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Cellule de reclassement

Focast (19)

Ecrit le 29 juin 2005

 Bilan de la cellule de reclassement de Focast

24 mars 2004 : fin de l’affaire Focast. La fonderie du groupe Valfond est reprise par Pebeco et 103 personnes reçoivent une lettre de licenciement. Dans le lot, un jeune à qui il ne restait que 6 mois à faire avant son examen de validation, a été repris.

Même s’ils s’y attendaient, c’est le drame pour beaucoup des 102 restés sur le carreau : « Que va-t-on faire maintenant ? ».

Pour 35 salariés la solution est toute trouvée : 29 personnes, proches de l’âge de la retraite sont prises en charge par le Fonds National de l’Emploi (sorte de pré-retraite) et 6 salariés sont mis en invalidité.

Par ailleurs, des personnes souhaitaient bénéficier des Congés de conversion. Pascal Bioret, délégué syndical CFDT à l’époque, raconte : « Le Congé de conversion ou de « portage » permet à certains salariés d’être portés en PRP, pré-retraite progressive. Il avait normalement disparu. J’ai réussi à l’obtenir pour 8 salariés ».

II restait finalement 59 salariés pour lesquels a été mise en place une cellule de reclassement, confiée à C3 Consultants.

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Photo prise au festival "C
Lace des Résistances" qui s’est tenu à Treffieux du 27 avril au 1er mai 2005

La maladie, accélérée par le choc du licenciement, a retranché encore 6 salariés (dont un décès). Trois salariés ont abandonné (éloignement, amiante) : il ne restera bientôt que 50 personnes à fréquenter la cellule.

Cellule

La cellule ? Un local ouvert toute la journée, où chacun peut disposer de moyens matériels (fax, photocopieur, internet, ordinateur) et rencontrer des spécialistes du reclassement. Et surtout venir retrouver les copains. « Ce fut essentiel pour nous, disent les salariés. Au lieu de rester dans un coin à ruminer ce licenciement inadmissible, cela nous a fait du bien de pouvoir nous revoir ».

A plusieurs, c’est évident, on déprime moins. On s’enquiert des uns, on accompagne les démarches des autres. Cela donne du courage à tous.

C’est dur un licenciement, cela touche au plus profond de la personne. « On se réveille un matin, sans but, sans obligation, sans avoir préparé son « inactivité », on se sent inutile, et plus bon à rien - la preuve : nous avons été remerciés...

Se rendre à la cellule permet de garder un lien avec le monde du travail, avec les anciens collègues et de bénéficier de leurs expériences (bonnes ou mauvaises). On retrouve une motivation à s’en sortir, les séances collectives stimulent la combativité : on veut montrer aux autres que l’on va réussir car ceux qui ‘sortent’ parce qu’ils ont retrouvé un emploi, sont très admirés et on veut être de ceux là. » (voir http://summib.sarl.over-blog.com/)

Individuellement

Chaque salarié de la cellule a été reçu individuellement par un psychologue. Pouvoir vider son sac, exprimer ses craintes. La principale : « je ne sais plus ce que je suis, je ne sais plus ce que je vaux ». Le doute sur soi conduit au découragement et à l’échec.

« Peu à peu ils ont compris que d’avoir tenu 20 ans, 30 ans dans une entreprise, c’est une énorme qualité, la marque de la ténacité, de la fidélité, de capacités indéniables. Un employeur ne garde pas si longtemps un salarié s’il estime qu’il ne vaut rien. Premier élément positif »

Petit à petit il a fallu reconstruire, aider chacun à reconnaître toutes ses qualités Puis envisager un emploi. Les jeunes hommes licenciés imaginaient pouvoir retravailler dans la fonderie, à Soudan ou à Ancenis.

Mais finalement, sur les 50 personnes, deux seulement seront embauchées en fonderie. Alors, on fait quoi ?

Première étape : découvrir les entreprises existantes dans la région de Châteaubriant. Etonnement : on ne pensait pas qu’il y avait une telle diversité.

Deuxième étape : penser à un changement de métier « Mais vous n’y pensez pas ! je ne vais pas passer de la métallurgie à l’agro-alimentaire ». Le licenciement oblige les salariés à des « reconversions » inattendues voire douloureuses.

Le travail de C3 Consultants a consisté à accompagner les salariés, très concrètement, dans des visites d’entreprise. La découverte d’autres métiers, la rencontre avec d’autres salariés, a donné des idées ... et des fondeurs sont devenus bouchers, surtout quand ils ont réalisé que les conditions de travail ne sont pas pires que celles qu’ils ont connues et que le salaire, ma foi, peut être équivalent voire supérieur.

Une femme a réalisé son rêve : entreprendre une formation BTS (conseillère en économie sociale et familiale). Une autre s’est orientée vers le conseil en immobilier. D’autres ont choisi le secteur de l’aide aux personnes âgées. Un salarié est en passe de devenir « père d’accueil »

34 % de réussite

Au bout du compte, sur 50 personnes :
–  36 sont reclassées
–  7 en cours de reclassement-
–  7 autres situations

Pour autant, il ne faut pas rêver.

Quand on dit « 36 salariés reclassés » cela signifie :
– 13 salariés en CDI
– 1 dispensé de recherche
– 4 personnes en formation
– 4 personnes en CDD de plus de six mois
– 9 salariés en mission intérim stable
– 5 en intérim depuis presque un an

Sept en cours de reclassement,
cela veut dire :

– 2 personnes en CDD de moins de 6 mois ou intérim court
– 5 personnes en recherche active
_ Leurs difficultés : l’état de santé, la difficulté à décrocher un premier contrat qui permettrait de les juger positivement. Et leur âge ... pourtant tous les patrons disent qu’il faut travailler plus longtemps ...

Les sept « autres situations » sont :- 3 personnes en difficulté majeure
– 3 personnes en attente de retraite-amiante
– 1 personne en invalidité

Le cabinet C3 consultants se réjouit : « 75 % des bénéficiaires de la cellule de reclassement sont en emploi ou en formation ». C’est un point de vue.

Il faut quand même remarquer que 13 personnes seulement ont un emploi stable (CDI), et 4 sont en formation qualifiante. Ce qui fait 17 personnes (34 % des salariés de la cellule) qui ont une sortie honorable.

Pour les autres, c’est l’alternance des CDD et de l’intérim. Quand on en est à considérer comme « stable » un CDD de plus de 6 mois, cela montre bien la précarité de l’emploi dans notre région.

La formation

Sur l’ensemble des personnes reçues en début de cellule, 16 voulaient « impéra-tivement » suivre une formation. Neuf d’entre elles ont concrétisé leur souhait.

18 personnes disaient « pourquoi pas une formation ? ». Huit essais ont été tentés. Seuls 4 ont abouti . « Seuls les projets avec une motivation réelle ont pu aboutir » dit C3 Consultants

43 salariés (sur 50) avaient une formation de base inférieure ou égale au CAP et 7 avaient un niveau baccalauréat ou BTS.
Finalement, seules 5 personnes se sont engagées dans un parcours de formation qualifiante ou diplômante. (3 en reconversion totale et 2 mises à niveau de l’ancien métier).
Mais il y a eu tout de même 15 actions de formations concrètes et de terrain pour 10 personnes.

« La Communauté de Communes nous a apporté une aide importante en matière de formation » dit M. Frère, directeur de C3 Consultants. Les 30 000 € affectés à ces formations n’ont été dépensés qu’à moitié « mais ils ont joué un rôle essentiel : pouvoir donner 1000 € à un salarié, pour l’aider à financer une formation, sans avoir besoin de monter des tas de dossiers, cela autorise une réactivité non négligeable ».

Eloges

Les salariés, eux, ne tarissent pas d’éloges sur la cellule de reclassement et leurs animateurs : « Ils nous ont aidés à ne pas perdre la relation avec les autres licenciés ... et à couper peu à peu avec ceux qui sont restés à la fonderie. Il fallait ça pour que nous puissions tourner la page. Ici c’est convivial, on vient quand on en a besoin, on n’est pas des numéros, pas des anonymes. C’est tous ensemble que nous avons dit : il faut s’en sortir ».

Avec l’expérience, les responsables de C3 consultants estiment qu’il faut au moins 6 mois de cellule de reclassement. « on joue à la fois sur le soutien individualisé et sur la dynamique de groupe. Au départ les licenciés ont pris très vite des petits boulots, contrats de courte durée, pour s’apercevoir que ce n’était pas une solution durable. Ils croyaient que la volonté de retrouver du travail suffisait. Ils ont été déçus. Nous sommes là pour les sécuriser, leur redonner confiance en eux. Mais il faut savoir prendre le temps ».

Les salariés ne sont pas des robots qu’on peut mettre sur n’importe quel poste. « Il faut respecter l’homme si on veut que, à long terme, il soit bien dans sa tête et bien dans son travail ».

Tous les beaux ministres et députés, prêts à stigmatiser les chômeurs, seraient-ils prêts, eux, à faire n’importe quel travail ?

ANPE ??

Une question se pose : le travail que fait C3 consultants, pourquoi l’ANPE ne peut-elle le faire ?
Elle pourrait le faire si elle en avait les moyens financiers, si elle avait à gérer un petit nombre de personnes et non plusieurs centaines comme maintenant. L’ANPE n’hésite d’ailleurs pas à faire appel à des officines privées comme « C3 Consuiltants ». Il faut reconnaître que ce n’est pas du tout la même chose de gérer 50 personnes qui se connaissent et ont un passé commun, et des centaines de personnes isolées.

Bref, les cellules de reclassement, ça marche (tout au moins quand elles sont sérieuses). C’est peut-être pour cela qu’elles sont condamnées à disparaître ....
En effet, avec la mise en place de la CRP (convention de reclassement professionnel), le Plan de Sauvegarde de l’Emploi va disparaître, l’Etat ne financera plus les Cellules de reclassement. De ce fait les salariés auront droit à un accompagnement minimum : un pré-bilan, et peut-être un bilan de compétence. Mais pas un suivi régulier. Si cela avait été le cas pour Focast, ce n’est pas 34 % de reclassement qu’il aurait fallu compter mais sans doute pas plus de 20 %.

BP  


 Cellule de reclassement à l’Elysée

En voiture (avec chauffeur) !

La plupart des ministres et secrétaires d’État virés après le remaniement ministériel qui a suivi la victoire du référendum du 29 mai 2005, ont eu droit à un coup de téléphone de Chirac. Quelques mots de réconfort, des regrets et une invitation à espérer « une bonne nouvelle » très prochainement.

Le chef de l’État redoute par-dessus tout l’organisation d’élections partielles, qui auraient valeur de test. Pour conjurer le danger, Chirac a proposé à certains anciens ministres... un boulot à l’Élysée.

Discours type :

« Ne sois pas impatient. Je sais bien que tu étais l’un des meilleurs éléments du gouvernement. Alors, dans un premier temps, je vais te nommer conseiller à l’Élysée. Tu seras près de moi. Tu auras une voiture avec chauffeur. Et dans six mois, je te ferai entrer dans le prochain gouvernement ».

Quelques vidés ont mal pris la chose, notamment l’allusion à la voiture...

(source : Le Canard enchaîné.)

N.B. : les dépenses de fonctionnement de l’Élysée ont augmenté de plus de 450 % depuis 1995 ! Étonnant non ?


Ecrit le 5 octobre 2005 :

La banque suisse UBS investit en Chine

La Banque UBS, qui fut propriétaire de l’usine Focast de Châteaubriant, a pris une participation de 500 millions de dollars dans « Bank of China » (2e banque chinoise).
Elle se montre aussi intéressée par le courtier chinois Beijing Securities.


Ecrit le 31 mai 2006

 Focast : Amiante reconnue

L’association départementale des victimes de l’amiante a fait annuler une décision ministérielle du 28 juillet 2005 qui refusait aux salariés de la fonderie Focast-Val-fond, le droit à une retraite anticipée pour ceux qui manipulaient des matériaux et des peintures de calorifugeage à l’amiante.

Le Tribunal Administratif de Nantes, fin mai 2006, a donné trois mois au ministère pour revoir la demande des salariés.

[Note du 7 février 2007 :

Lors de l’audience du 25 janvier 2007, au Tribunal Administratif de NANTES, le Commissaire du gouvernement, qui a pour fonction de « dire le droit », a suivi l’argumentation de la CGT et a demandé que le Ministre soit tenu d’inscrire la Fonderie Focast sur les listes pré-retraite amiante, sous astreinte de 500 euros par jour de retard.

Mais que vont décider les magistrats ? Réponse dans deux ou trois semaines.]

AMIANTE - gagné