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Enfants perdus et promesse de malheur

Ecrit le 10 août 2016

Autrefois les courriers du maire de Châteaubriant s’inquiétaient des enfants malades qu’il fallait envoyer à Nantes, des enfants de mère indigente et des orphelins. Dans notre société moderne, ces questions se posent moins, il y a des allocations familiales et des services de protection maternelle et infantile. Donc tout va bien dans le meilleur des mondes possibles… ?

Maintenant ce sont les jeunes (et les moins jeunes) qui sont perdus : ils ne savent plus qui ils sont, ils ont besoin d’exister, d’être quelqu’un, de laisser une trace dans le monde. Autrefois le travail qui permettait d’occuper le temps, de gagner un peu d’argent, de trouver un logement, de fonder une famille. N’idéalisons pas, les temps étaient durs, cependant, pour toute une classe sociale.

Maintenant nous avons tout, enfin certains ont tout : travail, famille, voiture, smartphone, voyages … etc. D’autres se contentent de voir à la télé tous ces objets qui apportent le bonheur (croient-ils) et qu’ils n’auront jamais. C’est l’envie attisée, la satisfaction impossible. Il est si fréquent d’entendre des gens dire : « je m’ennuie ».

On assiste alors à une recrudescence d’actes insensés (qu’ils soient revendiqués par Daesch, ou non) :

- Norvège, en 2011, un jeune a abattu 77 personnes, surtout des jeunes.
- Munich, juillet 2016, cinq ans après, jour pour jour, un jeune a abattu 9 personnes dans un centre commercial de la ville. Le Germano-Iranien de 18 ans, qui s‘est suicidé après l’attaque, souffrait de troubles psychologiques et avait été harcelé par plusieurs camarades de classe.
- Nice, 14 juillet, un gros camion a servi d’arme pour tuer 85 personnes. Le tueur savait qu’il allait à la mort. En juin 2008 quelque chose d’analogue s’était produit dans le quartier d’Akihabara à Tokyo. Et l’époque il n’y avait pas eu revendication de Daesch !
- Sagamihara, 700 000 habitants, près de Tokyo (japon), un jeune déséquilibré a tué 19 personnes, au couteau, dans un centre de personnes handicapées.
- Saint-Etienne-du-Rouvray, deux jeunes ont égorgé un prêtre dans son église. Ils n’étaient pas sous influence : pas d’alcool, pas de médicament, ni de stupéfiants. Ils étaient décrits comme de bons garçons, mais pourquoi avaient-ils fait allégeance à Daesch ?

On n’en finit pas de faire la liste des drames de Villejuif, Magnanville, Saint-Quentin Fallavier, le carnage évité dans le Thalys, les attentats meurtriers de Somalie, Afghanistan, Etats-Unis, Syrie …. Un site internet en dresse une liste impressionnante. https://frama.link/attentats

 Idéologie de mort

Mais pourquoi cette idéologie de mort ? Pour Christiane Taubira, elle concerne « des individus en marge, au rapport parfois distendu avec la religion, même si celle-ci n’est pas sans effet chez ceux qui rêvent d’instaurer un fantasmatique califat. Le terrain est celui des esprits, où frustrations, humiliations, ignorance et fêlures pourvoient en énergie destructrice ».

Nous sommes en guerre, oui, une guerre sans armée, sans champ de bataille, sans objectifs. Pendant la dernière guerre mondiale, des Résistants et Maquisards menaient ainsi une guérilla en France, mais ils avaient un but : libérer le pays de l’occupation allemande. Ils avaient un programme, celui de la CNR. Les terroristes actuels frappent de façon aveugle, recherchant même leur propre mort. Dans ces conditions, il ne peut y avoir de négociation, il ne peut y avoir de paix.

Le monde est à repenser, à ré-équilibrer, à rendre plus juste, plus soucieux des humains, moins soumis aux puissances de l’argent facile et des spéculations.

 En France, il y a des choses à faire.

Relisons encore Christiane Taubira :

« Au plan interne, certains de nos territoires ne peuvent continuer à servir de repoussoirs, de foyers d’échec sans responsabilité ni individuelle ni publique, de défouloirs globaux, au mépris des multiples réussites et résistances à la fatalité qui s’y déploient. Le terrain est celui des esprits et le champ de conquête celui du processus d’affiliation et du sentiment d’appartenance. Il nous reste à y faire vivre vraiment la République. A donner consistance et constance à l’ambition d’égalité. C’est la condition à la fois de notre honnêteté sur nos valeurs, et de la sécurité de nos enfants. (…) Nous savons qu’une société d’exclusion et de rejet n’est qu’une immense et sordide promesse de malheurs ».

 Ecouter

Le meurtre de Saint-Etienne-du-Rouvray va contribuer au rapprochement des religions catholique, musulmane, juive. C’est une bonne chose.

On a entendu un Imam, au lendemain de ce meurtre, s’interroger sur sa propre action, se demander s’il ne devrait pas davantage rencontrer les jeunes. « Je préfère qu’ils viennent à la mosquée plutôt que d’écouter l’imam Google ». On peut a contrario s’interroger sur les orientations prises par certains prêtres catholiques parlant de Dieu mais ne s’intéressant pas à la vie quotidienne des fidèles.

On a entendu le pape François refuser, dimanche 31 juillet, tout amalgame entre islam et terrorisme, expliquant que les catholiques pouvaient être aussi violents que les musulmans et déclarant que l’Europe était en train de pousser une partie de sa jeunesse vers le terrorisme. « Tous les jours quand j’ouvre les journaux, je vois des violences en Italie, quelqu’un qui tue sa petite amie, un autre qui tue sa belle-mère, et ce sont des catholiques baptisés », a déclaré François. « Combien parmi nos jeunes Européens avons-nous abandonné sans idéal, sans travail ? Alors ils se tournent vers les drogues, vers l’alcool, et vont là-bas s’engager avec les groupes fondamentalistes. »

Ces propos ont déclenché la colère des catholiques traditionnalistes parlant d’égorgement spirituel (sic !), disant : « que le Pape déclare que nous ne sommes pas engagés dans une guerre de religion, car « toutes les religions veulent la paix », ou que Mgr Pontier, Président, réélu, de la Conférence des évêques de France, dise que « ces fous qui sèment la mort ne peuvent pas vraiment se revendiquer de l’islam », voilà qui est pour nous incompréhensible ! ».

 Place à la méfiance

Avec tout ça, les mentalités changent, mais pas dans le bon sens. Place à la méfiance. A Châteaubriant dimanche 31 juillet à la messe de 10.30, se trouvait un correspondant de Ouest-France, franco-marocain de 46 ans. Un paroissien a téléphoné à la gendarmerie pour signaler qu’un homme jugé « suspect » se trouvait dans l’église. Ouest-France commente : ce fidèle n’a sans doute pas anticipé « le sentiment d’humiliation » qu’allait ressentir notre correspondant, obligé de quitter Saint-Nicolas encadré par deux gendarmes, à la vue de tous. Hier après-midi, il était encore peiné mais « debout » : « C’est tombé sur moi mais je pardonne. La peur n’est pas quelque chose de raisonné. Ce qui s’est passé servira peut-être de leçon et permettra à chacun d’être plus prudent et moins jugeant afin que ça ne se reproduise plus. » dit l’article du 2 août.

Dans un texte diffusé sur internet le curé de la paroisse   dit : « Entrer dans une église, lieu de paix, de recueillement, de communion, et en sortir entre deux gendarmes, alors que l’on n’a rien fait d’autre que d’être là en empathie avec une communauté catholique ébranlée par l’assassinat d’un prêtre, c’est profondément humiliant, et il y a de quoi être déstabilisé ! Imaginez que vous entriez dans la mosquée de la Ville aux Roses, avec la même attitude de cœur, et que vous en sortiez de la même manière, et vous comprendrez ce que cet homme a pu ressentir » … et il interroge : « qu’est-ce qu’un comportement suspect ? Peut-on vraiment dire qu’emporter avec soi un sac et un casque dans une église, c’est avoir un comportement suspect ? … J’en doute… Ou alors, est-ce le teint basané d’un visage et ses traits méridionaux qui signalent un individu potentiellement dangereux ? C’est évident que non ! Va-t-on se mettre à suspecter tout visage nouveau qui entre dans notre assemblée sous prétexte que nous ne le connaissons pas ? Je sais que le climat est à la peur, mais justement parce que le climat est à la peur, Il faut raison garder ! (…) Nous ne pouvons pas continuer à agir ainsi : si chacun se met à suspecter son voisin, alors il n’y a plus de fraternité chrétienne possible.

Si Jésus revenait aujourd’hui dans une église au moment de la messe, tel qu’il était il y a 2000 ans, le visage barbu et basané comme un Arabe et portant une longue robe, serait-il dénoncé par un chrétien vigilant, arrêté par la police ou abattu par le GIGN ?


NOTES:

Publicité castelbriantaise

l’incident du 31 juillet concernant un journaliste castelbriantais, « suspect » en raison de la couleur de sa peau, a fait parler de Châteaubriant dans la presse nationale. Le Parisien du 2 août (avec en photo l’église de St Aubin-des-Châteaux) et puis Actu-Médias du 3 août. Et Le Monde. Il y a des publicités dont on se passerait bien !