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La Rue

Ecrit le 4 avril 2018

RUE

Le mot rue est issu du latin classique ruga (ride), (1) ; en bas-latin, il a pris le sens de chemin. Il désigne comme chacun sait une voie de circulation bordée de maisons dans une agglomération. Dans des villes comme celle de Châteaubriant, la rue qui était à l’origine la rue principale s’appelle souvent la Grand’ rue.

Elle peut être pittoresque, commerçante, comme le sont les rues couvertes, tranquille, étroite, tortueuse, piétonne, - ou piétonnière-, plantée d’arbres ou bordée d’arcades ; elle est le plus souvent macadamisée, mais parfois encore pavée. Elle porte toujours un nom : rue Aristide Briand, rue Gambetta, rue des Quatre-Œufs, rue Quenillet, rue du 11 Novembre, rue Guy Môquet, etc. ou, comme aux Etats-Unis, un numéro : « Il habite près de la Cinquante-septième rue ».

Dans le jeu du Monopoly se trouvent la rue de la Paix, la rue de Paradis, la rue Lecourbe, la rue de Courcelles et la rue de Vaugirard, qui est la rue la plus longue de Paris intra muros avec ses 4 360 mètres de longueur et ses 407 numéros d’immeubles. La plus courte est la rue des Degrés dans le 2e arrondissement : elle mesure 5,75 mètres (14 marches entourées de deux murs sans portes ni fenêtres : elle porte son nom depuis la deuxième moitié du XVIIe siècle).

Le mot rue sert à localiser un domicile : habiter en haut, en bas, au coin de la rue, donner sur la rue. On peut avoir pignon sur rue (2), tenir le haut du pavé (3), se faire remarquer en pleine rue, ne plus oser sortir dans la rue. On s’y promène, on y flâne, on y chante, on y fait de la musique, du commerce, on la traverse, on y fait les cent pas, on la monte, on la descend, on peut dessiner à la craie de couleur sur ses trottoirs.

Cependant elle peut être aussi l’espace de la misère, du désœuvrement, voire du vice : être à la rue, traîner dans les rues, être jeté à la rue, être un gamin des rues, une fille des rues, une péripatéticienne qui « fait le trottoir ».

On emploie l’expression « ça court les rues » pour quelque chose de très répandu. A l’inverse, « ça ne court pas les rues » veut dire : cela sort de l’ordinaire.

Lors des émeutes populaires le mot rue désigne le peuple, les gens de la rue prêts
à s’insurger en descendant... dans la rue : « La rue gronde à Nantes » titraient récemment les journaux ! « La rue est entrée dans l’Assemblée ! », avait écrit Victor Hugo en 1874 dans un de ses romans intitulé Quatre-vingt-treize .

DEVINETTE : qu’est-ce qu’une ruelle quand ce n’est pas une petite rue ?

 REPONSE à la DEVINETTE du dernier numéro de La Mée : une châsse (du latin capsa= caisse) est une sorte de coffre richement orné contenant les reliques d’un saint. La monture dans laquelle un verre est enchâssé s’appelle aussi une châsse : châsse d’une lunette, d’un vitrail.

Elisabeth Catala Blondel


Ecrit le 11 avril 2018

La rue n’est pas seulement le lieu qui permet de se déplacer d’un endroit à un autre dans une ville , elle a longtemps été un « théâtre » où les personnages principaux exerçaient un »petit métier » : rémouleur, vitrier, chiffonnier, cracheur de feu, marchand des quatre saisons (qui exposait sa marchandise sur des voiturettes à bras), cireur de chaussures dans les quartiers d’affaires, crieur de journaux, raccommodeur de faïence et de porcelaine , métiers qui ont aujourd’hui disparu ; on n’entend plus la clochette qui annonçait le passage du vitrier, ni le « peaux de lapins, peaux ! » du chiffon-nier ou du cocassier, ni le « fromage à la crèèèèème ! » de la marchande de crème ambulante, ni le « Le Mon-on-on de ! ou le « France-Soir, Paris preeeesse » ! » du crieur de journaux, on ne voit plus d’hommes-sandwiches (que Jules Verne nommait « hommes-affiches ») marchant dans les rues pour faire la « réclame » de grands magasins en portant devant et derrière eux un grand panneau publicitaire de bois peint à l’image de La Samaritaine, du Bon Marché ou de tout autre grand magasin de province.

Ont disparu aussi depuis longtemps les petits ramoneurs de cheminée, souvent des Savoyards, l’allumeur de réverbères, le marchand de glaces, de gaufres, et d’oublies (4), les rempailleurs de chaises ambulants, les « cueilleurs d’orphelins » (5), les « réveilleurs » qui jouaient le rôle de réveille-matin devant les maisons qui avaient demandé leurs services, les « anges-gardiens » loués par les tenanciers de cabarets pour raccompagner chez eux les derniers clients trop avinés pour retrouver seuls le chemin de leur domicile , le marchand de feu qui proposait contre une piécette d’allumer cigares et « clopes » et les ramasseurs de crottes de chien qui étaient revendues assez cher aux mégissiers et maroquiniers pour… polir le cuir blanc ! Ont disparu enfin les « marchands d’Arlequin » (6) qui pour quelques sous vendaient dans la rue - sur des assiettes ou de simples bouts de papier- les restes disparates de morceaux assemblés au hasard, tel l’habit d’Arlequin, provenant de tables bourgeoises ou de restaurants .

Au Moyen Age, les boutiques -alors appelées échoppes- étaient ouvertes sur la rue mais n’avaient pas de vitrine : c’est sur un « étal », c’est-à-dire une table, mobile ou non, posée sur des tréteaux ou sur une charrette, que l’on disposait les objets à vendre ; parfois ces étals avaient des volets de fermeture comme on peut encore en voir à Châteaubriant place de l’Église, au coin de la rue Quenillet.

Notons qu’au Moyen Age également un seul métier était représenté dans chaque rue : c’est ainsi qu’à Paris se trouvaient la rue des Cordeliers (aujourd’hui rue de l’Ecole de Médecine), la rue des Boucheries (24 boucheries s’y trouvaient encore au moment de la Révolution ), la rue des Drapiers, la rue des Tanneries, la rue des Tonneliers.

DEVINETTE : que signifie l’expression « trié sur le volet » ? Réponse dans le prochain numéro de la Mée.

REPONSE à la DEVINETTE du dernier numéro : une ruelle était au XVIIe siècle un espace situé entre le mur d’une chambre à coucher et le lit, dans lequel les intellectuelles de l’époque surnommées les« Précieuses » se réunissaient pour parler de littérature.

Elisabeth Catala


Ecrit le 18 avril 2018

La rue a malheureusement cessé depuis des décennies d’être le lieu animé où le soir, aux beaux jours, les enfants se rencontraient - sans craindre le passage de voitures - pour jouer aux billes, à la balle, au ballon prisonnier, à la marelle, à saute-mouton, aux cowboys et aux Indiens, pour faire du patin ou de la planche à roulettes (on ne parlait pas encore de rollers, ni de skate-board), du vélo, de la trottinette, pousser les copains assis dans des « caisses à savon » dans les rues en pente, sauter à la corde, promener les poupées dans des landaus ou poussettes à leur taille.

Au Moyen Age, les mystères (7), scènes de théâtre populaire inspirées de la Bible ou de la vie des saints, étaient joués dehors, sur le parvis des églises ; plus tard, des troupes de théâtre ambulant ont dressé leurs tréteaux (8) dans les rues pour offrir aux passants des scènes inspirées d’un genre de théâtre populaire italien né au XVe siècle appelé Commedia dell’arte au XVIIIe. Le texte n’était alors pas fixé par écrit comme il le sera du temps de Molière, de Goldoni et plus tard de Marivaux et de Beaumarchais qui ont tous été influencés par la Commedia dell’arte : les comédiens improvisaient des scénarios, bâtis sur de nombreux quiproquos ; tous les spectateurs reconnaissaient aisément Pierrot, Colombine, Polichinelle, Arlequin et Pantalon (9) grâce à leur costume caractéristique auquel s’ajoutait parfois un masque.

De nos jours, la rue est encore le théâtre de toutes sortes de manifestations festives (ou sociales) : fête de la musique, créée par Jack Lang en 1982, festival « off » qui se déroule parallèlement au Festival d’Avignon , créé par Jean Vilar en 1947, dont le succès ne se dément pas.

A Châteaubriant, c’est dans la rue de Couéré que s’est déroulée en juin 2017 la première « Fête du papier » qui a donné lieu à des expositions en tout genre dans les vitrines de magasins inoccupés. Et ce sont les 6 et 7 avril 2018 qu’a eu lieu le 9e festival « La rue râle » sur l’esplanade du château.

A Nantes enfin, se déroule depuis 1989 le grand spectacle de rue qu’organise la compagnie Royal de Luxe créée par Jean-Luc Courcoult en 1979 : elle fait jouer dans les rues ses « géants » et « géantes », marionnettes époustouflantes, dans des spectacles tels Le Cap Horn, Le Géant tombé du ciel ou encore La petite Géante. En 2004, c’est Le Grand éléphant, impressionnante structure mobile pouvant transporter jusqu’à 50 personnes, qui a vu le jour sur l’Ile aux machines.

DEVINETTES : Quelle est l’origine du nom Polichinelle ? Celle de Royal de Luxe ?

REPONSE à la DEVINETTE du dernier numéro de La Mée : trier sur le volet . Le volet était au départ un tissu léger (qui volète au vent ?) puis une tablette ou une assiette en bois sur laquelle étaient posées les graines à trier. Au figuré, on emploie cette expression pour désigner l’impitoyable sélection qu’opère aujour-d’hui notre société dans tous les domaines.

Elisabeth Catala


Ecrit le 25 avril 2018

En plus des spectacles en tout genre dont la rue est le théâtre, s’y installent aussi régulièrement des braderies et des marchés de toutes sortes : marchés traditionnels, dont la création remonte au XIVe siècle, marchés aux puces, marchés de Noël, marchés « bio », marché aux fleurs et aux oiseaux (10), par exemple.

Un des synonymes du mot rue est le mot quai, issu du bas-latin caium (enceinte).

Un quai est d’abord une construction élevée le long d’un cours d’eau pour l’empêcher de déborder. Dans un port, c’est la partie du rivage qui est aménagée pour pouvoir charger et décharger les marchandises ainsi que pour assurer l’embarquement et le débarquement des passagers. Dans une gare, c’est le trottoir qui longe les voies ferrées et permet l’accès des voyageurs au train ; à l’annonce du passage d’un train sur une voie, on entend : « Veuillez vous éloigner de la bordure du quai, s’il vous plaît ! ».

En ville, c’est une voie publique de circulation qui se situe entre un cours d’eau et les maisons. La ville de Nantes comporte de nombreux quais : le quai de la Fosse, le quai François Mitterrand, le quai de Versailles, le quai Ceineray, le quai Turenne, et le quai Malakoff, pour ne citer qu’eux. Comme certains bras d’eau qu’ils longeaient ont été comblés, les quais ont parfois pris le nom d’allée, telles l’allée Duguay-Trouin, l’allée Brancas et l’allée Baco.

A Paris, au 36 quai des Orfèvres (11) se situait le bâtiment abritant les services de la Police judiciaire qui ont quitté ce lieu mythique en 2017 pour s’installer dans le 17e arrondissement au 36 rue du Bastion.

Dans le 7e arrondissement, le quai des Théatins est devenu le quai Voltaire en hommage à l’écrivain qui y est décédé en 1778 dans l’hôtel du marquis de Villette.

Aujourd’hui, depuis Balzac qui y situe la mystérieuse boutique d’antiquaire de La Peau de chagrin, le quai Voltaire abrite de nombreux antiquaires spécialisés dans le très haut de gamme. Et c’est au XIXe siècle que les premiers bouquinistes de Paris y ont fait leur apparition.

C’est du toit de l’hôtel particulier situé au numéro 1 de ce quai que le marquis de Bacqueville fit une tentative de premier vol humain en 1742 : muni de sortes d’ailes fixées aux bras et aux jambes, il plana 300 mètres au dessus de la Seine avant de tomber sur un bateau-lavoir.

Enfin, c’est aussi à Paris, dans le quartier de Saint-Germain l’Auxerrois, que se situe le quai de la Mégisserie (12) autrefois nommé quai de la Saunerie en raison de sa proximité avec un grenier à sel. Ce quai est connu depuis longtemps pour ses nombreuses animaleries et ses jardineries tenues par des pépiniéristes.

En contrebas, se trouve la voie sur berge Georges Pompidou longue de 13 kilomètres, désormais interdite aux voitures sur trois kilomètres car depuis 2016, elle fait partie de la quinzième animation de « Paris Plage » .

Sur les quais du vieux Paris
De l’amour bohème, c’est le paradis
(Lucienne Delyle)

DEVINETTE :
Qui a réalisé le film Le Quai des brumes ?

REPONSE aux DEVINETTES du dernier numéro de La Mée :

Le nom de Polichinelle vient de pullicenus, jeune poulet (= maladroit).

Royal de Luxe est le nom d’une marque de magnétophone qu’utilisait le per-sonnel de cette Compagnie.

Elisabeth Catala


NOTES:

(1) Ruga a donné l’ adjectif rugosus (ridé, rugueux). Notons qu’un sillon est une ride profonde et un sentier.

(2) Cette expression familière signifie aujourd’hui avoir une position bien éta-blie. Elle fait allusion au pignon trian-gulaire que, vu l’étroitesse des parcelles, comportait la façade des maisons, sou-vent en torchis et en bois jusqu’au XVIIe siècle, pour soutenir l’extrémité de la poutre faîtière de la charpente. Les personnes aisées le décoraient pour afficher leur niveau de richesse : avoir pignon sur rue c’était donc d’abord posséder une maison ou un commerce en ville ; il reste encore quelques belles maisons à pignon à Châteaubriant dans la Grand’Rue. Dès le XVIe siècle, le sens de l’expression a évolué pour désigner au sens figuré la position de propriétaires aisés, souvent de riches commerçants.

(3) L’expression vient du temps où les rues n’étaient pas plates et où les eaux usées coulaient en leur milieu. Les « petites gens » étaient contraintes de laisser les personnes de la « bonne société » marcher sur le côté pour qu’elles ne se salissent pas les pieds.

(4) Les oublies étaient de petites pâtisseries si fines et si légères qu’on les « oubliait » une fois qu’elles étaient mangées.

(5) Les cueilleurs d’orphelins ramassaient les mégots tombés à terre, les hachaient pour les revendre sous forme de « cigarettes » reconstituées.

(6) En argot du XIXe siècle, on les appelait aussi les bijoutiers .

(7) Les mystères ont été interdits par le Parlement de Paris en 1548 sous la pression de l’Église car ils avaient fini par prendre une allure « peu chrétienne ».

(8) Tréteaux : scène rudimentaire, faite d’un plateau mobile en bois posé sur des tréteaux, sur laquelle se produisaient des comédiens. Avant que Molière ne fonde son Illustre théâtre, il faisait jouer ses pièces dans les rues sur des tréteaux. Aujourd’hui, de nombreuses troupes de théâtre amateur s’appellent Les tréteaux.

(9) Pantalon : son nom viendrait de « Pianta leone », (= plante un lion) allu-sion à l’esprit de conquête des Vénitiens désireux de planter sur des terres étran-gères le drapeau portant l’emblème de saint Marc, ou bien du nom d’un saint vénéré à Venise : san Pantaleon. Il est reconnaissable à son long nez crochu et à son collant rouge dont le nom est devenu « pantalon ».

(10) Ce marché se tient à Paris non loin de Notre-Dame depuis 1808 ; il est constitué de pavillons d’époque 1900. En 2014, on a fait suivre son nom de celui de la reine Elizabeth II.

(11) 36 Quai des Orfèvres est aussi le titre d’un film policier très célèbre réalisé en 2004 par Olivier Marchal avec les acteurs Daniel Auteuil et Gérard Depardieu.

(12) Le quai de la Mégisserie tient son nom de la présence de nombreux mégissiers qui apprêtaient les peaux d’ovins et de caprins pour la maroquinerie.