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Au sujet du Brexit

Ecrit le 18 octobre 2017

Du “ I want my money back”* au Brexit**, l’évolution des relations entre l’Europe et la Grande Bretagne.
*Margaret Thatcher, 1er ministre au sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de la Commission européenne à Dublin, le 30 nov. 1979.
** vote référendaire en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne , le 23 juin 2016.

A Blois aux « Rendez-vous de l’Histoire », Jonathan FAULL, Haut fonctionnaire de la Commission européenne, responsable de 2015 à 2016, en tant que directeur général, pour les questions liées au Brexit, a participé à une table ronde analysant, sur le long terme, la relation spécifique de la Grande Bretagne avec le continent.

Rappel de l’histoire : W Churchill déclarait en 1944 : « Chaque fois qu’il nous faudra choisir entre l’Europe et le grand large, nous serons toujours pour le grand large. ».

L’entrée du Royaume-Uni dans le « Marché Commun » est tardive. Son adhésion date de 1973, après deux refus de la France, le Général de Gaulle craignant, notamment, que la dimension atlantiste affirmée par Churchill (la relation spéciale entretenue avec les Etats-Unis) et son ancrage avec le Commonwealth, n’en fasse un partenaire peu fiable pour l’Europe.

Dès 1984, M. Thatcher, (1er ministre du Royaume-Uni de 1979 à 1990) obtient une diminution financière de la participation du Royaume Uni au budget européen et en 1988, dans un discours à Bruges, elle affirme la position eurosceptique de sa politique, en réponse à la politique fiscale de Jacques Delors concernant les dépenses publiques et l’Europe sociale. Pour autant, le Royaume Uni n’a pas de volonté de rupture à ce moment là. Margaret Thatcher est souverainiste, eurosceptique mais pas anti européenne.

Aujourd’hui, l’idée est largement acquise de la nécessité de règles communes à l’échelle de l’union européenne. Pour la Grande Bretagne, c’est perçu comme la mise en place d’un « Super Etat ». Le Brexit se traduit pour les Britanniques par la sortie de l’union, qui veulent cependant rester associés à l’économie européenne. Comment le faire sans en accepter les règles ?

On met en parallèle la sortie du Brexit et la montée du populisme en Grande-Bretagne. Or l’Europe n’est pas, pour les Britanniques, la garante des droits de l’homme. Leur rapport à l’histoire de l’Europe depuis 1939 est très différent : s’ils perçoivent son intérêt sur le plan économique, ils ont globalement peu d’intérêt pour les symboles et les statuts européens. ….. Cette montée du populisme en Grande Bretagne apparaît en outre à J Faull comme un populisme avant tout anglais, par rapport au reste du Royaume Uni, pays de Galles, Écosse et Irlande du Nord bénéficiant aujourd’hui d’une large autonomie.

Les inquiétudes britanniques envers l’Europe étaient de trois ordres :

1 - La peur de la mise en minorité par rapport à la zone euro.
2 - L’idée, pour les autres pays européens, d’une aspiration à une union plus étroite entre les peuples, une idée vue comme un « rouleau compresseur » fédéraliste par les Britanniques.
3 - L’immigration. L’idée de la libre circulation des Européens est globalement bien acceptée sur le continent ; les Britanniques n’ont pas ce sentiment. En 2004, l’Europe a connu un fort élargissement, auquel les Britanniques et leur gouvernement étaient très favorables. Mais en 2007/2008 est arrivée la crise économique alors même que le Royaume Uni a connu une forte ouverture aux nouveaux Européens sur son territoire et donc une forte augmentation de sa population étrangère. L’amalgame
toxique s’est alors créé au Royaume Uni à partir de 2010 : UE= immigration. David Cameron, (chef du gouvernement de 2010 au 24 juin 2016, au lendemain du Brexit) a cherché à obtenir de l’UE des mesures sur l’immigration. Un accord avait été trouvé en février 2016 à ce sujet, mais il ne l’a pas exploité car il pensait que le referendum sur la sortie de l’UE fonctionnerait comme en Ecosse, où la peur de l’avenir l’avait emporté sur le sentiment d’appartenance nationale. L’argument principal durant la campagne référendaire a donc été : « on ne sait pas de quoi l’avenir sera fait » ! Argumentation indéniablement insuffisante.

 L’avenir ?

Quel peut être l’avenir de relations entre le Royaume Uni et l’Union Européenne ? J Faull note qu’il ne faut pas sous estimer la densité des relations existant entre l’Angleterre et le reste du continent ; il pense que si le processus doit aller au bout, ce sera long et compliqué et que l’enjeu pour les Britanniques c’est de participer à une forme de reconfiguration de l’Europe (en dehors de l’UE, tout en étant dans l’Europe, comme la Suisse ou la Norvège) face à une Europe en train de changer, tout le monde étant aujourd’hui dans l’incertitude (cf la Catalogne).

Il évoque également le problème de l’Irlande : Quid d’une frontière terrestre entre le Royaume Uni et l’Irlande du sud, dont personne ne veut tant au nord qu’au sud ? Il parle de la nécessité après la sortie d’un accord de transition et rappelle la position de Bruxelles d’un statuquo, sur les acquis européens qu’on ne veut pas brader. Ce statuquo est-il vendable aux Britanniques ?

Enfin une dernière remarque plutôt amère : les Britanniques vivant depuis plus de 15 ans à l’étranger ont perdu le droit de voter dans leur pays d’origine. Sur les 1,2 M de Britanniques résidant dans l’UE, un nombre considérable d’expatriés auraient sans doute pesé dans la balance en faveur du « in ». le maintien dans l’Union.
Compte-rendu par Brigitte Le Gall


 C’est mal parti

Le cinquième cycle des négociations sur la sortie du Royaume-Uni hors de l’Union européenne s’achève, L’espoir d’un divorce à l’amiable s’évanouit. Or, sans accord, la circulation des biens et des personnes sera beaucoup plus compliquée et parfois même impossible.

Le blocage concerne surtout la partie financière : le solde que devra verser le Royaume-Uni est officieusement évalué côté européen entre 60 et 100 milliards d’euros, selon les sources. Les négociateurs européens ne demandent pour l’instant pas d’engagement chiffré à Londres, mais un accord de principe sur une méthode de calcul est encore loin d’être atteint.

En revanche il y a des avancées sur les droits des ressortissants européens au Royaume-Uni et britanniques dans l’Union Européenne, et sur les conséquences du Brexit pour l’Irlande.

 Réflexion:Europe, la fin ?

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