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Primaires à droite, les jours d’après

Ecrit le 7 décembre 2016


Mon image Fillon–Thatcher de la semaine dernière était la traduction du « coup de bambou » reçu sur la tête après le premier tour de la primaire de droite. Mais, avec quelques jours de recul, je me rends compte que mon message était strictement négatif, pour ne pas dire désespéré !

Or il n’y a sans doute pas lieu d’en être là.

Je pense à certains vieux textes de sagesse, comme celui-ci :
Il y a un moment pour tout, et un temps pour chaque chose sous le ciel : Un temps pour donner la vie, et un temps pour mourir ; un temps pour planter, et un temps pour arracher. Un temps pour tuer, et un temps pour guérir ; un temps pour détruire et un temps pour construire. Un temps pour pleurer, et un temps pour rire.

Peut-être sommes-nous invités aujourd’hui à un temps de réflexion, de recherche. Si on veut aller loin, il nous faut souvent prendre une carte, faire le point pour savoir là où nous en sommes avant de reprendre la marche. Évidemment, je parle d’un projet politique qui permettrait un véritable « vivre ensemble » dans le respect de la planète. Mais je n’ai pas de projet à vous soumettre !

En réaction à mon précédent message, l’une de mes belles-sœurs disait : « A côté de la politique, il y a aussi les associations, les mouvements citoyens... il y a du boulot pour tout le monde ». Autrement dit : Fillon ou Juppé à l’Élysée ce ne serait pas pour autant la fin du monde … C’est sans doute cela la sagesse en 2016. S’il y avait un prix Goncourt ou Nobel de la sagesse je suggérerais au jury de l’attribuer à ma belle-sœur !

Pour exprimer une idée, un sentiment, il y a presque toujours une chanson qui me vient à l’esprit. S’agissant de décrire une situation politique, ou sociale, très difficile, comme aujourd’hui mais en pire. S’agissant aussi d’exprimer les aspirations populaires, je pense à Eugène Pottier. Eugène Pottier écrivait en 1870 avant la guerre franco-prussienne et la Commune de Paris, un poème intitulé Quand viendra-t-elle ? Apparemment c’était une chanson d’amour. Un amant soupire après sa belle. Seulement, la belle en question, c’était « La Sociale ». La Sociale c’était la République Sociale qu’attendait impatiemment le monde ouvrier de cette époque. Seulement – aussi - évoquer La Sociale dans un poème, une chanson, c’était suffisant pour qu’on vous colle en prison. Il ne fallait pas rire avec ça du temps de Napoléon III… Que dit cette chanson en quelques extraits :

Que suis-je sans elle ?
Un agonisant.
Je vais sans semelle,
Sans rien sous la dent...
Ah ! je l’attends, je l’attends !
L’attendrai-je encor’ longtemps ?
[…] L’un suce ma moelle,
L’autre boit mon sang.
Ma misère est telle
Que j’en suis méchant.
Ah je l’attends, je l’attends !
L’attendrai-je encor longtemps ?
Ma misère est telle
Que j’en suis méchant.
Ah ! Viens donc, la belle
Guérir ton amant !
Ah ! Je l’attends, je l’attends !
L’attendrai-je encor longtemps ? […] https://www.youtube.com/watch?v=bLXqZEuszi8

J’ai envie d’ajouter, façon cinéma : toute ressemblance avec des faits contemporains N’EST PAS fortuite…

En lisant ses poèmes, en écoutant les chansons que ses textes ont inspirées, j’ai toujours pensé qu’Eugène Pottier, ouvrier dessinateur sur tissus, avait quelque chose d’un prophète : un homme amoureux de son peuple, un homme dont la parole dit la misère mais aussi l’espoir de ce peuple, un homme qui invitait chacun à se mettre debout, un homme qui avait une vision. Il n’est pas étonnant qu’un jour il a écrit l’Internationale.

Ce qui est étonnant pour ne pas dire extraordinaire, c’est qu’il a écrit ce poème en 1871 à l’issue de la répression de la Commune de Paris dont il avait été un membre élu et actif. Il réussit à échapper aux soldats de Monsieur Thiers qui tuèrent entre 10 000 et 20 000 Parisiens. Ce drame n’avait diminué en rien ses convictions et ses capacités poétiques. Au contraire. Prophétique, il l’est quand il écrit à la fin du refrain : « l’Internationale sera le genre humain ». En 2016 nous savons que le genre humain a un destin nécessairement commun sur notre planète car c’est à cette échelle que la mondialisation libérale, financière se lâche, c’est l’échelle des enjeux environnementaux. Une Internationale solidaire est indispensable. Mais il me semble que des choses avancent tout doucement dans ce sens.

Suis-je trop optimiste ?

Dans son livre « l’Internationale » Marc Ferro rapporte ce témoignage de 1883 : Et l’on vit l’homme (Pottier) arriver, tout vieux, à demi paralysé, et pauvre, tout pauvre… À la demande des convives il chanta donc une de ses poésies, mais avec une telle chaleur qu’on eût dit qu’il n’avait plus de vie que pour chanter. Comment aurais-je pu ne pas tomber amoureux de ce vieux bonhomme. Impossible.

À propos de poètes, je ne peux pas oublier Aragon qui écrivait, en 1943, son célèbre poème : « la Rose et le Réséda ». Un poème exprimant la variété des motivations des groupes de résistants et la nécessaire unité face à l’occupation allemande. Nécessaire mais nullement évidente et qui fut compliquée à réaliser. Vous vous souvenez sans doute du texte :

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas
Tous deux adoraient la belle
Prisonnière des soldats
Lequel montait à l’échelle ?
Et lequel guettait en bas ?
Celui qui croyait au ciel ?
Celui qui n’y croyait pas ?
Qu’importe comment s’appelle
Cette clarté sur leurs pas
Que l’un fut de la chapelle
Et l’autre s’y dérobât […]

La belle, prisonnière des soldats, vous le savez bien, c’était la France occupée par les Allemands. Vous l’avez remarqué, lui aussi utilise le langage amoureux. Il évoque évidemment, au-delà des croyances ou non-croyances de chacun, la variété des motivations des résistants, et la nécessité du rassemblement pour résister. Cette nécessité est plus particulièrement évoquée dans les vers suivants :

[…] Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au cœur du commun combat […]
Aujourd’hui je trouve une couleur écologique à ce vers : « Quand les blés sous la grêle ». Pas vous ?

Un texte qui, à mon goût, est d’une très grande actualité : résister, s’unir, tout un programme et un impératif… Jean Ferrat le disait : « Le poète a toujours raison, qui voit plus loin que l’horizon… »Je reviens à la chanson : Pour exprimer l’attente, la nécessité de tenir, tenir encore malgré les tuiles, les échecs, je pense à Jean Roger Caussimon : Le jour viendra.

Ami ne désespère pas,
Le jour viendra, le jour viendra […]
On a peur que le temps s’arrête,
Il n’en est rien,
Nous aurons des lendemains de fête […] 

À l’origine, c’est une chanson israélienne me semble-t-il. Je l’aurais préféré palestinienne mais, ce n’est pas grave !
François Budet a chanté : Ce jour-là !

Qu’il vienne, ce jour-là, qu’il se lève sur la terre ce matin-là…
C’est un texte que je trouve très daté années 60… Mais chacun peut faire son actualisation du texte ! Chacun de nous se dit, à un moment ou à un autre : Qu’il vienne ce jour-là et aujourd’hui plus que jamais.

Mouloudji chantait : « Un jour tu verras, on se rassemblera… ». Chanson d’amour, là également, mais ça peut nous donner envie de rêver d’un rassemblement populaire, un vrai. Un rêve donc, mais ce n’est pas nécessairement mauvais, un rêve… Après tout, avant de l’exprimer de la manière que l’on sait à Washington en 1963, Martin Luther King avait porté depuis longtemps, dans sa tête ou plutôt dans son cœur, les mots de son fameux rêve exprimé par le non moins fameux « I have dream » : « je fais le rêve que… » Ce rêve, c’est ce qui le « boostait », qui le faisait avancer envers et contre tout. Rêve dont la réalisation, on le voit bien, n’est vraiment pas achevée….

Il y a du boulot pour tout le monde, disait-elle… Il faut parfois prendre la liberté de paraître décalé, voire même aberrant.

Pierre Urvoy