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Oeuvre, gros, gris, gras

  Sommaire  

Ecrit le 5 octobre 2016

En guise de … « hors-d’œuvre », sachez que le mot œuvre vient du mot latin opera, pluriel neutre de opus : le o s’est naturellement transformé en œ, écrit œu devant une consonne, ici p qui, placée entre deux voyelles est devenue v (ainsi ripa donne rive et sapone, savon), le e situé entre les deux consonnes (p et r) a disparu et le a final s’est transformé en e.

En bas-latin, le mot opera a été pris pour un féminin singulier au sens d’activité, travail, entreprise.

En français, le mot œuvre est donc féminin au sens de tâche, activité, travail. On le trouve dans des proverbes tels « à l’œuvre, on connaît l’ouvrier » et « pour connaître le savoir de l’homme, il faut le mettre à l’œuvre », dans des locutions telles « se mettre à l’œuvre », « mettre en œuvre », « voir à l’œuvre », « être à pied d’œuvre » ainsi que dans l’expression « l’œuvre de chair » pour désigner l’acte sexuel dans le registre religieux.

Il est souvent accompagné d’un autre mot : chef-d’œuvre, main-d’œuvre, maître d’œuvre, œuvre d’art.

Au féminin pluriel, il était employé dans l’expression aujourd’hui désuète « elle est grosse des œuvres de... » pour parler d’une femme enceinte et dans celle de
« maître des hautes œuvres » qui désignait le bourreau, ainsi que dans « employé aux basses œuvres », qu’étaient entre autres le curage des latrines et l’abattage des chiens errants. N’oublions pas « les bonnes œuvres » qui désignent les œuvres de charité.

Au masculin singulier, œuvre est employé dans le vocabulaire du bâtiment : le gros œuvre, le petit œuvre.

Dans le domaine des arts, il désigne l’ensemble des œuvres d’un artiste : on parle ainsi par exemple de l’œuvre peint de Picasso ou de Léger, de l’œuvre sculpté de Michel-Ange, de tout l’œuvre de Mozart.

De même, en alchimie, œuvre est toujours employé au masculin : le grand œuvre, l’œuvre au noir, au blanc, au jaune, au rouge.

En architecture, un hors d’œuvre (sans trait d’union) désigne une pièce en saillie dans le corps d’un bâtiment et, en gastronomie, un hors-d’œuvre est un petit plat servi au début du repas ! En italien : antipasti, en anglais : starter, en espagnol : tapas, en russe : zakouski.

Le croirez-vous ? Officine et usine appartiennent à la famille du mot œuvre. Explication dans le prochain numéro de La Mée. (1)

Elisabeth Blondel


Ecrit le 12 octobre 2016

 Gros

Le mot GROS peut être un nom commun, un adjectif ou un adverbe :
En tant que nom commun on l’emploie pour parler
– du volume d’une chose : le gros de l’arbre (le tronc ).
– de son importance, voire de sa difficulté : le gros du travail, faites le plus gros, je me chargerai du reste ,
– de sa valeur en argent : il va recevoir le plus gros de l’indemnité,
– de son intensité : le gros de l’orage éclata dans la nuit.
– d’un ensemble d’êtres animés : le gros de l’armée, de la nation, de l’assemblée (= le plus grand nombre).
Dans le domaine du commerce, on parlera du commerce de gros ou de demi-gros, du prix de gros ; historiquement, c’est aussi une ancienne mesure de poids équivalant à 5 grammes.

Quand il est un adjectif, il qualifie quelque chose qui dépasse la mesure, voire les bornes ! ou qui a beaucoup de volume ou d’importance : dire des gros mots, un gros nuage, un gros tas, du gros sel, une grosse goutte, une grosse aiguille, une grosse vague, un gros bébé, et, au figuré, un gros bonnet, une grosse légume, une grosse déception, un gros rhume, faire la grosse voix, gagner le gros lot, faire le gros dos, faire les gros yeux.
En typographie, on utilise de gros caractères pour mettre en page les gros titres.
Employé substantivement, il désigne une personne corpulente : un petit gros, un gros plein de soupe, un bon gros.

Quand il est employé comme adverbe, le mot gros signifie dans de grandes dimensions : voir plus gros, écrire gros.
Dans le langage familier, gros signifie beaucoup : « c’est pas cher et ça peut rapporter gros », risquer gros, il y a gros à parier que

La locution gros comme signifie une quantité égale à : prenez-en gros comme une noix et en gros veut dire sans entrer dans les détails.

Au figuré, le mot sert à exprimer un regret, un remords non mesurables : en avoir gros sur le cœur, sur la conscience, et dans un registre plus familier, sur la patate !

Devinette : en matière de justice, qu’appelle-t-on : la grosse ?

Elisabeth Blondel


Ecrit le 19 octobre 2016

« La nuit, tous les chats sont gris ! » Ce proverbe est bien sûr à prendre au figuré : l’obscurité ne permet pas de distinguer les différences entre les choses ni entre les gens, si bien qu’elle laisse aux malfaiteurs de tout ...poil la possibilité de ne pas se faire remarquer.

GRIS est un adjectif et un substantif :

L’ADJECTIF désigne une couleur intermédiaire entre le noir et le blanc dont la nuance peut être précisée par un autre adjectif : gris clair, gris foncé, gris-blanc, gris-bleu, gris-vert (notez la présence du trait d’union dans les cas où le deuxième adjectif désigne une couleur et l’invariabilité du mot gris dans tous les cas cités ici).

Les yeux, la barbe, les cheveux peuvent être gris mais, au figuré, « se faire des cheveux gris » signifie « se faire du souci ». Toujours au figuré, l’expression -un peu désuète aujourd’hui- être gris signifiait être ivre (on dit plus volontiers maintenant « être saoul, cuit, paf, ou bourré ! ». Mais l’idée en reste dans le mot « dégrisé ». L’expression être l’éminence grise de quelqu’un (être son conseiller) appliquée à Richelieu, vient du fait qu’il portait un habit de bure grise.

Quand on a une voiture, il faut avoir une carte grise. En oenologie on parle de vin gris (intermédiaire entre le rosé et le blanc) et en anatomie, la matière grise du cerveau est formée de cellules grises.

Gris s’oppose à lumineux dans l’expression avoir le teint gris et à accueillant dans l’expression faire grise mine.

Le SUBSTANTIF employé au masculin désigne une couleur : elle est habillée de gris, du tabac ordinaire : il fume du gris, une sorte de vin : on boit du gris, une variété d’écureuil et la fourrure de cet animal : une toque en petit-gris.

L’escargot petit-gris n’est pas un écureuil !

Employé au féminin, la grise, il désigne en botanique une maladie des végétaux, en entomologie, une petite araignée, dans le domaine de la chasse une perdrix et dans un langage populaire un peu désuet, Avoir la grise signifie être triste, avoir le cafard, le spleen.

Enfin la grisette, petite couturière aux mœurs légères, tient son nom de l’étoffe grise, de peu de valeur, avec laquelle elle était habillée.

Avec un ciel si bas
qu’un canal s’est perdu,
Avec un ciel si bas qu’il fait l’humilité
Avec un ciel si gris
qu’un canal s’est pendu,
Avec un ciel si gris qu’il faut lui pardonner.
Avec le vent du nord qui vient s’écarteler,
Avec le vent du nord écoutez le craquer,
Le plat pays qui est le mien.
Jacques Brel

Elisabeth Blondel


Ecrit le 26 octobre 2016

 Gras

« Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras », telle est la description que La Fontaine fait de Raminagrobis dans sa fable Le chat, la belette et le petit lapin.
L’adjectif gras est associé à l’adjectif gros dans une autre fable, intitulée Le rat qui s’est retiré du monde : « Il devint gros et gras ».

Gras peut être un adjectif, un nom commun ou un adverbe.

Quand il est un ADJECTIF, on l’emploie dans des domaines variés :
Un corps gras, un acide gras, de la matière grasse -animale ou végétale-, du diabète gras, Mardi gras, une plante grasse, du jambon gras, avoir la peau grasse, les mains grasses, les cheveux gras, un diabète gras, les eaux grasses (eaux de vaisselle) un crayon gras, une encre grasse, un vin gras (moelleux), un chapon gras, le gras-double, des choux gras (accommodés avec de la graisse). Au figuré, l’expression « en faire ses choux gras » signifie s’accommoder volontiers de quelque chose ; « tuer le veau gras » : faire une fête pour marquer un événement heureux. Et dans l’expression « faire la grasse matinée », l’adjectif grasse indique une idée de temps agréablement prolongé. Les gras pâturages ne
sont pas gras au sens... « propre » mais des pâturages fertiles, abondants. Les sept vaches grasses dans le rêve de Pharaon représentent sept années d’abondance.

Au figuré encore, des propos gras sont un ensemble de paroles graveleuses, licencieuses. Discuter le bout de gras est une expression populaire signifiant converser de choses et d’autres mais on sait pas exactement d’où elle vient.

Quand il est un NOM COMMUN, le mot gras s’emploie pour désigner le gras du jambon ou de l’entrecôte, le gras du bras, de la jambe ou de la cuisse ; il entre aussi dans des recettes : « accommoder un bœuf au gras , du riz au gras ». Il désigne aussi une variété de tache : il s’est encore fait une tache de gras !

Quand il est un ADVERBE, il modifie un verbe : il rit gras (il grasseye), il tousse gras, elle souligne les mots importants en gras.

DEVINETTE qui, contrairement aux apparences, concerne bien la graisse, donc le mot gras : Qu’est-ce qu’une SAYNETE ?
Réponse dans le prochain numéro.

Elisabeth Blondel


NOTES:

(1) Réponse à l’ « énigme » de la semaine dernière : le mot USINE, utilisé dès le XVIIIe siècle dans le Nord de la France, est issu de l’évolution locale du mot latin OFFICINA - qui a évidemment donné OFFICINE en français- : occhevine, œuchine, wisine. Le mot OFFICINE est lui-même issu de l’altération du mot opificine, dérivé de opifex (ouvrier, celui qui fait une œuvre) formé à partir des racines des mots latins OPUS et facere .

(2) Réponse à la devinette de la semaine dernière :

La GROSSE est la copie écrite à la plume d’oie d’une décision de justice ou d’un acte notarié comportant la formule exécutoire.

Le nom de GROSSE viendrait de l’époque où les commis des notaires ou des greffiers chargés de rédiger un acte étaient rétribués en fonction de la longueur de la copie, d’où l’intérêt d’écrire gros ! On parlait alors d’écritures grossoyées.

(3) Réponse à la devinette du dernier numéro : une SAYNETE, (sainete=friandise, farce en espagnol) avant d’être une petite pièce comique, un intermède bouffon et savoureux joué lors de l’entracte dans le théâtre espagnol ou à la fin d’une pièce, était un morceau de saindoux (de graisse) donné aux faucons pour les récompenser lors d’une chasse.