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Cet article est ancien. Il ne reste en ligne que pour mémoire

Paule Moron et Valery Larbaud

Ecrit le 5 août 2009

 Paule Moron dévoile « Le Journal de Larbaud »

Paule M

La Castelbriantaise Paule Moron fait désormais bel et bien partie du cercle littéraire des « Larbaldiens ». Et pour cause, elle vient de publier aux éditions Gallimard : Le Journal de Valery Larbaud (1881-1957), pavé de 1602 pages établi à partir des écrits de l’écrivain et poète français, et précisément annoté.

Cette ancienne professeur d’anglais a découvert Larbaud « par hasard » confie- t-elle, lorsqu’une amie, en rangeant sa bibliothèque, lui tend un livre qu’elle a en double. Il s’agit du recueil de nouvelles Enfantines. A l’époque, elle n’avait pas encore rencontré le nom de Larbaud. Pour autant l’écriture, la tonalité de ces nouvelles la séduisent. Elle est alors en disponibilité de l’enseignement et envisage d’entreprendre un travail de recherche pour « conserver une activité intellectuelle ».

C’est donc tout naturellement qu’elle se tourne vers l’œuvre de Larbaud. Enfantines ayant déjà fait l’objet de différents travaux, elle choisit Le Journal de Barnabooth pour sujet d’un mémoire de DEA, puis s’engage dans un travail de thèse autour du journal de Larbaud (1931-1932) dont le manuscrit vient d’être acquis par le fond Larbaud à Vichy. Ce journal figurait déjà dans le dernier volume des Œuvres Complètes de Larbaud mais le texte, entaché de fautes de transcription, était très lacunaire et les annotations étaient peu nombreuses ; « une nouvelle édition et une réflexion autour de la thématique du journal intime s’imposaient donc ».

Roger Grenier, écrivain et directeur chez Gallimard, assiste à la soutenance de sa thèse, en décembre 1996. Larbaldien convaincu, intéressé par ses recherches, il propose à Paule Moron de ne pas s’arrêter en si bon chemin et d’assurer, pour Gallimard, l’édition de l’ensemble du Journal de Larbaud, qui s’étend de l’année 1901 à l’année 1935, date à laquelle, victime d’un accident vasculaire cérébral, Larbaud se verra coupé de toute activité littéraire.

Valéry Larbaud n’est cependant pas un diariste régulier : on ne possède par exemple aucun document pour la période 1920-1930. Par ailleurs, pour la période qui va de 1901 à 1911, il a beaucoup puisé dans son journal pour composer Le Journal de Barnabooth et a tout détruit ensuite, à l’exception de quelques fragments, « dispersés dans divers manuscrits où il faut aller les chercher… »

 Recherche de manuscrits et vérifications incessantes

Paule Moron rappelle que « Larbaud faisait relier ses manuscrits alla rinfusa, comme il aimait à le dire, c’est-à-dire « au hasard », époques, notes et textes confondus. Le chercheur éprouve alors la surprise des découvertes !… ». C’est bien souvent sur des cahiers d’écoliers, achetés au gré de ses déplacements, qu’il aimait à tenir son journal..

Le travail de Paule Moron a donc tout d’abord consisté à rechercher les manuscrits (au fonds Larbaud à la médiathèque   de Vichy, chez des particuliers dans quelques cas), puis à en établir le texte à partir de copies des manuscrits. Jeu de vérifications incessantes, identification et traduction de citations (en latin, en grec, en allemand, en espagnol, en italien. Des spécialistes, collègues et amis, lui prêtent leur concours car Larbaud est polyglotte !).

Une partie du Journal (année 1912, années 1917 à 1920) est écrite en anglais ; « il faut en assurer la traduction et garder à l’esprit qu’on travaille sous l’œil du maître », car Larbaud fut lui-même un traducteur reconnu (Samuel Butler, James Joyce, Ramon Gomez de la Serna, notamment).

 Travail régulier sans souci du temps passé

Mais si l’écriture de Valery Larbaud est plutôt lisible, toutes les citations, références et allusions exigeaient d’être décodées. C’est pourquoi Paule Moron explique qu’elle a surtout dû chercher « là où le Journal l’envoyait ». Il s’agit bien du journal d’un homme, obsédé par ses problèmes de santé, attiré par les figures de femmes (dont il fait le portrait dans le Journal Espagnol), mais « d’un homme qui ne vivait que par et pour la littérature ».

Entre manuels d’histoire littéraire, fichier de la Bibliothèque Nationale de France, correspondances de Larbaud – en particulier avec Marcel Ray, Gide, Malraux, Cocteau, Saint-John Perse... – et œuvres ou travaux de traduction de l’auteur, elle a tenté d’identifier les références, les personnages, les lieux évoqués au fil des pages. Larbaud lui-même l’a secondée, lui qui, à défaut d’écrire ses mémoires, a rédigé une Géographie de mes Livres ainsi que Mon Itinéraire, sorte de bio-bibliographie autour des lieux où il a séjourné.

Elle a également pu compter sur les fonds patrimoniaux de la médiathèque   de Vichy, d’où Larbaud est originaire, et à qui il a légué sa bibliothèque riche de nombreux manuscrits et d’une correspondance de près de 9.000 lettres.

La recherche littéraire se fait alors enquête : Paule Moron s’interroge sur l’identité d’un certain « 8 » (Otto) dont la santé préoccupe les journaux, qu’elle finit par reconnaître comme Alexis Léger, alias Saint-John Perse. Elle détaille ses recherches à propos d’une écrivain désignée sous les initiales R.C., dont on ne mentionne que les écrits, « grosses pâtisseries, ou plutôt pots de colle ».

Le travail titanesque de Paule Moron donne l’image de ce qu’exige la recherche littéraire : « important investissement personnel, travail régulier, sans souci du temps passé, sans dédommagement matériel ni salaire, sinon le plaisir d’être publié, de faire connaître et de partager avec d’autres ce qu’on a découvert ».

Paule Moron a le sentiment d’avoir été bien secondée ; les éditions Gallimard ont certes obtenu une subvention au Centre National du Livre, mais elles ont aussi tout mis en œuvre pour la réussite de cette édition dont la préparation a débuté en août 2008 et la publication s’est achevée en mai 2009. Récompensée par l’écho qu’il a reçu dans la presse (Télérama, Le Point, Libération, Le Figaro littéraire, Le Monde des livres…), elle se doute bien que le prix assez dissuasif (70€) est « une ombre au tableau ». Néanmoins, elle se garde de le recommander seulement aux initiés et relève que quiconque aimant lire peut y trouver un intérêt.

Pour l’heure, Paule Moron vient d’endosser la responsabilité de secrétaire générale de l’association internationale des amis de Valery Larbaud et sera chargée, à ce titre, d’organiser les réunions du jury du prix Valery Larbaud, décerné tous les ans à Vichy. Elle fera, en septembre prochain, une séance de signatures à la librairie Le Farfadet (1), avec le désir de mieux faire connaître l’écrivain (Le Journal y figurera à côté d’autres œuvres de Larbaud : Enfantines, Amants, Jaune bleu blanc, Heureux amants) et la librairie. « On a besoin de librairies ! ».

 

Lucie Chatelain

 

(1)Celle-ci a fermé le 30 juin 2011

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NOTES:

Le Journal de Valery Larbaud (1881-1957), par Paule Moron, Editions Gallimard

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