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Insultes et gros mots

  Sommaire  

Ecrit le 8 février 2017

 Insultes !

« Dis, Maman,hein qu’il faut pas dire de gros mots, alors pourquoi Papa dit toujours godasse ? », s’indignait autrefois le petit-neveu d’une amie auprès de sa mère ! Si le suffixe asse confère à certains mots une note péjorative peu élégante (connasse, pouffiasse, grognasse, pétasse, blondasse), il n’en va pas de même pour godasse qui appartient seulement au registre familier, ni pour fougasse qui désigne dans le Midi une sorte de pain cuit au charbon de bois et délicieusement fourré d’olives ou d’anchois.

Au siècle de Molière, palsambleu faisait partie des jurons courants : palsambleu est une altération de par le sang de Dieu , pour éviter le blasphème, comme le faisaient ventrebleu (par le ventre de Dieu), parbleu (par Dieu), sacrebleu (par le sacre de Dieu) et morbleu (par la mort de Dieu).

Saperlotte, saperlipopette sont des synonymes atténués de sapristi, lui-même déformation de sacristi (jeu de mot avec sacristie), parfois réduit à cristi, qui ne sont que très rarement employés de nos jours ! Le préfixe saper est une altération de sacré par souci de bienséance.

Dans sa chanson intitulée La ronde des jurons, Brassens s’adresse aux jarnibleus et aux jarnidieu (= je renie Dieu) , aux vertudieu, aux cornegidouilles (invention d’Alfred Jarry dans Ubu roi) et aux scrogneugneus (de sacregnongnieu (altération de sacré nom de Dieu par euphémisme).

DEVINETTE : d’où vient le juron JARNICOTON ?

REPONSE à la DEVINETTE de la semaine dernière :

DAHLIA : autrefois cette plante n’était pas cultivée pour ses fleurs mais pour ses tubercules comestibles, vite supplantés par la pomme de terre, de meilleur rendement.


Ecrit le 15 février 2017

 P’tain

Cette « interjection » très présente aujourd’hui dans la bouche des jeunes- et des moins jeunes !- a une histoire.

En ancien français, putain était le « cas régime »- l’équivalent du complément d’objet direct - du mot pute.

Exemples : la pute est sur le pont ; as-tu vu la putain ?

Le mot pute qui appartient au registre populaire et trivial désigne une femme de mauvaise vie, une prostituée, une péripatéticienne, une «  coureuse de remparts ». Le mot vient du bas-latin puta, jeune fille (espagnol et provençal puta, italien putta), dont le masculin est putus (italien puttus. Les retables baroques de nos églises présentent de nombreux putti, petits angelots nus et potelés.).

Etymologiquement, pute désigne donc, comme garce (masculin : garçon), une petite fille et non une femme « débauchée ». Et ce mot n’aurait, selon le dictionnaire Littré, aucun rapport avec l’ancien adjectif put qui vient de putidus et signifie laid, mauvais, déshonnête.

Historiquement, ce mot que l’on trouve au XIIIe siècle dans Le roman de la rose ne signifie que jeune fille de service.

Plus tard, au siècle de Louis XIV, le mot devient un synonyme de femme aux mœurs « légères  » : Saint- Simon rapporte dans ses Mémoires une parole de la reine : « Il échappait souvent de dire à la reine (en parlant de Madame de Montespan) : cette pute me fera mourir ! ».

Dans le registre trivial, putain est synonyme de grue, de catin. Le mot entre dans des expressions telles faire la putain, enfant de putain, peine de putain (en argot=peine légère) ; il s’emploie aussi par analogie ou au figuré : « Oh ! le peuple n’est plus une putain » (Arthur Rimbaud) et peut être utilisé comme adjectif pour désigner quelqu’un qui veut plaire à tout le monde : « C’est un gros bonhomme fort pacifique et très putain »(Flaubert).

Putain de suivi d’un nom est une exclamation utilisée en manière de juron pour désigner une personne ou une chose que l’on méprise, maudit ou qui irrite : putain de régisseur, putain de métier, putain de vie, putain de pluie ! Et même putain de toi comme chante G. Brassens.

Utilisée seule, l’interjection putain, ou plus fréquemment p’tain, indique la surprise, l’indignation et, plus étrange, l’admiration : « p’tain, t’es là, toi, ça fait un bail qu’on s’était pas vu » ; « p’tain, t’es toujours pas habillé à cette heure ? » ; « c’est beau, putain, que c’est beau ! »

Chez certains, l’interjection est devenue aujourd’hui un tic de langage. En Béarn, les « hilh de pute » de nos aïeux gascons n’avaient rien à envier aux « nique ta mère » de certains banlieusards d’aujourd’hui. D’ailleurs le « hilh dé pute  » n’est pas vraiment une injure. Tout dépend de l’intonation avec laquelle on le prononce. « Aquet hilh dé pute » peut dans certains cas être un qualificatif affectueux voire admiratif : « aqueth hilh dé pute qué sabe tout ha ! ».

DEVINETTE : qui a écrit La P. respectueuse ?
Réponse dans le prochain numéro de La Mée.

REPONSE à la DEVINETTE de la semaine dernière :

Le confesseur d’Henri IV, le Père Coton, interdisait au roi de blasphémer ; pour lui obéir, le roi transforma donc son juron préféré JARNIDIEU (je renie Dieu) en ...JARNICOTON !

Elisabeth Blondel