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Préliminaires du porno

Ecrit le 6 février 2019

La Mée reçoit de nombreux documents dont une Lettre d’information Santé des jeunes dans laquelle il est question d’un petit manuel de la réduction des risques liés à l’usage de la pornographie chez les jeunes.
voir le site riskporno

Ce carnet propose une réflexion sociétale sur les productions pornographiques, c’est-à-dire les « représentations d’actes à caractère sexuel ayant l’intention de provoquer l’excitation sexuelle du public auxquelles elles sont destinées  ».

De nombreux/euses adultes, parents et professionnels sont intimement convaincus que la pornographie influence négativement les jeunes qui découvrent leur sexualité. En ce sens, elle serait un risque pour notre société et pour l’épanouissement de leurs relations affectives et sexuelles. L’usage de la pornographie est à l’image de la consommation de drogues. Elle est taboue, mal perçue, transgressive et peu légiférée (sinon de manière prohibitive) au sein de notre société. Il est tentant de vouloir régler les problématiques que soulève la pornographie en interdisant purement et simplement son accès ou en tentant d’éviter à tout prix son usage. Comment accompagner les jeunes dans une consommation éclairée, responsable et soucieuse de garantir leur bien-être relationnel, affectif et sexuel ?

 Que reproche-t-on à la pornographie ?

• Donner une représentation faussée de la sexualité ;
• Transmettre des codes autour de la sexualité ;
• Être choquante ;
• Restreindre l’imaginaire érotique ;
• Avoir une responsabilité dans la banalisation des stéréotypes et des inégalités de genre ;
• Être destinée à un public masculin ;
• Être responsable des violences faites aux femmes ;
• Mettre en scène une sexualité dénuée de sentiments / d’effacer la part relationnelle de la sexualité ;
• Inciter les plus jeunes à une sexualité trop précoce/à l’expérimentation sexuelle ;
• Mettre en scène des formes de violences, notamment à l’égard des femmes.

Les représentations sexuelles explicites sont anciennes. Des préhistoriens espagnols ont découvert sur le site d’Atapuerca au nord de l’Espagne une quinzaine de gravures sur pierre et des sculptures faisant état de scènes sexuelles paléolithiques explicites (allant de la masturbation au voyeurisme). Les parois des grottes paléolithiques affichent très fréquemment des images sexuelles féminines, notamment des vulves ou des Vénus aux fesses largement sur-développées. Plus que des célébrations de la maternité, ces images expriment vraisemblablement une sorte de fascination pour le plaisir sexuel.

La pornographie accompagne toutes les époques. Pourtant, la production, la consommation et la diffusion de masse semblent être caractéristiques de l’époque contemporaine et cela soulève des questionnements en termes d’Éducation à la Vie Relationnelle Affective et Sexuelle.

L’adolescence est caractérisée par la découverte de la sexualité : la recherche de supports pornographiques pouvant élucider certaines interrogations et tabous devient alors courante. Cette démarche peut également témoigner d’une certaine forme de transgression, face à l’autorité parentale ou à la morale des adultes. La question est alors d’appréhender comment cela les touche et pourrait orienter leur bien-être relationnel, affectif et sexuel.

 Prohiber minimise-t-il les risques ou renforce-t-il le tabou ? 

Beaucoup de personnes estiment nécessaire de contrôler l’accès à la pornographie pour les plus jeunes. Mais quelle est la faisabilité de ce type de politiques ? De plus en plus d’enfants disposent d’un téléphone avec accès à Internet et ils s’échangent de nombreux contenus. Comment justifier l’utilisation d’une carte de banque ou d’identité pour avoir accès à des contenus dont l’immense majorité sont piratés et illégaux ?

Comment mettre en place une législation nationale cohérente alors que la pornographie est produite dans un pays, hébergée dans un autre et enfin diffusée au niveau international. Des mesures de contrôle peuvent être mises en place au sein du foyer, sur l’ordinateur familial mais nous ne pouvons pas assurer que des jeunes enfants ne tomberont jamais sur ce type de contenus d’autant plus que les jeunes sont habiles avec les nouvelles technologies et ont des facilités à contourner les filtres parentaux ; cela ne résout pas non plus la question de l’accès à la pornographie par les smartphones. Vouloir contrôler ou prohiber purement et simplement l’accès à la pornographie semble donc avoir ses limites.

 Quels sont les effets de la pornographie ?

Aucune étude d’envergure, récente, n’a réussi à analyser l’impact réel de la pornographie sur les jeunes. Au niveau des comportements, les adolescents d’aujourd’hui, garçons et filles, ne sont pas vraiment différents de ceux et celles d’hier : l’âge moyen du premier rapport sexuel n’a pas drastiquement diminué (la moyenne est aux alentours de 16 ans), le nombre de partenaires sexuels durant l’adolescence n’a pas majoritairement augmenté, etc . Leurs questions teintées de curiosité érotique ont pu évoluer, étant donné le contexte (la réalité du 2.0), mais ne se sont pas transformées du tout au tout.

D’un point de vue méthodologique, il semble impossible de prouver de manière définitive l’influence de la pornographie sur la sexualité. D’une part, il serait peu éthique (et illégal !) de mener une étude sur des mineurs en leur imposant un visionnage massif de contenus pornographiques. D’autre part, les études qui ont été menées sur des majeurs, ne sont pas nécessairement représentatives de ce qui se passe sur le terrain.

Les résultats des analyses réalisées sont contradictoires et fortement teintés de partis-pris idéologiques, moraux ou religieux. Ainsi, lorsque l’approche est plutôt psychologique ou psychanalytique, les auteurs ont tendance à construire un discours plutôt alarmiste quant à l’impact de la pornographie sur la vie relationnelle, affective et sexuelle des jeunes. Les deux arguments majeurs sont d’une part la protection de la jeunesse et d’autre part la protection de la dignité des femmes. Il est intéressant de voir que dans les deux cas, la pornographie est désignée comme la principale responsable des comportements inappropriés chez les jeunes ou des violences faites aux femmes, faisant abstraction du rôle majeur du sexisme et des inégalités qui persistent dans notre société.

En revanche, lorsque l’approche est plutôt sociologique ou historique, les auteurs intègrent la pornographie dans une Histoire des représentations érotiques et dans un continuum de violences sexistes et patriarcales. Cette façon d’aborder le sujet tend plutôt à identifier la production pornographique comme résultant d’une série de normes et d’interdits en matière de sexualité pour une société donnée. La sensibilisation à d’autres formes d’érotisme, les luttes pour davantage d’égalité semblent, en ce sens, autant de leviers pour agir sur les rapports entre les femmes et les hommes et garantir une meilleure connaissance de soi et des autres dans les relations affectives et sexuelles.

 Principes d’intervention

Les principes d’intervention s’ancrent dans l’idée que les représentations de la sexualité (dont la pornographie) font partie des sociétés humaines et que nous doutons qu’elles puissent disparaître ou être abolies totalement (jusqu’où irait la cen-sure ?). Le rôle des adultes est de soutenir les capacités d’analyse et de recul des enfants et des jeunes sur les sujets qui entourent la sexualité. Les études montrent que dans les pays où l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle débute dès le plus jeune âge, il y a une entrée plus responsable et plus respectueuse dans la sexualité (plus de protection, plus d’attention au consentement).

Pensons les productions pornographiques comme une opportunité de nous questionner sur notre société, notre conception de la sexualité et nos représentations de la sexualité des jeunes, comme une occasion de nous ouvrir à de nouveaux supports, d’être curieux/ses de ce que l’ère du numérique peut nous apporter en termes de créativité. [extraits]