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Quand la France se parle ...

Ecrit le 30 janvier 2019

Synthèse du débat « Quand la France se parle » du 24/01 sur France 2

Je ne suis pas du tout un politologue averti. Je suis plutôt un ‘pisse-copie’ qui, avec un œil que j’espère toujours neuf, suit et rapporte les contributions au « vivre-ensemble ».
A l’heure du Grand Débat National, je salue l’audace de France 2 de s’être lancé le défi de transmettre en direct un long (3 heures) débat en studio, dans le cadre de son ‘émission politique’ du jeudi soir, un numéro spécial intitulé «  Quand la France se parle  » le 24/01 au soir. Ce n’est pas une mince affaire de rassembler 25 personnalités de tout bord et de les faire dialoguer et s’écouter sous l’aimable régulation de deux animateurs travaillant sans filet car enregistré en direct.

Ce soir là, je pensais y consacrer un quart d’heure, histoire de prendre la température et de mesurer la hauteur du débat. Scotché par le calme et le respect sur le plateau et par la qualité et la densité des échanges, j’ai tiré vers moi mon carnet de notes favori et je n’ai éteint mon ordi qu’après minuit. Ce défi de taille sur un sujet hautement polémique fut bien mené et manifestement réussi. Deux millions de foyers-téléspectateurs l’ont suivi, ce qui est un bon score. Que vous l’ayez suivi, ou non, ma modeste ambition est de vous le faire revivre selon ma synthèse (qui n’est pas la Bible !). Et résumer l’essentiel du contenu exprimé par 25 personnes pendant trois heures n’est pas simple. Je me lance.

Commençons par le décor du studio. Le rouge franc y domine, surligné par des touches de noir, donnant un aspect chaleureux mais solennel. D’immenses écrans blancs avec écriture noire font défiler les thèmes en-cours, qui donnent une impression de progression. Des tables disposées en U évasé accueillent les invités, U bouclé par celle des deux animateurs. Pas de noms sur les places, seuls deux gilets jaunes pliés indiquent l’objet du fil rouge du débat. Des spectateurs très silencieux entourent ce U sur des gradins.

Passons à la sélection des invités, qui a dû être un vrai casse-tête. Cette délicate composition, voulant respecter le pluralisme, est censée s’approcher de la société croisée tous les jours. Des fuites (autorisées ?) pointent les refus : Marine Le Pen, Laurent Wauquiez, Jean Luc Mélenchon et tout membre de la France Insoumise, le Parti Communiste. Prévu, Bernard Tapie s’est fait porter pâle. Au final, l’échange se fera entre : - 2 ministres ; - 5 maires : - 2 dirigeants syndicaux ; - 1 député ; - 1 membre RN ; - 2 gilets jaunes ; - 2 chefs d’entreprise ; - 1 journaliste ; - 6 observateurs d’horizons divers (philosophe, sociologue, abbé Pierre, etc). Cocktail détonnant, n’est-ce pas ?

Avant d’entrer dans le vif du débat, mon sentiment est que l’action des ‘gilets jaunes’, visible, n’est que la surface d’une profonde lame de fond de la vie en société en France qui, telle une marmite sous pression, explose par des moyens (réseaux sociaux) inhabituels. Ce mécontentement a enflé à bas bruit depuis des dizaines d’années. Le sentiment dominant est l’injustice dans toutes ses composantes, additionné à l’autisme des pouvoirs exécutifs qui se sont succédé. Le bouchon a sauté par ras le bol lors d’une taxe de quelques centimes du carburant soi-disant pour financer la transition énergétique. La synthèse de la question qui se pose devient presque philosophique : les règles et lois imposées à notre société doivent-elles servir à faire fonctionner, dans la mondialisation, une économie à court-terme, ou bien doivent-elles servir à faire vivre correctement et durablement l’ensemble de tous les Français et Françaises  ? Notre gouvernance a été prise de court à la fois par la question et par les moyens utilisés pour la diffuser. Impréparation ? Suffisance naïve ?

Le débat a été dans l’ensemble serein. Bien sûr, chacun défend mordicus son ‘pré carré’ (spécificité française ?), se justifie et stigmatise ses boucs-émissaire et les freins à la sortie de crise. A noter que les maires sont les plus consensuels et à l’écoute. Les gilets jaunes expriment trois points : le bonheur prôné malgré nous ; faire du bien à notre planète ; définir un destin commun. Les deux ministres ont plus écouté que parlé. Mais, au fil des échanges, des idées, des constats et surtout des fractures se sont recoupées. Je vous les restitue en vrac, au gré de mes notes et sans hiérarchie.

Voici quelques courtes remarques qui demandent réflexion et solutions. 1 > la juste répartition de la richesse obtenue par deux outils : la fiscalité et le soutien social ; 2 > conserver de la compétitivité économique au sein de la mondialisation ; 3 > l’économie virtuelle (sans création de valeur ni support physique) pompe de l’argent sans créer d’emplois. Elle englobe les traders et le lobbying ; 4 > les inégalités multiples, la perte du lien humain et la baisse de confiance envers quiconque sont des freins majeurs ; 5 > Pourquoi la chasse à la fraude fiscale (ce sont en général des gros poissons) est-elle si peu assidue et si peu transparente dans les médias ?

6 > la jeunesse, la tranche la plus concernée, ne s’exprime pas, pourquoi ? ; 7 > le R.I.C. (référendum d’initiative   populaire) est un outil (voir Suisse avec votation par canton) délicat à utiliser et le sentiment comme bonne idée est partagé à 50/50 ; 8 > comment l’avis de l’individu lambda peut-il mieux être entendu dans l’orientation démocratique ? ; 9 > la perte de la dignité de l’individu ; 10 > redéfinition du Service Public : quoi, pourquoi, comment, où, pertinence, moyens ; 11 > régime français d’hyper-présidentalisation et nouvelle répartition équilibrée des pouvoirs et contre-pouvoirs ; 12 > prise en compte d’un taux de proportionnelle et du vote blanc aux élections ; 13 > concentration des médias, d’où moindre crédibilité des sondages ; 14 > l’élite dirigeante a peur du peuple, et donc du R.I.C. ; 15 > le financement des campagnes électorales reste trop peu transparent.

Ouf, le menu est déjà bien copieux. Porteur d’interrogations et en demande de solutions. Mais notre débat ne s’arrête pas là. Dans le menu, nous en sommes au fromage. Le débat a aussi permis l’expression et la verbalisation de nombreuses fractures touchant ou ressenties par la population française.

En voici la liste, qui recoupe parfois les idées émises ci-dessus
Fractures : 1 > de rémunération entre celle du travail (salaires) et celle du capital investi (en gros, dividendes) ; 2 > territoriale, à savoir traitement financier des métropoles/banlieues/campagne (dont nos agriculteurs) ; 3 > sociale, signalant l’écart entre foyers riches et foyers pauvres ; 4 > fiscale, où est la barre « juste et bonne » ? ; 5 > entre générations, moi aujourd’hui et mes descendants demain, retraite, migration, accès à l’eau et à la nourriture, énergie, climat, … ; 6 > de l’élite souvent parisienne et de la connaissance de la France périphérique ; 7 > au sujet du numérique contraint et à marche forcée contre l’accès et la maîtrise de l’Internet, de son débit, des liens humains pour apprendre ; 8 > de la centralisation et de la verticalité (Paris) par rapport à la marge de décentralisation efficiente et efficace ; 9 > dans la représentativité proportionnelle à l’élection du Parlement, des Régions, des Départements.
Mais de fracture en fracture, et sans sérieux remède, nous fonçons droit vers la « cassure ». Un avenir où tout semble « pourri ». C’est aussi prendre le risque de l’extrémisme à la prochaine élection.

Nous sommes proches de la fin du débat, la tension monte et l’échange devient moins audible clairement. Si je peux me permettre de résumer cette synthèse d’un débat télévisé en direct, je retiendrai, au nom de l’injustice ressentie dans le pays et du prétendu autisme de notre gouvernance, les cinq thèmes revenant fréquemment en boucle : 1) l’augmentation du pouvoir d’achat par la fiscalité et la redistribution sociale ; 2) la restauration de la confiance entre État et les Collectivités locales ; 3) l’écoute incitative de la jeunesse ; 4) le traitement égalitaire des campagnes et des métropoles ; 5) la redéfinition du Service Public.

Dans notre menu, nous voici au dessert, à la conclusion de ce riche débat de trois heures, mené à bien par les deux animateurs qui sont au-delà de l’état de stress : donner à chaque invité 30 secondes pour un ultime mot.

- mettre l’économie au service de l’homme ; - trop d’inégalités ; - parlez, les jeunes ; - France en faillite et au bord de la guerre civile – souhait d’un tournant social vers l’humain ; - reprendre en main la ‘chose publique’, la République ; - redistribuer le pouvoir pour le respect de ‘liberté-égalité-fraternité ; - à l’élite, écoutez la nation ; - partageons les idées et déduisons les solutions.

Nous voici à la fin d’un dense voyage. Ce sera mon humble apport au Grand Débat National en-cours. Et vous, y contribuerez- vous ?

Pascal de Blain