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Voir

Ecrit le 7 mars 2018

Aujourd’hui, intéressons-nous à la famille du mot voir en examinant ce qu’une personne qui a perdu- ou qui n’a jamais eu- l’usage de ses yeux peut « voir » ou faire sans leur aide.

Si elle ne peut pas dévisager son interlocuteur, elle peut envisager l’avenir,
obtenir un visa, demander une provision à la banque, improviser un discours, donner son avis, affirmer son point de vue, se raviser, arriver à l’improviste chez un ami à qui elle veut rendre visite, prendre rendez-vous avec le proviseur du lycée où ses enfants sont inscrits, demander à un voisin qui n’a pas le même avis qu’elle sur un problème de réviser sa position, entendre aux informations télévisées que le personnel d’une entreprise a déposé un préavis de grève.

Tous ces mots ont en effet le même radical vis qui a pour ancêtre la racine indo-européenne weid (= savoir par la vue).

Parmi les autres ancêtres latins de cette famille on trouve aussi le verbe videre (=voir) dont le radical est vid : sans voir avec ses yeux, la personne non- ou mal- voyante peut se rendre aux évidences et croire ou non à la Providence (1).

Elle peut aussi d’intéresser à l’histoire : ce mot est formé à partir du radical id dans lequel le d a été transformé en s et auquel on a ajouté dès le suffixe -tôria ; histoire signifie recherche, information, relation de ce que l’on sait pour l’avoir vu ou appris. Elle peut encore se prêter à une interview ( mot anglais emprunté... au français entrevue).

Elle peut voir rouge quand elle est en colère et voir clair quand elle est devant une situation embrouillée ; elle peut voir dans les pensées des autres, voir se multiplier les ennuis, en voir des vertes et des pas mûres, calmer les disputes d’un « Voyons, ce n’est pas si grave ! »

Elle sait voir midi à sa porte, voir le bout du tunnel ; elle a sa propre manière de voir les choses, elle voit la vie en rose- ou en noir-, elle voit ce qu’elle a à faire, elle voit juste. Elle voit plus loin que le bout de son nez !

Enfin, n’étant ni envieuse, ni malveillante, elle fuit les m’as-tu-vu . Elle essaie de ne pas commettre de bévues, de ne pas être prise au dépourvu, elle est clairvoyante, elle a de bonnes idées (2) et un bel idéal qui guident ses pensées et ses actions !

(1) Notons à ce propos que providentia a donné le mot prudence (vi est devenu u au contact du o de pro-) dont les dérivés sont : prudent, imprudent, imprudence et imprudemment.

(2) Le mot idée vient de la branche grecque de la famille : idea= forme idéale concevable par la pensée , de même qu’ idéal, idole, idylle et kaléidoscope.

NB. Percevoir et apercevoir, sont proches du verbe voir par le sens mais ils viennent d’une autre racine, celle de percipere, qui signifie saisir par les sens ; de même recevoir vient non de videre (voir) mais de recipere ( famille de capere= prendre).

DEVINETTE : qui a dit « Veni, vidi, vici »
(je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu) ? Réponse dans le prochain numéro de La Mée.

REPONSE à la DEVINETTE du dernier numéro : l’expression pain-batelier figure dans un roman du XIXe siècle intitulé La Tavernière de la Cité dans lequel un personnage dépose une goutte de cire sur un « pain-batelier », y fixe un cierge, pose le tout sur l’eau en disant : « Là où accostera le pain-batelier, on trouvera le cadavre ». Effectivement, le cadavre d’une certaine Perroette est trouvé à côté du « cierge merveilleux et du pain-batelier ». On sait que le pain batelier était en vente à Châteaubriant et à Nantes, il était moins luxueux et coûtait moins cher que le pain blanc. Etait-il un pain en forme de bateau ?? Peut-être a-t-il quelque chose à voir avec les « batelières » qui sont des vertus théologales ??. L’énigme reste entière.

Elisabeth Catala Blondel