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Où vas-tu Johnny ?

Ecrit le 10 janvier 2018

Courrier des lectrices

Où vas-tu Johnny ?

Quelques semaines se sont écoulées, les fans de Johnny ont retrouvé leur quotidien. Les larmes se sont taries, commence le temps du souvenir. Mais de quoi s’est nourri le lien à cette idole-là ? Comment expliquer la ferveur collective qui traverse le cœur de millions d’individus, unis dans le chagrin aujourd’hui, après avoir été unis des années durant dans un amour idolâtre.

Johnny a sans doute donné autre chose à ses fans que de la musique et des chansons. Journalistes, artistes, nous parlent d’un modèle qui aurait nourri les rêves collectifs d’une classe populaire pour qui Johnny, né de rien, rendait possible une ascension sociale éclatante de popularité, et aussi d’argent. Johnny a vendu du rêve comme tant d’autres artistes, mais bien plus que les autres. Il a aussi offert amour et reconnaissance à son public. Leur idole n’a cessé de leur dire, concert après concert, «  vous êtes tout pour moi  », « c’est vous qui m’avez fait  ». Pure vérité en effet. Que serait un artiste sans la reconnaissance de son art, et d’une popularité monnayable ?

Il était donc normal que les funérailles de Johnny soient grandioses, à la mesure de l’amour dont il a été l’objet. Elles l’ont été. Mais selon une stratification sociale qui n’a échappé à personne. Des millions d’individus ont partagé l’adieu à Johnny dans un en-dehors et un entre soi. Dans l’église de la Madeleine, parmi les invités soigneusement triés se mêlaient le monde politique et celui du spectacle, rapprochement auquel nous sommes habitués depuis les attachements de nos présidents de la république à des compagnes artistes. Nous étions habitués par le passé à voir se côtoyer hommes de pouvoir et hommes de science, intellectuels, philosophes. Aucun d’entre eux pour cet adieu. Dans l’église, toutefois, pas un anonyme. Nous reconnaissons les figures du show bizness, tous habitués du petit écran et de la presse people.

Dehors les fans, le petit peuple, ému, tenu à distance derrière des barricades. Ils n’approcheront pas le cercueil, n’assisteront pas à la célébration. Pourtant ils resteront debout, des heures durant, dans le froid de décembre, juste pour voir passer le convoi mortuaire. Le clan Johnny, magnanime, a concédé l’accès d’une trentaine d’anonymes pour occuper les places restantes dans l’église.

Ces réflexions ont fait remonter à ma mémoire les funérailles d’Aimé Césaire, en avril 2008, à Fort de France. Le convoi mortuaire a traversé tous les quartiers de la ville, la ferveur populaire a été telle que le convoi est arrivé au stade de Fort de France, avec trois heures de retard, pour une célébration en présence des milliers de citoyens qui le désiraient, de la famille, et des amis, tous lettrés, intellectuels, compagnons de route et de combat. Point de barricades pour contenir les Martiniquais venus se recueillir devant la dépouille de leur maire.

Dany Bocquet