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Oser la fraternité

Ecrit le 30 mai 2018

 « Refaire le Monde » et « Oser la fraternité » au festival « Étonnants Voyageurs » à St Malo des 19, 20 et 21 mai 2018.

Cette année, le thème central du festival a été l’occasion, outre une réflexion sur les enjeux de la francophonie, de poursuivre la réflexion sur les migrations, dans la continuité des journées de l’an dernier consacrées aux migrants.

D’abord par un livre,Osons la fraternité ! Les écrivains aux côtés des migrants*, rassemblant la contribution de 30 écrivains (dont entre autres, Michel Le Bris, Patrick Chamoiseau, Christiane Taubira, Jean-Marie Gustave Le Clézio…), puis par la poursuite de la réflexion durant le festival lors des débats, films et lectures consacrés au sujet, et enfin par l’’Appel de Saint-Malo lancé à l’initiative   de Patrick Chamoiseau, Mireille Delmas-Marty et Michel le Bris, pour « un accueil humain des migrants, la construction d’un principe d’hospitalité et le rappel d’un devoir de solidarité  », à l’issue de l’après midi «  Frères humains  » du 20 mai 2018.

Osons la fraternité  ! Les écrivains aux côtés des migrants aux éditions Philippe Rey. Patrick Chamoiseau, écrivain martiniquais, Mireille Delmas-Marty, juriste, professeur au Collège de France, Michel le Bris, écrivain, fondateur du festival Étonnants Voyageurs à Saint Malo.
 
Nous publions ici l’intégralité de ce texte, qui appelle à mettre en place une gouvernance mondiale dans la gestion des migrants. Il a été diffusé dès lundi 21 mai sur les ondes de France Culture.

 Un déni de réalité.

«  Face au désastre humanitaire qui accompagne des migrations d’une ampleur sans précédent, les surenchères répressives qui tiennent lieu de politique des migrations sont un déni de réalité. Les écrivains, artistes et réalisateurs réunis àSaint-Malo appellent la Communauté internationale à mettre en place une gouvernance mondiale nourrie de nos traditions multiséculaires et de nos imaginaires. L’urgence est à la construction d’un principe d’hospitalité qui deviendrait opposable aux États.

 Interdépendance.

Le point de départ est le constat d’interdépendance. Comme l’a reconnu l’Assemblée Générale des Nations Unies en 2016 « aucun Etat ne peut à lui seul « gérer des déplacements massifs de réfugiés et de migrants ». Les conséquences, qu’elles soient politiques, économiques, sociales, développementales ou humanitaires atteignent non seulement les personnes concernées et les pays d’origine mais les pays voisins et ceux de transit, ainsi que les pays d’accueil.

 Un devoir de solidarité.

Comme pour le climat, l’interdépendance appelle un devoir de solidarité qui mobilise de multiples acteurs bien au-delà du dialogue interétatique. Des scientifiques (les climatologues sont remplacés par démographes et anthropologues) devien-nent lanceurs d’alerte et veilleurs. Des collectivités territoriales (États fédérés et grandes villes) s’engagent. Des partenariats s’organisent avec les migrants et les diasporas et plus largement avec la société civile dans sa diversité : ONG et syndicats, citoyens spontanément solidaires malgré les risques de poursuite pénale.

 Le principe d’hospitalité.

Il reste à mettre en œuvre les responsabilités « communes et différenciées  » des États. Communes parce que les objectifs sont les mêmes : des migrations « sûres, ordonnées et régulières ». Différenciées parce qu’elles varient nécessairement d’un pays à l’autre selon des critères à définir : quantitatifs, comme la population, le PIB, le nombre moyen de demandes, ou le taux de chômage ; qualitatifs comme le passé historique ou la situation socio-économique.

La force et la faiblesse de ce modèle de gouvernance mondiale est qu’il repose essentiellement sur la bonne volonté des acteurs. Pour être efficace, il doit être pleinement reconnu en termes de légitimité. La célébration des 70 ans de la Déclaration universelle des droits de l’homme, en décembre 2018, est l’occasion de cette reconnaissance.

À l’image du développement durable qui a permis de pondérer innovation et conservation, le principe d’hospitalité, régulateur des mobilités humaines, permettrait de pondérer exclusion et intégration et d’équilibrer les droits et devoirs respectifs des habitants humains de la « Maison commune  ».
(fin du texte)

° ° ° ° °
« Seigneur dites seulement une parole
Et le peuple qui marche sur l’eau
aura la terre ferme sous ses pieds
Un toit pour ne pas mêler ses larmes
aux vagues
Et une table d’hôte à l’enseigne
de notre Inhumaine humanité »

Jean Rouaud, Osons la fraternité