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Les femmes, mai 68, et après ?

Ecrit le 9 mai 2018

Courrier des lecteurs

 Mon Mai 68

A cette époque, il faut savoir que pour se marier un militaire devait demander l’autorisation à son Colonel et une enquête était faite par les gendarmes sur la famille de sa futur épouse. ils sont venus sur mon lieu de travail au Prisunic de Châteaubriant puis chez mes parents et nous avons obtenu l’autorisation. Mais un copain de mon mari, militaire aussi, fréquentait une jeune fille dont le grand père était membre du parti communiste, donc mariage refusé ! Et comme il n’a pas obéi, il a fait 2 semaines d’ arrêt ou interdit de sortir !!

Heureusement, après 1968 tout cela a été supprimé, cela valait donc le coup de se battre.

En mai 68 mon mari était militaire de carrière à Angers, donc consigné à la caserne. Moi, après mon mariage, j’avais trouvé un emploi dans une usine de fabrique de landaus, appartenant à la famille TURC, dont un membre était maire d’Angers. A l’usine, des syndicalistes sont venus nous chercher et j’ai défilé dans les rues d’Angers. Pendant ce temps mon beau- père qui travaillait à l’usine Huard de Châteaubriant était piquet de grève ! Voilà la famille.

Annick Doucin Lerat


 Mai 68 et les femmes

Le témoignage ci-dessus interroge. Où étaient les femmes en 1968 ? Quand on lit le livre de l’Union Départementale CFDT, on ne trouve quasiment pas de témoignages de femmes, sauf référence à la grève des ouvrières de Kretz-Chantelle à St Herblain. Le travail des femmes, à l’époque, était admis lorsqu’elles étaient célibataires. Mais, en période de chômage partiel, les militants demandaient un partage du travail très sexiste : les hommes au travail, les femmes à la maison (ce qui sous-entendait que les femmes ne travaillaient pas !).

A l’époque les femmes étaient effacées, voire soumises, leurs droits n’étaient pas les mêmes.
Rappelez-vous :
1944, Droit de vote pour les femmes. Le premier vote eut lieu en 1945.
1946, Le principe de l’égalité absolue entre hommes et femmes est inscrit dans la Constitution de la IVe République.
1946 : suppression de la notion de « salaire féminin »
1956  : Fondation de « la maternité heureuse » qui devient en 1960 Mouvement Français pour le Planning Familial.
1965 Le mari n’est plus le « chef de famille ». La femme peut exercer une profession et ouvrir un compte bancaire sans l’autorisation du mari.
Décembre 1967, La loi Neuwirth autorise la vente de contraceptifs.

Mais les évolutions sont lentes ! Par exemple, à Nanterre, la présence des filles était autorisée dans les cités universitaires des garçons, mais pas l’inverse. Et dès mars 67, les filles ont demandé la liberté de circulation des garçons dans leur bâtiment.

Suzanne Erard

En mai 68, les hommes, y compris les dirigeants syndicaux, en étaient restés à leurs conceptions sexistes. Et les revendications féministes n’étaient pas audibles. Pas la moindre trace de revendication féministe, ni sous les pavés, ni dans le sable de la plage.

Les revendications des femmes au niveau social, économique et politique n’ont pas été prises en compte. Et encore moins celles qui concernaient leur corps et leur sexualité. Les dirigeants étaient des hommes, l’histoire n’a pas retenu de nom de femme. A Châteaubriant, cependant, il y en avait une : Suzanne Erard.

La Marianne de Mai 68 © JP Rey

[La jeune fille de la photo était l’héritière d’une fortune britannique, qui la déshérita en représailles. Elle exerçait par ailleurs le métier de mannequin pour des marques de luxe, qui lui supprimèrent ses contrats. Reste la belle image, symbole du rendez-vous manqué des femmes et de Mai 68].

1970  : L’autorité parentale remplace la puissance paternelle.
1972 : - Reconnaissance du principe « à travail égal, salaire égal ». l’école polytechnique devient mixte : 8 femmes sont reçues.
1974 : Françoise Giroud première secrétaire d’Etat à la condition féminine.
1975 : - Loi Veil pour l’Interruption Volontaire de Grossesse - IVG
Réintroduction dans la loi du divorce par consentement mutuel.
En 1975 aussi, Françoise Giroud «  souhaite vivement que, pour la première fois, les épouses signent, avec leur mari, » la déclaration de revenus.
1976 : La mixité devient obligatoire pour tous les établissements scolaires publics.

C’était gagné alors ? Pas si vite ! Cinquante ans après mai 68, l’égalité hommes-femmes est loin d’être achevée, elle rencontre même des résistances dans tous les milieux. Des étudiantes des classes préparatoires du lycée militaire de Saint-Cyr l’école, ont relaté les insultes, les humiliations et le harcèlement qu’elles subissent de la part des « tradis », un groupe d’élèves masculins, catholiques ultra-conservateurs, proches de l’extrême-droite, homophobes, misogynes et donc hostiles à la présence de femmes dans l’armée. Une enquête du Défenseur des droits met en lumière les discriminations de métier et de salaire auxquelles font face les avocates françaises Les principaux motifs de discrimination déclarés sont le sexe, la maternité et l’âge. « On peut s’étonner que dans une profession fortement féminisée, il y ait des situations de discrimination aussi importantes que ce que montre l’étude. Mais la féminisation d’une profession socialement valorisée s’accompagne de réactions de protection de la part des hommes », a déclaré le Défenseur des droits, Jacques Toubon. 

En matière sexuelle, les derniers scandales contribuent à faire évoluer les choses. On y découvre l’ampleur et la banalisation des attaques sexuelles auxquelles les femmes sont confrontées. Le scandale touche même des institutions fort honorables, qu’il s’agisse d’une confédération humanitaire comme Oxfam, ou qu’il s’agisse de l’Académie suédoise attribuant les prix Nobel.

Lire aussi : Sur les traces du mouvement du 22 mars :voir le site femmes-mai68


 A Châteaubriant

A Châteaubriant aussi, les codes vestimentaires s’imposaient aux femmes. C’est ainsi qu’on vit le proviseur du lycée interdire aux élèves de venir en collants de couleur. C’est ainsi qu’au magasin Maganis, qui se trouvait à l’emplacement de l’actuelle médiathèque  , les vendeuses avaient interdiction de porter des pantalons l’hiver (article de La Mée de septembre 1975).

A propos de La Mée : ce journal est né dans la foulée de mai 68 et des élections municipales de 1971, notamment pour prouver que nous étions capables de publier des informations locales. Le premier numéro est paru en janvier 1972, irrégulomadaire d’abord, puis mensuel et hebdomadaire et il tient toujours.

Dès le début La Mée s’est intéressée aux questions sociales et sociétales. Par exemple, en mai-juin 1973, elle a publié un tableau comparatif de différentes méthodes de contraception : pilule, stérilet, diaphragme, spermicides et préservatif masculin. A l’usine Huard, plus de 1000 salariés à l’époque, cela provoqua de nombreuses débats dans les ateliers !