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Nettoyage de printemps

Ecrit le 23 mai 2018

C’est l’histoire du printemps. C’est l’histoire d’un simple bonhomme. C’est vrai, le printemps n’a pas d’âge. Il est l’éternel renouveau. La nature et l’humain s’ébrouent après le sombre hiver. Mais le simple homme de l’histoire, a contrario du printemps toujours jeune, pèse son âge. Et même un certain âge. Décrivons-le à grand traits. Plus tout jeune, il vit seul en son foyer, son lieu de vie. Un peu bougon parfois, il cultive ses marottes (et peut-être ses carottes ?) pour dépenser son temps. Qui lui paraît parfois long, aux limites de l’ennui. En hiver, des jours s’empilent, identiques et moroses. Il cohabite avec ses habituelles douleurs physiques qui grignotent peu à peu du terrain. En espérant chaque jour qu’un troublant diagnostic médical ne vienne pas contrarier son espoir de vie. En bref, notre homme est normal, respecté, autonome, un peu égocentrique, assumant tant bien que mal l’entretien de son logis. Et puis le printemps survient et le surprend, encore une fois.

Les jours s’allongent, la température remonte, le soleil augmente la luminosité, la nature revit et montre ses premières feuilles et fleurs, la vêture de notre homme s’allège, lui rendant plus de liberté de mouvement. Mais le printemps s’introduit aussi subrepticement au plus profond de son corps et de son esprit. C’est comme des fourmis qui grouillent, des neurones et des muscles assoupis ou endormis se réactivent et réclament à cor et à cri leur part d’activité.

Le joli mois de mai semble propice à la remise en cause dans un sens très général. Pensons à mai68, pas piqué des hannetons. Et à celui en cours dont l’avenir dira s’il sera fertile et prolifique. Par vocation, le mois de mai se répète en synonyme du grand mouvement, de la re-naissance. Donc notre homme, avec un œil neuf et critique, parcourt son domaine. Il y découvre (ou redécouvre) des choses, des biens, des surfaces, des volumes oubliés. Sans désemparer, il se sent comme magiquement obligé à réaliser dans son lieu de vie trois tâches urgentes, à savoir remise en cause de son environnement, nettoyage et débarras. C’est une vraie tempête dans sa tête, une envie de révolution, casser les habitudes trop installées, devenir ouvert et fertile à tous vents, aérer en ouvrant en grand, au propre comme au figuré, toutes portes et fenêtres. Pourtant il est juste touché par le syndrome normal du grand nettoyage de printemps.

Hiérarchisant les tâches pour mener à bien ce grand chantier du renouveau, il s’attelle d’abord au débarras. C’est proprement incroyable de constater notre tendance à l’accumulation. Une fièvre d’achat supposée satisfaire un besoin de possession ou bien parader devant amis et surtout nos voisins. Ceci se fait en pillant allègrement et sans vergogne l’héritage légitime et futur de notre descendance, nos enfants (je rappelle qu’en France, le jour du dépassement est intervenu cette année le 05 mai et qu’il faudrait 2,9 Terre(s) pour conserver l’actuel niveau de vie français). ET, notre virtuel ami extraterrestre, rigolerait en pensant et en nous comparant aux écureuils anxieux pour leurs noisettes. Cette accumulation peut aussi avoir trait à un brin de nostalgie, comme une marque de souvenirs gravés dans le disque dur de notre mémoire. Ou bien elle illustre l’adage ‘ça peut toujours servir’. Elle peut enfin traduire un trouble psychique de nature compulsive, décrit comme Syndrome de Diogène ou de Noé (son gentil petit nom savant est Syllogomanie). Bien, notre homme rassemble son courage et sa volonté, retrousse ses manches, boit un café pour se stimuler et se met à l’œuvre : il trie. Et ça barde !

Il en ressort un gros,un énorme tas d’objets divers et variés (comme on dit). Fatigué mais ébahi, il contemple, rêveur, le résultat de son travail. Ça vaut ‘les écuries d’Augias’, l’un des douze travaux imposés à Hercule (sans vouloir être langue de vipère, c’est un poncif classé prioritaire dans la longue liste de promesses de nombreuses personnalités politiques de premier plan, promesse jamais vraiment tenue). Dans un sursaut de conscience, notre homme scanne à nouveau son tas et s’autorise à reprendre deux ou trois bricoles qu’il conservera finalement. Pour le reste, basta, et sans regrets. Il mesure et apprécie le gain en place et en fluidité dans son lieu de vie. Comment avait il supporté de vivre dans un tel capharnaüm ? Mystère.

Puis s’impose à lui un problème : que faire de cette petite montagne, de ce qui à ses yeux est devenu ‘déchets’ ? Il se gratte la tête, tout en se retournant les méninges. Il scanne à nouveau son tas. Il y voit d’une part des objets en fin de vie et d’autre part des articles parfaitement fonctionnels et/ou réemployables. Une idée lumineuse surgit, facilement faisable et éthiquement satisfaisante pour une conscience en paix. Il se remet au travail et remanie en deux tas. Le premier partira irrémédiablement en déchetterie. Aussitôt dit, aussitôt fait. Nouvelle réflexion sur le sort des ‘réemployables’. Revendre ? C’est perdre du temps à rédiger des annonces, être dérangé au tél, recevoir les acheteurs qui disputent le bout de gras, et tout ça pour un bien maigre profit. Tout apporter à la recyclerie la plus proche ? Facile d’un côté, mais dérangeant de l’autre car tout le monde ne passe pas par ce magasin, et surtout ceux dans le besoin (mobilité, isolement). Et s’il testait une mise à disposition au plus proche de l’éventuel nouveau utilisateur ? Tope-là, banco. On tente !

Il bricole sur son ordi une petite affichette simple et voyante, avec « à saisir » en gros caractères, éventuellement « marche ok » si appareil mécanique ou électrique, et en bas une devise « avant de jeter, réflexe recycler ». Il la scotche sur chaque article. A la météo, il repère deux jours ensoleillés de suite. Connaissant les lieux de passage fréquentés et proches d’habitations, il les dépose le matin bien en vue et par petits lots (la rue ou les parcs ne sont pas des décharges publiques !). Par acquis de conscience, il repasse en tournée d’inspection le lendemain soir. Il sourit, satisfait, quand les lieux sont vides. L’objet est parti gratuitement vers une nouvelle vie. Si par hasard, et c’est rare, il tombe sur un article qui n’a pas trouvé son destin, il le ramasse pour destination recyclerie. C’est du gagnant-gagnant. Il a assaini son lieu de vie. Il a comblé gratuitement un besoin caché. Sur le sentiment d’une bonne action, il a apaisé sa conscience. Son idée était bonne, c’est tout bon pour son estime et sa confiance en soi.

Cet article appartient au bouillonnement du joli mois de mai, de l’éternel élan et renouvellement propre au printemps, en dehors des grèves qui assombrissent le ciel et pèsent sur le moral. Je l’ai voulu frais et gouleyant (comme « la première gorgée de bière » dont le nom de l’auteur m’échappe). Pourquoi un homme ? Parce que ça aurait pu être une femme ou bien une famille. J’ai personnellement testé la méthode, avec un plein succès. Et maintenant, pour conclure, à chacune et chacun de se regarder intensément dans son miroir.
Pascal de Blain


Réemploi-réparation

Le gouvernement a dévoilé, il y a un mois, les grands axes de la feuille de route de l’économie circulaire. Objectif : rendre l’économie plus durable et réduire le gaspillage à tous les étages, alors que la France est à la traîne en matière de recyclage des déchets,

Recycler, oui, mais avant d’avoir recours au recyclage qui capte une grande partie des soutiens financiers, le monde associatif milite pour privilégier le réemploi et la réparation. Deux secteurs que la feuille de route gouvernementale prévoit aussi de dynamiser, notamment par le biais de plateformes numériques de mise en relation des réparateurs avec les consommateurs, ainsi que des mesures fiscales « pour permettre une baisse effective des prix des services de réparation ». Des taux de réemploi et de réparation, encore à fixer, seront imposés aux producteurs. En attendant, vivent les repair-cafés !