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Fer

Ecrit le 7 février 2018

La toponymie des environs de Châteaubriant est parlante : Sion-les-Mines, La Ferrière, Rougé, Louisfert en Loire Atlantique, Martigné-Ferchaud et Forges-la-Forêt en Ille et Vilaine, par exemple. En effet, le minerai de fer a été exploité dans cette région depuis … l’âge du fer ! Rappelons rapidement que l’âge du fer est découpé en deux périodes :
- le premier âge du fer (- 800 à - 450) ou période de Hallstatt (du nom d’un important site autrichien),
- le second âge du fer (- 450 au changement d’ère) ou période de la Tène (du nom d’un habitat et de nécropoles fouillés en Suisse).

Le fer a grandement contribué à l’ essor économique de notre région sous Louis XVI pour trouver son aboutissement industriel aux XIXe et XXe siècles.

L’usage du fer (du latin ferrum) s’était imposé en France dans le monde agricole au Xe siècle : ferrage des chevaux, fabrication d’instruments aratoires, au point que dans les villages le mot fabrique, du latin fabrica=atelier d’artisan, (2) avait vite désigné principalement la forge où travaillaient le maréchal-ferrant, le forgeron et le taillandier.

Un minerai de fer est une roche particulière formée par une association de minéraux qui se distingue par sa couleur ocre rouge, ce qui facilite son repérage : le minerai est généralement exploité à ciel ouvert ou à une faible profondeur ; pour atteindre les couches plus profondes, il a fallu mettre en œuvre des techniques permettant de construire des galeries et des puits, comme à Rougé.

En 1950, un incendie mit fin à l’exploitation de la mine de Teillay puis en 1963, à celle de Chazé-Henry, à celle de Limèle en 1966 et à celle de Segré en 1986… En Alsace, les Terres Rouges, ont été fermées en 1997. Enfin, la mine de Rougé a arrêté définitivement en 2003.

Pour obtenir du fer, il faut transformer le minerai en le fondant et en le forgeant ; notons que le mot forgeron se disant faber en latin, toute une série de patronymes a été bâtie à partir de ce mot : Fèvre, Lefèvre, Fargue, Faure ainsi que Le Goff (gof= forgeron en gallois).

Bas-fourneaux et hauts-fourneaux se sont multipliés dans la région, il reste encore aujourd’hui sur le site des anciennes forges à bois industrielles de la Hunau-dière (commune de Sion-les-Mines), deux maisons de maîtres de forge, un vestige de l’atelier ainsi qu’une impressionnante cheminée en briques de 11 mètres de hauteur qui témoignent de cette activité. Le sites de Gravotel et de la Forge Neuve à Moisdon-la-Rivière témoignent aussi de ce passé lié au fer.

N’oublions pas que le fer (en chimie Fe) est biologiquement indispensable à notre organisme : chez l’homme adulte l’équi-libre « martial »(1) est réalisé aisément grâce à un apport digestif modeste de viande rouge. Chez la femme au contraire, les pertes en fer sont plus élevées par suite des règles, ce qui explique que le taux d’hémoglobine des femmes est un peu inférieur à celui des hommes et que leurs réserves de fer sont plus faibles que celles de ces derniers.

(1) Martial signifie ici ferrugineux. L’utilisation de cet adjectif par les alchi-mistes pour qualifier le fer était due à leur volonté de faire allusion à la fois à Mars, la planète rouge, et au dieu de la guerre.

(2) Par la suite, le mot fabrique a désigné aussi l’ensemble des biens matériels d’une église paroissiale, revenus affectés à son entretien, gestion matérielle de ces biens et revenus. L’église de Béré à Châteaubriant avait son conseil de fabrique, assemblée de clercs et de laïcs chargés d’administrer ses biens.

DEVINETTE : qu’est-ce qu’une ferronnière ?

REPONSE à la DEVINETTE de la semaine dernière : un riz-pain-sel désigne un intendant en argot militaire.

Elisabeth Catala Blondel


Ecrit le 14 février 2018

La famille du mot fer est riche : elle comprend le nom des métiers se ratta-chant à sa fabrication et à sa commer-cialisation : ferronnier, (artisan spécialiste du fer forgé), ferrailleur (marchand de ferraille et ouvrier spécialisé dans le ferraillage des armatures de béton armé), ferblantier (qui fabrique des objets en fer blanc, c’est-à-dire en fer recouvert d’une fine couche d’étain tels que casseroles, passoires et bassines).

Elle comprend également les objets fabriqués totalement ou partiellement en fer : le fer à cheval, le fil de fer, barbelé ou non, le fer à repasser, à souder, à friser, le fer à moustache, le chemin de fer, le rideau de fer (1) du commerçant qui ferme sa boutique.

Le mot fer entre aussi dans la composition de nombreuses expressions imagées : mettre aux fers (mettre en prison), retourner le fer dans la plaie (au sens figuré : faire du mal à quelqu’un qui souffre psychologiquement), donner un coup de fer (repasser), croiser le fer (se battre), il faut battre le fer tant qu’il est chaud (il faut agir sans perdre de temps), avoir deux fers au feu (mener de front deux activités), être le fer de lance (être à la pointe du progrès), tomber les quatre fers en l’air (tomber à la renverse, tel un cheval qui se retrouve sur le dos), freiner des quatre fers (s’opposer fermement à une idée, un projet ou une proposition), avoir une main de fer dans un gant de velours (2), avoir un estomac de fer, une santé de fer, une volonté de fer, être un brise-fer, faire un bras de fer.

Le mystérieux Homme au Masque de fer, fils supposé de Louis XIV, est un des prisonniers les plus fameux de l’histoire française ; il est resté 34 ans en prison. Cette histoire a nourri l’imagination de nombreux réalisateurs de films et d’écrivains célèbres.

Enfin, longtemps on a fait croire aux enfants qu’il fallait manger des épinards parce qu’ils contenaient du fer indispensable à leur croissance. De là est née la légende de Popeye qui tire sa force extraordinaire de sa consommation d’épi-nards en grande quantité ! Il n’en est rien : on s’est vite aperçu que les vertus qu’on leur attribuait étaient dues à une erreur de transcription, plus exactement à une erreur de virgule ! La teneur en fer des épinards est minime : pour tirer des bénéfices de leur consommation, c’est plutôt la boîte de conserve qu’il aurait fallu ingurgiter !

Qui connaît aujourd’hui le fer demi-laine, qui sert à ferrer les bornes et le seuil des portes ? Et Le fer chinois, autre nom du fer à cheval ? Et Le fer de moulin qui se pose au milieu de la meule comme deux ancres adossées ?

(1) L ‘expression Le Rideau de fer qui désigne la frontière fortifiée entre les Etats européens de l’Ouest et ceux de l’Est a été créée par Churchill en 1946 lors d’un discours sur la situation interna-tionale prononcé devant le président Truman.

(2) Cette expression célèbre est attribuée à Bernadotte lors d’une entrevue avec le comte d’Artois. Elle a été depuis em-ployée pour caractériser la politique de Margaret Thatcher, « La dame... de fer ».

DEVINETTE : que fabrique un taillandier ?
Réponse dans le prochain numéro de La Mée.

REPONSE à la DEVINETTE du dernier numéro :

Une ferronnière est une chaînette ou un bandeau qui à la Renaissance faisait le tour de la tête et permettait de faire tenir sur le front un bijou pendentif. Le portrait d’une dame de Milan peint par Léonard de Vinci a reçu le nom de La Belle Ferronnière en raison de la ferronnière qu’elle porte au front.

La mode a été reprise au XIXe siècle puis au XXe siècle : Colette en a porté car la ferronnière était très seyante avec les coupes de cheveux à la garçonne.

Elisabeth Catala Blondel

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Ecrit le 21 février 2018

Le mot fer et l’immense univers qui s’y rattache vont continuer à nous étonner : aujourd’hui nous nous intéresserons à quelques mots de notre vocabulaire usuel qui, dans le monde de la mine, sont employés dans un sens que nous sommes loin d’imaginer.

Couscous : dans les mines de fer ce mot est employé par le Premier mineur, non pour inviter ses collègues à déguster un délicieux plat d’Afrique du Nord, mais pour désigner le nitrate fuel (explosif qui se présente sous la forme de petits granulés loin d’être comestibles !).

Laitier : ce mot technique désigne l’en-semble des matières vitreuses se formant à la surface des métaux en fusion et rassemblant les impuretés venant de la gangue des minerais ( définition du Petit Robert). Il peut prendre plusieurs couleurs : blanc quand le haut fourneau est très chaud (on l’appelle alors aussi meringue) ; blond ou brun quand le haut fourneau est en marche « équilibrée » et noir quand le haut fourneau est froid car il est alors très chargé en oxyde de fer.

Feu follet : c’est une des appellations du grisou, comme feu grieux- ou grilleux - feu grégeois et griou. Il désigne la flamme fugitive que l’on voit apparaître lors de la granulation (1) de la fonte et qui fait craindre un risque d’explosion car ces feux follets contiennent de l’hydrogène. Le remède pour éviter la catastrophe est de boucher au plus vite le haut fourneau.

Fraise : le mot n’a évidemment rien à voir avec le fruit délicieux dont on fait des tartes ou de la confiture ! La fraise fonctionne comme une tarière (2) : c’est un outil extracteur situé à la base des silos permettant le soutirage (3) des produits, et constitué d’un axe vertical muni de cinq bras tournant et se déplaçant longitudinalement à la base horizontale des silos.

Le mot n’a rien à voir non plus avec la sorte de collerette à plusieurs plis que les hommes et les femmes portaient autour du cou au XVIe siècle, ni avec un morceau de viande de veau, ni avec la chair rouge et plissée qui pend sous le cou du dindon.
Il est plutôt à rapprocher de l’outil dont se sert le chirurgien dentiste pour enlever la partie cariée d’une dent et que redoutent tous les patients.

Lierre : ce mot ne désigne pas le végétal qui envahit les jardins mais soit un ouvrier employé à la tréfilerie (4), soit l’outillage de la tréfilerie .

Couverture : la couverture est la roche stérile qui recouvre un gisement jusqu’à la surface topographique.

Débrouiller : ce verbe utilisé dès le XVIII e siècle dans le cadre du lavage du minerai signifie séparer la partie minerai propre-ment dite de la gangue.

(1)La granulation est une opération qui permet la fragmentation d’un alliage en fusion mis en contact avec de l’eau.

(2) La tarière est une sorte de vrille.

(3) Soutirage est synonyme d’extraction.

(4) La tréfilerie est un atelier où l’on « tréfile » un métal : on le fait passer au travers des trous d’une filière.

DEVINETTE : Qu’est-ce qu’un martinet quand ce mot ne désigne ni un oiseau ni un petit fouet à manche en bois et à lanières souples qui servait autrefois à « corriger » les enfants ?

REPONSE à la DEVINETTE du dernier numéro : un taillandier est un artisan qui fabrique les outils et fers tranchants utilisés par les agriculteurs et certains artisans.

Elisabeth Catala Blondel

Note d’humour trouvée dans Le savoir.. . fer, livre passionnant qui a inspiré ces lignes : quand inventera-t-on la couverture de fonte pour les personnes qui ont le sommeil léger ?