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Accueil > Châteaubriant > Enfance, jeunesse > Un enfant, c’est si peu de chose !

Un enfant, c’est si peu de chose !

Ecrit le 8 mars 2017

Un bébé, « c’est un tube digestif muni d’un organe puissant et dépourvu de toute responsabilité à l’autre extrémité » dit-on avec humour. Finalement un enfant c’est si peu de chose ! Est-ce pour cela qu’on peut négliger son bien-être, sa personnalité ?

La médecine s’est longtemps demandé si l’enfant était sensible à la douleur. Un médecin écrivait en 1938 : « Le système nerveux est bien imparfait dans les premières années de la vie. Le nouveau-né a sans aucun doute une certaine sensibilité générale, bien difficile à préciser d’ailleurs. La douleur ressentie au début doit être très faible, si bien que pendant la première semaine de la vie, on peut opérer sans anesthésie, sans provoquer de douleurs violentes ».

Un patron de pédiatrie disait encore en 1992 : « Les bébés ne souffrent pas. Lorsqu’ils crient, c’est de colère, de faim, de soif, ou bien encore pour rien. De toute façon, c’est bon pour eux, comme leur premier cri à la naissance, cela défrise leurs alvéoles et améliore la capacité respiratoire. »

Le monde politique et religieux lui-même a longtemps considéré les enfants comme peu de chose. Par exemple, sur une période de 350 ans, jusqu’en 1974, environ 350 000 enfants britanniques ont été exilés vers le Canada, la Nouvelle-Zélande, la Rhodésie du Sud ou l’Australie. « Il s’agissait d’un programme supposé peupler l’empire avec un bon stock de Britanniques blancs, a expliqué Imran Khan, un des avocats des victimes. Il a mené à l’abus physique, émotionnel et sexuel d’un nombre incalculable d’enfants, à des milliers de kilomètres de leurs familles. » Ces enfants ont été envoyés dans des institutions souvent isolées, gérées par des ordres religieux, et se sont retrouvés contraints à des travaux forcés, battus, violés. « Le fait que les témoignages soient tellement similaires en ce qui concerne les abus ne peut signifier qu’une chose : il s’agissait d’un problème systématique et institutionnel », a ajouté l’avocat.

En mai 2009, en Irlande, le Rapport Ryan, dévoilait, en 2 600 pages, les abus subis par de nombreux enfants accueillis par des structures financées par l’État et gérées en grande partie par l’Église catholique irlandaise. Le mandat de la commission concernait quatre types d’abus : physiques, sexuels, de négligence et psychologiques.

Selon le BICE (Bureau International Catholique de l’Enfance), l’abus sexuel touche les enfants et adolescents de tous milieux sociaux et de tous pays, quels que soient leur niveau de développement et leur système, politique, social ou économique. Des études montrent que plus de 20 % des enfants subissent des sévices et violences sexuels avant l’âge de 18 ans et que dans 85 % des cas, l’abus sexuel est commis par un membre de la famille ou une personne du cercle de confiance de l’enfant, ce qui accentue le caractère insidieux du fléau et la peur de porter plainte. Dans plus de huit cas sur dix, l’abus sexuel se répète pendant plusieurs années et provoque chez les victimes un traumatisme psychique et des séquelles latentes durables.

L’enfant souffre-douleur est une réalité sociale encore trop négligée. Le gouvernement vient de lancer un plan d’action à ce sujet. Anne Turz, pédiatre, écrit dans l’Humanité : « il s’agit d’un problème majeur, qui méritait une mobilisation des pouvoirs publics, et une prise de conscience de la société dans son ensemble, comme celle intervenue sur les violences faites aux femmes. Ce plan arrive certes tard dans ce quinquennat, mais en la matière, mieux vaut tard que jamais ».

« La protection de l’enfance a aussi fait l’objet d’une loi l’an passé. On ne peut donc pas dire que rien n’a été fait. Le problème, c’est de savoir ce que les successeurs de ce gouvernement feront de ce plan, s’il l’appliqueront ou pas. Cela concernerait les animaux ou les personnes âgées, je serais relativement optimiste... Mais pour les enfants, curieusement, les responsables politiques ne se sentent guère ’obligés’. »

Yanis, 5 ans, tué pour avoir fait pipi au lit. Kenzo, 21 mois, battu à mort dans une chambre d’hôtel. Aliya, 4 ans, morte sous les coups, elle avait 92 lésions sur le corps. David, enfermé pendant 8 ans dans un placard...

 Des centaines par an

Des enfants tués par leurs parents, cela émeut logiquement l’opinion, l’écho médiatique est souvent fort. « Ces faits divers horribles attirent l’attention sur eux parce qu’ils sont ’croustillants’. Mais ils sont tellement horribles qu’on peine à croire qu’il y en a en réalité des centaines par an. Cela alimente le déni. Or, oui : il y en a des centaines par an. Les quelques affaires qui font donc les Unes des journaux font ainsi figure d’arbre qui cache la forêt. Plus insidieusement, ils dédouanent aussi les parents qui font subir à leur(s) enfant(s) une éducation brutale et une pédagogie à base d’interdits, de gifles, etc... Ces derniers peuvent se dire : ’ça va, je n’en suis tout de même pas là’. Or, il n’y a pas de limite claire entre la maltraitance et la violence éducative ordinaire » dit encore Anne Turz.

 Protection

L’enfant battu ou maltraité bénéficie de protection de la part de la justice et des associations. Il peut porter plainte même si ses parents sont impliqués dans les faits.

Toute personne ayant connaissance d’un cas de maltraitance sur mineur peut faire un signalement :
- aux services du Département ;
- au 119 (il s’agit du service téléphonique consacré à l’enfance en danger, il pourra prévenir la justice si nécessaire) ;
- dans un commissariat ou dans une brigade de gendarmerie pour déposer une main courante ;
- au procureur de la République, dans le cas d’un agent public (enseignant, personnel hospitalier....) ayant eu connaissance d’un tel cas dans le cadre de ses fonctions

 Au delà : la violence

Selon JP Rosenczveig, Les violences faites aux enfants sont plus larges encore que les maltraitances de toute nature – physiques, singulièrement sexuelles, ou psychiques.

Par exemple : l’absence d’accès aux droits, la discrimination au regard des origines sociales ou ethniques, l’inégalité quasiment congénitale, le profond sentiment d’injustice que ressentent rapidement nombre d’enfants, sont autant de violences qu’il nous faut combattre.

Et que dire des refus de prise en charge comme ceux opposés à des enfants porteurs de handicaps de tous genres ou des enfants étrangers isolés sur le territoire français ? Faut-il ajouter le sort réservé aux enfants roms non scolarisés ou déscolarisés régulièrement, ce qui revient au même  ? 

Ces maltraitances ont certes le plus souvent une origine familiale – pour 75% selon les estimations-, mais elles sont aussi institutionnelles, y compris dans des institutions qui par nature ont vocation à protéger des enfants. On pense aux établissement scolaires ou centres de vacances où régulièrement, en se gardant bien évidemment de généraliser, on découvre des cas de violences physiques, d’humiliations ou encore et surtout de violences sexuelles. Ces violences existent aussi dans des lieux où séjournent des enfants porteurs de handicaps physiques ou sociaux.

Il faut aller plus loin en rappelant que le Conseil de l’Europe a lancé en 2007 une campagne pour condamner les châtiments corporels dans sa zone d’influence. A ce jour 27 Etats ont adhéré à ce programme et entrepris le nécessaire à travers la loi et les dispositifs administratifs et culturels. Mais la France, patrie auto-proclamée des droits de l’homme, de la femme et de l’enfant, n’en est toujours pas et se ridiculise aux yeux des experts internationaux.