval étant celle de plus haut rang, il devait en porter le nom et devient donc, en 1435, à la mort de sa mère, Jean de Derval. Le 15 janvier 1450, un contrat de mariage est établi avec Hélène de Laval, petite fille du Duc de Bretagne Jean V et du roi de France Charles VI. Le 10 mai 1451, le duc Pierre II élève la seigneurie de Derval au nombre des neuf grandes baronnies de Bretagne. Jean de Derval se trouve dès lors propulsé au plus haut sommet de la vie du Duché de Bretagne. On le voit siéger aux côtés d’autres grands barons des Etats de Bretagne à Vannes. La devise que portaient les seigneurs de Derval : « Sans plus », signifiait « Personne au-dessus de nous, nous sommes au sommet de notre hiérarchie ».

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Blason

Ecartelé d’hermine et d’argent à deux fasces de gueules. L’écu est soutenu de deux branches de pommier de la variété « Chailleux ». La devise « Sans plus » est peinte en caractères romains de sable sur listel de parchemin supportant le sceau de Derval de 1270 et celui de Derval-Rougé de 1320

Jean de Derval est aussi mêlé de très près aux événements, tant militaires que politiques. Il participe à la reconquête des places fortes toujours aux mains des Anglais. En 1448, il se distingue particulièrement au siège de Fougères. Puis à la fameuse bataille de Castillan en 1453 qui marque la fin de la présence anglaise en France.

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Les armes de Jean de Derval et d’Hélène de Laval (© Paris, BnF, Fr. 2663)

Grand Chambellan, chevalier des ordres de l’Hermine et de l’Epi, Jean de Derval se voit confier d’importantes missions diplomatiques, par exemple en 1445 avec le Duc en terre étrangère à Bourges. Il est envoyé à la rencontre du prince de Navarre en 1456, il accompagne le duc François II pour l’hommage au roi de France. L’année suivante il reçoit le commandement de la ville et de l’évêché de Nantes. En 1464 il participe à une ambassade en Angleterre. Il ratifie, en 1475, aux côtés d’autres seigneurs, le traité de Senlis entre le Duc François II et le roi Louis XI, plus ennemis que jamais. En 1474, Jean de Derval échange sa seigneurie de Saint-Mars-la Pile avec celle de Fougeray que Louis de La Trémouille avait en sa possession du fait de son mariage avec Marguerite de Rieux, tante de son épouse Hélène de Laval.

En 1477, Jean de Derval, sans héritier, voulant assurer la pérennité de la baronnie de Derval, choisit comme héritier Tanguy du Chastel (baron de Renac  ) gendre de sa soeur Gillette. À condition que lui et ses descendants portent le nom de Derval. Mais Tanguy du Chastel ne put jouir de cet héritage : il trouva la mort, la même année, au siège de Bouchain dans les Flandres.

A la mort de Jean de Derval en 1482, c’est sa nièce Françoise de Rieux, épouse du baron de Châteaubriant, François de Laval, qui hérita de l’importante baronnie de Derval.

Jean de Derval fut enterré en l’abbaye Notre-Dame de la Vieuville à Epiniac, dans un superbe mausolée, dit-on, malheureusement détruit à la Révolution. Ainsi s’est éteint à jamais ce prestigieux nom porté par les grands seigneurs de lignée royale descendant du roi breton Salomon et qui ont marqué l’histoire au cours de plusieurs siècles.

 Son nom demeure ...

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Hôtel des seigneurs de Derval-Rougé

Jean de Derval possédait de grandes terres à Nantes, plus connues aujourd’hui sous le nom des Dervallières. Ses fonctions de Grand Chambellan auprès des Ducs successifs, François 1er, Pierre II, Arthur III, et François II, l’ont amené lui-même à résider à Nantes. L’actuel hôtel de ville de Nantes (à l’origine plus modeste) portait le nom de : Hôtel des seigneurs de Derval-Rougé.

Non loin de là, au 13 rue de Briord à Nantes se trouve encore « l’Hôtel de Châteaubriant »

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Dervallières, La Contrie (Manoir, à g.) et la Tour de Garde (à dr.)

Jean de Derval pouvait également habiter au manoir de la Contrie (les Dervallières). Sous François II, au château des Ducs, il a été sûrement amené à rencontrer la toute jeune future duchesse Anne.

En 1493, Hélène de Laval après la mort de son époux, vendit l’hôtel de Derval à Françoise de Dinan, baronne de Châteaubriant, alors gouvernante des filles du Duc : Anne et Claude.

La Contrie, tour de garde La Fuie
des Dervallières

 L’historien

L’Histoire a surtout retenu que Jean de Derval était un passionné des livres. Sa bibliothèque contenait des manuscrits les plus divers avec toutefois une dominante pour l’histoire et la théologie. Conscient de la pression exercée sur la Bretagne et pour affirmer la puissance d’un État qui se voulait indépendant, Jean de Derval entreprit de faire réaliser l’histoire de la Bretagne par son secrétaire Pierre Le Baud.

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Pierre le Baud

Ce manuscrit, richement décoré de grandes enluminures aux couleurs, est conservé à la bibliothèque de Paris.

Mort en 1482, Jean de Derval ne connut pas la désastreuse Bataille de St Aubin du Cormier qui mit fin aux rêves d’indépendance de la Bretagne.

[Ndlr : Fidèle à ses recherches sur les manuscrits à enluminures bretonnes entamées depuis longtemps, Michel Mauger a mené une enquête approfondie sur la bibliothèque de Jean de Derval, seigneur de Châteaugiron. Celui-ci, comme nombre de ses pairs, pratiquait un mécénat artistique par goût mais aussi par souci d’affirmer son prestige. Il subsiste de son action une « librairie », bien incomplète mais, avec la vingtaine de manuscrits souvent splendidement décorés que l’on peut lui attribuer, il prend place parmi les plus grands bibliophiles bretons. 

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Tour St Clair

Derval, la Tour Saint Clair

Aujourd’hui la forteresse bretonne de Derval n’existe plus. Tout dort dans la vallée où Duguesclin excitait à la lutte ses compagnons d’armes et où s’affrontèrent les antagonistes des guerres de religion. Au cœur du site austère cerné par la douve profonde, la Tour a encore un air des plus crânes sous le manteau de lierre qui la couvre, au milieu des broussailles et des houx toujours verts qui croissent à ses pieds.

Sentinelle avancée d’un royaume jadis perdu : la Bretagne, elle veille toujours dans le silence des siècles et témoigne fièrement d’une grande et noble histoire, celle des « Marches de Bretagne ».

Julien Bretonnière