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Pratiquer l’écoute active minimum

Ecrit le 19 avril 2017

A l’invitation des Potes des 7 Lieux, une soirée de réflexion a eu lieu sur l’écoute active minimum, avec André Therrien psychosociologue québécois.

L’écoute est-elle importante pour vous, et si oui, pourquoi ?

« C’est important mais c’est compliqué »,
« On n’entend pas comme on écoute, on ne comprend pas forcément tout ».
Un exercice a démontré que lorsque l’on n’est pas écouté, la frustration monte.
« C’est horrible, on a l’impression que tout le monde s’en fout ».
« Un grand moment de solitude », « Un manque de respect ».

Des études soulignent que 80% de la communication est basée sur le facteur émotion. On essaie de décoder l’émotion que l’autre veut nous transmettre. Pour la personne qui veut être un minimum à l’écoute, c’est très complexe car il y a trop d’émotions.

Heureusement pour nous, des experts nous ont simplifié la vie, avec six émotions de base. Ça ne veut pas dire que l’humain a seulement six émotions, ces six émotions-là sont comme des bannières, des étendards, des coffres dans lesquels on va mettre un paquet d’émotions pour que nous nous retrouvions plus rapidement au niveau de l’écoute.

 Six émotions

La première émotion, c’est la joie,

C’est tout ce qui est positif : sérénité, bonheur, amour, surprise agréable, plaisir, extase…

La deuxième émotion est la tristesse,

pas nécessairement associée aux larmes parce que les larmes peuvent se déclencher à n’importe quel moment, vous avez même l’expression « larmes de joie ».

La tristesse dont on parle ici, c’est la tristesse liée à un deuil, une perte. Quand on pense à un deuil, une perte, tout de suite ce qui nous vient à l’esprit c’est la perte d’un être cher. Alors effectivement, je vais être triste et ça déclenche ce qu’on appelle un processus de deuil. Mais les experts disent qu’il y a deux autres types de perte qui peuvent aussi déclencher de la tristesse : la perte d’un objet, et la perte d’une portion de votre identité.

La perte d’un objet ? Votre grand-mère décède. En héritage, elle vous lègue son collier de perles. Des voleurs le volent. Quelqu’un vous dit : « Non mais ils vont payer, ils vont racheter un autre collier ».

Mais ce ne sera plus le collier de grand-mère ; donc on peut être triste de la perte d’un objet. Pensez aux gens vivant un incendie, ou un cyclone, la perte de toutes les photos, tous les diplômes, toutes les traces du passé. Cela peut rendre triste, même s’il n’y a pas eu mort d’homme. On peut quand même rentrer dans un état de profonde tristesse lorsque des objets disparaissent…

Pensez actuellement aux migrants sur les routes qui souvent ont dû tout abandonner rapidement à cause de la guerre, tout ce qu’ils ont laissé derrière eux…

La perte invisible, C’est la plus difficile à repérer et souvent la plus difficile à vivre.
C’est une portion de votre identité.

Par exemple, vous vous étiez toujours perçu comme courageux. Quand il y a mise en danger, quand il y a prise de risque, vous êtes sur la ligne de front… Mais cette fois, pour la première fois de votre vie, survient une situation où vous avez la trouille… tellement la trouille que vous ne bougez pas, que vous êtes paralysé. Pour les soldats allant sur les lignes de front, c’est une expérience qu’ils font souvent. Ils ne meurent pas, personne ne meurt autour d’eux, « ouf, oui, tu n’as pas réagi mais au moins il n’y a pas eu de mort », mais la perception de cette personne vient de changer complètement. Ce sont des années de vie qui sont balayées. « Moi, j’étais courageux, bah aujourd’hui, non, je sais que je ne le suis pas toujours ». Certaines personnes vont très bien réagir, d’autres seront complètement démolies. S’ensuit un processus de deuil.

La troisième émotion c’est la colère :

Les experts la définissent de cette façon : vous êtes en colère lorsqu’il y a un contrat entre vous et l’autre et l’autre n’a pas rempli sa portion du contrat : soit il a fait ce qu’il ne fallait pas faire, soit il n’a pas fait ce qu’il fallait faire…

Exemple :
« Tu n’as pas sorti les poubelles ?! »
« Moi, je lave tes chaussettes et toi, tu sors les poubelles »
La colère est liée à cette notion de contrat, et, ce qui est très intéressant avec la colère, c’est que l’autre n’a pas besoin d’être au courant du contrat !
Exemple : « Tu n’as pas sorti les poubelles ? » « Mais, tu ne me l’as pas demandé… ! » . L’autre de répliquer : « Eh ! Oh ! Ça pue donc on sort les poubelles, je n’ai pas besoin de te le dire… ». Rancune, frustration… vont être regroupés dans le coffre de la colère.

La quatrième émotion, la culpabilité :

On retrouve là la honte, le regret. La culpabilité est la sœur jumelle de la colère. C’est toujours un contrat entre l’autre et moi. Mais, cette fois, c’est moi qui n’ai pas rempli ma portion du contrat : soit j’ai dit quelque chose que je n’aurais pas dû dire ou je n’ai pas dit ce qu’il aurait fallu que je dise. Un exemple de vie quotidienne :
« Je regrette tellement ce que je lui ai dit hier, ça l’a complètement démoli. »
« Je n’aurai pas dû lui crier comme ça hier soir »
C’est moi qui n’ai pas été à la hauteur du contrat que je me donnais. Et encore une fois, le contrat n’a pas besoin d’être su par l’autre personne.
La culpabilité existe même si l’autre n’est pas au courant.

La cinquième émotion, c’est la peur :
La peur c’est ce qui arrive dans le futur,

ce n’est pas dans le présent, ni dans le passé. La peur se nourrit du fait que dans le futur tout peut survenir. Exemple :
« Vous voilà seul attaché sur un lit dans une chambre, [ne me demandez pas pourquoi !]. Sur le plancher, il y a une énorme tarentule velue… Vous avez peur qu’elle vous monte dessus… Maintenant, voilà qu’elle vous monte dessus et vous n’avez plus peur qu’elle vous monte dessus, c’est fini.
Mais vous avez peur qu’elle vous morde, maintenant voilà qu’elle vous mord ! Est-ce que vous avez toujours peur qu’elle vous morde ? Non, maintenant vous avez peur de mourir ! »

La peur est toujours dans le futur ; aussitôt que ça se matérialise dans le présent, la peur disparaît.

Avec les enfants les peurs les plus fréquentes sont les cauchemars. Le cauchemar n’est pas dans le moment présent :
« Il y a un grand monstre dans le placard, j’ai peur, j’ai vraiment peur ! ». « Mais non, il n’y a pas de monstre dans le placard, regarde il n’y a rien dans le placard ». « Oui, mais il est invisible ! ». Là, vous n’avez pas le choix, il faut explorer le futur : qu’est-ce que ce monstre pourrait faire, parce que là vous êtes à la recherche d’informations, vous voulez comprendre sa peur.

La dernière émotion est le désespoir

Désespoir, le mot est explicite, il n’y a plus d’espoir. Les Occidentaux ont beaucoup de difficultés avec le désespoir parce qu’on cherche des solutions.
« A chaque problème, sa solution »
On propose des solutions, on règle des problèmes. Dans la vie parfois se présentent des situations où il n’y a pas de solution. Exemple :
On annonce à une personne qu’elle est atteinte d’une maladie dégénérative incurable. Imaginez le drame que cette personne vient de vivre. Ça ou une condamnation à mort c’est la même chose.

Or, souvent la réaction de l’entourage est « Mais, on va se battre…Il y a un miracle qui va se produire et on va réussir, tu es un battant ». Mais si cette personne ne le sent pas comme ça, elle va vivre très seule ses derniers jours parce qu’elle est convaincue qu’elle n’y arrivera pas… 

Les deux premières émotions sont des émotions qu’on appelle terminales :

Lorsqu’un événement de vie vous surprend, les émotions prennent le contrôle de votre personnalité, déconcertent votre côté rationnel, complètement. On vous annonce que vous avez gagné 20 000€.

Essayez donc de ne pas sourire. L’émotion prend le contrôle de vous. La joie va prendre le contrôle sur vous, vous êtes sous la domination de l’émotion pendant une courte durée.

Dans le cas de la tristesse, on n’est plus dans la courte durée. On calcule qu’en moyenne un deuil important dure autour de trois années ou quatre-cinq ans ça dépend du processus de deuil de chacun.

La première année est un deuil important. On souffre chaque jour parce qu’on fait le calendrier avec tous les beaux moments où cette personne aurait dû être là (Noël, premier de l’an, Pâques, anniversaires, vacances). La première année est douloureuse. La deuxième année, je recommence mon tour du calendrier mais c’est un peu moins douloureux et c’est seulement à la troisième année que je commence à penser à faire autre chose de ma vie. C’est un processus graduel. Et une fois que le processus de deuil est terminé, la tristesse arrête d’avoir une emprise sur vous..

Les personnes sous l’emprise de la tristesse sont incapables de travailler, de se structurer, de se concentrer, elles sont complètement en état de choc. Après trois, quatre ans elles reprennent le contrôle de leur vie… Vous pouvez être encore triste 20 ans après, mais, c’est parce que vous prenez la décision de vous remémorer cette personne (vous êtes dans le contrôle).

Les quatre autres émotions s’appellent les émotions transitoires

Leur rôle est de « foutre le bordel » dans le rationnel. Contrairement aux émotions terminales qui après un certain temps vont arrêter de prendre le contrôle sur vous, les émotions transitoires n’ont pas de fin.

Exemple : la guerre entre deux frères qui se détestent depuis très longtemps. Ils ont même oublié comment ça a commencé. Mais, ce n’est pas grave, c’est une question de fierté et d’honneur. Ça peut durer toute la vie.

Avoir peur des araignées ça peut durer toute la vie et loin de diminuer, ça peut augmenter. C’est la même chose pour la culpabilité et le désespoir.

Et la deuxième caractéristique, c’est qu’un même événement peut susciter plusieurs émotions à la fois.

Exemple : « Je me sens coupable de l’accident, parce que j’aurais dû prévoir que l’autre ne ferait pas son arrêt ; Maintenant à chaque fois que je conduis, j’ai peur aux intersections… ».

Quand il y a plusieurs émotions transitoires dans un même événement, ça veut dire que vous allez être perturbé très longtemps, jusqu’à ce que vous vous retrouviez dans l’une ou l’autre ou les deux émotions terminales à la fois.

Exemple : Une maman a perdu sa fille il y a quinze ans, mais la chambre de sa fille est restée intacte. Les gens autour d’elle disent que ça fait quinze ans qu’elle est en deuil ; Ce n’est pas possible. C’est parce qu’il y a une ou plusieurs émotions transitoires qui sont là, soit de la culpabilité et/ou de la colère et/ou de la peur et/ou du désespoir. Cette maman n’arrive pas à passer à autre chose dans sa vie car le deuil est retardé par les quatre émotions transitoires. Ce qui est intéressant de souligner, c’est que chaque émotion transitoire doit être vécue.

 Alors, l’écoute ?

L’écoute active.

L’écoute active de qualité c’est trois choses importantes à savoir :
La première, vous le faites à 90% : Se taire. Ça semble simple, ça semble aller de soi mais on s’aperçoit que ce n’est pas si évident que cela. La peur du silence…

Le premier type de silence : la personne arrête de parler et vous regarde dans les yeux : c’est un appel à l’aide.
L’autre silence c’est quand la personne ne vous regarde pas, elle est dans son univers : c’est l’artiste qui cherche son inspiration… Là, vous vous taisez.

La deuxième chose est de nommer l’émotion de l’autre. Quand vous nommez l’émotion de l’autre ou bien vous êtes en phase avec l’autre, ou bien vous n’êtes pas en phase avec lui (même quand vous vous trompez, ça donne à l’autre l’occasion de vous réaligner sur sa véritable émotion).

La troisième chose, c’est de nommer votre propre émotion (je ne sais pas pourquoi mais je suis inquiet pour toi…).

L’écoute ce n’est pas une discussion, vous laissez entièrement la place à l’autre de placer ses émotions.

Le sel et le poivre de l’écoute active

Deux ingrédients sont nécessaires à l’écoute active comme le sel et le poivre pour la cuisine :

Le premier ingrédient nécessaire à l’écoute active est la chaleur humaine.

C’est la relation qui existe entre vous et les autres, c’est la capacité de connecter, de communiquer, d’être en lien avec l’autre.

Exemple : Vous regardez un film (il s’agit de lumière sur un écran, ce n’est pas réel, ce sont des comédiens qui jouent un rôle, ce n’est pas leur vie et pourtant on est tous là à regarder le film). Les émotions nous viennent, c’est ce qu’on appelle la chaleur humaine. C’est une épée à double tranchant parce qu’en fait les émotions s’attrapent comme une grippe.

Et là, ce n’est pas juste une image, c’est la réalité, des émotions vont venir s’infiltrer dans votre vie, des émotions étrangères qui appartiennent à l’autre mais vous allez les adopter et vous allez les vivre.
Alors, la chaleur humaine fait que, plus vous êtes chaleureux, plus vous allez attraper l’émotion de l’autre. Ça se communique, ça se transfère..

Si c’est de la joie, il n’y a aucun problème.
Par contre, si la chaleur humaine est trop au rendez-vous, ça peut devenir compliqué. Vous avez déjà rencontré un inconnu, vous n’avez même pas encore communiqué avec lui que, rien qu’en le regardant instantanément vous savez que ça va être génial. Le coup de foudre avec l’inconnu, vous n’écoutez pas cette personne-là, c’est paradoxal mais il n’y a tellement pas de filtre entre vous et l’autre que tant que tout va bien, ça va mais si ça dérape on vous ramasse en mille morceaux.

La non-chaleur humaine, l’indifférence ;

À l’opposé, il y a des gens qui veulent écouter le genre humain parce qu’on nous a toujours dit « il faut écouter son prochain ». Statistiquement parlant, des études le démontrent, il y a des gens que vous n’avez jamais vus et déjà instantanément vous savez que « vous n’en avez rien à faire » ; Le fait est qu’il y a des gens autour de vous qui ne « vous disent rien ». Or, écouter des gens envers qui je suis trop chaleureux n’est pas sain, au même titre, qu’écouter quelqu’un avec qui je ne me sens pas chaleureux ; même sous prétexte que je dois écouter tout le monde, ça ne fonctionnera pas, ça va paraître.

Écouter oui, mais attention, avoir trop ou pas assez de chaleur humaine, dans les deux cas il faut se respecter.

Et, dans les deux cas, vous n’arriverez pas à faire une écoute efficace.

L’autre ingrédient : La disponibilité

1- la disponibilité d’énergie

« Oui, il faut écouter l’autre. Oui, l’autre a besoin de vous. Mais avez-vous l’énergie pour ça ? » . Il y a des jours où même si l’autre a besoin d’être écouté, ça peut être votre enfant, votre conjoint, vous n’aurez pas d’énergie ce jour-là.

« Vous êtes tous des bonnes poires, la bonne poire juteuse, mûre à point et vous dîtes aux personnes de croquer, de prendre une bonne bouchée, vous donnez à manger autour de vous, vous êtes la raison pour laquelle on a un monde plus humain. » Le problème c’est que si vous donnez trop de bouchées à trop de personnes en même temps qu’est-ce qui reste de la poire ? Le trognon. Et un trognon, on le jette.
Bref, « on vous élimine ! » . Vous donnez à tout le monde autour de vous, tout ce que vous êtes et tout ce que vous avez et LE jour où vous n’en pouvez plus et où vous avez besoin de quelqu’un, bah, il n’y a personne…

C’est très difficile à vivre et destructeur.
Vous savez maintenant que vous êtes une poire ! Vous voilà avertis, c’est une responsabilité : A chaque fois que vous donnez une bouchée à quelqu’un, vous devez de l’autre côté aller vous ressourcer, vous régénérer. [parce que le « trognon » c’est comme le foie : cela se régénère !]

2 - la disponibilité de temps, c’est la disponibilité de l’agenda.

Il ne faut pas avoir peur de reporter une écoute si vous n’avez pas le temps ; Vous la reportez non pas parce que ça ne vous intéresse pas, au contraire, c’est parce que ça vous intéresse. Si vous écoutez quelqu’un lorsque vous n’avez pas le temps, l’écoute va échouer. On remet à plus tard, et, la personne comprend que vous faites de la place dans votre agenda pour elle.

3 - la disponibilité de problématique

Il y a des problèmes que l’on n’est pas capable d’écouter. Exemple : Violence conjugale, les abus de toutes sortes, la solitude, le désespoir… Est-ce que je suis capable d’entendre ça ? La dernière fois que j’ai écouté une histoire comme celle-là, j’ai mis combien de jours à m’en remettre ?

Il faut savoir s’entraider mais pas à n’importe quel prix et il y a d’autres personnes que vous pour aider.

Pour vous protéger, vous, et les vôtres, il faut savoir mettre ses limites en termes de temps, d’énergie et de problématique.

 Allumoirs et éteignoirs

Les Eteignoirs, les grognons sont des gens qui sapent les énergies : si dans votre entourage, vous avez plusieurs éteignoirs, vous allez vous sentir fatigué parce qu’ilssapent votre énergie. Ce ne sont pas des gens méchants, ni pétris de mauvaises intentions, mais ils ont toujours tendance à voir le verre à moitié vide.

A l’inverse, il existe des Allumoirs, des gens qui allument la lumière autour d’eux. Ce sont des gens très précieux à avoir dans sa vie mais, souvent, on les prend pour acquis, ils font partie des meubles en quelque sorte … On les sous-estime. « Si vous avez des Allumoirs dans votre environnement, prenez-en soin. Ce sont des cadeaux du ciel qui vous donnent de l’énergie ».

La relation entre les Eteignoirs et les Allumoirs : l’entrain des Allumoirs peut susciter la jalousie des Eteignoirs qui, au lieu de se nourrir des capacités de l’autre, deviennent envieux, jaloux etc...

Et vous, qui voulez-vous être ? Allumoir ou Eteignoir ? Sachez qu’il y a de l’espoir : le cerveau se rééquilibre à certains âges de nos vies : 7, 12, 20, 40, 60…dans la bonne ou dans la mauvaise direction !

Paola Machado