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Roumanie

  Brabova : le cœur n’y est plus

Première semaine de novembre : il fait beau sur Brabova. Il est grand temps pour les paysans de semer le blé. Oui mais voilà, quel blé ? Dilemme. Traditionnellement, et par manque de finances pour acheter des graines certifiées, ils sèment une partie de la récolte précédente. Mais celle-ci fut catastrophique : cinq, dix quintaux, vingt quintaux pour les plus chanceux. En sont responsables les grosses pluies de juillet et août et les pluies acides du printemps (conséquence du bombardement des usines chimiques en Serbie). De plus, une partie de la récolte ayant germé avant la moisson, elle n’est utilisable ni pour la semence, ni pour la farine destinée à la panification.

Donc, peu de blé, de surcroît de mauvaise qualité. Après en avoir gardé une partie pour leur alimentation et celle des animaux (une vache, trois cochons, une douzaine de poules et autant d’oies), ils sèment le reste, ... mais le cœur n’y est pas. Ils savent par avance que la récolte 2000 sera forcément mauvaise.

A Brabova, deux types d’agriculteurs coexistent. Cent soixante familles ont choisi de mettre leurs 2 ou 3 ha en commun au sein d’une société coopérative. Cela leur permet d’être motorisés : trois tracteurs, deux charrues, un semoir. Mais pour que cela roule. il faut du gasoil pour les tracteurs. Or, en cette pleine période d’activité, le fuel est rationné : mardi le litre valait 6000 lei, mercredi 7000 lei, inflation oblige (un franc valait 6 lei en 1990, 60 en 1992, 1400 en 1997, et aujourd’hui 2500 lei). Non, vraiment le cœur n’y est pas. Tous les autres qui ont choisi de cultiver leurs 2 au 3 ha individuellement, c’est avec des ânes ou des vaches que la terre est retournée et semée. On ose à peine y croire

Avec tout cela, il est facile de comprendre que l’activité du moulin soit réduite, Quant aux anciennes fermes d’Etat, elles sont à l’abandon : ainsi 200 ha de jeunes pommiers et pruniers sont en friche. Les habitants, la commune n’ont pas de moyen d’action pour en poursuivre l’exploitation.

Et il n’y a pas que pour les agriculteurs que les temps sont durs. Prenons l’exemple des professeurs, une des catégories les plus mal payées : salaire mensuel un million et demi de lei (600 F). Une ingénieur(e), nommée institutrice, sans formation pédagogique, gagne 700 000 lei, mais il lui faut en reverser 300 000 pour ses déplacements professionnels. Il lui reste donc environ l’équivalent de 150 F par mois pour vivre, alors qu’un litre d’essence vaut 4 F.

En ce qui concerne les équipements, les routes sont toujours aussi mauvaises. Dans la plupart des villages, seule la route principale est goudronnée, très peu de chemins sont empierrés. Il vaut mieux investir dans des bottes que dans des chaussures de ville. Quant à la seule autoroute du pays, entre Pitesti et Bucarest, elle est en travaux sur de grandes longueurs.

Que dire des écoles ? Elles sont tristes, sous-équipées. C’est donc à l’école maternelle de Brabova que va porter notre projet : : l’équipement en jouets éducatifs.

Ah si, quand même, ne soyons pas trop pessimistes, ça y est, le téléphone automatique est installé à Brabova. Ouf ! on peut enfin joindre facilement les amis.

A Brabova, il n’y a que l’hôpital qui respire la santé : les habitants sont si attachés à leur petit hôpital de proximité (20 places) qu’ils y ont mis leurs économies et leur temps pour réinstaller l’eau courante et refaire les peintures.

Geneviève Rétif et Françoise Guinchard
du Comité Roumanie du Pays de Châteaubriant  


(écrit le 10 octobre 2001)

 Comité Roumanie

Cela fait maintenant 12 ans que le Comité Roumanie est en lien avec Brabova. Il y eut le temps des envois humanitaires, et des envois de livres scolaires. Puis ce fut le tour des ambulances et du matériel médical pour le petit hôpital très modeste mais ô combien important dans cette campagne isolée.

En 1996 le moulin à farine fut inauguré évitant ainsi de longs déplacements à la population qui, jusque là, se dirigeait vers d’autres moulins très éloignés.

2001

Cette année 2001 est marquée par deux réalisations touchant à la formation :

– l’un pour les petits de Brabova : le comité Roumanie du Pays de Châteaubriant   a restauré, équipé de mobilier, de jouets et jeux éducatifs l’école maternelle qui en avait réellement besoin. Tous les équipements ont été achetés l’été dernier en Roumanie où maintenant les magasins sont bien approvisionnés. Les petits de Brabova ont pu faire leur rentrée dans des conditions favorables.

– l’autre contribution au développement par la formation fut la venue à Châteaubriant de Krina qui a effectué sa terminale au lycée Guy Môquet où elle fut très encouragée par la Direction et les professeurs. Les membres du comité l’ont accueillie pendant les week-ends et les vacances.

Cette année fut très mouvementée pour Krina qui a dû arrêter son séjour à Châteaubriant en février pour réintégrer au plus vite son université en Roumanie, sous peine de perdre son acceptation (En Roumanie, il y a un concours d’entrée à l’Université). Mais grâce à sa ténacité et à la persévérance des membres et amis du Comité, elle est revenue passer son baccalauréat en France à la session de septembre et elle a réussi. C’est une grande satisfaction pour elle ... et pour le Comité.


(écrit le 29 mai 2002)

Le 17 mai 2002, M. Ovidiu PECICAN, professeur et sociologue, est venu parler de la Roumanie, à l’initiative   du Comité Roumanie du Pays de Châteaubriant   . Cette causerie n’a pas parlé de Brabova (ville avec laquelle nous avons un partenariat) mais de la Roumanie en général.

Un bref rappel : c’est à l’initiative   de Pierre Urvoy qu’en 1989 a été relayée l’opération « villages roumains » qui visait à lutter contre la destruction des villages romains lancée par le dictateur Ceausescu. Ce parrainage très actif a conduit à l’envoi de livres, de matériel et produits médicaux (et même de deux voitures-ambulances) et même, après un travail de plusieurs années, tout ce qu’il faut pour monter une minoterie qui a été inaugurée en 1996 (et qui, d’après ce que nous savons, ne fonctionne plus, des intérêts privés ayant pris le pas sur le bien-être public).

Tout était gelé

Selon M. PECICAN qui parle un français impeccable, la vie des Roumains s’est beaucoup diversifiée depuis 12 ans, c’est-à-dire depuis la chute du dictateur Ceausescu. « A cette époque, tout était presque gelé, aussi bien l’énergie (électricité, chaleur, économie) que la volonté de vivre des habitants ».

Depuis, la vie politique s’est modifiée de façon radicale, on a même vu une pluralité débordante de partis politiques (plus d’une centaine). Peu à peu les choses se sont calmées « Nous avons maintenant un grand parti sérieux, à la limite menaçant pour les autres et quelques petits partis très minoritaires ».

Les Partis sont formés autour d’un leader et non d’un programme (est-ce bien différent en France ?) « Ce sont plutôt des groupes d’intérêt, avec une grande incertitude idéologique ».

Fortes traditions

Depuis 12 ans, malgré ce bouillonnement démocratique, les traditions ancestrales sont restées encore très fortes. Pour M PECICAN les Roumains se partagent en deux catégories :

D’une part, ceux qui restent attachés à un long passé paysan. Pour eux, consciemment et inconsciemment, le village est pur, c’est quasiment le paradis ; la liaison avec la Terre c’est merveilleux, le village c’est la communauté des habitants, la ville est le lieu de tous les dangers, le lieu qui rassemble les étrangers à la « pureté nationale » roumaine. La civilisation issue des villages est très liée au modèle patriarcal de la famille. L’Homme est au centre de la famille, et en assure la cohésion. La pratique concrète du « mélange de sang » existe encore et permet de lier des familles entre elles. Dans ces villages il y a une certaines résignation des jeunes chômeurs et des petits propriétaires de terres (« on a de quoi manger, même si on n’a pas d’électricité et s’il faut aller aux toilettes au fond de la cour »)

D’autre part, la population concentrée dans les villes, a été façonnée par l’industrialisation (même si celle-ci se porte mal). Elle fait référence à la modernité, au cinéma, à internet (conçu comme moyen de nouer des amitiés et de trouver des possibilités de sortir de Roumanie), à la culture ... et au porno ! L’individu est perçu comme individu, indépendant d’une communauté. Les gens des villes ont créé des écoles privées pour apprendre les langues étrangères (le français, mais surtout l’anglais), il sont sous la dictature du cinéma américain (les films français ne sont accessibles que de temps en temps).

Analphabétisme

Les évolutions se font jour petit à petit à la campagne, même si l’école obligatoire, au temps du communisme, tend à ne plus l’être, ce qui entraîne une aggravation de l’analphabétisme(1). Un certain nombre de villageois essaient de modeler leur vie sur le mode de vie occidental : confort, liberté de mouvement, yoga, intérêt pour les courants spirituels de la Chine, les arts martiaux, etc. Ces Roumains ont soif de visiter d’autres pays.

Il y a une tension et une complémentarité entre ces deux fractions de la population roumaine. M PECICAN parle même de fracture entre, d’un côté une pauvreté accentuée, et de l’autre des gens brutalement enrichis, qui ont argent et pouvoir. Les uns se situent en situation de vassalité, par rapport aux autres, comme au Moyen-âge. « Les gens sentent qui est le chef et se mettent à sa disposition ».

Hypocrisie

Cette vision de M PECICAN ne saute pas aux yeux quand on va en Roumanie . « Il y a chez nous une hypocrisie sociale, on nous dit qu’il ne faut pas parler de ces choses-là. Les télévisions publiques sont soumises au gouvernement et n’abordent pas ces problèmes de société ».

Cependant, il y a un début de prise de conscience, limité par le fait que peu de gens lisent des quotidiens dans les villages. De plus les journalistes sont limités dans leur expression « la vie est trop courte pour être gaspillée avec des débats stressants » a lancé récemment le ministre de la Défense à des journalistes qui s’inquiétaient de la possible entrée de la Roumanie dans l’OTAN (organisation du Traité de l’Atlantique Nord) ;

Repérer le chef

Les gens préfèrent être prudents, ne pas s’aventurer avant d’avoir repéré « les grands chefs » c’est-à-dire le maire du village, le responsable d’association de cultivateur, le policier ...

L’école pourrait contribuer à l’évolution des esprits mais là aussi les choses ont changé depuis 12 ans : « avant nous avions une école centrée sur la culture, maintenant elle est centrée sur les stages en usine. On peut devenir un bon ouvrier, un bon comptable mais pas un intellectuel, il y a même recul du niveau des universités, malgré la présence de quelques universités multiculturelles comme à Bucarest ou Timisoara ». La pauvreté aggrave les choses dès la petite enfance : « comment aller à l’école quand on n’a pas de quoi manger et que l’école est loin. On constate donc un retour de l’analphabétisme ». En Roumanie il n’est pas rare de voir traîner les enfants dans les rues, abandonnés définitivement par leur famille, soumis à l’alcoolisme, à la mendicité et à la misère voire à la prostitution.

L’église reste aussi très traditionnelle, même s’il y a quelques évêques « éclairés »

La vie des femmes est dure. Les femmes sont superbes à 20 ans. Mais à 40 ans elles sont tristes, elles doivent faire face toutes seules à l’entretien de la famille ... et consoler l’homme qui boit. Heureusement les jeunes femmes commencent à refuser cette situation.

D’un point de vue économique « nous avons le capitalisme assez dur, qui ne s’inquiète pas des victimes, qui veut édifier des fortunes sur le commerce de la chair humaine ». « Nous comptons sur l’Europe pour retrouver le chemin de la démocratie (la Roumanie n’a connu que 20 ans de démocratie au XXe siècle), et un développement économique durable qui tienne compte des hommes » a-t-il conclu cependant que de nombreux auditeurs présents posaient des questions pour mieux comprendre l’évolution générale du pays BP  


Ecrit le 22 décembre 2004 :

L’accueil taxé 15 euros

Une personne française ou étrangère souhaitant héberger en France un ou plusieurs ressortissants étrangers pour une durée inférieure à trois mois doit désormais verser une taxe de 15 euros pour chaque demande de validation d’attestation d’accueil (Journal officiel du dimanche 28 nov. et du mardi 30 nov. 2004).


Ecrit le 19 octobre 2005 :

 Brabova : indondations

Brabova, commune partenaire de Châteaubriant depuis 1989, vient d’être victime d’inondations. Des maisons d’habitation et l’école sont touchées. Des familles n’ont plus de maison. L’école (130 élèves) a dû déménager deux fois. Faute de locaux, les enfants de maternelle ne peuvent actuellement plus être scolarisés. Brabova, au sud-ouest du pays, a besoin de notre aide. Un membre de notre comité se rend sur place pour évaluer précisément les besoins, apporter un premier secours ainsi que notre soutien moral.

Comité Roumanie du pays de Châteaubriant  .
Contact : Mme Rétif : genretif@wanadoo.fr


Ecrit le 3 novembre 2005 :

 Brabova sous les eaux

300 localités, 27 départements sur 41, plus d’un millier de maisons totalement détruites ou gravement endommagées,
5000 propriétés inondées, 7 routes nationales et
10 voies ferroviaires bloquées. Les inondations d’août et septembre ont fait de gros dégâts en Roumanie.

Maison détruite à Bra

Et huit morts.
et un héron mort, porteur du virus de la grippe aviaire.

Devant le déferlement des tsunamis et des ouragans, des séismes et des inondations, des attentats et des guerres, on ne sait plus où donner de la tête. L’homme a marché sur la Lune, l’homme est capable d’envoyer une sonde sur Mars et de maîtriser l’infiniment petit. Mais il n’est pas capable d’aider d’autres hommes à faire face aux catastrophes . La recherche fondamentale et théorique est tellement plus simple, et logique, que la détresse humaine .......

Pour se rendre compte de la situation, le Comité Roumaine du Pays de Châteaubriant   a envoyé Pierre Urvoy vers la commune partenaire de Brabova. Il raconte : « Le 18 août, après des pluies diluviennes, et par suite du défaut d’entretien des ponts, les deux petites rivières de Brabova ont débordé. Deux mètres d’eau dans les maisons. Le 19 septembre, l’eau est montée à trois mètres, de 5 h du matin à midi. ».

25 maisons de bois et de torchis ont été totalement détruites. L’eau a noyé la volaille et les porcs, renversé les bottes de foin et les clôtures. Dans les champs devenus mares, les habitants n’ont plus de quoi nourrir les vaches. Il a fallu vendre. Les poêles en faïence ont été détruits, les familles se pressent dans une seule pièce, autour d’une cheminée chez des amis. Tous les souvenirs de famille ont été détruits, de même que le linge.

Pont emporté à Bra

Le gouvernement roumain va apporter une aide, mais il y a tant de maisons détruites dans le pays ! La Banque mondiale va faire un geste aussi .....

Mais il y a besoin d’une aide immédiate. « Ces gens de Brabova, depuis 15 ans que nous les fréquentons, sont devenus nos amis » dit Pierre Uurvoy.

Une collecte de dons est faite par Joseph Boucherie (La Muloche, 44110 Châteaubriant - Tél 02 40 81 05 59). Renseignements auprès de Geneviève Rétif - genretif@wanadoo.fr

Note du 15 février 2006 :

Le Comité Roumanie du pays de Châteaubriant   : a pu envoyer 1540 € pour venir en aide aux sinistrés des inondations de l’automne 2005 à Brabova. Chacune des 26 familles dont les maisons ont été les plus endommagées, a reçu 50 ou 70 euros.


NOTES:

P.S (1) qui est un vrai analphabétisme, c’est-à-dire l’incapacité de déchiffrer les mots, tandis qu’en France il reste un petit pourcentage d’illettrisme : gens qui savent lire et écrire mais n’exploitent pas bien leur lecture.