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Femmes : 100 contre 100

Ecrit le 17 janvier 2018

Depuis l’an dernier la question des femmes a cessé d’être le sujet que l’on traite une fois par an, le 9 mars, et que l’on oublie après. La polémique a débuté sur des questions sexuelles et tarde encore à déboucher sur des changements de société. Pour l’instant, médiatiquement, c’est 100 contre 100. Mais qu’en pensent les femmes « à la base » ? On n’entend pas leur témoignage dans la presse mais nombreuses sont celles qui sont palpées, violentées, harcelées… dans les transports en commun ou dans la rue lorsqu’elles rentrent seules le soir.

100 femmes, c’est le premier manifeste publié début novembre 2017, sous la forme d’une pétition :

voir le site 100femmes-1

C’est une pétition contre les violences sexuelles et une demande de rééquilibrage entre hommes et femmes. Cette pétition a donné lieu à des excès de langage et on a voulu y voir une position « anti-hommes » et la porte ouverte au puritanisme. Alors que c’est, comme dit l’historienne Michelle Riot-Sarcey, un appel à faire cesser « les rapports de domination qui s’exercent au quotidien contre l’autre décrété inférieur ou différent : la femme, l’immigré, le musulman, le juif, bref l’étranger lui-même  ». Une autre historienne, Michelle Perrot, affirme : «  la force de cette parole enfin libérée est de dénoncer un système de domination considéré comme tellement normal qu’il est indécent d’en parler. Un système qui pervertit les rapports de sexes qu’on pourrait rêver autres dans de libres jeux de l’amour et du hasard  ».

100 femmes, c’est le second manifeste publié le 9 janvier 2018 dans Le Monde :

voir le site100femmes-2

et disant : « Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n’est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste ». « nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle ».

Ce second manifeste a donné lieu aussi à des débordements, à des propos déplacés comme celui de la romancière Catherine Millet disant : « je regrette beaucoup de ne pas avoir été violée. Parce que je pourrais témoigner que du viol on s’en sort ». ou de l’ancienne actrice Brigitte Lahaie déclarant : « On peut jouir lors d’un viol, je vous signale  ». C’est oublier que le viol est toujours violence et provoque un traumatisme psychique durable. On peut en enterrer le souvenir, mais il peut ressurgir à tout moment et briser la vie actuelle de la femme qui a été violée. On n’en ressort jamais indemne. La confiance en soi est la première brisée, elle va de pair avec le dégoût de soi… Tout comme les agressions pédophiles dont sont victimes les petits garçons et les petites filles sous couvert de câlineries.

Et, ajoute Laure Adler, « Je peux produire des kilomètres de témoignages, hélas, de femmes qui se retrouvent psychiquement atteintes par les agressions corporelles dont elles sont l’objet. Objet, et pas sujet. Quand on se fait agresser, on devient un objet, rien d’autre  ».

Ces 100 femmes, dont Catherine Deneuve, défendent le badinage, la galanterie à la française. Comme dit encore Michelle Perrot, «  La galanterie est une merveilleuse invention du siècle des Lumières, qui fait des femmes les maîtresses des salons de la société en leur refusant l’égalité au nom d’une différence enracinée par la médecine dans leur corps »— «  Le féminisme français est tempéré – voire englué – dans une tradition de « courtoisie » et de « galanterie », qui demande à être déconstruite tant elle dissimule l’inégalité sous les fleurs  ».

Le débat sur les rapports sexuels, sur la place des femmes, même s’il a quelques aspects désagréables, est nécessaire. Dans une société marquée, depuis l’origine des temps, par l’infériorité supposée des femmes, il faut arriver à un rééquilibrage, permettre aux femmes d’exercer leur intelligence, leur savoir-faire, à l’égal des hommes, à salaire égal. On en est encore très loin puisqu’il a fallu par exemple imposer la parité en matière d’élections.

On peut ajouter que, plus globalement, c’est une histoire de respect. Malheureusement le respect de l’autre est la chose la moins partagée, que ce soit dans la relation enfants-parents, homme-femme, etc. On n’écoute pas l’autre, ou plutôt on entend vaguement mais on n’écoute pas et on ne tient pas compte de ce qui est dit. Et tant qu’il y aura des publicités avec Madame dénudée sur le capot du cabriolet dernier cri, des jeux vidéos pour enfants ou ados qui prônent la violence ouverte quelle qu’elle soit ... la société a des soucis à se faire sur l’avenir.


Ailleurs, pas si loin ...

Ailleurs qu’en France il y a des mentalités à faire évoluer ...

1) Au Pakistan, le 11 janvier 2018, une violente manifestation a fait deux morts et trois blessés à Kasur, dans l’est du pays. Des centaines d’habitants exprimaient leur colère à la suite du viol et de la mort par strangulation d’une enfant de 8 ans. En un an, c’est la sixième fillette à disparaître dans ces circonstances. Son père a accusé la police de ne pas avoir agi, et les manifestants ont pris d’assaut un commissariat.
La ville de Kasur avait déjà été secouée par un scandale d’abus sexuels sur des enfants en 2015. Près de 400 vidéos pédopornographiques, utilisées pour obtenir des rançons, avaient été saisies par la police. La police avaient été accusée de fermer les yeux sur l’affaire.

2) Pour avoir publiquement accusé le dirigeant de son parti de harcèlement sexuel, une jeune députée pakistanaise, Ayesha Gulalai Wazir, a été menacée de meurtre et d’attaque à l’acide.