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Le gouvernement Chamboul’tout

Ecrit le 24 mai 2017

C’est sûr, avec Emmanuel Macron les choses bougent ! Le Président a pioché dans tous les partis politiques et est allé chercher, en dehors des partis politiques, des personnalités très intéressantes.

- 3 personnalités viennent des Républicains, à commencer par Edouard Philippe le premier ministre ; puis Bruno Le Maire pour l’Economie et Gérald Darmanin pour l’Action et les Comptes publics. 

- 3 sont du MoDem : François Bayrou pour la Justice, Sylvie Goulard pour les Armées et Marielle de Sarnez pour les Affaires européennes. 

- 4 viennent du Parti socialiste : Gérard Collomb pour l’Intérieur, Jean-Yves Le Drian pour l’Europe et les Affaires étrangères, Richard Ferrand pour la Cohésion des territoires et Christophe Castaner comme secrétaire d’Etat chargé des relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement.

- Enfin, 2 personnes viennent du Parti radical de gauche (PRG) : Annick Girardin pour l’Outre-mer et Jacques Mézard pour l’Agriculture et l’alimentation.

Le gouvernement compte 18 ministres et 4 secrétaires d’Etat.

- Il est paritaire : 9 femmes ministres et 2 femmes secrétaires d’Etat, idem pour les hommes.

- La moyenne d’âge est de 54,6 ans. Le plus jeune est Mounir Mahjoubi, secrétaire d’Etat au numérique, 33 ans. Le plus âgé est Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, 69 ans.

- 11 personnes viennent de la société civile (8 ministres et 3 secrétaires d’Etat) et 11 viennent des partis (10 ministres et 1 secrétaire d’Etat).

Des anciens poids lourds, on ne trouve guère que Jean-Yves Le Drian et François Bayrou. Tous les autres sont assez nouveaux. Par exemple :

Nicolas Hulot est un journaliste-reporter, animateur-producteur de télévision et écrivain. Il a conseillé plusieurs personnalités politiques telles que Laurent Fabius ou Jacques Chirac, dont il aurait refusé en 2002 la proposition de devenir ministre de l’Écologie. Nicolas Hulot est à l’origine de l’idée d’inclure une charte de l’environnement dans la Constitution, ce qui est effectif depuis mars 2005.

Il est partisan d’une société de sobriété et cite Jean-Baptiste de Foucauld qui préconise l’« abondance frugale » : « Il ne s’agit pas de supprimer voitures et avions. Mais d’organiser la modération avant d’y être contraint. Soit l’évolution sera imposée à nous, soit nous l’organiserons ». Il sera intéressant de voir sa position par rapport au nucléaire, au gaz de schiste et à Notre-Dame des Landes.

Sophie Cluzel est mère de 4 enfants, dont une fille trisomique née en 1995. Ancienne élève de Sup de Co Marseille, elle est la fondatrice de différentes associations de scolarisations d’enfants handicapés.

Depuis juin 2011, elle est présidente de la FNASEPH (Fédération nationale des associations au service des élèves présentant une situation de handicap) et administratrice de l’UNAPEI de 2011 à 2013. En janvier 2012, elle organise le premier Grenelle de l’intégration des jeunes handicapés dans la société, où près de 50 associations locales ou nationales rédigent une plateforme de mesures qui sont transmises aux candidats à l’élection présidentielle. 

Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État chargé du numérique, a estimé que la France devrait avoir « une stratégie nationale du logiciel libre ». Il s’est interrogé devant le micro de France Culture sur la possibilité d’avoir dans ce cadre des ingénieurs qui seraient rémunérés d’une façon ou d’une autre par la collectivité pour travailler sur des logiciels libres.

Avant de rejoindre la République en Marche, Mounir Mahjoubi était membre du Parti socialiste, et ce depuis l’âge de 18 ans. Il avait entre autres participé en 2010 à la campagne des primaires de François Hollande.

« Geek » autodidacte, syndicaliste précoce puis créateur d’entreprises, fils d’immigrés marocains, diplômé de Sciences Po, titulaire d’une maîtrise de droit des affaires à la Sorbonne, puis d’un master « finances et stratégie » à Sciences Po et … d’un CAP de cuisine, il est partisan de la transformation digitale des PME-TPE et de l’accès à internet des populations les plus fragiles.

Françoise Nyssen, ministre de la Culture, est l’heureuse éditrice de trois Prix Goncourt (Laurent Gaudé, Jérôme Ferrari et Mathias Enard) et de trois prix Nobel de littérature (Naguib Mahfouz, Imre Kertész et Svetlana Alexievitch). Défricheuse en littérature, elle a publié des auteurs comme l’Algérien Kamel Daoud, le Britannique Salman Rushdie, la Turque Asli Erdogan ou l’Américain Paul Auster.

Elle dirige la maison d’édition Actes Sud. Après le suicide à 18 ans de son fils Antoine, qui n’avait jamais trouvé sa place dans le système éducatif, elle crée avec Jean-Paul Capitani l’école du Domaine du possible à Arles, école innovante, active (sur le modèle des écoles Freinet ou Montessori), pour aider les enfants qui n’ont pas su, pu ou voulu s’adapter à un système scolaire trop rigide.

 Toi tu soignes ta droite et moi je m'occupe de ma gauche
Toi tu soignes ta droite et
moi je m’occupe de ma gauche

Agnès Buzyn, c’est l’humanité en médecine : l’étudiante brillante a fait médecine pour devenir chirurgienne. Mais à l’internat, elle a opté pour l’hématologie et les maladies du sang, notamment les leucémies. « J’ai fait ce choix car c’est une spécialité très technique mais aussi très humaine. En chirurgie, on opère puis on ne voit plus le patient.

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Moi, j’avais envie de soigner les gens en les accompagnant dans la durée », confie-t-elle, en reconnaissant volontiers : à l’hôpital, les consultations avec ses patients étaient souvent très longues. Le temps de parler de la maladie, du traitement, des effets secondaires.

Et puis de tout le reste. De tout ce qui se passe quand le patient ressort de l’hôpital. Le travail, la maison, les factures, le conjoint, les enfants. Toute cette vie qui, du jour au lendemain, n’est plus la même quand survient une maladie grave. « Le rôle d’un médecin n’est pas juste de guérir son malade.

C’est aussi de savoir si, par exemple, il a perdu son emploi ou s’il peut encore payer son loyer. Une maladie grave, c’est un accident dans un parcours de vie. Et la mission du soignant, c’est de remettre le patient sur le chemin de son existence. Sans céder à la tentation de se réfugier derrière le seul acte technique ».

« En poste à Necker à Paris, Agnès Buzyn a tout connu de la réalité de la médecine hospitalière. Et de son univers très largement masculin dans les strates du pouvoir. Le machisme ordinaire de collègues étonnés qu’une femme puisse vouloir devenir professeur » écrit le journal La Croix. Agnès Buzyn est désormais ministre des Solidarités et de la Santé.

Muriel Pénicaud fut conseillère à la formation de Martine Aubry (période 91-93). Elle est co-auteur d’un rapport sur Bien-être et efficacité au travail. C’est une bosseuse qui aime trouver « du plaisir » dans tout ce qu’elle fait.

C’est une habituée de la négociation, et son énergie comme sa capacité à écouter l’autre, seront bien utiles. "C’est quelqu’un que je connais, qui a eu une grande expérience à la fois en cabinet ministériel puisqu’elle fut au cabinet de Martine Aubry, mais aussi comme DRH de grandes entreprises, dont Danone, entreprise assez réputée sur sa dimension sociale.

Donc la nomination de la ministre du Travail est a priori plutôt rassurante« , a dit Jean-Claude Mailly, de Force Ouvrière en ajoutant : Muriel Pénicaud est »quelqu’un de direct, qui dit les choses, et qui a une connaissance à la fois technique et politique des dossiers, donc a priori un bon profil". Pour la CGT, Muriel Pénicaud, est « dans la droite ligne des politiques antisociales », ayant organisé, comme DRH du groupe Danone, « la casse des emplois et des conditions de travail ».

Marlène Schiappa, après avoir entrepris des études de géographie à la Sorbonne, est diplômée en « communication et nouveaux médias », mention écritures électroniques. Un diplôme obtenu grâce à une validation des acquis de l’expérience passée à l’Université de Grenoble, pendant un congé maternité. En 2014, elle est élue au conseil municipal du Mans, sur la liste d’union de la gauche du socialiste Jean-Claude Boulard. Adjointe au maire, elle est chargée de l’égalité, de la lutte contre les discriminations et de la charte LGBT.

 Edouard Philippe

C’est un homme sans expérience gouvernementale qui est entré, lundi 15 mai, à Matignon. Emmanuel Macron a choisi Edouard Philippe, député Les Républicains, par ailleurs maire du Havre (Seine-Maritime) et proche d’Alain Juppé, pour prendre la tête du nouveau gouvernement.

Le président de la République l’a désigné pour former une majorité « de renouvellement » et pour « recomposer la vie politique ». Peu connu du grand public, Edouard Philippe a pourtant fréquenté les bancs de l’Assemblée nationale pendant cinq ans. « Un député peu présent et peu actif à l’Assemblée » décrit la série « Les Décodeurs » du journal Le Monde.

 Peu actif

Le travail de député ne se limite pas aux votes. Commissions parlementaires, questions orales et écrites, propositions d’amendements font aussi partie du quotidien des 577 représentants du peuple au Palais-Bourbon. Les chiffres du député Edouard Philippe le situent plutôt dans le bas du classement. En termes de présence, le député LR de la septième circonscription de Seine-Maritime, également maire du Havre, a été en commission et/ou a pris la parole dans l’hémicycle 113 semaines sur les 204 que compte son mandat.

Même constat quant aux jours de présence en commission. Membre de la commission des lois, M. Philippe a également participé à des réunions de la commission de la défense et de celle du développement durable. Au total, il s’est rendu 124 jours aux réunions de travail, alors que la médiane de la présence des députés en commission est de 192 jours (c’est-à-dire que la moitié des députés ont été en commission moins de 192 jours tandis que l’autre moitié a été présente plus de 192 jours).

Dans son travail parlementaire effectif, le maire du Havre se retrouve également dans les rangs des mauvais élèves. Que ce soit en nombre d’interventions en commission ou dans l’hémicycle, en nombre d’amendements proposés ou de questions orales posées, Edouard Philippe se trouve toujours en deçà de la médiane de ses collègues députés.

 1 835 signés

Un seul critère le situe au-dessus de la médiane : le nombre d’amendements signés. Le nouveau premier ministre a apposé son nom sur 1 835 amendements contre 1 597 pour la médiane de députés. Attention, il ne s’agit pas du nombre d’amendements déposés par le député lui-même mais du total de ceux sur lesquels il a rejoint d’autres de ses camarades.

Ces chiffres, agrégés et relayés par Nos Députés.fr - un site indépendant qui compile toutes les données disponibles sur le travail parlementaire - le placent dans les cent cinquante députés les moins actifs à l’Assemblée nationale.

 N’a pas voté

Le nouveau premier ministre a montré son opposition à la quasi-totalité des principales lois du dernier quinquennat. Il a cependant voté les motions de censure contre le gouvernement à chaque fois.

 Il a voté pour

  La loi sur les droits des personnes en fin de vie

Cette loi a introduit le droit à la « sédation profonde et continue » jusqu’au décès pour les malades en phase terminale, ainsi que les directives anticipées contraignantes. Il s’agissait d’un engagement de campagne de François Hollande. Aucune mesure pour la fin de vie ne figure toutefois au programme d’Emmanuel Macron, qui a dit se satisfaire de cette loi et souhaiter un « débat national » sur le sujet.

  Les moyens affectés à la police et à l’armée contre le terrorisme

En 2016, le gouvernement a proposé une loi octroyant de nouveaux moyens d’investigation aux juges et aux procureurs. Le nouveau premier ministre a voté pour, comme la quasi-totalité des députés LR. De même, il a soutenu les multiples prolongation de l’état d’urgence.

En revanche, E. Philippe s’était fermement opposé à la « loi renseignement » en 2015 car elle réduisait, selon lui, les libertés individuelles.

 Il s’est abstenu

  Loi sur l’égalité hommes-femmes

Dans cette loi, on trouve l’extension du délit d’entrave à l’interruption volontaire de grossesse, le renforcement des droits des pères salariés, la création d’un délit général de harcèlement ou encore l’interdiction des concours de beauté pour les moins de 13 ans.

 Le mariage pour tous

Le nouveau premier ministre s’était également abstenu lors du vote de cette loi emblématique du quinquennat Hollande, portée par Christiane Taubira.
Emmanuel Macron a promis de prolonger cette loi en ouvrant le droit à la procréation médicalement assistée aux couples de femmes.

 Il a voté contre

  La transparence et la moralisation de la vie publique

Adoptée en 2013, cette loi a créé la Haute autorité de la transparence de la vie publique (HATVP) et la peine d’inéligibilité de dix ans pour les élus et ministres con-damnés pour corruption, trafic d’influence, fraude électorale ou fiscale.
E. Macron a promis d’appliquer mais aussi de renforcer ces mesures de moralisation de la vie publique.

Edouard Philippe a également voté contre la loi relative à la fraude fiscale et à la grande délinquance économique et financière, qui a notamment créé le Parquet national financier.

  La lutte contre la prostitution

Ce texte comportait notamment la pénalisation des clients, l’interdiction d’achat d’acte sexuel et le renforcement des moyens de poursuite contre la traite des êtres humains et le proxénétisme.

  La loi sur la transition énergétique

Ce texte a fixé des objectifs de moyen terme pour la France, comme baisser la part du nucléaire à 50 % de la production d’électricité d’ici à 2025, le développement des énergies renouvelables, ou encore la baisse de la consommation d’énergies fossiles de 30 % d’ici à 2030. Le programme écologique d’E.Macron s’inscrit dans la parfaite continuité de cette loi.

  La réforme territoriale

En 2015, la loi NOTRe a réduit le nombre de régions métropolitaines à treize et a renforcé leurs pouvoirs. Comme 193 députés LR, Edouard Philippe a voté contre. Emmanuel Macron n’envisage pas de revenir sur cette réforme et souhaite désormais réduire le nombre de départements en les fusionnant avec les grandes métropoles quand cela est possible.

  La baisse d’impôts et de cotisations sociales pour les entreprises

Il s’agit là de l’une des principales mesures de la politique économique d’Emmanuel Macron, qui souhaite réduire à la fois l’impôt sur les sociétés et les cotisations salariales et patronales. Il poursuit en ce sens une politique amorcée par François Hollande.

Le Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE), premier volet de la baisse des charges pour les entreprises, a été adopté dans le projet de loi de finances rectificatif de 2012. Le nouveau premier ministre a voté contre.

Deux ans plus tard, les principales dispositions du Pacte de responsabilité, notamment la baisse des cotisations sociales pour les entreprises, figuraient dans le projet de loi de financement rectificatif de la Sécurité sociale 2014, et M. Philippe n’était pas présent au moment du vote.

 Le non-cumul des mandats

La loi de 2014 a interdit le cumul de fonctions exécutives locales avec un mandat de député ou de sénateur. Le nouveau président de la République a promis le respect de ce texte, et son renforcement : il prévoit d’interdire le cumul des mandats dans le temps. Le nouveau premier ministre, lui, avait voté contre.

Il est difficile de conclure à une réelle opposition d’Edouard Philippe à tous ces textes, tant l’appartenance aux partis structure les votes à l’Assemblée nationale. Mais ces exemples montrent que le nouveau premier ministre s’inscrivait jusqu’ici dans la tradition de la discipline partisane, qu’Emmanuel Macron a assuré vouloir dépasser.

Source : voir le site frama.link