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UFM : je vous pisse dessus, dit le patron ...Condamné en justice

Ecrit le 15 novembre 2006 :

 Gendres en peine

Les gendres de M. Marie (= UFM-Marie) qui avaient ouvert une entreprise à Martigné-Ferchaud, avec une dizaine de fidèles, sont bien en peine : plus de boulot. Déjà deux salariés ont été licenciés début novembre. Dommage pour eux.

A côté de cela l’entreprise Dixende, créée par 2 anciens cadres grévistes, tourne bien, avec une dizaine de salariés. Les clients savent reconnaître les artisans sérieux.


Ecrit le 21 février 2007

 Un salarié crée sa boite

Voir l’AFTMP - Jean Philippe Rembourg

Une dizaine de salariés ont créé Dixence


Ecrit le 2 mai 2007

 Au tribunal pour harcèlement

Nantes, les bords de Loire. Le Palais de Justice est noir, extérieur comme intérieur. La salle d’audience n°3 est habillée de bois rouge, du sol au plafond. Elle est réservée, ce 26 avril, au procès « Marie ». Une bonne cinquantaine de salariés « Révoltés d’UFM » sont là : ils l’attendent ce procès, depuis longtemps pour « harcèlement moral, dégradation des conditions de travail pouvant porter atteinte aux droits, à la dignité, à la santé, à l’avenir professionnel d’autrui »

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UFM - 26 avril

14h10 : Le Tribunal, Levez-vous. Trois juges, le Procureur, une greffière, M. Marie et son avocate parisienne, huit salariés d’UFM et leur avocate syndicale, et trois témoins qui sont priés de sortir. Ils attendront, à la porte, plus de 3 heures, sans rien entendre des débats.

Le Président du Tribunal s’adresse à Guy Marie : « Vous êtes a ccusé de harcèlement moral sur vos salariés ». Guy Marie : « J’ai 68 ans, je ne me rappelle pas de tout ».

Patiemment le Président interroge un à un les huit salariés plaignants dont Michel Brizard, qui, le 10 novembre 2004 tomba en dépression au pied de son poste de travail. Un des témoignages écrits produits au Tribunal relatera : « quand je suis arrivé pour le remplacer, j’ai demandé à Guy Marie où était Michel : il m’a répondu : il est à l’hôpital en train de mourir . Et c’est pas mon problème ».

Michel Brizard raconte : « j’avais plus de 25 ans d’entreprise, mais ce matin-là j’ai eu Guy Marie sur le dos toute la matinée, à me dire : tu n’es qu’une merde, tu n’es plus bon à rien ». Phénomène courant : quand le patron désirait se séparer d’un salarié, il le harcelait jusqu’à ce qu’il parte de lui-même. Comme ça, pas d’idemnités de licenciement à payer.

Un autre salarié affirme « il nous disait : je vous pisse dessus, je vous crache dessus, je vous emmerde ».

Un autre : « il nous disait : vous n’êtes que des merde, des presse-boutons. A la fin je n’en dormais plus la nuit et j’avais du mal à me concentrer le jour. Le patron avait besoin de faire des exemples. Quand je le voyais en train de harceler un ouvrier, je savais que cela pouvait m’arriver et je savais que je ne tiendrais pas le coup » - « Quand il voyait la victime s’affaiblir, il s’acharnait davantage. Faut l’avoir vécu pour comprendre »

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Je vous crache de
Dessin de Eliby 06 23 789 305

Un ancien cadre raconte : « Un matin j’ai croisé Guy Marie dans un couloir. Il m’a fixé en me disant : tu ne sais pas ce qu’est la haine. Eh bien regarde-moi dans les yeux. Tu peux crever, j’en n’ai rien à foutre ».

Les salariés disent : « Nous venions à 2 ou 3 h le matin, à la demande, y compris le dimanche s’il le fallait. Au début nos heures supplémentaires étaient payées. Puis tout s’est dégradé. Un jour il nous a convoqués pour nous dire qu’il fallait faire 20 heures supplémentaires par semaine, gratis »
« Ca veut dire quoi gratis ? Pourrons-nous récupérer ? » « Ca veut dire gratis ».

Le procureur dira : c’était travailler plus sans gagner plus.

Un ancien cadre dit à son tour : « Nous avons été convoqués. Il m’a proposé une baisse de salaire de 30 %. J’ai d’abord dit non, et puis j’ai accepté car j’avais peur d’être viré. J’ai une famille à nourrir. Je désirais seulement garder mon statut de cadre » - « Il m’a proposé de me licencier, puis de me réembaucher au bout de 3 mois. J’ai refusé car, alors, je perdais tous les avantages liés à mon ancienneté ».

Tous les salariés qui ont subi ces pressions étaient de « vieux » salariés dans l’entrepprise. Pour l’avocate du patron, c’était presque une tare : « si la situation était aussi grave que vous le décrivez, pourquoi êtes-vous resté ? Il fallait vous plaindre » - « Nous plaindre à la Direction ? C’était la porte assurée et plus de possibilité de trouver un travail analogue à Châteaubriant »

Les salariés ont fini par monter un comité d’entreprise, en dehors de tout syndicat. Ah la la ! Certains membres ont dû partir, d’autres ont dû subir les sarcasmes « Il venait même me faire des histoires à propos des socialistes. Pourtant les socialistes n’avaient rien à voir là-dedans » dit un salarié. Pour les ouvriers, ce comportement était à la limite de l’esclavagisme.

Le jour où Michel Brizard est tombé, les salariés ont compris que leur intégrité physique allait être bientôt aussi atteinte que leur intégrité morale : une dizaine d’entre eux ont porté plainte auprès de la médecine du travail, de l’inspection du travail et auprès de la gendarmerie, appuyés par le témoignage de 32 de leurs camarades.

Appelé à la barre, l’Inspecteur du Travail relate le climat de peur qui régnait dans l’entreprise. « Une entreprise très propre. Mais quand j’ai fait le tour avec Guy Marie, personne ne m’a salué. Je n’ai pu croiser le regard d’aucun salarié. Le climat était très pesant. Par la suite, quand j’ai discuté avec M. Marie, il m’a dit que l’intérêt de sa famille passait avant celui des salariés » - « Puis j’ai rencontré une bonne trentaine de salariés. Je les ai trouvés très abattus, humiliés, humiliés d’avoir été obligés d’accepter si longtemps le comportement de leur employeur ».

 Un dimanche : pointage et filmage

Retour en arrière : le dimanche 29 février 2004, tous les salariés ont été invités à venir dans l’entreprise. Pour faire le point sur la situation. Il y a eu pointage des présents et même ... filmage. « Par la suite, M. Marie a cessé de nous saluer. Nous avons compris que nous étions sur la liste rouge. »

30 septembre 2004
, les salariés ont été convoqués pour une réunion : « Vous n’êtes que des merdes » leur dit Guy Marie, avec bras d’honneur et doigt d’honneur. « Moi je suis milliardaire, j’ai une belle maison et des meubles en chêne et je vous emmerde »

Interrogés comme témoins, deux cadres confirmeront le climat de tension dans l’entreprise, ils reconnaîtront les insultes de M. Marie vis à vis de ses salariés, ils avoueront avoir vu plusieurs fois des hommes en larmes. « La présence de M. Marie ne pouvait pas passer inaperçue. Il faisait régner la terreur, le dialogue était impossible ».

D’autres cadres, dans le rapport de la gendarmerie, diront, eux, qu’ils ne se souviennent de rien.

 Non, rien de rien

Interrogé par le Président, Guy Marie ne se souvient pas d’avoir insulté ses salariés. « Ce n’étaient pas des insultes, mais une façon de parler particulière ». Tout juste admet-il avoir « pété les plombs » une fois. Et puis sa grande ligne de défense est celle-ci : « Moi je ne décidais rien, c’est ma fille Sandrine, qui est très capable, qui décidait tout » « Dire bonjour, ce n’est pas une obligation, j’allais pas embrasser tout le monde tous les jours » - « il y a eu des licenciements, des avertissements, mais c’était pas moi, c’était Sandrine ». « Des fois les explications avaient lieu en ma présence, c’était un concours de circonstances car souvent je n’étais pas là » « Les principaux responsables, c’étaient les cadres, s’ils avaient réussi à maintenir l’ambiance d’avant, il n’y aurait pas eu ces problèmes ».

Un cadre dira pourtant que M. Marie était très présent dans l’entreprise, depuis 2003, « plus qu’avant ». Innocemment M. Marie reconnaîtra « Mon arrivée dans l’entreprise a créé une épidémie d’arrêts de travail ».

Jouant sur les mots, M. Marie dit « il n’a pas été demandé aux cadres de baisser leurs salaires, c’était seulement une proposition » . Mais ceux qui ont refusé ont été licenciés. « C’est pas moi, c’est ma fille ».

Mélangeant sciemment les dates, entre 2004 (époque des harcèlements) et 2006 (époque de la liquidation de l’entreprise), M. Marie met en avant « la campagne médiatique, les défilés dans les rues de Châteaubriant, une armée de braillards avec des drapeaux rouges ».... Ce qui s’est passé en 2006, après la liquidation contestable de l’entreprise, ne peut justifier le harcèlement moral des années 2004 !

 Dignité : on ne va pas sur son lieu de travail pour pleurer

L’avocate des salariés évoque au contraire la souffrance des salariés : un contrat de travail est, par nature, déséquilibré. C’est pourquoi il donne le devoir à l’employeur de respecter la dignité des salariés. « Ceux-ci peuvent accepter les sautes d’humeur de l’employeur, quand cela reste supportable mais, à partir de 2003, les tensions vont s’accentuer ».

« Que l’employeur demande de travailler, c’est normal » et à UFM les salariés n’ont jamais refusé, « mais leur dire, à répétition, « ton boulot c’est de la merde », n’est pas acceptable ». Insultes, pression, chantage à l’emploi, « on ne va pas sur son lieu de travail pour en sortir en pleurant ». L’avocate parle de pratiques d’un autre âge conduisant, pour les salariés, à une implosion psychique.

Le Procureur, lui, estime que la crise économique ne peut expliquer le harcèlement moral. « La force d’une entreprise ce sont les hommes, les dirigeants qui prennent des risques mais aussi les salariés qui doivent être respectés ». Il pense que M. Marie était au moins le gérant de fait de l’entreprise et explique que l’accusation de harcèlement, dans la loi, ne vise pas uniquement les chefs ! Il relève tous les mots contenus dans les témoignages à l’égard de M. Marie : autoritaire, vulgaire, lunatique, agressif, méchant, ne cherchant qu’à faire peur, ne se souciant que de son argent.

Pour lui, M. Marie est incapable de reconnaître la souffrance de l’autre (c’est caractéristique d‘ailleurs des harceleurs) et sa façon de répéter aux salariés « je suis milliardaire » est une façon de les humilier, de montrer son intérêt pour l’argent, quitte à adopter un comportement excessif à leur égard.

L’avocate de M. Marie, tout en relevant son « autorité rétrograde », essaiera, elle, de le défendre et montrera que les plaintes des salariés ne sont que des broutilles.

Chacun sait bien qu’un coup d’épingle, ça fait mal mais ce n’est pas grand chose. Mais une répétition de coups d’épingle peut vite faire un grand trou....

Le Procureur a demandé 5000 € d’amende et 9 mois de prison avec sursis. Dommage : un mois ferme aurait donné le temps à M. Marie de réfléchir.

B.Poiraud


 

Note du 1er juin 2007 :

UFM Marie :

 31 mai 2007 : Le harcèlement : reconnu par la Justice

« Vous ne pouvez pas savoir ce que c’est que d’avoir un patron qui vous répète sans cesse que vous êtes un moins que rien et que vous pouvez bien crever : j’ai vu avoir envie de vomir avant de partir au travail. Au pied de ma machine, quand je voyais le patron s’acharner sur un salarié, je savais qu’il viendrait sur moi un jour. Dès que je le voyais arriver je perdais tous mes moyens ». Un jour ce salarié est allé au bureau demander une cote qui manquait dans son plan. « Tu n’as rien à foutre ici, regagne ton poste » m’a-t-il dit. « je me suis mis à trembler ». Elle manquait pourtant, cette cote. Le chef d’atelier la lui a indiquée peu après !

Lorsque des salariés sont soumis à une pression perpétuelle, cela s’appelle du harcèlement. C’est ce qu’a reconnu le tribunal de Nantes dans son jugement du 31 mai 2007. M. Marie, PDG de l’entreprise, et harceleur unique, a été condamné à 6 mois de prison avec sursis et 5000 € d’amende. Il devra en outre verser 2000 à 3000 € à chacun des 9 plaignants.

Mais il fera sans doute appel !

« Je vous pisse dessus » disait le patron. Le tribunal a dit que c’était pas bien !