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Haro sur les contrats aidés

Ecrit le 30 août 2017

Décidément, gouverner est bien difficile !

D’un côté on apprend que, en juillet 2016, le coiffeur de François Hollande était payé près de 10.000 euros brut par mois et que la maquilleuse recevait 6000 €/mois. On apprend aussi que la maquilleuse d’Emmanuel Macron, qui est à son compte, a présenté des factures pour 26 000 € pour trois mois.
D’un autre côté on apprend qu’il va falloir baisser les allocations-logement de 5 € par mois. Et que les contrats-aidés, ça coûte trop cher, qu’il va falloir les réduire !

Dans cette histoire, n’est-on pas dans une logique comptable ? Un sou est un sou ! Oui, mais que fait-on des humains ? Le désespoir de ceux qui ne trouvent pas de travail, ça coûte combien ? La précarité des sans-emploi et des travailleurs pauvres, ça coûte combien ?

Les princes qui nous gouvernent ont bien peu notion de ce que vivent les Français à la base ! Mais nous sommes rassurés : un retraité, au moins, va trouver à se loger. Un certain Pierre Gattaz, vous savez, le patron du MEDEF, il veut acheter une propriété à 11 millions d’euros : 11 000 000 € le château de Sannes dans le Luberon, un domaine viticole, 2.120 m2 habitables, abritant, notamment, six suites et une piscine chauffée, selon Le Canard Enchaïné.

Quand des familles peinent à se payer une maison à 150-200 000 euros, et la paient toute leur vie, il est satisfaisant de voir, au moins un retraité à l’aise. Sauf qu’on se demande seulement comment il a pu faire pour avoir tant de fric. Mais, bon, les gens de peu, que nous sommes, ne peuvent pas comprendre.

Revenons aux contrats aidés ? Ça coûte cher ? Pour 35 heures/mois, le salarié reçoit un salaire mensuel de 1480 € bruts. Voici le calcul pour un contrat « starter ».

Salaire versé au salarié 1480,27
Cotisations patronales 608,74
Total 2084,01 €

mais :

exonération de cotisations : 418,77
aide de l’Etat : 666,12 €
Total de l’aide 1084,89 €

Finalement l’employeur ne débourse que 999,12 € et ce reste à charge entre dans l’assiette du calcul du crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) ; il peut donc faire bénéficier en plus d’une économie d’impôt. Ainsi l’aide n’est pas donnée au salarié, mais donnée à l’employeur.

D’autres salariés ont moins de « chances », ne décrochant qu’un contrat de 20 heures par semaine, ce qui fait un tout petit revenu. Eh ! M’sieur Gattaz, comment feriez-vous avec 700 € bruts par mois ?

Travail

Le salarié, lui, il est tout content d’avoir une utilité sociale, une raison de vivre, même si c’est un travail à mi-temps. Un salaire lui permet de trouver un logement, d’acheter une voiture, de se déplacer pour un boulot ultérieur. Et surtout de reprendre confiance en lui, de retrouver le moral.

Quand, en plus, la structure qui l’emploie assure un suivi personnel, c’est encore mieux. En effet, quand rien ne va, tout se détraque : la santé, le logement, les relations avec les autres. C’est pourquoi l’ACPM   (Ateliers et Chantiers du Pays de la Mée) organise des formations : sports, cuisine, gestion du budget, secourisme, confiance en soi, informatique, code de la route et, bien sûr, des périodes d’insertion en entreprise.

Les contrats aidés sont donc très utiles pour les salariés et débouchent, plus souvent qu’on ne croit, sur un emploi ou une formation. Ils sont très utiles aussi dans les municipalités ou les associations, par exemple pour le service de la cantine ou les centres de loisirs. Beaucoup d’associations (pas assez !) ont recours aux contrats aidés, tiens, par exemple, Une Famille un Toit ! Ce sont des réalités qu’ignorent les princes qui nous gouvernent.

Mais on entend dire : les contrats aidés, c’est pour les gens éloignés de l’emploi. Presque on dirait : des pauvres types qui ne peuvent pas faire grand-chose et à qui il faut bien donner une croute à ronger.

Eh bien, ras-le-bol de ces commentaires méprisants ! Les gens sont éloignés de l’emploi ? Ou c’est l’emploi qui s’éloigne d’eux ? L’expérience a montré, de nombreuses fois, que des salariés en contrats-aidés peuvent donner toute satisfaction.

Mais voilà, le gouvernement veut faire des économies ! Il veut donc diminuer le nombre de contrats aidés, sauf qu’il fera « comme les copains » : il ne les supprimera pas parce que le chômage est toujours là. Les nouvelles sont bonnes pourtant : petite victoire pour Fr. Hollande, le taux de chômage au 2e trimestre 2017, est repassé en dessous de ce qu’il était en 2012.

Pour rappel, le chômage - au sens de l’Insee - a fortement augmenté jusqu’à la mi-2013, s’est stabilisé autour de 10% en métropole, avant de décroître à partir de 2016. Tout comme le chômage, le « halo autour du chômage » a aussi baissé, c’est-à-dire les personnes souhaitant travailler, mais non comptabilisées parce qu’elles ne cherchent pas activement ou ne sont pas disponibles immédiatement.

Deuxième petite victoire post-électorale pour Fr. Hollande : les défaillances d’entreprises ont reculé de 7,8 % au deuxième trimestre 2017. L’amélioration gagne désormais aussi les TPE. Le niveau est inférieur à ce qu’il était en 2008, au début de la crise.

Tout va bien alors ! Et puis, patatras ce 25 août, coup de froid en fin d’été : un mauvais chiffre de l’emploi en juillet. Le nombre d’inscrits à Pôle emploi n’ayant pas du tout travaillé a augmenté de près de 35.000 en juillet. La tendance sur un an redevient négative, malgré de bons indicateurs économiques. On peut y voir un impact de la fin de la prime à l’embauche dans les PME, le 30 juin, ou du retour à Pôle Emploi d’une partie des chômeurs qui bénéficiaient du grand plan de formation de François Hollande.

Mais il paraît qu’il ne faut pas trop s’inquiéter. François Asselin, président de la Confédération des PME, déclare en effet : « La politique de l’offre a permis de remettre les flèches dans le bon sens et la France a fini par profiter du bas niveau de l’euro, des taux d’intérêt et du cours du pétrole ». Le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) et les baisses de prélèvements liées au pacte de responsabilité ont fait baisser le coût du travail et enrayé la spirale négative des profits. Le taux de marge atteint désormais 31,6%, son plus haut niveau depuis 2010.

La politique monétaire accommodante de la Banque centrale européenne a aussi permis une reprise précoce du crédit aux entreprises et aux ménages.

Mais les salaires ne suivent pas, et les emplois non plus. « 36% des créations de postes se font dans l’intérim et la France compte désormais plus de 700.000 intérimaires, un record », précise Mathieu Plane, économiste à l’OFCE.

Le Président Macron, lui, vante les chiffres allemands, enviant ce pays où le taux de chômage est de 3,8%. Mais c’est la tapisserie qui masque les trous du mur ! En effet l’Allemagne est marquée par une hausse de la pauvreté inquiétante qui a même poussé le FMI (Fonds Monétaire International) à s’inquiéter publiquement de cette évolution. Les derniers chiffres d’Eurostat révèlent que le taux de pauvreté a atteint 17% en Allemagne contre 14% en France, et que 9,7% de la population active outre-Rhin vit en-dessous du seuil de pauvreté.