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Abattons les murs

Ecrit le 30 août 2017

20 août 2017, le thème du débat de la fête de Gruellau était : « abattons nos murs pour vivre ensemble ». C’est là qu’est intervenu Yves Aubry, Chef de Projet, association « Une Famille Un Toit 44 ». Voici son texte qui nous paraît fondamental en ce sens qu’il pose les fondations de la vie en société, rappel pas inutile en cette période qui s’ouvre après les vacances, alors qu’il y a, dans le monde, tant de guerres, de famine, d’intolérance, de peurs, de murs ….

Yves Aubry déclare :

Proposer d’abattre les murs à l’association « UNE FAMILLE UN TOIT » dont l’objet est de loger les personnes …dont l’origine et une des actions importante et visible est de réhabiliter et construire des logements … donc de bâtir ... il fallait oser. Mais, il y avait la seconde partie de l’invitation « ... pour vivre ensemble  » … et là « le vivre ensemble » parle à UNE FAMILLE UN TOIT, « le vivre ensemble » résonne et transpire dans son action associative.

 Où commence le « vivre ensemble » ?

Pour être provocateur à mon tour, le premier espace où l’être humain se trouve contraint de partager son existence avec des personnes qu’il n’a pas choisies … c’est avec ses parents et éventuellement ses frères et sœurs. La cellule familiale est donc le premier lieu du « vivre ensemble ». Elle est aussi celui de l’éducation à la vie … d’abord auprès des proches. Elle permet aux jeunes générations d’aller puiser à l’expérience des anciens, et aux anciens de retrouver la fraîcheur de l’enfance. 

Vient l’école pour y recevoir une instruction censée nous apprendre d’où nous venons ... ce que nous sommes ... et ce que sont les règles de la vie en société : l’autorité, l’honnêteté, le mérite, l’exigence …

Pendant des décennies, le service militaire a permis au jeune adulte homme de dépasser son cercle familial et local ... d’aller voir ailleurs, plus loin ... de rencontrer d’autres personnes, d’autres milieux, parfois d’autres couleurs ... D’apprendre à vivre avec ses compatriotes.

La vie professionnelle, enfin, renforce les relations, les interactions et est censée créer des équipes … Sinon, faire appréhender l’esprit d’entreprise ... faire perdurer la sociabilité.

C’est sans doute parce que toutes ces communautés naturelles sont de plus en plus fragiles que nous nous interrogeons.

La famille est de plus en plus éclatée ; L’école est questionnée, fragmentée, peut-être demain encore plus élitiste : tirage au sort ou sélection ? Le service militaire n’est plus, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose en soi … mais remplacé par quoi ??? Le travail est de plus en plus ressenti comme un lieu de concurrence plutôt que de solidarité, de transfert de compétences, de savoir-faire ; sans évoquer le nombre grandissant de personnes qui en sont privées ; sans évoquer les écarts grandissants entre ceux qui ont … qui se développent … et les sans …

La concurrence dans le travail n’est pas uniquement celle d’une concurrence entre les produits, entre les ETATS (en termes de balance commerciale), entre le Nord et le Sud … mais à l’intérieur même de l’entreprise … sur la chaîne … au sein du bureau. Un climat de concurrence, dans l’entreprise, entre les personnes … créant sinon un état de guerre … mais une relation qui n’est pas sereine … et dans tous les cas, un espace non apaisé.

Où sont donc les espaces du vivre ensemble lorsque que les éléments qui nous ont fait faire société sont à ce point ébranlés ? L’ENTRE SOI, LE CHEZ SOI, LE MOI … ne soyons donc pas surpris d’un plus grand individualisme, de la construction de quartiers résidentiels gardés, de la recherche, pour faire société, d’une autre communauté non plus de classes mais plutôt de moyens. L’ENTRE CEUX QUI ONT.

Quels sont les repères visibles, les idéologies-les dogmes, qui pourraient nous rassembler … LA PEUR, LA DIFFERENCE, L’AUTRE ... là aussi, ne soyons pas dupes d’un soi-disant renouveau, d’une montée des nationalismes, des radicalités … Elles ne sont pas nouvelles, elles ont été présentes de tout temps … elles se nourrissent de nos angoisses et désignent des boucs-émissaires.

Cela parle de la société et par voie de conséquence de l’individu, de chacun d’autre nous, de vous, de moi. De la manière dont nous nous comportons, dont je me comporte …

Et là ... je reviens au thème « Abattons NOS murs pour vivre ensemble » … le NOS … vient bien nous interpeller individuellement sur ce que l’on est, sur ce que l’on construit ou détruit en la matière.

 De nombreuses formes

Pour Une Famille Un Toit, le vivre ensemble prend de nombreuses formes, d’abord en interne, avec un conseil d’administration qui regroupe trois collèges (non formels) : les militants, les professionnels, les élus. Les parcours des administrateurs d’Une Famille Un Toit, sont assez différents, leurs cultures professionnelles et leurs obédiences aussi. Entre le militant défenseur des droits de l’homme … et l’ancien secrétaire de sous-préfecture en charge des expulsions … il y a une marge.

Les habitudes de fonctionnement, les attentes peuvent apparaître opposées. Entre le pragmatique ancien commissaire aux comptes … et l’infatigable entrepreneur ;

Entre le va-t’en guerre toute injustice … et l’élu respectueux de la convention signée, Il devrait y avoir incompatibilité.

Mais parce que sans toit, il n’y a pas de sécurité, il ne peut y avoir que de la dépendance … ils sont en accord pour rechercher la capacité à loger … l’inlogeable.

Parce que sans ressources, il ne peut y avoir que de la marginalité … ils sont d’accord de faire accéder à un travail ou une formation … le sans papier.

Parce que sans une deuxième chance … il ne peut y avoir qu’une récidive … ils sont d’accord d’accompagner ... le sortant de prison.

Parce que la demande est institutionnellement non recevable, que la solution n’est pas écrite dans les textes, que le défi est à ce point humain. Ces différences d’horizons, de profils, d’approches des administrateurs UNE FAMILLE UN TOIT … les conduisent à travailler ensemble ... pour que vive le possible et que soit mis en œuvre ce qui n’avait pas été prévu.

Abattre leurs murs … pour LES BENEVOLES administrateurs.

- C’est accepter de soutenir des personnes qu’ils ne connaissent pas.
- C’est faire confiance au jugement et aux valeurs de l’autre.
- En matière d’habitat ; c’est créer de petits collectifs en milieu rural - comme à Treffieux - où la réhabilitation est pensée avec des vis-à-vis, des espaces partagés (la cour, les jardinets …) afin que chacun puisse apporter une attention à l’autre, puisse se croiser, échanger, s’interroger lorsque le matin, le volet d’en face n’est pas ouvert … aller voir.

Les salariés d’UNE FAMILLE UN TOIT n’échappent pas à la logique ou au devoir, selon.
« Abattons nos murs pour travailler ensemble » ; autrement dit, ajouter au vivre ensemble des indicateurs, une évaluation, une performance, et pourquoi pas une dose de résultat.

Pour autant, la barre des 10% de travailleurs dit handicapés est dépassée … avec des personnes-salariées dans des postes ordinaires ; y compris une hôtesse d’accueil, animatrice ... en fauteuil roulant. Lorsque c’est la personne en fauteuil roulant ... qui accompagne les valides dans les sorties, il y a des surprises aux portes du musée … et dans le regard du guichetier.

Lorsque c’est la personne-salariée accompagnant, Travailleur Social Diplômé, qui est en contrat aidé, il y a des interrogations dans les services, dans l’administration, chez le donneur d’ordre. « Comment, une personne diplômée serait en contrat aidé ??? »

Comme si, ce qui est bon pour la personne aidée, ce qui est présenté comme la solution pour elle, ne serait pas applicable, voire serait dégradante, pour la personne qui le lui a conseillé.

La hiérarchie des normes, la résultante d’un examen, le sésame autorisant à s’asseoir dans un fauteuil, autant de murs au travail - ou dans la représentation - qui ne donnent pas vraiment leur chance aux sans expérience, à celles et ceux qui ont envie, besoin de changer de voie.

Le certificat de validation, l’agrément passe partout ; autant de murs administratifs qui ne font pas de place aux structures innovantes, qui marginalisent la démarche singulière.

 Basculer

Pourtant, tous les jours, notre travail démontre que la frontière entre « être du bon côté » et basculer, est bien mince ; que les différences dites culturelles, d’origine, d’éducation, sont inexistantes lorsqu’il est question :
- de l’amour des parents envers leurs enfants, leur désir de voir les conditions de leur progéniture s’améliorer par rapport aux leurs ;
- du sentiment des enfants envers leurs parents avançant dans l’âge ;
- de la volonté de bien faire son travail, de remplir sa mission ;
du besoin de sécurité pour soi, pour ses proches, pour son pays.

Alors, si nous sommes si peu différents dans nos sentiments, dans nos aspirations, dans nos besoins … comment se fait-il qu’il soit aussi difficile de se côtoyer, d’échanger, de vivre ensemble ?

Comment se fait-il que ceux qui se disent LES GRANDS DE CE MONDE soient aussi rapidement prêts à faire la guerre, qu’ils s’invectivent, montent le ton, surenchérissent … jusqu’au point de non-retour.

Ils sont pourtant, le plus souvent les chantres du libéralisme, d’un monde OUVERT ... où les frontières n’existent plus – pour le commerce, pour les voyages, pour le déplacement des marchandises et des personnes. Il plus facile de se déplacer avec une balle au pied, je parle bien sûr du joueur de foot avec son ballon rond. Là, personne n’y voit rien à redire et les transferts vont bon train – ou plutôt par avion privé – alors que lorsqu’il s’agit d’une balle, bien réelle, dans sa chair, le migrant blessé devra montrer patte blanche … raconter - re-raconter son récit … passer des tests … chanter la marseillaise.

Je ne sais pas qui peut vraiment croire qu’il soit possible que les demandeurs d’asile soient entendus et examinés dans leur pays de départ ; là où les exactions sont commises et, pourquoi pas, auprès de ceux qui ont tiré la balle.

 De plus en plus de murs

Ces grands du monde sont les mêmes qui, dans les siècles passés, ont édifié des murs - pour nous protéger de riches pilleurs barbares ; qui dans la décennie passée construisent des murs - pour nous protéger de l’invasion des pauvres ; et qui annoncent vouloir en bâtir de nouveau - pour protéger nos civilisations dites avancées.

Certains de ces murs sont historiques, comme une barrière entre Israël et la Palestine, entre l’Est et l’Ouest, et peut être demain - aujourd’hui - entre les Etats Unis et le Mexique.

Souvenons-nous, Le 9 novembre 1989, les Berlinois portaient le coup de grâce au rideau de fer. Aujourd’hui, partout - y compris en Europe - des murs s’élèvent à nouveau.

Après la Hongrie de Viktor Orban, qui a fermé sa frontière avec la Serbie, la Croatie et la Roumanie ... c’est désormais l’Autriche qui construit une nouvelle « clôture » à sa frontière avec la Slovénie … qui elle-même, en fait autant en fermant sa frontière avec la Croatie … et ainsi de suite …

La France n’échappe pas à cette folie, avec un mur à Calais, le long de la voie d’accès au port - 4 mètres de haut sur plus d’un kilomètre de long - construit fin 2016 ; absurde autant que dérisoire.

En 1945, il y en avait moins de 10 murs, la moitié des murs actuels ont été construits après 2010. 65 murs construits et planifiés, soit 40.000 km de long, ou la circonférence de la Terre. Notre monde est littéralement coupé en deux, et encore une autre moitié de murs de plus est planifié.

Tout le monde sait que les murs ne servent à rien, pire :
ils induisent des logiques de transgression. Des stratégies de contournement multiples, de plus en plus sophistiquées et dangereuses pour celles et ceux qui veulent les franchir … à mesure que les murs se renforcent ; ils « invitent les mafias à la table de la frontière ».

On ne peut plus franchir un mur sans faire appel à des structures criminelles, et de plus en plus criminalisées. Une situation plus grave que le problème originel est ainsi créée ; Ils déstructurent les économies locales. Alors que les passages de frontières pouvaient être pendulaires, saisonniers, temporaires - donnant la possibilité aux personnes de revenir en arrière, de retourner dans leur pays d’origine. Ces nouveaux murs empêchent paradoxalement ceux qui les ont franchis de ressortir du pays où ils sont indésirables.

Vivre ensemble ne va donc pas de soi, et il faut sans aucun doute se rappeler et répéter que cela … S’APPREND … le vivre ensemble n’est pas inné ; sans doute pas même dans les gènes. Vivre ensemble, c’est :

- Promouvoir des valeurs
- Développer la solidarité
- Réorganiser notre vie commune
- Former à la citoyenneté
- Prévenir les conflits
- Respecter les cultures et les religions
- Renforcer la volonté des individus à être des acteurs
- Apprendre à chacun à reconnaître en l’Autre la même liberté qu’en soi même.

Abattre nos murs … pour plus de Liberté … pour tendre à l’Egalité … pour exercer la Fraternité ...On a vu que ces principes républicains ne suffisent plus :

lorsque l’individu oublie que sa Liberté s’arrête là où commence celle de l’autre ;
lorsque les institutions oublient de soutenir plus fortement les plus faibles … parce que c’est la condition de l’Egalité ;
lorsque notre société (les individus et les institutions) oublie que la répartition est un devoir de Fraternité.

Ces valeurs : LIBERTE – EGALITE -FRATERNITE, ne suffisent plus à elles seules à faire société ... si elles ne sont pas animées dans un environnement SEREIN ; vulgarisées dans un espace de dialogue APAISE ; mises en œuvre dans un univers en PAIX.

 Faire la paix

Cette idée de promouvoir LA PAIX, d’apprendre à faire la paix, d’une école de la Paix … existe … elle a son association, créée en 1998. Elle prône d’abord de ne pas s’enfermer à la définition classique du dictionnaire : « La paix, c’est l’état d’un pays qui n’est pas en guerre ». Cette définition ne suffit plus, parce qu’un état de guerre ne se limite plus à des frontières, à des ETATS, mais touche les individus entre eux, mis en concurrence.

La paix est une notion universelle qui concerne chaque homme et qui correspond à son désir profond, à un besoin, une nécessité vitale ... DE SERENITE.

Elle a de multiples visages, celui de la dignité, de la solidarité, du partage, de la justice, de la fraternité.

Promouvoir la paix se confond avec le fait de créer les conditions du vivre ensemble, de la tolérance, de faire découvrir la diversité des cultures, des intérêts, des désirs, des façons de vivre. Il s’agit d’expérimenter, de débattre pour comprendre qu’une opinion différente permet de se poser des questions, de progresser dans sa façon de voir, de penser et d’agir.

Promouvoir la paix, c’est travailler à la prévention des conflits, à l’exercice de la médiation et découvrir que le règlement pacifique des conflits développe plus de liens entre les humains et plus de civilisation entre les peuples.

Promouvoir la paix, c’est mettre en avant un dénominateur commun : le respect : respect de soi, respect de l’autre, basé sur la prise de conscience qui permet de reconnaître en chacun une personne humaine égale à soi-même.

Je terminerai ce propos par une image, de Paix, de tolérance, d’abnégation et du Vivre Ensemble … celle de la sortie de prison de Nelson MANDELA. Lorsque que les murs de sa prison tombèrent, après 27 ans d’enfermement, l’homme sortit, sans amertume, sans rancœur (c’est ce qu’il a écrit), pour conduire un peuple à la réconciliation et au vivre ensemble.

Aucun mur n’est assez haut pour enfermer l’esprit. Aucun mur n’est assez long pour limiter l’espérance. D’autres, GANDHI, Marin Luther King ont aussi vécu la Paix … ils nous rappellent qu’il y a une condition sine qua non pour pouvoir vivre ensemble, c’est d’apprendre à faire la PAIX. Il y en a une seconde, et je reviens à notre travail à Une Famille Un Toit, celui auprès de la communauté ROM ; là aussi, s’il y a une histoire qui divise, s’il y a un sujet qui crée des clivages, c’est bien celui-là.

Après dix ans de présence sur l’agglomération nantaise de ce que le politique, pudiquement, appelle MENS – pour désigner les Migrants Européens Non Sédentaires – après une phase de sentiment de compassion « ah les pauvres », est venue la phase de la lassitude « que peut-on faire – ils ne veulent pas s’intégrer », puis celle de l’exaspération « mais que fait la police ? ».

Et puis, y a une initiative   dans l’agglo, après dix ans de tergiversations, d’actions « éparses », une ville initie une Conférence Citoyenne et invite des élus, des militants, des riverains, les personnes concernées (les Roms eux-mêmes) à se réunir. Tout ce petit monde travaille ensemble, se réunit à quinze reprises, se visite, les familles Roms sont reçues en Mairie, les élus se déplacent dans le quartier, les riverains entrent sur le site illicite, des personnes qualifiées sont rencontrées. Ensemble, après un an de labeur, d’apprivoisement, de découvertes mutuelles, dans un climat serein, ils rendent leurs conclusions.

 Droits et devoirs

Prendre les moyens d’un accès aux droits pour tous, viser l’autonomie des personnes, créer les conditions d’une cohabitation apaisée dans le respect des uns et des autres. En fait … REFLECHIR AUX CONDITIONS DES UNS ET DES AUTRES.

Et c’est bien là, la seconde condition … OSER LA REFLEXION.

Sans initiative  , sans action, il n’y a pas de mouvement, pas d’avancée, pas de réflexion. C’est la troisième condition … AGIR.

C’est tout le sens de nos associations, de cette journée : posément, prendre le temps de l’action., LE VIVRE ENSEMBLE nécessite d’apprendre à vivre en PAIX, d’oser réfléchir ensemble , et d’agir avec les autres.

Yves Aubry


Ecrit le 30 août 2017

 Julio et Victor

Le débat qui a suivi, toujours à la Fête de la Solidarité, a permis d’entendre Julio et Victor. Tous deux sont présidents de coopératives à Mozonte (230 km au nord de Managua). Ils sont tous deux issus de la communauté indigène de Mozonte.

Julio López López, 48 ans, habite dans la communauté el Cacao, au sud de Mozonte. Il vient d’une famille de 10 enfants. Il est marié, il a un fils de 15 ans. Il possède 2,8 hectares et cultive des grains de base (haricots rouges, maïs) ainsi que des légumes et fruits (manioc, ananas, fruits de la passion...). Il vend une partie de ses récoltes.

Entre autres activités, Julio fait partie d’une équipe de vingt personnes qui organise des brigades contre les incendies. Il est membre d’une commission pour la protection de l’environnement organisée par la mairie de Mozonte. Il a été un promoteur très actif du « programme paysan à paysan » (apprendre en faisant) de 2008 à 2012 et coordinateur de la banque de graines dans sa communauté : achat, stockage et revente de haricots rouges.

Le Nicatagua a connu 40 ans de dictature (Somoza jusqu’en 1979), 11 ans de gouvernement révolutionnaire sandiniste avec Daniel Ortega. Mais les États-Unis, dirigés par Ronald Reagan, ont manifesté une hostilité virulente à la révolution sandiniste et armé les Contras, groupes rebelles anti-sandinistes. Ils ont décidé également d’isoler le Nicaragua en imposant un embargo et en minant les ports. Les affrontements ont généré près de 30 000 morts et épuisé l’économie.

En 1990, Violeta Chamorro est élu contre Daniel Ortega, et mène une politique économique libérale d’ajustements structurels, supervisée par le FMI et la Banque mondiale. Le Nicaragua s’ouvre à la démocratie libérale, mais connait également une régression sociale importante qui culmine avec l’apparition de famines à la fin de la décennie.

En 1996 Arnoldo Alemán (conservateur, ancien somoziste) remporte l’élection présidentielle contre Daniel Ortega mais il sera condamné à 20 ans de prison pour détournement de fonds. Enrique Bolaños, ancien vice-président d’Arnoldo Alemán, accède à la présidence en 2002 grâce à une campagne « anti-corruption ». Finalement en novembre 2006, Daniel Ortega est élu président. Il choisit comme vice-président un ancien Contras. Il est réélu le 6 novembre 2011.

Julio explique qu’il faut désormais vivre ensemble : ceux qui étaient Sandinistes et ceux qui étaient Contras. Les familles elles-mêmes pouvaient avoir des hom-mes des deux côtés. « Le gouvernement nous a incités à la réconciliation » dit Julio, mais « la guerre laisse des traces, les choses n’avancent pas comme on voudrait ». Les jeunes disent : plutôt la guerre pour en finir avec les divisions. Mais ceux qui ont connu la guerre ne souhaitent absolument pas revenir à cette situation.

Victor Manuel López Castillo, 35 ans, célibataire, est président de la coopérative de café de Mozonte. Il est issu d’une famille de 5 enfants. En 2005, il a obtenu son diplôme d’avocat . En 2009, passionné par la nature, Victor a acheté 4,2 hectares dans la région nord de Mozonte et a planté 1,75 ha de café. En 2016, il a cueilli 225 kg de café.

Ses qualités (observation,honnêteté, modestie) sont largement reconnues par les producteurs et productrices de la commune de Mozonte et comme une personne qui ne cherche pas le pouvoir. Sa passion est sa plantation de café, la nature et les animaux et par conséquent le respect et la protection de l’environnement. Il suit des cours pour devenir dégustateur de café et aussi apiculteur.

Il explique que le « vivre ensemble » avec les gros producteurs de café est plutôt tendu. « La production du café est annuelle, le petit producteur, pour survivre, doit souvent s’embaucher chez le gros producteur ». Les gros producteurs de café se moquent pas mal de la protection de l’environnement et de l’emploi local, ils embauchent plutôt des personnes venant du Honduras voisin. « C’est ainsi que se développe l’insécurité sociale et le trafic de drogue ».

Au Nicaragua, il n’y a aucun contrôle sur la culture du café. Les gros producteurs s’installent dans les forêts et abattent les arbres pour les vendre, ils écopent d’une amende mais ils s’en moquent puisqu’on ne les oblige pas à réparer. « Au Nicaragua, actuellement, on vit en paix, mais préoccupés par le Honduras voisin et les USA »

Question a été posée sur le Venezuela : Julio et Victor soutiennent l’action menée naguère par Hugo Chavez qui a créé l’Alliance Bolivarienne (ALBA). Cette alliance, basée sur une logique coopérative plutôt que sur le libre-échange avec les USA, a mené des actions très positives sur la Santé, l’Agroalimentaire et la Culture. « Le Vénézuela nous a apporté l’électricité. Pour nous, le Vénézuela c’est la fraternité » disent-ils en apportant leur soutien au président actuel, Nicolas Maduro.

Après la fête, réussie selon les organisateurs, pendant que les équipes s’activent à tout démonter, Julio et Victor prennent connaissance du programme bien rempli de leur séjour en Loire Atlantique. Séjour qui commence par une semaine dans le castelbriantais avec des visites sur des sujets qu’ils ont souhaité découvrir : torréfaction du café, chocolaterie, jardins familiaux, forêts. Sujets en lien avec leurs propres préoccupations.