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l’Humain atteint les limites de son corps

Ecrit 6 juin 2018

«  mens sana in corpore sano ». Cette célèbre et latine citation, un esprit sain dans un corps sain, sage devise, est attribuée à un (presque) illustre inconnu : Juvénal. Et elle ne date pas d’hier : ce poète satyrique latin a vécu entre la fin du Ier siècle et le début du IIe ap J.C. . Si les historiens ont tout bon, ça remonte à un sacré bail : 1800 ou 1900 ans. Et Dieu seul sait (et encore ?) combien d’humains ont tenté de l’honorer voire de la surpasser. Retenons qu’à l’époque vivait déjà la notion de sérénité, de performance, de progrès et d’émulation. Mais, mais…

 mais ça devient dur et secret

Le vrai feu d’artifice du progrès au crédit de l’humain monte en puissance depuis plus ou moins 150 ans. Que de vraies révolutions et de moindres évolutions tant dans les capacités physiques que dans le bouillonnement des idées. Il se nourrit d’un mélange intime de muscles, de neurones, d’obstination et d’expérience. Pourtant depuis 10 à 15 ans, malgré le tourbillon effréné apparent de l’innovation, le progrès a changé de nature. C’est encore difficile à définir. Nous subissons une pression maximum sur le conditionnement de l’opinion publique. Nous ‘ramons’ pour détecter le vrai du faux. La découverte continue, quitte à prendre des risques. Elle outrepasse ou s’affranchit de l’éthique morale, du respect de l’humanité et de la planète. Elle devient moins transparente, cherche le profit court-termiste. Très pointue, elle se mijote à haut niveau dans des labos, spécialisés, en pèle-mêle, dans : le numérique, la chimie, la technique, l’énergie, l’éducation du futur, la cosmologie, la médecine, le bio-contrôle, la climatologie, le coaching, la gestion de cloud (stockage) et de big data (données en grand nombre), la sécurité des personnes et des biens. J’en omets sans doute. Adieu et merci, les révolutions de la vapeur et de l’acier. Bonjour le futur.

Pourquoi cette digression ? Pour planter le décor et l’ambiance de la découverte, de la Recherche et Développement à venir et de ses pépites, fabuleuses sources de profits. Notre recherche publique (mais nous ne sommes pas le seul pays dans ce cas, ce qui n’a rien de rassurant) ne peut que pleurer sur les coupes de budget successives et ne joue plus dans la cour des grands (en 2018, 48 milliards d’€, 2,4 % du PIB, élève médiocre de l’Union Européenne). Comme au poker, sans parler de suivre, elle n’a même plus les moyens de demander « à voir ». L’entreprise privée a pris le relais, prompte à déposer des brevets et à se barricader derrière le (nouveau) « secret des affaires ». La norme est le mutisme, l’ombre et le secret. Mais revenons à nos moutons, le corps et l’esprit.

 Un corps sain

L’humain est un mélange inextricable et indissociable d’un corps et d’un esprit par lequel il est un ‘tout’ et unique. Depuis 10 à 15 ans maintenant, le constat devient unanime : l’humain patine ou presque dans le progrès de ses performances physiques et intellectuelles. Pour clarifier l’analyse, commençons par l’évolution du corps, très liée à l’environnement qui l’entoure. Nous irons du monde industriel faisant appel à une forte contribution physique pour rejoindre l’univers sportif, performant par nature.

Les acteurs du monde industriel, du salarié au plus haut dirigeant, connaissent par cœur deux mots-clé : compétitivité et productivité. Ils sont d’ailleurs la source principale des conflits en entreprise, sous le terme générique de ‘conditions de travail’, thème d’actualité. Par métiers ‘durs’, des exemples tels que couvreur, ouvrier à la chaîne, aide-soignant, éboueur, etc. Ils ont subi une flexibilisation et une augmentation des cadences jusqu’au point de rupture (soit de la qualité, soit, le pire, l’effondrement du travailleur à son poste de travail).

De nouvelles méthodes de management, puis de primes d’intéressement (le bâton et la carotte) sont testées. Sans succès. Les obstacles, affreux, se nomment trouble musculo-squelettique, insomnie, lordose, addiction, arthrite, stress, pneumopathie, cancer, etc. A l’heure où tout est calibré et mesuré, force est de reconnaître que l’effort physique au travail a trouvé sa limite. Il a maintenant besoin d’aide extérieure pour gagner et en productivité et en qualité. D’où l’appel massif et pressant à la technique et à la technologie (ergonomie, exo-squelette, robotisation). Ceci entraîne malheureusement de la destruction d’emploi et de métiers.

Un autre domaine, prestigieux en performances et marqueur idéal des limites du corps, est l’univers du sport. Par le Professeur Bengt Kayser, Institut des sciences du sport, Lausanne, cette introduction en septembre 2017 : « un jour, les athlètes ne pourront plus battre de records du monde, confrontés aux limites physiologiques de notre espèce ». Le ton est donné.

Certes, en 2009, le Jamaïcain Usain Bolt a épaté le monde en abaissant le record mondial du 100 m à 9’’58s, dans les 41 foulées habituelles. Le gain est de 0’’03s : c’est très peu (0,3%), mais valeureux. Bravo. Outre la physique et la (bio)chimie de son corps, on évoque son ascendance génétique propice et des circonstances quasi) favorables. Respect pour son talent.

La devise olympique est « citius, altius, fortius » qui signifie plus vite, plus haut, plus fort. Doit on s’habituer à ‘plus rare’ ? Entre 1896, date des premiers Jeux, et 2008 (Pékin,Chine), l’humain est parvenu à 99% de sa capacité athlétique, et plus de lésions graves ; une génération suffira pour atteindre le plafond de nos maxima (lemonde.fr,2008). Pour marquer mieux l’infinitésimal écart des progrès en saut à la perche (prenons de la hauteur, que diable !), le français Renaud Lavillenie a passé 6,16m en 2010. Il a battu le record de Bubka, 6m15, passé en 1993. Soit un progrès de 1cm (0,02% !). M. Berthelot, ingénieur à l’Irmes (recherche médicale du sport) prévoit que, « d’ici à 2027, plus de la moitié des 147 disciplines auront atteint le plateau physiologique ». il le déclarait en 2011.

Certes, la technique, la biologie et le matériel entourant une performance physique poursuivent leur innovation et laissent espérer de menus gains (pour exemple en 2009 la combinaison de natation en tout polyuréthane, apportant un bonus se comptant en secondes sur un 100m, n’a pas été homologuée par les fédérations au motif (fumeux) de la discrimination). A revers, la dérégulation climatique (température, taux d’oxygène, pollution aux particules fines) est un risque.

n.b. : le dopage est une tromperie et une tricherie, ne méritant même pas débat. Mépris et contrôles intensifs.

 Un esprit sain

Bienvenue dans un univers complexe, celui de l’intelligence. « le vrai signe de l’intelligence n’est pas la connaissance mais l’imagination » par M. Einstein. Protégé des os du crâne par la dure-mère, membrane souple mais solide, notre cerveau baigne dans le liquide céphalo-rachidien. Il pèse près de 1,5kg (2 % poids) et consomme 20 % de l’oxygène inspiré. Température interne optimum : 37,5°C. . Très énergivore, cet organe produit des signaux chimiques et électriques à l’adresse du corps. Il se répartit en deux hémisphères (ou lobes), le gauche plutôt rationnel (ironie du sort : il contrôle par préférence le côté droit de notre corps) et le lobe droit plutôt intuitif. C’est un impressionnant ‘fouillis’ très organisé : 100 milliards de neurones (cellules nerveuses excitables), reliées par les synapses, capables chacun d’établir 10 000 connections ; 50 à 100 fois plus de cellules gliales. Pour digérer et peser l’ampleur de ces chiffres, (et d’autres bien pires, suivront), une pause : décoller la pulpe = se remuer les méninges = se secouer les neurones = réfléchir !

Il est amusant et même instructif de tenter de tenter de comparer, même à la louche, deux choses qui ne sont pas similaires : un cerveau humain et un ordinateur (ah, les défis…) sur leurs capacités et leur puissance. Notre mémoire morte (ROM) serait notre ADN, logé dans chaque cellule vivante. Elle est chiffrée à 455 millions de téraoctets (To) par gramme d’ADN. Notre mémoire vive (RAM), logée dans le cerveau, équivaudrait à 2,5 Po (pétaoctets) –soit 2500 To -, c’est énorme. La consommation en énergie du cerveau = 12,6 Watt, celle d’un ordinateur portable = 80 W. Le microprocesseur, pièce centrale d’un ordi, n’a pas d’équivalent dans le cerveau.

Toutefois, il faut 40 mn à l’un des meilleurs supercalculateurs pour simuler 1s de l’activité cérébrale. Un avantage à l’ordi : il donne toujours la même réponse à la même question jusqu’à la fin de sa vie, la panne éventuelle est rare et évitable, le cerveau est plus variable. Avantage au cerveau : l’ordi n’intègre pas (pour l’instant, nous y reviendrons) la conscience et le sentiment, donc la ‘nuance’. Globalement, le cerveau l’emporte -encore- sur la machine. Il semblerait ne fonctionner qu’à 10 % de sa capacité. Comment activer le reste ? Retenons qu’il est un ‘concentré’ complexe, mais réticent, comme une terre inconnue, à se laisser explorer. Par contre, il pète la forme et ne manque pas d’idées à creuser pour le progrès et l’avenir de l’humain.

 où va la recherche ?

Nul doute que l’avenir fera la part belle à la technique, la technologie, la chimie, la santé, l’énergie et surtout le numérique. A suivre aussi les matériaux composites, la technique d’information et de communication (TIC), la gestion de données, la mécatronique (équipement de production). Comme dit plus haut, et dans tous les domaines, les chercheurs ne communiquent qu’une fois la piste aboutie et le brevet déposé. Alors que se passe-t-il dans le secret des labos ? Pas facile à savoir, même par le Web qui prétend avoir réponse à tout, à moins d’être un hacker (pilleur d’ordi) chevronné ou haut-cadre de la NSA (National Security Agency), agence gouvernementale des USA réputée avoir de ‘grandes oreilles’. Dans le palmarès des 12 événements scientifiques majeurs en 2017 de franceinfo.fr, seuls 5 concernent le futur, dont : utérus artificiel pour bébés grands prématurés, création de sang à partir de cellules-souche, robot qui fait des saltos, embryon d’ordinateur quantique.

Cette non-communication forcenée, cette non-transparence sur les projets en cours ne laisse pas d’interroger et n’est guère rassurante. Dans quelles mains tomberont ces inventions, et entourées de quel dessein ? Il conviendra de suivre la montée en puissance du numérique et en particulier celle de l’intelligence artificielle (IA) qui, encore balbutiante (mais est-ce certain ?), sera déterminante pour les équipes qui la maîtriseront. Tant de peurs, de fantasmes, d’espoirs et de pouvoir rattaché. Il est vrai que l’Europe, et la France avec, sont en retard face aux USA. C’est dû tant à la faiblesse du lien entre l’Université et l’Entreprise qu’à la frilosité en investissement -Xavier Niel, patron de Free, estime qu’une start-up sur 10 000 touche le jackpot)-. Mais quid de la Russie, de la Chine ? D’autres pays ? Donc vigilance.

Pour conclure, le corps de L’Humain a presque touché ses limites. Seul son assistance par la technologie, qui prend le relais, permettra le progrès. Par contre, son esprit incube des milliers d’idées, malheureusement dans le secret et l’obscurité. Pour finir, une boutade : le propre de l’homme, le rire ou l’intelligence ? Aucun des deux, mon ami.e !

n.b. : tous les chiffres cités sont tirés d’une investigation, recoupée si possible. Les sources sont très nombreuses et leur liste aurait alourdi inutilement l’article.

Pascal de Blain