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Les mots oubliés

Ecrit le 26 septembre 2018

Dans certains dictionnaires anciens, tel le Grand Littré, il n’est pas rare de voir une croix devant un mot qui a complètement disparu de l’usage : il a rejoint le « cimetière » des mots oubliés.

D’autres disparaissent même complète-ment du dictionnaire : ainsi s’accointer, du latin populaire accognitare, qui signifie se lier, en est absent ; seul subsiste un mot appartenant à sa famille, accoin-tance, qui n’est guère employé qu’au pluriel (il- ou elle- a des accointances avec..,= des relations, dans tel ou tel milieu).

L’adalie, nom d’une petite coccinelle, dont les élytres ne sont ornées que de deux points noirs, qui devrait figurer dans les dictionnaires entre les mots adagio et adamantin (adjectif peu employé sauf en poésie, qui signifie qui a la dureté et l’éclat du diamant), n’y est pas non plus.

On connaît le mot croustillant qu’on emploie au propre et au figuré (un pain croustillant, des blagues croustillantes), mais le verbe croustiller au sens de gri-gnoter, manger léger ne figure plus dans le dictionnaire.

Le mâche-dru (gros mangeur) et le croque-lardon (parasite qui réussit à se faire inviter à des dîners) en sont eux aussi absents.

Déparpaillé a disparu au profit de débraillé et s’acagnarder a laissé la place à paresser ; muche, qui signifie un jeune homme timide, a disparu lui aussi . Qui comprend aujourd’hui tous les mots de la phrase suivante : « J’étais éplapourdie de voir ce muche s’assoter de cette appa-reilleuse » ? (1)

Un rafalé était quelqu’un qui avait subi des revers de fortune ; le mot a disparu, de même que frusquin qui signifiait ce qu’on a d’argent (qui subsiste unique-ment aujourd’hui dans l’expression « et tout le saint-frusquin » qui signifie tout ce qu’on possède, argent et frusques= effets ).
Contre-aimer, qui signifiait aimer en retour, ne figure plus dans les colonnes des dictionnaires. Pas plus que sémillance, vivacité d’esprit, alors que l’adjectif sémillant, vif, fringant, y a sa place.

Disparue aussi l’acédie (apathie, affaisse-ment de la volonté) ; ce néologisme inventé au IVe siècle par des moines d’Egypte, qui étymologiquement signifie privation de soins dans le domaine spirituel, a été remplacé par les mots mélancolie ou atonie.

A côté des mots qui ont disparu du dictionnaire se trouvent ceux qui sont totalement sortis de l’usage tels :

Débredouiller : faire cesser la « bredouille » d’un joueur de trictrac, l’empêcher de gagner ; et aussi : sortir quelqu’un d’embarras ).

Crapoussin : petit crapaud puis, par ana-logie, personne de petite taille bedonnante et contrefaite.

Gambilleur,-euse (du verbe gambiller, agiter les jambes en les laissant pen-dantes) : personne qui se trémousse en dansant sur un rythme vif.

Pantophile : étymologiquement= qui aime tout. C’est ainsi que Voltaire surnommait Diderot !

(1) = j’étais choquée de voir ce petit gars timide s’amouracher d’une femme aux mœurs légères ; tout le contraire donc d’un tendron, mot charmant mais vieilli et peu usité de nos jours qui signifiait très jeune fille en âge d’être aimée, mais peu encline à se faire emberlucoquer (= se faire séduire par la ruse).

DEVINETTE:qu’est-ce qu’un Margouillis ?

REPONSE à la DEVINETTE du dernier numéro : la route 66 relie Chicago à Santa Monica (Californie).

Elisabeth Catala


Ecrit le 03 octobre 2018

Après nous être intéressés aux mots qui ne sont plus en usage aujourd’hui et à ceux qui ont complètement disparu des dictionnaires, jetons un coup d’œil sur ceux que Littré a tirés de l’oubli à la fin du XIXe siècle pour leur redonner la place qu’ils méritaient dans son dictionnaire.

« Plusieurs mots condamnés par l’usage sont rentrés en grâce ; il n’est besoin que de rappeler sollicitude que Philaminte et Bélise dans Les femmes savantes (1) trouvent puant étrangement son ancien-neté et contre lequel nul n’a plus les préventions de ces dames : je l’ai mis non sans espérance que peut-être il trouvera emploi et faveur et rentrera dans le trésor commun d’où il est à tort sorti ». (2).

Littré a remis à l’honneur le beau verbe s’abeausir (se mettre au beau en parlant du temps) qu’aucun mot n’a remplacé à l’heure actuelle, l’ abeillier (= le rucher), les verbes s’aheurter, musiquer, désheurer, l’adjectif sade ( antonyme de maussade) et tant d’autres.

Littré nous invite aussi à réhabiliter les nuances en distinguant très subtilement l’urbanité de la civilité (3), de la courtoisie et de la politesse que nous avons tendance à prendre pour des synonymes.
Il distingue l’orgueil de la vanité et la misère, de l’indigence.

D’autres auteurs, tel Larousse, nous apprennent que le mot bienfaisance a été « retrouvé » au XVIIIe siècle par l’auteur de Paul et Virginie, de même que le mot patriote, dû à Saint-Simon parlant de Vauban : ces deux mots avaient existé dans l’ancienne langue, mais leur « résurrection » constitua à l’époque un véritable néologisme .

Enfin, ne laissons pas notre vocabulaire s’appauvrir sous les assauts conjugués des médias et de l’anglais : ne confondons pas les mots occasion et opportunité qui ne veulent pas dire la même chose (le mot opportunité a traversé la Manche où il a pris à tort le sens d’occasion qu’il a gardé en revenant « chez nous »). Employer opportunité dans le sens d’occasion est un anglicisme. « On juge de l’opportunité d’une décision, d’une mesure, on considère si elle convient au temps, au lieu et si elle se produit à propos ; occasion désigne une circonstance particulière, « oppor-tune » parce qu’elle favorise un projet et propice à ce que l’on entreprend » ( Académie française, 2012).

Evitons aussi les tics de langage du moment entendus à la radio et à la télévision : « du coup », « en fait »,
« j’allais dire » etc.

La langue française regorge de trouvailles que certains auteurs modernes se plaisent à dépoussiérer : bonace (état de la mer quand elle est calme, d’où tranquillité), recru (épuisé de fatigue), avoir la tête à l’évent (être étourdi), pour ne citer qu’elles.

(1) La pièce de Molière intitulée Les femmes savantes a été écrite en 1672.

(2) Ces propos ont été écrits par Emile Littré dans la préface de son Dictionnaire de la langue française en 4 volumes paru de 1873 à 1877.

(3) Le mot civilité est aujourd’hui employé dans tous les formulaires à la place d’état civil, alors qu’en aucun cas il n’est le synonyme de cette locution.

DEVINETTES :au XIXe siècle on employait le verbe accagner, que signifiait-il ?

Qu’est-ce qu’un abîme quand ce n’est pas un gouffre ?

REPONSE à la DEVINETTE du dernier numéro : le mot margouillis, du verbe margouiller (salir), issu peut-être du latin mergulus (plongeon d’un oiseau) ou de mare + goille (en ancien français : lieu plein de boue et d’ordures), signifie embarras. Il est bien sûr à rapprocher de magouille, mot familier né en 1968 et issu probablement du gaulois marga, boue.

Elisabeth Catala