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Histoire d’une époque, histoire d’un homme, Julien Bretonnière

Ecrit le 29 novembre 2017

Julien Bretonnière, de son vrai nom Auguste MARTIN, a de nombreuses fois écrit dans La Mée ces dernières années. Il nous avait fait promettre de ne publier sa riche vie qu’après sa mort. Il regrettait de n’avoir pas fait des études, il se sentait même en infériorité à cause de cela, mais ses nombreuses lectures, ses recherches aux archives départementales, son esprit curieux de tout, et une orthographe impeccable ont fait de lui un érudit passionné d’histoire de la région de Derval.

 Histoire d’une vie

Je suis né le 29 mars 1930 à la ferme de mon grand-père maternel à 7:45 du soir. D’après un « psy » que j’ai rencontré longtemps après, « une bien mauvaise heure si on tient compte de la lune » me dit-il.

Des trois mois passés chez mon grand-père, je ne garde aucun souvenir. En 1932 mes parents ont pris ferme à l’autre extrémité du pays. Puis les naissances se sont succédé. En 1937 c’était celle de ma filleule. Après cette naissance ma mère a « chopé » des phlébites « carabinées ». A cette époque la médecine était très démunie face à cette situation. La seule méthode consistait à ce que la malade reste alitée jour et nuit, des sangsues étant posées sur les jambes malades afin de « pomper » le sang infecté. Il fallait renouveler le traitement afin d’éviter qu’un caillot ne monte au cœur. De Nantes le docteur Arondel (dont le père avait exercé à Derval) est venu prêter « main forte » à ses collègues. En ce qui me concerne je n’étais, bien entendu, pas conscient de ce qui se vivait. Sinon que notre père, débordé par ces événements et surchargé de travail, n’était pas très tendre avec nous et particulièrement envers moi : j’étais l’aîné, celui qui devait donner l’exemple. Il est vrai, qu’à 7 ans, il m’arrivait de faire des escapades.

L’état de santé de ma mère était jugé si désespéré qu’un dimanche, à la messe, le curé a annoncé son décès. Je me souviens aussi : un jour j’étais à garder les vaches près du Logis, je me trouvais avec une mamie gardant les siennes dans le pré voisin et nous parlions. Quand, tout à coup, elle me dit ; « Ah mes pauvres enfants, votre maman va peut-être mourir. Vous pleurerez et vous crierez lorsque vous serez dans le cimetière ». J’étais ainsi mis en condition ! [Ma mère n’est pas morte !]

 L’école et le décès de ma filleule

Mon entrée à l’école s’est faite en septembre 1935, j’avais cinq ans et demi. Ma mère a demandé à la « bonne de la ferme » de me conduire au village voisin. Mais arrivé à ce village, les écoliers étaient déjà tous partis. Alors direction le village suivant, toujours à pieds bien entendu. Manque de chance, il n’y avait plus personne. « Tu es grand, me dit-elle, tu vas bien trouver ton école". J’ai donc parcouru les 1500 m seul et je me suis trouvé dans la cour de l’école qui grouillait de garçons de tous âges et dont la presque totalité m’était inconnus. Cette rentrée m’a beaucoup impressionné, effrayé. Je venais d’un village composé d’adultes.

Quelques mois après sa naissance, ma chère filleule est décédée subitement. Son décès a été un coup dur pour nous tous. Je l’ai mal vécu, étant à la fois son frère aîné et son parrain. Au moment de la déposer dans son cercueil, mon père m’obligea à l’embrasser : sa froideur glaciale m’a imprégné au profond de mon être. Vint ensuite la conduite à l’église de Derval, place de la Grée  , le clergé nous attendait et nous avons rejoint l’église avec des chants latins de circonstance. Je n’ai pas gardé le souvenir de la cérémonie, sinon que le cercueil était drapé de blanc ce qui atténuait la dureté du moment. C’était aussi « la messe des anges » qui était chantée. Celle-ci contrastait avec celle du « Requiem » qui était chantée lors des autres sépultures et où le catafalque était drapé de noir et « étagé » selon « la classe » demandée.

Auguste remonte le temps

En septembre 1937, je reprends le chemin de l’école pour la troisième année. Mais avec le décès récent de ma petite sœur, la neurasthénie de ma mère et les emportements de mon père, ma vie a basculé. Je suis fragilisé. Alors qu’avant cela j’étais plutôt bon élève, je ne travaillais plus guère à l’école. Mon esprit était aussi perturbé par « le mal » dont on nous parlait sans cesse et cette morale enseignée avec au final : l’enfer dont j’avais très peur.

Les « nerfs » ont sans doute « pris le dessus » avec comme conséquence des tics à répétition, plus des plaques rouges sur la figure, appelées « feu sauvage ». Elles m’ont « bouffé » la vie. A l’école, sans doute craignait-on la contamination. Un jour où j’étais en récréation, un Frère enseignant vint me chercher et me conduisit à la cuisine. Il tendit alors un pot de pommade à la cuisinière qui en appliqua sur les parties atteintes de mon visage. Elle renouvela le traitement, chaque jour jusqu’à guérison.

1939-1945 : C’est la guerre, période plutôt calme dans notre région. À l’école nous prions pour la paix. Des troupes anglaises sont cantonnées en forêt du Gâvre  . Un jour, un officier anglais vient à Derval et, s’adressant au garagiste, il lui dit : « où se trouve le château de mon ancêtre ? ». Il s’agissait du château de Derval (Tour St Clair) donné en 1365 par le Duc de Bretagne à son ami et allié Robert Knolles. Cela a été mon premier éveil à l’Histoire de la Bretagne.

En parlant des troupes allemandes, certains gamins disaient « qu’est-ce qu’elles dérouillent ! » (ils étaient influencés par la propagande officielle et leurs parents). Il a fallu se rendre à l’évidence : à partir de mai 1940 l’envahisseur a fait fuir sur les routes des hordes de personnes venant du Nord et même de Belgique. Quant à l’armée française une vraie débandade. Philippe de Hauteclocque, croyant au réduit breton imaginé par De Gaulle, serait passé à Derval, avec des éléments de sa troupe, par Le Fond des Bois. Mais, dès les jours suivants, l’armistice était signé.

A la rentrée de septembre 40, il nous a fallu cohabiter avec l’Occupant. Ça s’est assez bien passé. À cette époque il n’y avait personne pour les titiller, ils étaient les grands vainqueurs et se trouvaient dans l’attente d’envahir l’Angleterre. Mais, quand Hitler eut choisi de s’en prendre à la Russie, nous ne les avons vus qu’épisodiquement.

Peu de gens ont entendu l’appel de De Gaulle, faute de TSF. En revanche, les articles de presse évoquant les allocutions de Pétain étaient plutôt bien reçus. Le vainqueur de Verdun avait gardé toute son aura notamment auprès des Anciens : les Poilus de 14 18. En ces temps de restrictions alimentaires, il se voulait aussi proche des paysans : « pas un pouce de terre ne doit rester en friche ». À l’école nous chantions « Maréchal nous voilà » et nous vendions des photos à son effigie.

À la Libération (3-4 août 1944 à Derval), cela faisait déjà plus d’un an que j’avais cessé l’école. Trop faible notamment en calcul. Je n’avais pas été retenu pour le certificat d’études officiel, mais, celui du privé, je l’ai eu avec mention ! N’ayant pas le fameux sésame, je n’intéressais pas le « grand monde » des études. [J’aurais vraiment voulu faire des études !].Un moment j’avais pensé entrer au séminaire alors mon père me dit : « puisque c’est ainsi, tu vas travailler à la ferme ». J’avais certes un peu d’entraînement puisque, pendant les vacances scolaires d’été, nous les passions à faire des moissons. À cette époque nous n’avions même pas de moissonneuse-lieuse, c’était donc très physique et les journées trop longues.

À 13 14 ans il faut du gabarit et de la résistance, ce qui n’était mon cas. Il m’a fallu m’endurcir, « ne pas avoir peur de faire du mal à son corps car seule l’âme compte » nous disait-on au catéchisme.

Un jour mon père m’envoie garder les vaches au champ. Chic ! Me suis-je dit , je vais pouvoir me reposer et m’adonner à la lecture, ma passion. Hélas mon père ne voyait pas les choses de la même manière. « Laisse ton livre, me dit-il et prends ton fauchet » (faux servant à couper les ajoncs et ronciers poussant sur les talus).

Ma mère avait parfois ce genre de réflexion en ce qui me concerne . « Ne reste à la maison, va avec ton père ». Mais, étant gamin, je n’intéressais pas mon père. Trop jeune, trop faible. En revanche ma mère « boustait » ses filles en les faisant participer très tôt aux tâches ménagères. Ayant elle-même perdu sa mère très tôt, elle s’était trouvée à la tête de sa fratrie et contrainte aux divers travaux de la ferme. Ses « nerfs » ont fini par lâcher.

Ma mère était aussi préoccupée par une maladie difficile à guérir à l’époque : la tuberculose dont plusieurs enfants de sa famille sont morts. Aussi l’hiver, plutôt que de faire des exercices corporels, elle nous autorisait à rester des après-midi près du feu de cheminée [à la fin de sa vie, 96 ans, étant en maison de retraite, elle m’a dit : je ne t’ai pas donné la santé].

 Mes grands-parents

A partir de 1940 j’ai eu des ennuis intestinaux, j’étais astreint à un régime. Je revenais tous les midis (à vélo) manger à la maison, le plus souvent de la viande grillée, le gras (de lard) m’était interdit, ce qui fit dire à ma grand-mère, un jour que j’étais chez elle : « Eh bien avec ça tu n’fras jamais un homme ».

En raison de l’état de santé de ma mère, et peut-être pour un besoin de contrôle me concernant, j’ai dû passer mes vacances d’été de 7 à 10 ans chez mes grands-parents. Là j’étais bien heureux et considéré. Je me souviens, un dimanche après la messe, ma grand-mère est allée faire ses courses à l’épicerie, voisine du relais où mon grand-père confiait son attelage en garde. Ma grand-mère portait, pendu à son bras, un sac noir genre fourre-tout dans lequel elle allait « plonger » un paquet de chicorée ou de café, un kilo de sucre et une tablette de chocolat Meunier (pour Bibi, j’avais droit à un carré pour mon 4 heures). Parfois elle demandait une ou deux bananes, l’épicière prenait alors son escabeau et les décrochait des régimes pendus au plafond. Ces bananes pouvaient se conserver un bon bout de temps. Quand j’y pense, je me dis qu’aujourd’hui si ma grand-mère entrait dans un supermarché, voyant tous ces étalages, elle ferait sûrement une crise !

L’alimentation super-bio découlait alors, pour la majeure partie, des produits de la ferme. Pain au levain cuit au four à bois, galettes de blé noir et les groüs (bouillie de blé noir), lait de vache écrémé, lait ribot avec pommes de terre, choux-verts à la saison, charcuterie maison (miam, miam !), lard conservé au charnier, fruits à volonté. Le dimanche on avait souvent droit au pot-au-feu. Les morceaux « nobles » étaient réservés pour ceux qui avaient des moyens financiers. Même pas un petit morceau (choisi) pour le producteur.

À cette époque la fin de vie était loin d’être une sinécure. L’aide à domicile n’existait pas. L’hospice était réservé aux indigents. En 1950, mon grand-père avait 82 ans, un grand âge pour l’époque. Il vivait chez sa fille, dans une maison à courant d’air, les genoux bloqués par l’arthrose. C’était un homme trapu, pesant son quintal. Il ne pouvait se lever seul du lit et devait attendre que sa fille ait terminé la traite des vaches et autres soins aux animaux de la ferme, et envoyé ses enfants à l’école, pour que, avec l’aide de son mari, elle puisse faire sa toilette la plus urgente. Mon grand-père a vécu jusqu’à ses 83 ans et de toute son existence il n’a connu aucun médecin.

Mon grand-père était le petit-fils du batelier Pierre Rémy qui exerçait au port du Mignon en Frossay. Du port, avec sa barge, il allait dans l’estuaire de la Loire conduire des marchandises du pays (vins etc) aux navires qui ne pouvaient s’aventurer plus loin et ramenait au port celles que les navires avaient apportées. Mais lorsque le canal fut creusé, les bateaux filèrent tout droit vers Nantes, ce qui lui fit perdre son métier. C’était l’époque de la grande défriche des terres initiée par Rieffel de Nozay. Ayant trouvé une ferme à louer et à défricher au Grand Fougeray, en 1842, il entreprit de s’y rendre avec sa barge dans laquelle avait pris place toute sa famille : son épouse et ses sept enfants. Remontant les courants, son périple s’est arrêté à Port de Roches, non loin du Grand Fougeray. La passion pour l’histoire et la généalogie m’a conduit à rechercher mes origines. C’est ainsi qu’ayant découvert cette belle histoire de notre ancêtre, nous avons voulu la fêter. En 1980, nous étions 340 personnes descendant de Pierre Rémy réunis à Pierric. A cette occasion nous avons réalisé un ouvrage. En couverture le chêne comme il se doit.

 Au pas des bœufs

L’hiver les bœufs passaient une grande partie de leur temps à l’étable, de ce fait ils avaient le sang lourd. A l’arrivée du printemps, ils avaient droit à la saignée. Je me souviens de celle pratiquée en 1945 et du seau de sang prélevé par le « saigneur ». Après quoi « ils » sont allés à la maison prendre un café et la conversation a roulé sur la guerre qui se poursuivait à l’Est. J’ai entendu ces propos de la part du saigneur : « Finalement, dit-il, la guerre on n’en a pas trop souffert ! Pour moi, poursuivit-il, ce qui m’a manqué le plus c’est mon café noir du matin ».

Aller jusqu’aux terres de Landes, au pas des bœufs, pour labourer, prenait environ une demi-heure. C’était l’occasion de mettre à profit les enseignements du vicaire de la JAC (Jeunesse agricole chrétienne) : « Pendant tout ce temps passé nous dit-il, observez donc la nature. Vous découvrirez des petites plantes magnifiques le long du chemin. Sorties de leur environnement, elles n’ont plus d’intérêt. Admirez les nids accrochés aux arbres, c’est du travail d’art. Que la nature est belle. C’est ce qu’on appelle un éveil à la nature. A cette nature qui se renouvelle toutes les années, une véritable résurrection ».

Je me souviens aussi d’un soir, revenant des Landes à la nuit presque tombée et sans éclairage, assis sur le rebord de ma charrette. Deux gendarmes à vélo m’arrêtent et me signalent mon absence d’éclairage mais aussi le fait que je suis assis sur le côté de la charrette : « vous devriez avoir des guides accrochés à la corne de vos bœufs pour les conduire », me disent-ils. À cette époque, il n’était pas rare que je parcoure mes 3 km de routes sans rencontrer une voiture. À mon départ pour l’armée en 1950 j’abandonne définitivement les bœufs. Au retour je trouverai deux chevaux pour les remplacer. Ainsi s’est déroulée ma vie jusqu’à ce départ pour l’Armée, émaillée de ces longues journées, la plupart passées « au cul des bœufs » et sur la terre mottonneuse.

 Les bohémiens

Nous en voyions souvent passer avec leurs roulottes à cheval. Ce dont je me souviens c’est de ceux qui en 1940 sont passés par notre route pour se rendre à Moisdon au Camp de la Forge où ils ont été internés. Mais c’est quelque 10 ans plus tard que j’ai appris à mieux les connaître : un champ communal, proche de notre ferme, leur était destiné, si bien qu’ils venaient quémander : nourriture pour eux-mêmes et des fois pour leurs chevaux. C’est ainsi qu’avec les chercheurs de pain il m’a été donné d’avoir un regard plus humain sur ces personnes qui étaient trop souvent considérées comme les bannis de la société. Plus tard, à la ferme où je me trouvais, dépendante de l’hospice, nous avions mission d’accueillir les vagabonds. Après une soupe, ils allaient dormir au grenier à foin. Les relations avec ces laissés-pour-compte m’ont appris à considérer ceux-ci d’une autre manière. Grâce à ce « regard » nos relations se sont humanisées.

 Ma rencontre

En 1948 à l’occasion d’une fête de famille, j’ai fait la rencontre de celle qui, quatre ans plus tard, allait devenir mon épouse. Cette rencontre a été celle de deux « petites natures ». Notre relation a principalement débuté avec mon départ à l’armée, nous avons correspondu durant toute cette période de service militaire pour nous épouser en 1952. Ma femme est alors venue vivre en cohabitation à la ferme de mes parents pendant cinq ans.Mon épouse ne souhaitait pas travailler en ferme, étant trop faible de constitution (comme le signale par la suite le chirurgien qui l’a opérée). Alors les ennuis de santé se sont succédé ainsi que des hospitalisations. Que pouvions-nous faire ? En dehors de la ferme je ne connaissais rien de rien.

Durant cette époque, années 50 à 70, que de choses étaient à réaliser, à construire dans divers domaines aussi bien professionnel et syndical, social, coopératif etc. L’enseignement professionnel était à mettre en place, et pour cela il fallait édifier des bâtiments. Au plan professionnel, les Centres de Vulgarisation ont été les moteurs du développement de l’agriculture. Nous sommes passés de l’agriculture traditionnelle au modernisme et les rendements se sont accrus. Les rendements et le drainage ont aussi été des éléments de cette évolution ainsi que les coopératives et les CUMA. Des cultivateurs se sont associés pour acheter en commun des matériels adaptés aux divers besoins. Il était fini le temps des bœufs et on se souciait peu des traitements du sol et des pesticides du moment qu’ils favorisaient les rendements. Mais aussi que de réunions, de déplacements il a fallu assumer, de journées même. En 1958 nous avons vécu une sorte de révolution avec la candidature d’un jeune paysan à la députation, Bernard Lambert . J’ai résumé ces événements dans une sorte de poème (lire plus loin).

 Tuberculose miliaire

En 1961, alors que j’avais pris la ferme à mon compte, je me suis abîmé les poumons en faisant des travaux de restauration sans masque protecteur. Du plafond, du « vert de gris » m’est tombé sur la tête et mes forces ont peu à peu décliné sans que la médecine en découvre la cause.

Un matin de mars 1961 j’ai craché du sang alors on m’a envoyé à Châteaubriant au cabinet du docteur Bernou. Après radio ce grand pneumologue reconnu m’a dit «  Vous faites une tuberculose milliaire (grains de riz), vos poumons vont être transformés en gruyère. Il y a peu de temps on ne pouvait rien pour vous, c’était les p’tits sapins. Aujourd’hui grâce aux antibiotiques on va vous guérir mais on ne vous allongera pas la vie  ». Après 15 mois de traitement, dont quatre mois passés au lit, j’ai pu retravailler. Mais au fil des ans l’insuffisance respiratoire s’est peu à peu installée et ma fin de vie en souffre de plus en plus. Quant au docteur Bernou qui soignait ses malades en pratiquant des « thoracos » (ouverture des côtes), qui lui permettaient de soigner les poumons, les antibiotiques ont été cause de la fermeture de la belle clinique qu’il avait fait construire à Châteaubriant.

 Fin de vie

La santé et la fin de vie ont toujours été problématiques. Le seul et unique médecin de mon pays était loin d’être débordé. Il est vrai que la « Sécu » n’existait pas alors ! Dans les années 20, l’abbé voisin du docteur Arondel, accompagnait parfois celui-ci lors de ses tournées (visites de malades) ce qui lui permettait d’avoir une approche de la situation dans laquelle vivaient notamment les personnes âgées. Un jour le docteur lui dit : « Vous n’avez pas idée du nombre de personnes de cette bonne paroisse   qui m’ont demandé de mettre fin à la vie de leurs anciens ». [On disait alors que le polochon était le moyen usité et efficace dans bien des situations]. A la fin de sa vie, ce prêtre, devenu aumônier d’hospice et vivant au milieu des malades et personnes âgées, me fit cette déclaration : « en France on laisse les personnes souffrir en fin de vie. C’est inacceptable alors que dans des pays voisins on fait tout pour atténuer leurs souffrances ». Ces propos ont été tenus il y a 15 ou 20 ans, bien avant la loi Léonetti.

En 1971 mon épouse et moi-même, nos santés ont été mises à mal. Mon épouse a dû subir une double ostéotomie des hanches. Ce qui l’a contrainte à rester allongée durant quatre mois. Quant à moi je me suis envoyé un petit éclat de métal dans l’oeil droit. Conséquences : trois interventions avec anesthésie générale (lourdes à cette époque). Après la troisième intervention le chirurgien me dit : « l’opération n’a pas réussi vous avez définitivement perdu la vue de cet œil », ce qui n’a pas été sans conséquence par la suite notamment pour conduire ma voiture.

Dans mon pays il existait une école ménagère et on y dispensait entre autres des cours d’hygiène alimentaire. On apprenait aux jeunes filles à cuisiner sainement et à faire des yaourts. Un jour le pharmacien me dit : « on voit bien qu’il existe une école ménagère, les enfants sont mieux nourris, on m’achète même des yaourtières et très peu d’enfants meurent aujourd’hui en bas âge ».

Auguste Martin

 La musique

Si mes études scolaires n’ont pas été brillantes, j’ai quand même eu la chance d’avoir un enseignant (Frère directeur) qui a su m’inculquer la discipline du chant, domaine où, m’a-t-on dit, j’excellais. Cela a été un éveil, ça m’a beaucoup servi et a aidé à mon développement, disons culturel, notamment lorsque plus tard je serai amené à animer des activités chantées. Cet homme d’origine basque ayant fait ses études et enseigné en Espagne, est arrivé à Derval en 1935. Il évoquait parfois les similitudes existant entre son pays d’origine et la Bretagne. Avec lui nous avons appris les racines des mots grecs et latins. Il n’était pas moralisateur et faisait appel à la réflexion : « Dans la vie, disait-il, il faut savoir interroger sa conscience ». C’était un « Monsieur » me dit une dame, 40 ans plus tard, que je visitais en maison de retraite. En ce qui me concerne, il a été mon premier éveil.

 L’armée – la Fanfare

Un mois après mon arrivée à l’armée, j’ai eu la chance d’intégrer la fanfare des Chasseurs de Vincennes, une belle occasion de découvrir la Capitale. Avec la fanfare nous avons participé aux défilés officiels le 14 juillet ou le 11 novembre mais aussi à des animations de fête, organisées dans plusieurs grandes villes de France, par les Amicales d’Anciens Chasseurs. À la tête du cortège et au pas vif des Chasseurs, nous entraînions les défilés costumés, les défilés de chars etc.

Pour nous le top du top ça a été les quatre jours passés sur la Côte d’Azur, nous avons été reçus dans des villes comme Cannes, Nice, Juan-les-Pins, Monte-Carlo et Monaco. Partout en présence des autorités. À Monaco notamment, où le prince Rainier nous a fait l’honneur de nous recevoir en son palais, c’était exaltant mais aussi très crevant.

 La reine Juliana

La première sortie que j’ai effectuée avec la fanfare en juin 50 c’était à l’occasion de la venue en France de la reine Juliana des Pays-Bas dont c’était la première visite officielle en France. Nous l’attendions sur le quai de la gare, mais accaparée par les officiels, elle tardait à arriver. Pendant ce temps nous jouions la sonnerie de circonstances « Aux Champs » . Mais au bout d’un certain temps, du clairon il sortait plus que des couacs !

Sur le chemin du retour, vers le métro, je vois notre commandant qui nous accompagnait dans les grandes occasions, traverser les rangs et se pointer devant moi et me dire : « Vous ! Demain matin, vous retournerez en compagnie » (voilà ce que c’est que d’être une petite nature, le souffle m’avait manqué). J’étais effondré mais je ne suis pas allé en compagnie, je pense que mon chef de musique a dû plaider ma cause.

Un an plus tard étant devenu caporal je me trouvais à la tête de la fanfare (comme tambour major). Je remplaçais le chef qui, engagé, était parti pour la guerre d’Indochine. Ce jour là, sur le vaste terrain du stade, le commandant avait organisé un défilé des troupes du bataillon, cinq compagnies avec leurs officiers. Au bout du stade, avec la fanfare, nous jouions donc pour les entraîner. Le commandant se trouvait seul au centre du stade. Nous ayant fait signe d’arrêter de jouer, d’un geste il convoque à lui tous les officiers. Puis, se tournant vers la fanfare, il crie mon nom. Je me précipite : « Garde à vous, à vos ordres mon commandant » et je l’entends me dire « c’était bien comme caporal, j’espère que ce sera mieux comme sergent ». Voilà comment je suis devenu sous-officier sans faire de peloton !

En mars 51, pour cause de guerre froide avec l’Est, notre bataillon a rejoint la Sarre (St Wendel). C’en était fini de nos heures de gloire. Par contre, l’ex-caserne allemande où nous étions, c’était du genre quatre-étoiles comparé à celle de Vincennes.

Au retour de l’armée il m’a fallu « remonter » la fanfare locale à Derval, former les jeunes, repartir à zéro puis nous avons acheté de nouveaux instruments et fait réaliser des tenues adéquates. Que de sorties effectuées dans la région : animation de fêtes civiles et religieuses ! Mais en 1962 la maladie m’a obligé à passer le flambeau.

 L’histoire de Derval

La passion pour l’histoire m’est venue à l’école. Apprendre que Duguesclin était venu assiéger le château de Fougeray, puis ensuite la forteresse de Derval, épisode historique de la guerre de Cent-Ans, ne me laisse pas indifférent. [ Selon les dires d’un historien, lorsqu’il est venu assiéger la forteresse de Derval en 1373, Duguesclin aurait établi un camp, 400 hommes, au Rocher de Quibut. Au XIXe siècle, en ce lieu mythique, ont été découvert des armes gauloises et le culte druidique y aurait été rendu.]

J’étais d’autant plus mordu que mes grands-parents (où j’ai si souvent passé des vacances) et deux de mes oncles habitaient dans des manoirs. Moi-même bien plus tard j’ai fait l’acquisition de la ferme où j’étais fermier avec son manoir. Au XVIIIe il avait été successivement la propriété de la famille de BoisFleury, le père puis le fils exercèrent la fonction de Sénéchal de la Baronnie et siégeaient au Parlement de Bretagne. Ce manoir du XVe, bien que remanié, n’a pas été sans influencer mon psychisme. C’est ainsi qu’arrivé à la retraite, je me suis dirigé trois hivers durant, aux archives départementales et à celles de Châteaubriant et de Fougeray où je suis allé récolter des choses intéressantes grâce aux écrits légués par un ancien prêtre qui avait visité celles du Cartulaire de Redon.

Concernant mon pays, Derval, Derv mot breton, signifiant chêne et val de vallée, je retiens que ce nom a été porté par les seigneurs et maîtres de ces lieux qui ont joué un rôle de tout premier plan dans l’histoire de la Bretagne au cours des XIe et XVe siècles, que le chêne a été l’arbre dominant de cette contrée ; que dans les temps anciens il peuplait les forêts de la Grande Celtie, Charlemagne ayant été le dernier empereur de ces peuplades primitives et pacifiques (l’Europe avant l’heure, dit-on). Au chêne de rouvre les Druides ont cueilli et fêté le gui.

Malheureusement est venu le temps des discordes, celui des divisions, puis celui des invasions. De Celtes en Gaulois, nous sommes devenus Francs ou de sang-mêlé.
Me concernant, ayant un ancêtre (blond) venu des bords de Loire, j’ai peut-être du sang normand dans les veines.

Les activités chantées que j’ai reprises à la retraite, avec l’excellente chorale Lorelei de Nozay , les Petits Chanteurs de Saint-Jo, et le groupe ClairVal qu’il m’a été donné de fonder, m’ont aussi beaucoup apporté. Que de maisons de retraite visitées. Grâce à nos chants traditionnels nous avons pu réveiller les mémoires. Dans les années 80, l’aumônier de l’hospice a également fait appel à moi pour animer des célébrations, ce que j’ai fait durant 25 à 30 ans. Au contact des personnes âgées, certaines parfois seules ou isolées, on apprend un peu d’humilité. Parallèlement aux célébrations de l’hospice on m’a aussi invité à animer celles de la paroisse   ainsi que les sépultures, ce que j’ai toujours fait en y mettant tout mon cœur.

Auguste Martin, à la chorale

 Jardinage

Une autre passion m’a également rapproché des personnes âgées, celle du jardinage. Disposant de grands jardins et de matériel adapté, j’ai pu ensemencer et planter toutes sortes de légumes particulièrement des choux verts si appréciés. Pour moi c’était aussi l’occasion de rencontres  . Que de choses j’ai appris des personnes âgées, de leurs misères mais aussi de leur savoir. Et quelle gentillesse prodiguée à mon égard !

Avec une classe de l’école Sainte Marie et avec la participation de Joseph, excellent professionnel, nous avons pu faire de l’éveil à la nature et à la pratique du jardinage. Les enfants venaient trois à quatre fois dans l’année : planter des patates, semer les haricots, les coloquintes. En juillet, avant de partir en vacances, on ouvrait une tallée de pommes de terre. Miracle ! et exclamations des enfants découvrant cette merveille de la nature. D’un seul plant ils voyaient le terrain garni d’une douzaine de belles patates.

Et les visites se succédaient avec des découvertes nouvelles, telles que rechercher les arums, mâcher des tiges d’ail ! Je crois savoir que ces activités ont généré des adeptes du jardinage. C’est aussi pour nous une grande satisfaction. Oui la nature est belle !

 Les Eveilleurs

Je me dois aussi de dire que j’ai trouvé sur ma route des personnes que j’appelle des « éveilleurs » et parmi elles des gens d’Eglise. Ceux-ci m’ont aidé à sortir des sentiers battus, des préjugés néfastes dans lesquels je restais depuis si longtemps enfermé et qui m’ont fait moralement beaucoup souffrir. Ces Eveilleurs m’ont surtout permis de me rapprocher de cet homme « révolutionnaire », cet homme qui est venu « marcher sur nos routes », partager notre vie, nos joies et nos peines, nous apprendre à aimer et à vaincre la haine.

Aujourd’hui sentant la fin de vie prochaine, si ma vision des choses s’est modifiée, je me définis plutôt à l’instar de mon Maître comme un « laïc chrétien » et je crois plus que jamais à la force de son message basé sur l’amour, la justice et la paix. Je crois aussi qu’il a donné sa vie pour nous et qu’il nous a promis de nous conduire vers le Père !

Mon épouse et moi-même, malgré nos petites natures, nos petites santés, nous avons vécu jusqu’à un âge avancé. Nous sommes surtout heureux d’avoir pu constituer une famille. Elle est notre fierté. A ce jour elle est composée de 5 enfants, 15 petits-enfants et 9 arrière-petits-enfants dont trois petits enfants adoptés. Pour nous, ce sont tous des enfants de cœur. Que du bonheur ! Nous n’oublions pas que la construction d’une vie passe avant tout par la transmission des valeurs.

Voilà en partie résumée l’histoire de ma vie, elle est faite de faiblesses mais c’est ma vie. A tous je dis : au revoir, dans une autre vie.

Julien Bretonnière


Poème d’Auguste Martin :

 La Tour St Clair, sentinelle d’un royaume perdu

Au cœur du site austère
Cernée par la douve profonde
La tour veille jour et nuit
Dans le silence des siècles

Les intempéries et les hommes
Ont démoli le château
et le chemin de ronde
Mais la tour demeure.
Sentinelle avancée
D’un royaume perdu
Verrou de la vallée,
Elle s’obstine à guetter.

Elle n’est plus que silhouette
Et comme pétrifiée
Se souvient-elle
De ceux qui l’ont bâtie ?
Les tailleurs de pierre
Les artisans du bel ouvrage
Et des paysans
Corvéables à merci

Se souvient-elle des vies disparues
De ce qui l’ont assiégée :
Soldats de Duguesclin
Et des otages exécutés ?
Cruelle et perfide époque
Elle était alors fief anglais
Et son maître, Knolles,
Sévissait en pays de la Mée.

Avec les guerres de religion
Et pour régler leurs différends
les antagonistes l’ont assiégée
Partisan du roi Henri ou
du Duc de Mercœur.

Non loin coule la rivière de Chère
Lentement, discrètement.
La tour se tait.
Mais comme elle est présente !.

Ses murs conservent-ils
En leur ouïe de pierre,
Des intrigues ou secrets d’État
De la fière et rebelle Bretagne ?
Les murmures d’amour
Au ceux des alcôves
Les paroles respectueuses
Des serviteurs zélés et soumis ?

Les générations passent
Au vent de l’oubli,
La vieille tour médite
Et ne cesse de témoigner
D’un passé certes révolu
Mais dont les maîtres des lieux
Ont marqué l’histoire
et porté ce nom : Derval.

A.Martin

Auguste Martin, et la Tour Saint Clair

 Marches de Bretagne

Au cours des IXe et Xe siècles, notamment du temps des redoutables Normands, afin de se protéger de toutes les sortes d’envahisseurs, on a construit des châteaux fortifiés ; mais ce sont les manants qui réalisèrent ce travail de titan, ce dur et épuisant labeur, dans cette zone de défense appelée encore « les Marches de Bretagne » ! Auguste Martin était un fin connaisseur de l’histoire des Marches de Bretagne et revendiquait haut et fort l’appartenance de Derval à ce territoire.

Auguste Martin devant la croix pattée qu’il avait taillée

 Le chêne

Arbre magnifique !
Autrefois, tu peuplais les immenses
forêts de la grande Celtie
De ces peuplades primitives tu témoignes
de la pacifique culture
Au chêne de rouvre, les Druides ont cueilli
puis fêté le gui
St Louis, pour rendre justice
a même cherché la sérénité de ta ramure.

Ah ! Est venu le temps où la Bretagne
a perdu en autonomie
Puis celui de la République qui t’a elle-même
adopté, ce qui n’est pas banal !
Ta feuille, emblème de justice et de force,
orne la casquette et le képi
Des plus hauts dignitaires : aussi bien préfet que général.
Mais que serions-nous sans les chênes, ces arbres si beaux ?
Les feuillus ne sont-ils pas le poumon de la terre ?
Sans eux le sol deviendrait vite aride et, privés d’eau,
Qu’adviendrait-il de notre vie et de la terre notre mère nourricière ?

Le chêne n’est-il pas aussi le symbole de notre propre existence ?
Il doit d’abord s’implanter en sol pour se diriger vers le firmament
Afin que ses branches puissent, non sans mal, sortir de l’errance
Aboutissement de toute vie tourmentée par les mauvais coups de vent.

Julien Bretonnière


 Souvenirs …. Bernard Lambert, jeune paysan député.

1958 ! De Gaulle arrive au pouvoir et provoque des élections.
Celles-ci ont lieu dans un climat de crise qui appelle le changement,
Bernard Lambert, jeune paysan, se présente à la députation.

Dans la circonscription plutôt conservatrice de Châteaubriant.
Il a contre lui André Morice, un adversaire très redoutable
Homme politique, ancien ministre, toujours présent depuis la Libération
Et considéré par les Autorités, l’ensemble des notables
Comme le plus fidèle garant du maintien des institutions.

Responsable J.A.C et du Centre national des Jeunes Agriculteurs
Bernard Lambert incarne, lui, le changement et la jeunesse
Face à un adversaire bénéficiant d’un soutien conservateur
Il est le seul capable de susciter enthousiasme et liesse.

La « campagne » est rude dans les meetings et les échanges vifs
Parmi les détracteurs de Bernard, beaucoup de marchands de bestiaux
Il vient en effet, de fonder, à Pannecé, un abattoir coopératif
Dont le but est de moraliser la commercialisation des animaux.

Tous les coups sont bons ! de faux témoins attestent, sans vergogne
Que Lambert est franc-maçon et même « communiste-blanc ».
Dis-nous qui tu es ! lui lancent ses détracteurs pleins de rogne.
« Je ne suis ni à droite, ni à gauche, ni au centre, mais en avant ! »

A Mouais, une opposante l’interpelle et le traite de mauvais chrétien !
Elle considère que ses idées sont vraiment trop progressistes.
Alors dans le Comité de soutien, un militant se lève et intervient :
« Madame, ce jeune est pur, il se bat comme autrefois Jésus-Christ ! »

Les paysans étaient alors unis dans un même esprit syndicaliste.
Bernard était considéré comme le leader, le porte-parole.
La voix des sans-voix ; notre sauveur ! lui lance une « Lambertiste »
C’était vrai, c’était exaltant et parfois même un peu drôle.

Nous en avons soutenu des réunions pré-électorales !
Blain - Erbray - Nozay - Issé - St Julien - Guémené - Sion - Rougé.
Châteaubriant très animé et d’autres encore, dont Derval
Mon père cloua même le « bec » à un commerçant très excité l

Résultat final, après un deuxième tour plutôt orageux
Bernard Lambert est élu avec plus de quelques centaines de voix
Cette élection symbolisait la fin ( ?) d’un temps moyenâgeux
Où le député, fils de métayer d’un nobliau, devenait « roi ! »

Cette victoire était d’abord celle de Bernard et, en quelque sorte,
Celle de son comité : tous ces militants engagés à le soutenir.
Dans les nombreux meetings et par la distribution de tracts, en porte à porte.
Tous avaient vécu le même enthousiasme, la même foi en l’avenir.

A l’Assemblée nationale Bernard devient le secrétaire et siège au perchoir
Mais, en juin « 59 », son intervention en faveur de l’indépendance de l’Algérie
Suscite de vives réactions au sein de l’hémicycle ; un peu anar,
Il vote la motion de censure et s’exclut pratiquement de son parti.

Plusieurs fois il intervient sur des questions touchant l’agriculture :
Le sol, le droit rural et les dégâts occasionnés par les sangliers,
Pour le soutien des marchés, l’aménagement des structures...
Dans le domaine social, notamment en faveur des malades et handicapés.

Mais, la dissolution de l’Assemblée provoque de nouvelles élections
Et Bernard ne retrouve plus le soutien quasi unanime des paysans,
Que les négociants ont eu le temps de « travailler » : de faire changer d’opinion.
Battu par le conservatisme, Bernard allait fonder les « Travailleurs Paysans ».

En « 1962 », Bernard était bien seul à défendre le Tiers-Monde
« Méfions-nous, avertissait-il, car ventre affamé n’a pas d’oreille ! »
Aujourd’hui, plutôt repus et alors que tout surabonde
Va-t-on enfin entendre les paroles du prophète et sortir du sommeil ?

(A.Martin)