Accès rapide : Aller au contenu de l'article |  Aller au menu |  Texte seul |  Liste complète des articles  |  Aide  |  Contact |
bandeau

Accueil > Châteaubriant > Défendons la langue française > Travail

Travail

Ecrit le 2 mai 2018
L’étymologie du mot travail est l’objet de divergences : on a longtemps cru que ce mot venait du bas-latin trepalium, déformation de tripalium, un instrument formé de trois pieux, deux verticaux et un placé à la transversale, auquel on attachait les animaux pour les ferrer ou les soigner, ou les esclaves pour les punir. De là à considérer que le travail est la « punition » de l’homme pécheur (1), il n’y a qu’un pas : cette hypothèse permet de conforter l’idée selon laquelle le travail serait intrinsèquement une souffrance, interprétation exploitée par certaines organisations qui stigmatisent le travail comme une activité rémunératrice mais pénible, pour valoriser les activités qui procurent de la satisfaction et qui, elles, appartiennent à la sphère des loisirs.

Or, le passage du latin tripalium au verbe de l’ancien français travaillier- proche de notre travailler- via un hypothétique tripaliare est hautement improbable !

L’éminent linguiste Emile Littré a contesté cette hypothèse et privilégié l’influence du mot latin trabs (travée, poutre) qui a donné le verbe entraver (2) auquel est associée là aussi l’idée de pénibilité que l’on trouve dans beaucoup d’emplois du mot travail dès son apparition au XIIe siècle ; pensons ici à une femme en travail lors d’un accouchement. Le mot travail serait alors issu d’un « croise-ment » entre trepalium et trabicula, petite poutre.

Différents éléments invitent à se tourner vers une autre étymologie du mot travail : les mots hispaniques médiévaux trabajo (travail) et trabajar (travailler) expriment une tension qui se dirige vers un but en rencontrant une résistance. Ces mots sont à rapprocher du préfixe latin trans , souvent réduit à tra, que l’on trouve dans traverser et traboule (3) par exemple et qui exprime une idée de passage (la séquence rb est présente dans Arbeit en allemand et, inversée, dans labor (labeur) en latin.

Notons enfin un fait sur lequel buttent ces hypothèses : l’évidence du lien entre le mot travail et le mot anglais travel (voyage) car tout porte à croire que travel provient du français médiéval traveil. Il est donc intéressant de rapprocher l’idée de travail de celle de « voyage », de parcours, en ce qu’elles contiennent toutes deux l’idée d’effort pour tendre vers un but.

Ainsi, les perspectives idéologiques sont plus radieuses que le discours stigma-tisant auquel nous avons été habitués de longue date :« Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ».

La racine indo-européenne werg/worg a donné ergon en grec (action ; travail), work en anglais et Werk en allemand , énergie (force en action) , allergie (autre action), ergothérapeute (qui soigne par le travail) ainsi que chirurgie (travail avec la main) en français.
N.B. en physique l’erg était une unité de mesure de l’énergie, du « travail »des forces, dans l’ancien système d’unités CGS (il est maintenant remplacé par le joule) .

DEVINETTE : de quand date le premier Code du travail ?

REPONSE à la DEVINETTE du dernier numéro de La Mée : c’est Marcel Carné qui a réalisé Le Quai des Brumes en 1938, d‘après un roman de Pierre Mac Orlan (1927). Dans ce film Jean Gabin adresse à Michèle Morgan la célèbre réplique : « T’as d’ beaux yeux, tu sais ! ».

Elisabeth Catala


Ecrit le 9 mai 2018

Le mot TRAVAIL peut concerner la transformation d’une matière : on travaille le bois, le fer, le sol ; en cuisine, travailler une pâte signifie battre ou mélanger plus ou moins vigoureusement un « appareil » à la main, avec un fouet, une spatule ou au batteur électrique pour incorporer les ingrédients qui le compo-sent et le rendre homogène ; on peut travailler une pâte hors du feu, sur le feu, voire sur de la glace.

Le mot travail désigne aussi l’effort à fournir sur le plan physique pour acquérir la maîtrise d’un geste, ou l’exercice nécessaire pour réussir : ainsi les danseurs s’échauffent les muscles en travaillant à la barre, les cavaliers font travailler le cheval avec des exercices de barre au sol, les élèves et étudiants travaillent les matières qui sont au programme ; les musiciens travaillent quotidiennement leur instrument pour en maîtriser les difficultés. Tous ces exercices représentent évidemment une contrainte.

Jusqu’au XVIIe siècle, le travail était considéré comme une besogne servile, indispensable pour produire mais réservée aux pauvres et aux esclaves. Les nobles et les prêtres se faisaient un honneur de ne pas travailler. Rappelons que dans le monde antique les hommes libres ne travaillaient pas.

Cependant dès le XVIe siècle la tradition calviniste avait donné au travail valeur de dignité : l’homme avait reçu vocation de collaborer à l’œuvre de Dieu en se mettant au service de son prochain et du développement du monde.

L’essor des relations marchandes, la révolution industrielle née au XIXe siècle avec tous les bouleversements économiques et sociaux qui l’ont accompagnée ont grandement modifié le concept de travail, qui, d’action servile, est devenu acte de création productive engendrant revenus et richesse. Selon le sociologue Max Weber, l’essor du capitalisme est lié de près à l’éthique protestante.

Au sens économique usuel, le travail est devenu synonyme d’activité professionnelle rémunérée, d’emploi. Ainsi on peut être employé à temps complet ou partiel, être salarié ou travailleur indépendant, effectuer un travail de jour ou de nuit , faire du « télé-travail », travailler à la chaîne. Certains font un travail de titan, d’autres, de fourmi d’autres, de bénédictin (un travail intellectuel minutieux).

Au pluriel, le mot travail pris dans le sens d’emploi s’écrit : travails. Mais il s’écrit travaux au pluriel quand il s’agit des travaux d’aiguille, des travaux des champs, des travaux d’une assemblée, d’une commission ou d’une académie, des travaux publics, des travaux forcés.

Enfin, historiquement, le travail avait été conçu comme l’instrument par excellence de l’entreprise humaine pour aller vers le progrès (domestication de la nature, espoir de libération et fondement d’une société nouvelle ) mais il arrive que l’utopie tourne au cauchemar (précarisation de l’emploi, chômage, détérioration de l’environnement naturel, marchandisation croissante de la vie sociale et culturelle) et l’on entend maintenant parler de « critique du travail » et de « décroissance » ce qui incite à reconsidérer la place et la fonction du travail dans la société contemporaine...« axée » sur les loisirs dans laquelle le temps de travail serait réduit jusqu’à espérer la fin du travail dans une nouvelle société qui serait régie par l’I.A. (intelligence artificielle) ?

DEVINETTE : Pouvez-vous citer au moins 3 des 12 travaux d’Hercule ? Réponse dans le prochain numéro de la Mée.

REPONSE à la DEVINETTE du dernier numéro : Le premier Code du travail, intitulé Code du travail et de la prévoyance sociale a été institué en France par la loi du 28 décembre 1910 : il portait sur les conventions relatives au travail. Il est actuellement en plein remaniement.

Elisabeth Catala


NOTES:

(1) Rappelons la prédiction faite à Adam et à Eve après qu’ils eurent mangé le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal malgré l’interdiction qui leur avait été faite par Dieu.Retour ligne automatique
(2) Phonétiquement, le b se transforme naturellement en v.Retour ligne automatique
(3) Dans le Vieux Lyon, la traboule est un passage piéton qui permet de passer d’une rue à une autre. Ce mot est de la famille de trabouler (trabulare en bas-latin- du latin transambulare- et certains linguistes n’hésitent pas à faire le rapprochement entre travailler et trabouler qui aurait selon eux donné naissance au mot... boulot !).