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Monoprix a fermé

Ecrit en mai 2000

Fermeture de Monoprix

« La Municipalité de CHÂTEAUBRIANT vient d’être informée de la fermeture prochaine du magasin MONOPRIX. » : ce communiqué de la mairie, en date du 27 avril 2000, a fait l’effet d’un coup de tonnerre en centre-ville. Le personnel, lui, était au courant depuis le lundi 17 avril, mais avait ordre de n’en point parler.

Cela fait longtemps que le personnel constatait une baisse de chiffre d’affaires. On parle de 8 à 9 % chacune des dernières années. Dans ce magasin qui vend des produits de qualité supérieure, chaque vendeuse est chef de rayon, et suit le chiffre d’affaires au jour le jour, en notant même le temps qu’il fait pour essayer de savoir les raisons de la désaffection des clients. Le personnel met en cause l’existence des surfaces de vente de Leclerc et Super U. Des vendeuses de Monoprix se sont même rendues à plusieurs reprises pour faire « des sondages », pour essayer de comprendre pourquoi les clients préfèrent les « grandes surfaces ».

Le phénomène n’est d’ailleurs pas castelbriantais : les hypermarchés (nous n’en avons pas à Châteaubriant) ont été les principaux bénéficiaires de la vigueur de la consommation en 1999. Les ventes de l’ensemble du commerce ont augmenté cette année-là de 3,2 % en moyenne, en niveau national, mais de 4,3 % pour les seules grandes surfaces. L’essor de cette forme de distribution a eu lieu alors que le nombre d’hypermarchés est relativement stable depuis 1995.

Mais pourquoi ?

En ce qui concerne Monoprix, les raisons avancées par la direction de l’entreprise sont d’abord d’ordre économique, le chiffre d’affaires du magasin baissant régulièrement d’année en année. D’ailleurs le groupe Monoprix ferme la plupart de ses magasins dans les petites villes, pour ne garder que ceux des grandes villes.

Ce que la Direction ne dit pas, c’est que le magasin n’est pas en très bon état. La sécurité du personnel et des clients laisse à désirer et, faute d’avoir pu faire les travaux nécessaires, les services de sécurité ont demandé la fermeture du magasin. La municipalité s’y est d’ailleurs refusée, espérant qu’une solution pourrait être trouvée (lire plus loin le communiqué de la mairie).

Du côté du personnel, la décision de fermeture a provoqué de vives réactions : difficulté à trouver le sommeil, alimentation perturbée, interrogations nombreuses sur l’avenir. La plupart des vendeuses ont dépassé les 45 ans, âge où il est plus difficile de se reconvertir. Elles ont encore des enfants à l’école, parfois un mari déjà au chômage ou en emploi précaire.

La disparition de Monoprix risque en effet d’avoir des répercussions sur l’ensemble du commerce du centre-ville. Sur la place de l’église fraîchement rénovée, un grand magasin fermé pour l’été va faire mauvais effet. Les magasins de proximité qui l’entourent craignent déjà une baisse drastique du nombre de leurs clients .

Il y aurait pourtant quelque chose à faire à cet emplacement. Il y a quelques années, il avait été envisagé plusieurs choses, notamment des logements et des bureaux à l’étage, mais déjà le mauvais état global du bâtiment et les difficultés d’accès avaient fait reculer les investisseurs.

La direction actuelle de Monoprix affirme avoir proposé récemment tout le premier étage, à la municipalité, pour le franc symbolique. Cadeau empoisonné. Qu’aurait-pu faire la municipalité avec ça ? S’il y a risque pour le public avec le maintien d’un commerce alimentaire au premier étage, il y a aussi risque pour tout utilisateur ! De plus, le premier étage est difficilement accessible : il aurait fallu aménager une entrée indépendante du magasin, prévoir des places de parking supplémentaires (et où ???) voire un accès handicapé. La proposition de la Direction n’a donc rien de sérieux.

Et maintenant ?

Avec la fermeture de Monoprix, il peut être envisagé de raser complètement le bâtiment et de construire, par exemple, un parking souterrain, une galerie commerciale attractive (avec débouché sur trois rues : place St Nicolas, rue de Couêré, rue de la Coquerie). Ce ne sont pas les idées qui manquent, ce sont les fonds. Qui osera prendre un pari sur l’avenir et construire enfin, à Châteaubriant, la « locomotive » dont le centre-ville a toujours manqué ?

Comme d’habitude, des tas de bruits courent. On dit qu’une grande banque s’installerait à la place de Monoprix. Cela pourrait créer de l’animation en centre-ville, mais cela ne résoudrait pas le problème des salariées actuelles ....

Eléments d’histoire

S’il ferme ses portes, en juin prochain, Monoprix mettra fin à une histoire quasi centenaire. C’est en effet en 1905 qu’Auguste Daviau crée « Le Grand Bazar » à Châteaubriant à l’emplacement actuel de Monoprix (il existait un Petit Bazar face à la mairie). En 1923 le fils, Albéric Daviau, rejoint son père et le magasin s’inscrit dans la filière des « Magasins Réunis ». En 1954, en intégrant un autre membre de la famille, M. Troussel, le magasin s’appelle « Parunis » (parents unis !). En 1963 avec l’achat de la teinturerie Pelé, le magasin accroît sa surface de vente. En janvier 1964, c’est l’alarme : le feu a pris dans le magasin. Tout le quartier risque de brûler. Mais l’intervention efficace des pompiers limite les dégâts pour le quartier. Le magasin, lui, n’a conservé que ses murs. Il s’installe provisoirement dans un chapiteau derrière l’église.

En mai 1964, reconstruit, le magasin s’appelle Maganis. En 1965 se crée, à l’emplacement des Éts Niglais, Place de la Motte, un Prisunic (qui dispose de 40 places de parking) : il prend une partie de la clientèle de Maganis. Il existe aussi à Châteaubriant, Place de la Motte d’abord, puis Place des Terrasses ensuite, un petit magasin Leclerc qui s’appellera Intermarché suite à une scission avec le mouvement Leclerc en 1969. Intermarché s’implante en zone industrielle en 1975. Unico se crée au cœur du quartier de la Ville aux Roses en 1976.

Maganis réalise des agrandissements en 1975 et en 1979. A cette époque le magasin offre une grande diversité de produits : l’habillement, la papeterie, les parfums, les jouets, la vaisselle au rez-de-chaussée, et un beau rayon alimentation à l’étage. En 1979, Prisunic ferme, mais est repris aussi par la chaîne SUMA qui affiche sa volonté de faire face à la concurrence de Maganis. Concrètement, un certain partage se fait : Suma prend le marché des produits frais de qualité, Maganis développe les rayons Bazar et Nouveautés.

Un Centre Commercial ouvre dans le quartier de Renac   en avril 1982. Il ne marchera jamais bien, malgré sa situation au cœur d’un ensemble HLM. Un Centre Leclerc, concurrent d’Intermarché, ouvre en juin 1982. Il mène une politique commerciale très agressive.

Maganis devient « Monoprix » en 1983. Cette même année il ferme son rayon alimentation. Le premier étage du magasin est alors occupé par des articles de papeterie et vaisselle, jusqu’en 1990. Cette année-là, le bruit court que le magasin va fermer complètement. En fait il se maintient au rez-de-chaussée.

Un petit centre commercial se crée à La Ville aux Roses en 1987. Il ne marchera guère non plus ; Seul continue à bien marcher le magasin « Unico » qui, par la suite s’implantera sur la Route de St Aubin des Châteaux en devenant Super U.

Leclerc, Intermarché, Super U, Suma (devenu STOC) se développent, mais Monoprix stagne, victime de son enclavement. Le magasin STOC lui aussi en centre-ville, mais bénéficiant maintenant de quelque 90 places de parking, tourne bien, il a même développé sa surface de vente en créant une galerie marchande.

Du côté de la Place St Nicolas, Monoprix manque de stationnement, comme toute la partie ancienne du centre-ville : pendant des années les commerçants ont fait, verbalement, la chasse aux voitures-ventouses ... des autres commerçants et ont réclamé un stationnement payant. Quand ils l’ont eu, ils l’ont refusé, avant de se rendre à la raison. Du côté de l’étroite Rue de Couëré, Monoprix connaît des difficultés de livraison. commercial moderne et attractif.

Combien de fois ?

Ce sont peut-être les raisons de la désaffection des clients pour Monoprix. Les castelbriantais aiment bien, pourtant, leur « Monoprix » : ils aiment aller se promener, ils savent y trouver un conseil et des produits qu’ils peuvent examiner autrement que sous un emballage plastique fermé. Mais cette qualité n’a sans doute pas suffi. Dans un mode de vie qui s’accélère, il est plus facile de s’approvisionner, à des prix intéressants, dans une grande surface qui propose tout, plutôt que d’aller glaner le produit souhaité dans un magasin ou un autre.

C’est bien dommage, mais c’est comme ça.

Et il ne faudrait pas croire que l’absence de « grande surface » maintiendrait les clients à Châteaubriant : les castelbriantais, comme les autres, savent prendre leur voiture pour aller acheter dans les hypermarchés, ces « temples de la consommation » et du libre (?) choix qui attirent tant les jeunes à la périphérie des grandes villes.

Le phénomène n’est pas propre aux Français d’ailleurs : les grandes enseignes commerciales qui se sont implantées dans des « pays neufs » ont constaté le même engouement de la part des clients.

Il n’empêche que la fermeture de Monoprix, en centre-Ville, est tout-à-fait regrettable.

Mais tous ceux qui le déplorent doivent aussi s’interroger : combien de fois ont-ils acheté quelque chose à Monoprix l’an passé ?

Et combien de fois sont-ils allés faire leurs achats à Nantes ou Rennes en déclarant que « on ne trouve rien à Châteaubriant » ? Un magasin, ce sont des bons produits, du bon personnel et ... des clients fidèles.

Espérons cependant qu’une solution pourra être trouvée pour doter le centre-ville d’un équipement commercial moderne et attractif.

Le communiqué de la mairie

Dans son communiqué la municipalité, tient à rappeler qu’elle a depuis des années « soutenu dans la mesure de ses moyens le maintien de l’entreprise - en particulier en assumant la responsabilité de l’ouverture du magasin alors que le non respect de certaines normes de sécurité avait amené les autorités concernées à demander sa fermeture. »

Elle déplore la décision de la direction, mais affirme que « il n’est pas question d’accepter cette fatalité sans réagir, sans poser la question du reclassement du personnel (9 personnes) et sans réfléchir à des solutions de substitution »

« Cette grande surface bâtie (plus de 3 000 m2) implantée en plein cœur de la ville, débouchant à la fois Place St Nicolas, rue de Couëré et rue de la Coquerle doit rester un élément moteur de l’activité du centre-ville. »

« C’est pourquoi la municipalité a déjà pris contact avec les partenaires économiques locaux et les réunira très prochainement pour examiner avec eux des solutions alternatives. »
(communiqué du 27 avril 2000)


Les grands mariages

Eh bien voilà, tout s’explique : la hâte du groupe Monoprix à fermer le magasin de Châteaubriant a une explication très simple. On vient en effet d’apprendre que Les Galeries Lafayette et Casino vont créer une société commune qui contrôlera la totalité du capital de Monoprix. Et qui prépare l’essor des cyber-marchés.

Après avoir absorbé les magasins « Prisunic » en 1997, (avec l’aide d’Euris, le fonds propriétaire de Rallye et donc de Casino), Monoprix était à la recherche d’un partenaire pour appuyer son développement international. Son principal actionnaire, Les Galeries Lafayette, (72 %), ne pouvait vendre une activité qui a généré l’an dernier 57 % de son chiffre d’affaires et près de 30 % du résultat net ; tandis que Casino (actionnaire de Monoprix à 22 %) dispose des moyens financiers limités. Les deux principaux actionnaires de Monoprix ont cependant trouvé une solution : créer une filiale commune et se partager, à parité, le capital de leur filiale. Le grand magasin du Boulevard Haussmann à Paris, se réserve de vendre, d’ici 3 ans, toutes ses parts à Casino qui deviendrait alors totalement propriétaire de Monoprix.

Une jolie cible

Il faut dire que Monoprix est une très jolie cible. La chaîne de supermarchés en centre-ville fait fureur avec ses quelque 300 « city-marchés » : et des performances en hausse continue qui prouvent que la fusion avec Prisunic en 1997 est une réussite. Le groupe Monoprix est rentable : il a fortement amélioré son bénéfice net : 34,76 millions d’euros en 1999, contre 25,44 millions un an auparavant (soit + 37 %). Il avait donc toute possibilité de maintenir le magasin de Châteaubriant

Mais, tandis que le patron de « Monoprix-Châteaubriant » montrait du doigt les « grandes surfaces », qu’il accusait d’être responsables de son moindre chiffre d’affaires, la direction générale de Monoprix négociait avec le groupe Casino, l’une des plus importantes « Grandes surfaces » de France

Reste pourtant à savoir comment tout ça va s’imbriquer dans l’ensemble « moyennes surfaces » de Casino qui rassemble déjà trois enseignes de supermarchés (Casino, Franprix et Leader Price) et trois réseaux de petits formats (Petit Casino, Spar et Vival). La question se pose avec d’autant plus d’acuité que le groupe Casino vient précisément de faire un vaste ménage dans un parc autrefois pléthorique (il a compté jusqu’à 25 enseignes) en s’efforçant d’homogénéiser l’ensemble. C’est dans le même esprit que Monoprix fait le ménage en supprimant de lui-même, les magasins qui ne lui paraissent pas suffisamment rentables, comme celui de Châteaubriant. Mais cette raison n’est évidemment pas donnée officiellement .

Dans cette affaire, ce qui intéresse Casino (appartenant au groupe Rallye), c’est évidemment la proximité. Outre ses 112 hypermarchés en périphérie, le groupe, qui possède déjà près de 500 supermarchés en ville, complète avantageusement son dispositif d’enseignes urbaines. Monoprix s’est modernisé, et le créneau de « supermarché qualitatif » a pris de la valeur à la faveur de la reprise de la consommation : il aura l’avantage d’apporter à Casino son excellent maillage des centres-villes, et notamment de Paris et de la région parisienne : recevant un million de clients par jour, les 308 Monoprix (dont 49 à Paris et 73 en Ile-de-France) couvrent 85 % des agglomérations de plus de 50 000 habitants

L’e-commerce

Pour passer de 22 % à près de 50 % du capital de Monoprix, le groupe Casino devra débourser 5 milliards de francs dans un premier temps, puis 7 milliards si les Galeries Lafayette décident de vendre leur participation. Un tel investissement a un but : le développement de l’e-commerce (qu’on appelle encore le cyber-commerce) c’est-à-dire la « vente par internet »

En effet Monoprix et Casino vont prendre chacun 15 % du capital de Télémarket, l’enseigne pionnière dans le secteur de la livraison des produits alimentaires à domicile sur Paris. Par ailleurs Casino développe un grand nombre d’enseignes internet et réalise déjà un chiffre d’affaires de 10 millions de francs, par mois, avec vocation à se développer sur l’ensemble de la France.

Concrètement, le « magasin-internet » peut répondre à toutes les commandes (30 minutes en moyenne par client), emballer les produits, charger dans le camion, puis livrer en centre-ville, partout en France, sans pour autant se rattraper sur les étiquettes : les clients exigent les même prix dans le cyber-magasin que dans l’hyper-marché. Ils ont seulement à payer 50 F environ de livraison. Ce qui, dans l’immédiat, ne couvre pas les frais, mais tous les cyber-marchés courent après le même lièvre : gagner un jour de l’argent.

Alors, un petit magasin comme « Monoprix-Châteaubriant », surtout s’il n’est pas très rentable, ne pèse pas grand poids dans la stratégie à long terme de groupes comme Casino et d’autres, qui organisent eux-mêmes leur propre concurrence en préparant le passage des hyper-marchés aux cyber-marchés,

On peut bien lutter contre « les grandes surfaces » (à Châteaubriant d’ailleurs, nous n’avons que des « moyennes surfaces ») : une bagarre de Titans est en préparation dans notre dos et le développement phénoménal d’Internet nous prépare un autre type de commerce. Pour les Français qui ne seront pas « branchés » il restera quelques commerces de proximité, ceux qui auront réussi à survivre .

C’est tout ça qui se cache derrière la fermeture programmée de Monoprix-Châteaubriant, et derrière le rachat de Monoprix par le groupe Casino.

(note du 1er juin 2004 : C’est une médiathèque  -Maison du Département   qui doit être construite à la place de Monoprix. Au 1er juin 2004 les travaux ne sont pas commencés)

Voir médiathèque

Le « petit » commerce