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Jeux dangereux et dépassement de soi

Ecrit le 21 février 2018

 Jeux dangereux, soirée à Derval

Prendre une grande inspiration, gonfler les joues et attendre de devenir rouge écarlate. Jeu du foulard, autoroute, carte à puce : ce sont des jeux que les enfants pratiquent sur la cour de récréation, des jeux très dangereux car ils y risquent leur vie. Dire aux enfants que ce n’est pas comme dans les jeux vidéos, on ne revit pas après avoir appuyé sur un bouton. Leur dire le risque de ‘jouer’ à ces jeux d’évanouissement seul dans sa chambre, où personne ne pourra intervenir s’il y a arrêt cardiaque par exemple.

Pour informer les parents, une réunion aura lieu le 22 février 2018 à Derval, salle municipale à 20h.

Robin

Robin 11 ans : Hypoxie majeure de plus de trois minutes avec perte de connaissance, 4 mois dans le coma et après deux ans et demi, malgré une rééducation quotidienne, Robin n’est plus autonome, il ne peut pas marcher tout seul, il parle à peine et a du mal à manger seul. Il a joué à un jeu de non-oxygénation.


Ecrit le 23 mai 2018

L’adolescence est le temps des conduites à risque. Selon O. Fenichell, ce serait le désir de maîtriser une angoisse infantile par la mise en danger de soi. Selon Y. Assedom, outrepasser les limites, c’est risquer la perte de soi, l’éclatement de l’identité. Dans les expressions courantes utilisées par les adolescents, on entend ainsi en alternance des actes indiquant une position passive ou active, comme dans l’idée de « s’éclater » ou la crainte de « se faire éclater ». La mutation de l’angoisse en jouissance est liée à la réinstauration des limites ; échapper à la mort implique une forme de renaissance, qui permet de se prouver qu’on existe. A l’adolescence, ce type de paradoxe est au premier plan : se couper de ses racines (comme l’origine étymologique du mot « risque » l’indique) par un acte rituel autocréé, pour mieux trouver qui on est, et ressortir de cette expérience mieux identifié, comme révélé à soi.

Il y a des jeunes qui ont besoin d’avoir peur, pour mieux s’assurer, se rassurer ensuite. C’est à cela que servent, entre autres, les contes de fées : une mauvaise fée, un loup, un chien méchant, la peur … et la sécurité retrouvée dans les bras des parents.

Mais les temps ont changé, les mauvaises fées aussi. Elles ne jettent pas un mauvais sort mais elles proposent de nouveaux jeux. Par exemple le jeu du foulard, qu’on appelle aussi la tomate, dans lequel les enfants bloquent leur respiration jusqu’à l’évanouissement, provoquant ainsi cha-que année des accidents mortels. 

Par exemple le défi : sel et glaçons : « Ice and salt challenge », qui vise à appliquer du sel et des glaçons sur la peau pour provoquer des brûlures douloureuses.

La Neknomination consiste à se filmer en buvant un verre d’alcool cul sec avant de mettre au défi trois autres personnes. Les smartphones et la diffusion sur les réseaux sociaux contribue au succès de ce ‘jeu’ qui, lui aussi, a causé des morts.

Le Condom Snorting Challenge, (en anglais, c’est mieux) consiste à snifer un préservatif par une narine pour le faire ressortir par la bouche. Mais les jeunes ignorent que le nez est un organe fragile. Faire passer un préservatif du nez à la bouche en l’aspirant peut, entre autres, causer de violentes douleurs, des allergies, des infections et constituer un sérieux risque d’étouffement.

Un nouveau jeu stupide fait des ravages dans les cours de récréation : le défi du déodorant. Conçu pour tester la résistance à la douleur, il consiste à se brûler la peau en projetant le flux glacial d’un aérosol à quelques centimètres de l’épiderme. De multiples photos de brûlures et de cloques circulent désormais sur la Toile. C’est pas chouette ça ? Sauf que outre la douleur, un tel acte prédispose à une infection, au cancer de la peau et peut même dans certains cas exiger des greffes.

De tout temps, les adolescents ont aimé expérimenter leurs propres limites, c’est à cela que servaient les rites d’initiation, mais on assiste aujourd’hui à un rajeunissement des acteurs. Les conduites à risques gagnent désormais les cours des écoles primaires et maternelles, avec des conséquences parfois dramatiques. Des chercheurs ont voulu en savoir davantage en étudiant un échantillon d’élèves de classe élémentaire première année (CE1) et deuxième année (CE2).

Vingt-cinq écoles de l’académie de Toulouse ont été tirées au sort en proportion des critères suivants : taille de l’école, localisation rurale/semi-rurale ou urbaine, publique ou privée, appartenance au réseau ECLAIR. Le mode d’enquête a été un questionnaire anonyme prévalidé dans deux écoles non incluses dans l’échantillon et distribué aux élèves par le même investigateur.

Mille cent vingt-cinq questionnaires ont été distribués, 95 % ont été complétés. L’âge moyen des enfants était de 8-9 ans.

Quarante pour cent des enfants ont déclaré avoir déjà joué à au moins un JNO. (jeu de non-oxygénation ) 13 % d’entre eux pratiquaient tous les jours ou plusieurs fois par jour. Cette prévalence variait selon les établissements (16 à 75 %) et selon les JNO. Le risque vital associé était connu par 76 % des non-pratiquants et 48 % des pratiquants.

 Conclusion

La prévalence globale de cette pratique (40 %) était plus élevée comparée à celle connue chez les collégiens et lycéens (7–12 %). Les motivations aux différents âges n’étaient pas les mêmes. Prévention et information des jeunes élèves doivent débuter tôt et se poursuivre tout au long de la scolarité.
Source : archives de pédiatrie
voir le site jno

 Protection

Cela pose le problème de la protection, ou plutôt de la surprotection des enfants. Ne grimpe pas aux arbres, tu vas tomber. Ne va pas à l’école à vélo, il y a trop de circulation. Ne sors pas sans ton téléphone portable, je veux savoir où tu es….

Alors que la négligence est manifestement nocive pour les jeunes, la surprotection serait encore pire. Une étude sur le sujet a été menée par le Britannique Dieter Wolke, professeur au département de développement psychologique de l’Université de Warwick.

Il a démontré que les enfants trop enveloppés sont plus enclins à l’intimidation que les autres, car ils ne savent pas se protéger eux-mêmes. Les psychologues expliquent le phénomène en disant que les enfants négligés apprennent par eux-mêmes à gérer les problèmes et auront éventuellement plus de facilité à gérer de plus gros problèmes, tandis que les autres auraient tendance à tout simplement se laisser abattre. Le Dr Wolke maintient que le rôle d’un parent est de faire de ses enfants des gens compétents, autonomes et efficaces. Pour ce faire, il est nécessaire qu’ils aient à gérer des situations conflictuelles, et à développer l’esprit de négociation et leur intelligence émotionnelle. «  Alors, évitez de tout faire pour eux, d’embellir la réalité et de leur épargner tous les conflits. Vous ferez ainsi d’eux de futurs adultes forts et indépendants ».

 L’estime de soi

L’estime de soi est faite de quatre composantes : le sentiment de confiance, la connaissance de soi, le sentiment d’appartenance à un groupe et le sentiment de compétence.

Le sentiment de confiance est préalable à l’estime de soi. En effet, il faut d’abord le ressentir et le vivre afin d’être disponible pour réaliser des apprentissages qui vont nourrir l’estime de soi.

Il en va autrement des trois autres composantes. On peut stimuler la connaissance de soi, le sentiment d’appartenance et le sentiment de compétence à chaque stade du développement, à chaque période de la vie, par des attitudes éducatives adéquates et des moyens concrets. Il faut donc accorder une importance toute spéciale à la sécurité et à la confiance. »
Source : Germain Duclos

 Confiance en soi

Les intervenants en milieu scolaire savent l’importance du renforcement des facteurs de protection et des compétences psychosociales : confiance en soi et en l’autre ; estime de soi ; acquisition de valeurs personnelles ; construction d’une identité stable ; capacité à identifier un problème de santé ; habileté à résoudre des problèmes de santé, de comportement ; aptitude à communiquer et à s’adresser à l’autre en cas de difficultés.

Il ne s’agit pas seulement d’identifier des facteurs de risques mais aussi de savoir utiliser des compétences pour mieux gérer sa vie et sa relation aux autres. Les adolescents sont parfois débordés par des demandes pressantes de prévention orientées par les peurs sociales. On peut ainsi, sans le vouloir, contribuer à leur donner l’image d’un monde rempli de risques qui renforce alors les attitudes fréquentes de repli, d’esquive, de pessimisme ou de cynisme.

Une exposition-formation, proposée par l’OCCE, office central de la coopération à l’école, propose des outils pour valoriser les compétences positives qui encouragement les jeunes à développer leurs potentialités personnelles et sociales.
Voir ici :
voir le site occe-expo


Ecrit le 23 mai 2018

 Netflix

Suicide, harcèlement et viol sont les thèmes de la saison 2 de la série 13 Reasons Why que Netflix a sorti le 18 mai 2018.

Le binge watching, ou gavage télévisuel, consiste à regarder en continu des séries télévisées, sans s’arrêter. C’est un nouveau fléau créé par Netflix, un phénomène récent de très grande ampleur qui n’a pas encore fait les gros titres de la presse.

Netflix est l’initiateur de cette nouvelle façon de “consommer” les séries : en 2013, il a mis en ligne l’intégralité des épisodes d’une série à succès.

Netflix ne se contente pas de faciliter le visionnage de séries à la file. Il rend difficile de s’arrêter entre deux épisodes : 15 secondes après la fin du premier, le deuxième commence automatiquement. Et ainsi de suite. C’est au spectateur de prendre la décision d’arrêter.

Depuis trois ans, Netflix produit ses propres séries et les met en avant. J’ai regardé ses bandes annonces pour le mois d’avril 2018. Des images blafardes ponctuées de scènes de crimes et de meurtres de masse, des armes à feu, du sang, des cris, des visages effrayants déformés par le maquillage ou par des effets spéciaux, des séquences de baisers torrides alternant avec des accusations de tromperie (“Tu as couché avec le petit ami de ta meilleure amie”). Rien que de la violence télévisuelle habituelle, direz-vous. Mais non. Car l’action se déroule dans les couloirs d’un lycée, dans la cour ou dans une salle de classe. Et les personnages mis en scène sont tous des adolescents ou de très jeunes adultes.

Clairement, cette typologie de “héros” cible le public pré-adolescent et adolescent, susceptible de s’identifier avec les personnages. Dans les séries originales de Netflix, les adolescents sont la proie de violences inouïes dont ils sont soit victimes, soit auteurs.

Juste après les bandes-annonces “Les 10 meilleures séries” commencent “Les 10 meilleures séries pour adolescents”. Cela m’a donné la nausée. J’ai calé après 40 minutes, au début de la troisième bande-annonce : “Le TOP 250”. Mais Elsa et Karine, 16 ans, considèrent cette violence comme “normale”, ce qui indique que la violence dans les séries télévisées a le même effet insensibilisant que la violence des jeux vidéo. Ingurgitées en continu par un cerveau en cours de maturation, associées au manque de sommeil et, pour certains jeunes, à l’absorption d’alcool et de cannabis, ces images peuvent les faire basculer dans une psychopathie, notamment après un choc affectif dans le monde réel : deuil, rupture sentimentale.

Un ado immergé dans les séries Netflix se fragilise. Cela peut le conduire à s’isoler, à s’enfermer, à subir un changement de personnalité, à tenter de se suicider, avec à la clé un internement psychiatrique ou la mort. (Après la diffusion de la saison 1 de 13 Reasons Why, entre 900 000 et 1,5 millions de recherches supplémentaires sur le suicide ont été comptabilisés sur Google, selon Le Parisien).

Netflix le sait parfaitement, qui ose faire précéder la diffusion de la série 2 de la série 13 Reasons Why ayant pour thème le suicide, le harcèlement et le viol, d’un pseudo spot de prévention … en anglais, non traduit ni sous-titré. Les liens mentionnés sur la page http://13reasonswhy.info ne fonctionnent pas et aboutissent à des pages d’erreur. De même, le lien 13-Reasons-Why-Discussion-Guide-Season-1.pdf mène à un document vide. En revanche, cette page de “prévention” comporte plusieurs liens menant aux bandes-annonces de la saison 1 et de la saison 2 !

Le Festival de Cannes 2018 a refusé, à juste titre, les séries Netflix : c’est aussi en raison de la médiocrité de ses productions que Netflix cible les ados.

Comment Netflix est-il parvenu, ces dernières années, à séduire un si grand nombre d’abonnés ? En investissant dans ce qu’il appelle un “budget pour faire des grands succès”. Si vous êtes abonné-e, sachez que son marketing inclut l’analyse de vos données de visualisation pour améliorer son “pouvoir de recommandation”. En 2018, 1,3 milliard de dollars supplémentaires sont investis en recherche et développement.

La preuve que cette entreprise de “divertissement” sans foi ni loi est prête à tout pour coloniser le cerveau de nos jeunes, c’est qu’en mars 2018 pour inciter les enfants au binge watching, certains films ou séries pour enfants étaient signalés par un cadenas rouge qui se déverrouillait une fois le programme visionné dans son intégralité. L’enfant recevait alors un badge. Ce “test” a suscité de telles critiques de la part des parents aux USA que Netflix a dû arrêter.

L’OMS (office mondial de la santé) a annoncé le 6 janvier 2018 que l’addiction aux jeux vidéo sera ajoutée cette année à la liste de classification internationale des maladies. Il faudrait y ajouter le binge watching.

De même que les adolescents rescapés de la tuerie du lycée de Parkland en Floride en février 2018 se sont lancés dans une croisade contre la vente d’armes à feu aux USA, de même j’espère que les ados du monde entier se rebelleront et se ligueront pour faire obstacle à la stratégie manipulatrice et destructrice de Netflix dans les 190 pays où cette société est implantée (en France, depuis le 12 juin 2017).

En 2011, Netflix perdait 800 000 abonnés. Faisons en sorte qu’à partir de 2018-2019 il en perde 8 millions par an. C’est facile : l’abonnement peut être arrêté à tout moment.

Parents et grands-parents, je vous demande de bien vouloir jeter un œil sur ces images en vous posant la question : “Si j’avais vu de telles scènes toute ma jeunesse, pendant la construction de ma personnalité, quel adulte serais-je devenu-e  ?”

Agissons pour faire cesser les agressions de Netflix contre le cerveau de nos enfants et petits-enfants !
Annie Lobé,
le 17 mai 2018
Journaliste scientifique indépendante

Voir ici : voir le site13 reasonswhy


 Tuerie après tuerie

NDLR : le texte ci-dessus a été imprimé le 17 mai 2018. La soirée de lancement de 13reasonswhy était prévue le lendemain, mettant en scène une tuerie en milieu scolaire. On y croisait entre autre un personnage victime de harcèlement scolaire, collectionnant les pistolets, on y évoquait la violence causée par des armes à feu et une tentative de suicide par balle.

Or, le lendemain, 18 mai, une fusillade à la Santa Fe School au Texas, aux USA, a fait 10 morts et 10 blessés, L’auteur est un jeune homme que ses camarades présentent comme un adolescent calme, qui restait dans son coin et avait peu d’amis. Mais il a laissé sur sa route des engins explosifs, qui n’ont apparemment pas explosé. Les enquêteurs ont fouillé son téléphone portable et son ordinateur. « Il voulait non seulement perpétrer cette fusillade mais aussi se suicider ensuite », a expliqué le gouverneur du Texas,

Cette tuerie intervient trois mois après celle de Parkland, en Floride, où un élève avait abattu 17 personnes dans son ancien lycée, déclenchant une mobilisation nationale, laissant de marbre Donald Trump grand partisans du lobby des armes !

Quand se multiplient les tueries on peut s’inquiéter ! Selon Boris Cyrulnik, « des enfants trop peu entourés, ne sont pas ritualisés, pas imprégnés de culture humaine. Lorsqu’ils arrivent à l’adolescence, leurs émotions s’expriment par un passage à l’acte car ils ne maîtrisent pas la parole et les interactions  ».

Ce passage à l’acte est une alerte, l’indicateur de dysfonctionnements sociaux. Ce n’est pas un désir de mort, c’est le désir de tuer cette manière de vivre qui fait souffrir, tuer le conflit de ses parents, son isolement.,,,