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Sierra Leone

Sierra leone
les anges cannnibales
Plaidoirie pour les enfants soldats

Ecrit en décembre 1999 :

 Un bol de sang, tous les matins

« J’ai été initié à l’art de la guerre au Libéria. J’avais 8 ans. Un officier libérien nous apprenait à manier la kalachnikov. Et un sorcier guinéen nous faisait boire du sang, manger des cœurs de prisonniers »

Celui qui parle ainsi s’appelle Ibrahim. A 14 ans, il était « général » d’une Small boys Unit, d’une unité de 50 enfants-soldats. A 16 ans, il a changé d’identité pour devenir « Général Share Blood » . Share Blood, le sang partagé .... « mes hommes savaient que je devais boire une coupe de sang humain chaque matin. Si nous avions un prisonnier, je lui coupais moi-même la tête avec une machette. Sinon j’envoyais mes boys chercher un prisonnier ailleurs ou capturer un civil. Ensuite je mélangeais mes drogues dans le sang. Cette cérémonie me donnait du courage et de la clairvoyance. C’est ainsi que j’étais le meilleur soldat ».

Share Bood ne cache pas qu’il commandait son unité par la terreur. « Si un gamin commettait un crime, refusait d’obéir à un ordre, je lui appliquais une feuille enflammée sur les yeux. Ca le rendait aveugle. Et si un des enfants tentait de s’enfuir et était capturé, mes combattants préféraient l’exécuter eux-mêmes, sachant que s’ils l’amenaient jusqu’à moi, ce serait terrible ». Ibrahim (encore appelé Share Blood), pense que, dans la forêt, « avec un fusil, du sang et des drogues, on est un roi »

Mais ceci, c’est du passé (1) Ibrahim a rejoint le programme de réinsertion de l’association humanitaire Children Associated with War. Il tente de reconstruire son identité. Il pense avoir vaincu son accoutumance à la drogue. Il se sent en revanche « bizarre, le matin, sans la tasse de sang ».

Cela se passe en Afrique, en Sierra Leone, qui connaît la guerre civile depuis 1991. « la sauvagerie des hommes a accompli le reste. L’homme peut devenir un animal. Les enfants sont forcés de commettre des crimes, puis ils y prennent du plaisir, un plaisir sauvage. Ils aiment inspirer de la peur aux civils et du respect à leurs commandants ».

Effrayant ........

(extrait du journal Le Monde du 1/12/99)


L’accord de paix signé en Sierra Leone le 7 juillet 1999 a mis fin à la barbarie. Et amnistié tous les crimes.

(2) ... mais la guerre a repris en mai 2000


Ecrit en mai 2000 :

 Sierra Leone : du sang sur les diamants

Sierra Leone, un pays d’Afrique, de cette Afrique qui paie un lourd tribut à la guerre, qu’on l’appelle guérilla, ou guerre civile, ou combats interethniques, ou rébellion indépendantiste.

Sierra Leone, C’est une région riche en or et en diamants, avec de bonnes capacités de production agricole et pastorale. Malgré cela le produit national brut n’est que de 140 dollars par habitants (contre 24 940 dollars en France), et l’espérance de vie est de 48 ans (78 ans en France)

Le pays a souffert de la guerre civile depuis 1991, une guerre sanglante, avec des enfants soldats réduits en esclavage, des viols généralisés, des amputations publiques entourées de mise en scène macabres. Le pire a été atteint le 4 janvier 2000 quand la capitale Freetown est tombée aux mains des rebelles du RUF* : 6000 morts en quelques jours, dans la population civile, et des centaines d’enfants mutilés, oreilles ou nés coupés, privés de leurs mains ou de leurs bras, selon que le RUF avait choisi « manche courte ou manche longue ». Humour sadique.

La guerre opposait le RUF (Front révolutionnaire Uni) et l’AFRC (conseil révolutionnaires des forces armées). Ces deux organisations n’ont de révolutionnaires que le nom. Leur souci n’est pas le bien-être de la population, mais l’appropriation des richesses et notamment des diamants. Un accord de paix a été signé en juillet 1999 entre les belligérants, mais il n’a été qu’éphémère : il y a trop d’armes en circulation dans le pays, et trop d’intérêts financiers en jeu autour des diamants. En particulier 10 000 des 15 000 hommes du RUF n’ont pas été désarmés, et les combattants trouvent plus d’avantages à la guerre qu’à la paix : les contreparties qui leur sont proposées pour le désarmement ne sont rien à côté des pouvoirs que leur donne la terreur. « La plupart sont jeunes, ils sont commandant, colonel, voire général et savent qu’une fois perdu leur titre d’opérette, ils ne seront plus que des adolescents drogués, traumatisés et sans avenir » dit Fabienne Pompey dans Le Monde du 10 mai 2000.

Depuis début mai 2000, la guerre a repris en Sierra Leone, malgré la présence de forces de l’ONU. Le dirigeant du RUF a même pris 500 « Casques Bleus » en otages. Les populations civiles fuient à nouveau devant le retour de la haine et de la barbarie. L’argent du crime se retourne, une fois de plus, contre les innocents.

Cette situation est une humiliation pour l’ONU qui se montre une nouvelle fois incapable de faire respecter un accord de paix Les soldats de l’ONU sont au nombre de 8000 en Sierra Leone. Ils viennent de 7 pays du Tiers Monde, essentiellement africains, ils n’ont pas de langue commune, certains ne savent pas conduire, et leur armement n’est pas des plus modernes. Ils sont prêts à se battre mais n’ont rien à manger et pas de munitions. En somme une « force de paix » au rabais dans une Afrique épuisée par les guerres, par la corruption généralisée, voire institutionnalisée, et par l’épidémie du SIDA (70 % des personnes contaminées du monde se trouvent en Afrique)

(*) RUF : Front révolutionnaire Uni, dirigé par Foday Sankoh, un homme qui a toutes les apparences d’un grand-père jovial, et qui exerce la sauvagerie la plus primitive

Cet homme a été arrêté le mercredi 17 mai


Note du 20 novembre 2004 :

 Les anges cannibales

Lire le roman, écrit à partir de faits vrais, :
Les anges cannibales
de Jean Claude Derey
Ed. du Rocher

(254 pages, 18,90 € dont 1 € versé à l’Unicef)

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Ecrit le 4 janvier 2006 :

 Lucie Bouzigues, Elsa Lehaut

Plaidoirie pour les enfants soldats

Qui a dit que les jeunes n’aiment pas travailler ? Bien motivés, ils sont capables de faire de grandes choses.

 Des thèmes motivants

Dans la classe de 1re ES (économique et social) du Lycée Guy Môquet, le professeur d’histoire a relayé une proposition de concours faite par le Mémorial de Caen : il s’agissait, pour des jeunes, de monter une plaidoirie, à l’écrit et à l’oral, sur un thème qui les révolte.

Idée lancée... Le grain a germé et une dizaine d’équipes se sont constituées dans la classe, sur des thèmes aussi variés que les enfants-soldats, les crimes d’honneur ou les immigrés clandestins.

Fin novembre 2005 a eu lieu la première sélection : « résumer la plaidoirie en 20 lignes »
Quatre équipes de la classe ont alors été retenues parmi dix équipes de la région Bretagne.

La finale régionale a eu lieu le 7 décembre 2005 à Rennes. Elsa Lehaut (La Meilleraye) et Lucie Bouzigues (Châteaubriant) l’ont emporté. Elles iront plaider leur cause le 27 janvier au Mémorial de Caen, comme quinze autres équipes finalistes en France.

 Prise de conscience

« Cette idée de plaidoirie nous a tout de suite accrochées » disent Elsa et Lucie, « et nous avons retenu le thème des enfants-soldats ». Dans des revues d’actualité, ou sur internet, dans les récits des ONG ou d’Amnesty, les deux jeunes filles ont collecté des témoignages pour donner de la force à leur plaidoirie.
L’émotion transparaît dans leurs propos, tant il est difficile d’imaginer et d’oublier de pareilles situations.

... Dès 6 ans, dès 9 ans, l’arme en guise de mère ; les viols et les violences plutôt que la solitude ; la drogue pour tenir le coup....

Et des pratiques barbares comme celle qui imposait aux enfants de boire un bol de sang tous les matins...
« Nous avons voulu comprendre comment on peut en arriver là.
Quelles peuvent être les conséquences sur ces enfants à qui on a volé leur enfance, à qui on a brouillé la notion du bien et du mal, ces enfants dont la vie est détruite à jamais ».

Dans la dernière partie de leur plaidoirie, Elsa et Lucie ont exposé les moyens qui, à leurs yeux, peuvent « arrêter ça ».

« Nous avons passé beaucoup de temps sur ces recherches qui nous ont passionnées, et notre force de conviction a sans doute été perçue par le jury ».

La conviction, c’est bien. Encore faut-il la faire passer.
« Nous avons beaucoup répété, pour que notre exposé soit vivant et convaincant.
Dans les derniers temps, nous sommes entraînées devant un jury composé de professeurs du lycée ».

 L’épreuve

Et puis Rennes, le 7 décembre. « Nous avions souhaité ne pas passer en dernier ».

Lucie Bouzigues, Elsa Le

Manque de chance, le tirage au sort leur a donné la lourde tâche de clore la journée, devant un jury qui avait déjà entendu une dizaine d’équipes, dont quatre sur le thème des enfants soldats.

Un peu d’émotion au départ, la bouche sèche, la voix qui se brise une minute, « mais finalement nous n’avons pas eu trop de difficultés, les phrases sortaient facilement, c’étaient nos phrases et nous avions quelque chose à dire ».

Le 27 janvier 2006 à Caen, il y aura 2000 personnes et des écrans géants.

« Nous allons encore étoffer notre propos et essayer de parler moins vite » disent Lucie et Elsa que l’on sent très à l’aise dans ce plaidoyer qui leur tient à cœur.