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Son père était habillé en bagnard

Ecrit le 12 août 2017

Jacqueline Timbaud est décédée le 26 juillet 2017, elle avait 89 ans, était la fille de Jean Pierre Timbaud.

Elle a 9 ans, en 1937, quand elle va en colonie de vacances à Vouzeron, une des réalisations sociales des métallos CGT, elle y rencontrera des enfants des Républicains espagnols accueillis par solidarité. Solidarité, fraternité, ces valeurs humaines et ouvrières, elle va les entendre et en être imprégnée toute sa vie. Le Front populaire, le rôle de son papa comme négociateur des grandes conquêtes sociales de 1936, elle en comprendra plus tard les enjeux à défendre. De tout cela, elle en parlait avec passion et l’on sentait que sa vie s’était construite autour de ces valeurs dans la continuité du combat de son père.

1939 le patronat veut sa revanche. Il choisit son camp, Hitler, contre le Front populaire. Les militants syndicalistes ou politiques sont fichés, inquiétés par les forces de police. La guerre éclate. Les premiers actes de résistance s’organisent dans les entreprises, les lieux publics. Le 5 octobre 1940, une grande rafle s’opère.

Par centaines, les syndicalistes, les communistes sont arrêtés, emprisonnés, internés loin de Paris. Jean-Pierre Timbaud est arrêté le 18 octobre, emprisonné à Fontevrault puis Clairvaux. Avec Pauline, sa maman, Jacqueline lui rend une visite à Clairvaux et c’est pour elle un choc qui la marquera toute sa vie : elle voit son papa, habillé en bagnard avec des sabots aux pieds. Malgré les mots apaisants, l’image restera gravée. Elle en parlait souvent.

Puis Jean-Pierre Timbaud est envoyé au camp de Choisel à Châteaubriant. Il devient naturellement un des responsables et organise la résistance dans le camp de Choisel. Après l’exécution d’un colonel allemand à Nantes par des résistants le 20 octobre 1941, Hitler décide de fusiller 100 otages. Le ministre de l’intérieur, Pucheu, ancien responsable patronal au service de l’occupant allemand choisit des dirigeants syndicaux, des communistes et des jeunes résistants. 27 dans le camp de Choisel, 16 à Nantes, 5 au Mont Valérien puis 50 à Souges. Jean-Pierre Timbaud est fusillé avec ses 26 camarades le 22 octobre 1941 dans une carrière à Châteaubriant. Dans sa dernière lettre à ses deux grands amours, il dit « je suis un honnête travailleur. Toute ma vie, j’ai combattu pour une humanité meilleure ».

La vie de Jacqueline Timbaud bascule ainsi, à 13 ans. Avec sa maman, elle se rend à Châteaubriant sur la tombe de son papa. Mais ce qui la marque est l’accueil et le soutien des habitants envers les familles de fusillés. Ces habitants qui ont bravé l’interdit en allant fleurir les poteaux d’exécution dès le lendemain. Par la suite, ses premiers actes de résistance et sa participation aux combats pour la libération de Paris font que Jacqueline Timbaud reçoit d’André Tollé la médaille de la Résistance.

Solidarité, fraternité, courage, c’est le sens de sa vie, comme le dernier message de Guy Moquet, 17 ans, fusillé avec son père « Vous qui restez soyez dignes de nous ». En 1944, les familles de fusillés s’organisent en association, puis en 1945 l’Amicale est créée. Jacqueline Timbaud y prend toute sa place . Dans le cadre de son militantisme communiste, dans le 18e arrondissement de Paris, elle rencontre Pierre Ollivier, son conjoint. Leur engagement était intense, Maryse, leur fille, peut en parler longuement.

L’Amicale et l’association des familles de fusillés, plus de 75 ans après leur création, poursuivent avec la même passion, la même détermination, leur responsabilité de transmission historique. En rappelant avec force le rôle de la classe ouvrière et de ses organisations, notamment de la CGT et du Parti Communiste Français. Cette place que les livres d’histoire et les médias officiels oublient ou minorent.

Jacqueline Timbaud s’implique fortement avec d’autres pour construire le Musée dans la ferme jouxtant la carrière des fusillés à Châteaubriant. Elle a toujours eu à cœur d’y être présente pour témoigner auprès des visiteurs. Comme vice-présidente de l’Amicale, elle avait aussi la responsabilité chaque année de veiller avec les plus anciennes, Paulette Capliez et Odette Nilès, à la conformité des évocations historiques et artistiques lors des cérémonies annuelles. Elle avait à cœur d’impliquer les habitants de Châteaubriant, jeunes et adultes, pour qu’ils s’approprient leur histoire.

Jacqueline Timbaud se révoltait à chaque remise en cause des conquêtes du Conseil National de la Résistance par les patrons et le gouvernement, notamment celui de gauche. Parler de Jacqueline Timbaud et de Pierrot, c’est dire combien leur vie a été fidèle à toutes les espérances que portent les luttes sociales d’hier et d’aujourd’hui. Comme tous nos anciens, ils sont des points de repère pour que nous puissions poursuivre notre responsabilité de mémoire et reprendre le flambeau dignement, nous, les enfants, petits-enfants, amis ou militants.

Alors Jacqueline Timbaud, merci, merci pour la voie que tu as tracée et nous continuerons à suivre ce chemin vers des « jours heureux ».

(allocution de Serge Adry)