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Justice- Patrick Dils et autres erreurs judiciaires

écrit le 5 mai 2002

Dils : 15 ans de prison pour docilité

La scène de crime est là, avec toute sa sauvagerie, dans le témoignage de l’officier de police judiciaire qui procéda, le 28 septembre 1986, vers 20 heures, aux premières constatations :

Une aire de voies ferrées à Montigny-lès-Metz. Sur l’une d’elles, une rame de quatre wagons. Entre cette rame et un petit talus, deux corps d’enfants, couchés sur le dos, séparés par une grosse traverse de bois. Ils ont 8 ans, et le crâne enfoncé au sol, fracassé. L’un des enfants a le pantalon et le slip baissés. Il y a dans les environs une cordelette et les excréments d’un adulte.

L’autopsie confirme la multiplicité des coups, par dizaines. Elle exclut les violences sexuelles. Sur place, on retrouve quatre pierres ensanglantées (la plus grosse faisant 5,8 kilos). Enfin sur l’un des wagons, des traces de sang : probablement une main qui a cherché à s’essuyer.

Quatre avouent

Au cours de l’enquête, quatre personnes avoueront le crime, dont trois sur procès-verbal. Une femme Catherine Mathis, une enseignante de 35 ans qui a déposé quatre fois devant la police de Metz en 1986 et 1987, raconte au Tribunal que des policiers lui auraient attribué le crime pour la « tester » en lui lançant : « Vous les avez tués comment ? Vous pouvez vivre avec ça ? »

Finalement l’intime conviction des enquêteurs se précise : c’est un jeune homme, c’est Patrick Dils qui a commis le crime. Il a 16 ans, un âge mental de 8 ans. Il est bien gentil, bien poli, soumis à l’autorité, prêt à dire ce qu’on attend de lui. Il avoue, sept mois après les faits, il répète ses aveux, il ne sait pas sur quel coup de folie il a pu faire ça mais, étrangement, 7 mois après, il se souvient des pierres utilisées pour commettre le meurtre. L’intime conviction des enquêteurs est si forte qu’ils ne confrontent pas suffisamment ses dires aux réalités du dossier.

Ainsi, lorsqu’il est présenté - dans l’illégalité, hors présence d’un avocat - à la juge d’instruction, à l’issue de sa garde à vue de trente heures, Patrick Dils réaffirme avoir tué les deux garçonnets de huit ans à coups de pierres, à Montigny-lès-Metz.

Poli et docile

Et puis, quand l’interrogatoire se termine, pour dire au revoir, en garçon poli et obéissant, il s’en va serrer la main de la juge et du greffier.

Le jeune homme n’explique pas ces aveux qu’il rétractera par la suite, il parle seulement de son fort souci d’obéissance aux adultes ; des réponses, selon lui, suggérées en garde à vue ; et, surtout de la peur du directeur d’enquête, qui n’a jamais cessé de le poursuivre, physiquement ou mentalement, jusque dans le bureau de la juge d’instruction. Alors, celle-ci, qio ne se reconnaît pas comme autoritaire, à la barre, sur une incompréhension d’une parole de l’accusé, prend la mouche : « C’est outrageant ! ». Pendant 21 mois, cette juge interdira tout permis de visite à ses parents.

Une semaine après les aveux, une reconstitution des faits est ordonnée au petit matin ... alors que les faits se sont produits, d’après les charges, au crépuscule.

Au début, le jeune inculpé mène le cortège de l’instruction à 42 mètres des lieux du crime. Puis, mimant la scène, il s’interrompt, observant que cela ne pouvait être là. Il affirme : « On me disait : « Fais ce que tu as fait. » Je pensais qu’il fallait que je refasse ce que j’avais dit. Or, là, ça ne collait pas ». Puis le cortège s’est déplacé, à la recherche des lieux, passant deux fois à l’endroit du crime sans que l’inculpé réa-gisse.

A l’audience de son 3e procès, en avril 2002, ses défenseurs s’étonnent de ce qu’il ne lui a pas été demandé de baisser le pantalon d’un des deux enfants. La juge d’instruction répond : « Il ne l’avait pas dit. » Or l’enjeu de la reconstitution, indique-t-elle, « c’était de refaire ce qu’il avait dit ».

Il a fallu l’acharnement du comité de soutien, il a fallu l’opiniâtreté d’un gendarme de Rennes, spécialiste de Françis Heaulme, le tueur en série, il a fallu que deux pêcheurs à la ligne se décident enfin à dire qu’ils avaient ramassé Françis Heaulme, ensanglanté, sur leur route et l’avaient ramené un membre de sa famille, il a fallu tout cela pour que le tribunal reconnaisse l’erreur judiciaire et acquitte Patrick Dils, en ce mois d’avril 2002. Après 15 ans de prison.

Pour un mensonge

« On a construit un coupable idéal et docile à défaut d’un vrai coupable, on a fabriqué des aveux », a souligné le défenseur, décrivant l’accusé comme un « robot mécanique, écrasé par les événements exceptionnels qu’il était en train de vivre ».

« Oui, Dils est coupable d’avoir avoué un crime qu’il n’a pas commis, qu’il n’a pu commettre, mais il n’avait que 16 ans », a souligné Me Florand, ajoutant que s’il « s’est rendu coupable de ne pas avoir hurlé son innocence », c’est parce qu’il n’est « pas un rebelle ».

Le jeune homme est sorti de prison le 24 avril au soir. Quinze ans de perdus. Une vie à refaire. Mais on ne sait toujours pas qui a tué les deux petits garçons. Et les familles des victimes continuent à souffrir.

Il y a de fortes présomptions sur Françis Heaulme mais l’homme n’a pas avoué même si, selon le policier spécialiste, l’environnement du crime montre la « quasi signature criminelle » de l’homme. « Mais peut-on reprocher à Heaulme de ne pas avoir avoué les crimes de Montigny ? », s’est interrogé l’avocat. « Il sait qu’alors sa soeur ne viendra plus jamais le voir en prison et qu’il perdrait le peu de contact qui lui reste avec l’humanité ».

La Mée n’a pas l’habitude de traiter des faits divers. Mais celui-ci a valeur de « fait de société ». Il entre dans la catégorie des erreurs judiciaires. Les plus célèbres, dans le passé, sont l’affaire Dreyfus, et l’affaire Seznec (celle-ci non encore reconnue). Dans un passé plus récent il faut rappeler l’acquittement de Richard Roman, accusé du meurtre d’une petite fille, Céline, en 1988, et finalement acquitté en 1992 - et celui d’Omar Raddad, le jardinier marocain, celui qui aurait écrit « Omar m’a tuer » avec le sang de sa victime ; Il faut rappeler les doutes qui subsistent sur la culpabilité de Christian Ranucci (guillotiné) et que Gilles Perrault relate dans « Le pull-over rouge ».

Tout ça pour dire que la justice est une affaire délicate. Elle est rendue au nom du peuple français. Mais « le peuple français » est influencé par la façon dont a été conduite l’enquête de police....

Il est bon que la justice reconnaisse ses erreurs et les répare, tant que les condamnés sont encore vivants ! (ce qui n’est pas possible quand existe la peine de mort dans un pays)

Démocrite disait : « Tu supportes des injustices ; consoles-toi, le vrai malheur est d’en faire »

Montesquieu : « Une injustice faite à un seul est une menace faite à tous. »

Les risques de la vie

Le Président du Front National, candidat au deuxième tour des élections Présidentielles (5 mai 2002), ne s’embarrasse pas de ces considérations morales. Alors qu’on lui demande ce qu’il pense des trois procès qu’à dû vivre Patrick Dils avant d’être reconnu innocent, il répond que « ça n’a pas beaucoup d’importance. (...) La vie n’est pas un long fleuve tranquille, elle comporte un certain nombre de risques. » (déclaration sur RMC le 25 avril 2002- cf Le Monde du 26 avril)

Le Pen est pour la peine de mort. Les erreurs judiciaires font, pour lui, partie des « risques de la vie ». Comme l’extermination des juifs était « un détail de l’histoire ». Ca en dit long sur l’humanité du personnage.

BP  

En mémoire d’un journaliste courageux : Roger Gicquel

Vamara Kamagaté : http://www.maitre-eolas.fr/post/2010/09/07/Vamara-Kamagate-relax%C3%A9

Loïc Sécher

Loïc Sécher : sept ans de prison pour un innocent - http://www.francesoir.fr/actualite/justice/affaire-secher-cinq-jours-proces-d-une-rare-intensite-112913.html

Loïc Sécher : victime d’une erreur judiciaire - http://tempsreel.nouvelobs.com//actualite/societe/20110624.OBS5799/loic-secher-a-officiellement-ete-victime-d-une-erreur-judiciaire.html

Enore une erreur judiciaire : http://www.la-croix.com/Actualite/France/Erreur-judiciaire-l-incroyable-destin-d-Abdelkader-Azzimani-et-Abderrahim-el-Jabri-2013-04-17-948826