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Adolescents, médias et sexualité

Ecrit le 21 septembre 2016

Nous sommes toujours en période de rentrée scolaire, le temps de réfléchir à la façon d’orienter l’information donnée aux jeunes, parallèlement à leurs apprentissages scolaires, en les éveillant, par exemple, au rôle des médias, aux valeurs qu’ils véhiculent, que ce soit la sexualité ou le djihad !

Comme dit Sophia Idayassi : « Je pense que les parents ont de quoi s’inquiéter au regard de l’érotisation des adolescents et des jeunes enfants dans les médias. La banalisation des normes de beauté établies par la pornographie à travers la télévision et l’Internet, et même la musique populaire (clip vidéo) sont autant de causes de la sexualisation des jeunes. Et puis il y a aussi cette pression sociale qui veut que même les filles très jeunes aient un amoureux. Je pense qu’il nous faut réellement travailler sur une sensibilisation plus transversale en direction des parents, éducateurs, enseignants et animateurs aux effets de « réalité » des médias ».

L’idée que des médias puissent diriger voire pervertir les pensées surtout des plus jeunes ne date pas d’hier. La presse, le cinéma, les jeux vidéos et plus récemment internet sont mis en cause. Une étude a été menée par les Associations Ic@re et Les Eco-Liés. son but : ouvrir des espaces d’échanges et de dialogue afin de comprendre la place et l’influence des médias sur la jeunesse et plus précisément sur les tendances de fond qui traversent les sexualités de la jeunesse et d’en évaluer les impacts.
Lire cette étude ici :

Cette étude portant sur 415 jeunes de 14 à 20 ans, a été menée par Sophia Idayassi et Pierre Khattou. On y trouve de nombreux témoignages intéressants. Une lecture à recommander aux adultes ! En voici de larges extraits :

 Normes physiques

Les jeunes filles, mais aussi de plus en plus de garçons entrent dans une sphère sociale où ils exercent leur potentiel de séduction à partir de normes physiques définies par les médias tels que les magazines féminins ou masculins et les publicités. On pousse les adolescents à devenir ce qu’elles/ils ne sont pas, en profitant du fait qu’elles et ils se cherchent, sans se préoccuper des risques encourus.

Avec un peu de recul, on peut observer cependant que l’impact d’un contenu découle du niveau de maturité affective et intellectuelle de la personne, de l’histoire, des références culturelles (voire cultuelles) et de l’environnement social des jeunes.

 Porno

Plusieurs enquêtes convergent vers le fait que la moitié des jeunes d’aujourd’hui ont consommé de la pornographie avant l’âge de 13 ans . Les clips vidéo, les séries télés et films sur grand écran, par l’impact des images, sont devenus des produits de consommation courante.

44% des garçons déclarent regarder au moins une fois par semaine une vidéo à caractère pornographique, les filles interrogées visionnent de la pornographie sur une fréquence plus mensuelle, pour 28% d’entres elles.

Le porno tel qu’il est consommé par les jeunes (et les adultes) fait l’impasse sur la phase de rencontre avec l’autre. Il gomme ces moments pour n’aller qu’aux instants clefs recherchés. Visionnées par des jeunes et des adultes, ces images participent à une construction déformée de l’imaginaire sexuel et amoureux. « Mais si les jeunes en consomment, c’est sans doute aussi parce que nous n’apportons pas les bonnes réponses à leurs questionnements » disent les auteurs.

Ces films sont-ils libérateurs, informatifs ou plutôt créateurs de blocages ? Le porno peut donner une information bienvenue mais aussi beaucoup d’inquiétudes.

 Sextos

Un sexto est un message à caractère érotique. Ce peut être un texte ou une photo plus ou moins dénudée. Le sexto en soi peut être inoffensif dans le contexte d’une relation saine, mais on peut très vite en percevoir les dérives. « Il est donc primordial d’éduquer les jeunes à l’utilisation de certains outils, à être vigilants sur ce qu’ils dévoilent d’eux mêmes. Il est également primordial de leur permettre de mesurer l’impact et les conséquences d’un tel acte ».

 Les clips

L’étude analyse six clips déclarés comme préférés par les jeunes sondés, en traduisant les paroles des chansons. Edifiant !

C’est l’adolescent-e qui prend lui-même la décision de regarder ces clips, c’est lui qui en fait la recherche. 90% des clips diffusés contiennent des scènes de nature explicitement sexuelle, et une grande partie renferment des scènes de violences, souvent d’ailleurs dirigées contre les femmes, celles-là même qui sont représentées de manière condescendante.

Au travers des clips analysés, « nous voyons l’échec de la lutte contre les stéréotypes genrés. Similaire aux codes de la publicité, le clip répète les clichés : la rencontre, l’amour contrarié, le voyage, la femme-objet, le sexisme, l’argent… ».

On peut classer les clips en deux catégories :
• ceux qui stimulent l’imaginaire suggestif
• ceux qui se déroulent selon un scénario plus classique mais qui encourageront la projection de ses propres fantasmes.

Les six clips vidéo analysés par l’étude demeurent dans une identification narcissique via le culte du chanteur, le repli sur soi, l’importance de l’apparence, l’exhibitionnisme et voyeurisme.

 Chirurgie esthétique

Selon certaines études et forums de santé plus ou moins alarmistes, il semble que de plus en plus de jeunes subissent des chirurgies génitales visant à rajeunir ou agrandir leur organe intime. Les vaginoplasties qui réduisent des petites lèvres estimées trop volumineuses ou tombantes, les nymphoplasties qui rétrécissent le diamètre du vagin, l’allongement du pénis ou le blanchiment anal seraient des opérations en demande croissante. Cela montre bien le fait que l’esthétique du corps et des organes sexuels est une question importante.

Les jeunes subissent une pression énorme pour se conformer à un modèle corporel unique qui ne laisse pas de place à la variété des formes, des âges et des tailles. Influencés par un idéal de beauté, les jeunes sont convaincus qu’ils doivent s’y plier pour se réaliser et deviennent ainsi obsédés par leur image corporelle… avec des conséquences néfastes sur leur santé et leur estime de soi.

Dans une société qui demande à ce que de moins en moins de capacités physiques soient mobilisées dans le travail à cause de l’industrialisation et de la robotisation des tâches, paradoxalement le muscle n’a jamais été aussi présent. Les jeunes garçons sont de plus en plus nombreux et de plus en plus précocement à la recherche de muscles saillants, dessinés, prêts à être exhibés. Les filles, elles, doivent avoir un corps mince (55 % des filles entre 15 et 19 ans veulent perdre du poids).

[Notons que la corpulence est appréciée différemment selon les époques et selon les pays. En Uruguay, la forte corpulence est valorisée pour les femmes (52%) et la minceur préférée pour les hommes (62%). Inversement en France, l’image de l’homme corpulent fait relativement consensus (62%), alors que la minceur est davantage valorisée pour les femmes (52%)]. 

 Chatroulette

Chatter sur Bazoocam ou Chatroulette peut être comparable à une promenade numérique pour insomniaque.… mais ici, le voyeurisme et exhibitionnisme restent la démarche première.

Chatroulette est un réseau social relativement simple, qui permet de discuter en vidéo (chat) avec n’importe qui de façon complètement aléatoire (roulette russe). Il suffit d’un seul clic   pour se débarrasser sans émotions, sans explications de l’autre. Vous pouvez passer deux heures sans qu’une seule personne ne veuille s’arrêter plus de 3 secondes sur vous.

L’étude a testé pour vous : wocchat, bazoocam, camcamcam, camstudio, chatroulette « et pendant plusieurs séances, nous avons croisé des centaines de personnes » - « Une petite proportion de personnes a un véritable désir d’échange et de discussion autour de la musique, des jeux vidéo et d’autres sujets les concernant. Mais force est de constater que sur la globalité des échanges, émerge une dominante : l’exhibition du corps »

Une fois de plus, ces réseaux « sociaux » entrent dans l’intimité de l’autre. Populaires mais décriés, ces sites se confrontent à d’autres systèmes de valeurs. Et les risques de détournement sont nombreux : certains blogueurs prennent sur le vif et interpellent des utilisateurs de chatroulette, les filment, souvent à leur insu, pour diffuser ensuite sur une chaine Youtube avec un ton souvent très condescendant, parfois méprisant. L’intimité de l’internaute est alors exposée et moquée, ce dernier y perd sa e-réputation et son estime de soi.

Amusant : l’étude fait un retour sur le passé, sur ce qu’on disait de la sexualité des jeunes il y a 50 ans ou plus !

 Parler de sexualité

Comment se renseigner sur les sexualités ? 64% des jeunes sondés ont souvent recours aux réseaux pour trouver des réponses aux questions qu’ils n’osent pas poser ailleurs. Pour les jeunes, internet est devenu un acteur important de gestion de leur vie amoureuse et sociale. Les jeunes s’interrogent sur le plaisir (15%), l’anatomie génitale (31%) et sur le « comment fait-on » (54%).

Un-e adolescent-e qui cherche à appréhender et comprendre sa ou ses sexualités, le fait à partir de normes véhiculées par les pairs, les adultes, l’école mais aussi les médias. « C’est précisément dans ces espaces qu’il nous semble important en tant qu’acteurs de l’éducation d’agir. Nier la sexualité des jeunes, c’est contourner nos responsabilités » disent les auteurs de l’étude.

Depuis 2009, avec le projet européen Eurosutra, un travail a été engagé autour de sexualités et médias. Voir ici :
avec des questions intéressantes pouvant aider à conduire un débat.
La sexualité tout comme l’utilisation des médias, doivent en effet être des sujets d’animation et de débat. « Développer chez les jeunes un esprit critique sur ces outils est nécessaire pour les aider à faire des choix éclairés et pour permettre d’avoir des pratiques choisies ».

Certes, les jeunes ne courent pas forcément de risque en ligne, mais il importe de limiter la vulnérabilité d’un jeune aux sollicitations notamment sexuelles, en ligne ou hors ligne. « Croire qu’imposer à un jeune de consulter et d’utiliser un ordinateur dans une pièce commune permettra de le mettre à l’abri d’éventuels dangers est totalement illusoire et à notre avis anti pédagogique. Il est temps pour nous, adultes de re-questionner nos valeurs, notre compréhension du monde, notre compréhension de l’amour, et de la sexualité. Parler simplement de sexe, de désir et de plaisir permet de rendre cet objet moins fantasmé et d’ouvrir le dialogue tant sur les messages sexués explicites et/ou implicites présents dans de nombreux messages publicitaires, clips vidéo mais également de repenser nos représentations »

« Toute communication est genrée. La femme est porteuse dans les médias de stéréotypes extrêmement réducteurs. Et en ce qui concerne le sexe, les réseaux sociaux sont aussi des instruments de domination masculine, les filles assurant pour certaines une sexualité spectacle attisant le désir et le fantasme masculin. Des images des clips, aux textes des tubes écoutés, en passant par les réseaux comme facebook ou twitter, cette image est largement dominante et doit encore, toujours et de tout urgence être combattue par l’éducation aux et par le média pour aussi, une égalité fille/garçon ».

 Et si on parlait … du Djihad ?

La région de Châteaubriant ne semble pas affectée par les problèmes d’extrémisme djihadiste, notamment parce que l’association cultuelle turque est vigilante à ce sujet. Mais on ne sait rien sur une éventuelle radicalisation transmise par internet. C’est pourquoi, en ce domaine comme en d’autres, il est important de discuter avec les jeunes. Et, justement, une pièce de théâtre peut y aider. Intitulée Djihad, elle met en scène trois personnages récupérés par des fanatiques et bien décidés à rejoindre la Syrie : Ismaël, Ben et Reda., qui se sont juré de tuer des mécréants au nom de leur religion, mais doivent d’abord affronter leurs passions pas vraiment jihadistes : l’un ne peut s’empêcher de « gribouiller », un autre noie son chagrin d’amour dans l’alcool, quand le troisième est un fan refoulé d’Elvis Presley.

Jouée par des Bruxellois musulmans, « Djihad » prend le parti de faire tomber les murs entre les communautés, et aspire entre rires et larmes, à un meilleur « vivre ensemble ». Son auteur, Ismaïl Saidi, est lui-même un ex-policier diplômé de sciences sociales, musulman pratiquant et originaire de Schaerbeek, l’une des communes de Bruxelles où a notamment transité Mohamed Abrini, l’un des suspects clé des attentats de Paris et Bruxelles.

« Djihad » est née en août 2014, après qu’Ismaël Saidi a vu Marine Le Pen parler à la télévision des apprentis jihadistes. « Elle a dit que ça lui ne posait pas de problèmes tant qu’ils ne revenaient pas, raconte l’auteur. J’ai trouvé que c’était dur du point de vue d’un être humain et d’une femme politique. »J’ai eu envie d’écrire sous forme d’humour pour parler de ce problème » confie-t-il.

Depuis, il y a eu Charlie, Paris, Bruxelles... et pas une virgule changée dans son texte. « C’est cela qui est choquant. Ce que j’ai écrit en août-septembre, c’est exactement ce qu’il y a eu en France », raconte-t-il.

La tragi-comédie d’Ismaël Saidi arrive en France forte d’un succès inattendu en Belgique. La pièce y a rassemblé plus de 50.000 spectateurs dont 27.000 lycéens depuis 2014. En janvier 2015, elle a même été reconnue d’utilité publique par le gouvernement belge, ce qui la rend accessible gratuitement aux scolaires. Chaque représentation de la pièce est suivie d’une rencontre débat avec un journaliste et un islamologue. « Avant de stigmatiser les jeunes qui s’engagent, je voudrais qu’on analyse d’abord les symptômes, pour pouvoir soigner le mal en amont. » dit I.Saidi.

 Des sources :

L’étude médias et sexualité :
Eurosutra :

Numéros verts :
Fil Santé Jeunes : 0 800 20 30 40
Allô Enfance Maltraitée : 119
Sida info service : 0 800 840 800

Numéros Azur
Ligne Azur : 0 801 20 30 40 (questions sur l’orientation sexuelle)
Aide aux victimes : 0 810 09 86 09

Autre numéro
Inter-Service-Parents : 01 44 93 44 93

Parlez-moi d’amour, redites-moi des choses tendres ...

et les seniors sur internet ?